‹ La cantilène romaine;Chapitre 24 sur 54 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Aperçu sur l'histoire de la Notation neuxnatique.

Tout ce que Ton croit savoir de positif touchant remploi de la notation neumatique au vi*' siècle se résume en un mot rappelant que saint Grégoire I*^ le Grand neuma (ncu/nawï) son Antiphonaire. Et les commentaires d'aller leur train !

A cette misérable donnée se réduit, en apparence (1), le savoir actuel.

Nous procéderons ici comme pour l'histoire proprement dite, c'est-à-dire en fuyant les sentiers battus par les compilateurs qui nous ont précédés, et, sans nous embarrasser d'un appareil de textes à côté, nous chercherons à coordonner des faits.

Une notation musicale est un système d'écriture composé d'une série de signes auxquels on attribue un sens conventionnel.

Toute notation doit répondre à l'un, au moins, des trois desiderata suivants qui l'ont fait imaginer :

1° Indication du son à émettre;

2? Indication de la réunion des sons qui doivent former une unité rythmique — élément fondamental du mouvement de toute mélodie;

3° Indication de la durée d'émission particulière à chacun des sons composant cette unité rythmique.

Ces trois nécessités graphiques peuvent — selon le degré de complication de la mélodie — se présenter, soit simultanément, soit séparément, dans le genre de notation en usage à une époque déterminée, et selon le plus ou moins de perfection du système élaboré.

La notation peut avoir comme but de représenter : soit une mélodie juxtaposée à un texte poétique comme dans l'antiquité grecque, soit une mélodie pure comme dans le chant fleuri dit grégorien. Le procédé d'écriture suffisant pour l'un peut se révéler inacceptable pour l'autre.

Tel est, en efl^et, le cas si nous mettons en parallèle l'art musical de l'antiquité et celui du moyen âge.

(1) Lire sur ce sivjet le chap. H de V Archéologie musicale, ipwlh. Nisard. (Letliielleux, Paris, 1890.)

Dans l'antiquité toute poésie était chantée d'après son rythme poétique conventionnel, influencé par les exigences de la rythmique musicale (1). Nous disons « conventionnel » parce que toute prosodie est une convention ; et, par le mot « influencé » nous entendons que dans les vers composés de pieds métriques appartenant à des genres difl'érents, tous ces pieds se ramènent à une valeur-durée conventionnelle sous l'influence de la loi fondamentale du rythme musical : Nisi œqualitate pes pedi amicus est (2).

Toutejpoésie était chantée.

Tout poète était compositeur.

Tout poète-compositeur était chanteur.

Tout chanteur était poète-compositeur à l'occasion.

Il est clair, dès lors, que tout musicien (poète-compositeur-chanteur) possédait en soi-même la parfaite intuition du rythme musical-poétique d'une œuvre à interpréter, que le texte émanât de lui ou d'un poète, son confrère.

Interprétait-il une mélodie dont il n'était pas l'auteur? Sa science du rythme poétique ne requérait que l'indication de chacun des sons à émettre sur chaque syllabe littéraire pour que l'exécution fût satisfaisante.

Un signe commun — signe ou lettre — représentant le son à émettre, était suffisant, la science du rythme faisait le reste. C'était rudimentaire en tant que système d'écriture, mais pleinement satisfaisant pour le but à atteindre : tel fut le système grec — abstraction faite de la complication des emplois de lettres (voir Tables d'Algpius dans Meybaum, et dans la traduction française donnée par M. Ch.-E. Ruelle), laquelle n'offre aucun intérêt pour le présent travail.

Un tel système ne pouvait servir que dans le cas où le texte poétique développait des périodes i7thmîques composées de mètres prosodiques naturellement égaux entre eux (comme dans la poésie épique, homérique par exemple). Mais lorsque la poésie put devenir, et devint réellement un art plus humain, moins factice que celui de l'épopée, les combinaisons versifiées apparaissent de suite plus fouillées, plus mélangées de rythmes variés, dissemblables entre eux quant à leur valeur d'unité rythmique.

La déformation i7thmique imposée aux pieds prosodiques pour les ramener à cette unité fondamentale (égalité des pieds rythmiques musicaux dont on a parlé plus haut), entraîne avec elle l'obligation d'un supplément dans l'indication graphique du groupement des éléments syllabiques formant l'unité musicale à exécuter.

On imagina alors de marquer la note — lettre, initiale de chaque mètremesure musical, d'un signe (:) caractéristique de ce rôle. ' Et comme toute

(1) Dans un opuscule spécial, nous avons abordé ce sujet très particulier. Voir la Richesse rythmique musicale de Vantiqnilé. Picard et fils, Paris, 1903.

(2) Saint Augustin. De Musica, 1. VI, cap. 10. § 27. (P. L. M., t. XXXll, col. 1178).

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