‹ La cantilène romaine;Chapitre 25 sur 54 · DEUXIEME PARTIE OO · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE OO

unité rythmique, ou mesure musicale antique, se divise normalement en deux parties. Tune dite frappé, l'autre levé, on marqua le frappé par (:) le levé par (.). C'est ainsi que la chanson dite de Tralles, gravée sur le marbre qui nous l'a fait connaître, porte au-dessus du texte grec la série des lettres-sons, et au-dessus de celles-ci la série des signes (: .) marquant les divisions du chant, indications indispensables puisque la prosodie classique conventionnelle du texte grec est déformée par les exigences de la rythmique musicale de l'œuvre ; confirmation de fait de ce qui est dit plus haut.

Les marques rythmiques étaient donc devenues nécessaires, à une époque qu'il est difficile de fixer, et on peut en donner une seconde preuve tirée d'une observation indirecte de Saint Augustin.

Dans son de Musica, saint Augustin cite ce vers :

Quando flagella ligas, ita liga, etc.

et il ajoute : n La plupart des musiciens inexpérimentés diront que ce sont » trois dactyles suivis d'un pyrrhique.

» Mais ils ne comprennent pas que le pyrrhique ne peut être placé » après un dactyle ; alors que la loi des proportions (ratio) enseigne que le » premier pied est un chorianibe.

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le second un ionique » majeur dont la première longue est résolue en deux brèves,

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» le troisième un ianibe suivi de trois silences.

» Les marques se placeraient donc comme il suit :

Nous ne discuterons pas ici la valeur du témoignage de saint Augustin, et nous ne retiendrons qu'une chose : la nécessité de ces marques ( : . ) rythmiques indiquant les divisions mélodiques d'un chant syllabique tel qu'était le chant en usage dans l'antiquité.

Les hymnes du début du christianisme écrites suivant les mêmes errements prosodiques ont pu se contenter, à leur lour, de cette notation rudimentaire, mais... le chant fleuri syrien fut-il noté d'après ce système enfantin?

Nous rentrons ainsi dans notre sujet, et c'est en nous basant sur des faits que nous obtiendrons une réponse satisfaisante à la question proposée.

Il est reconnu généralement par les érudits (1), et d'après les données de l'histoire de la liturgie même, que l'élément juif a rfû jouer un certain rôle dans la constitution du répertoire musical chrétien. On croit pouvoir s'en tenir à cette constatation. Nous croyons avoir établi, au contraire, que l'élément juif a certainement joué le premier rôle dans cette organisation première par Ten- Iremise de la liturgie syrienne chantée. Il n'est donc pas besoin de faire appel à l'influence des Papes helléniques du vu*' et du vin* siècles pour expliquer l'origine orientale du chant latin ; ce chant existait plusieurs siècles avant les pontificats allégués.

Nous passerons même sur toute la discussion relative à la liturgie primitive proprement dite : elle doit être connue de tous ceux qui s'occupent de la question, et nous ne voulons pas faire ici une œuvre de compilation, mais de coordination des connaissances spéciales à la notation.

= D*une première part, nous avons rappelé précédemment (p. 29) les conséquences du canon XV* du 2* Concile de Laodicée touchant le chant fleuri. Une notation existait donc avant cette époque (36?) Quelle était-ce?

= D'une seconde part, la notation grecque était tombée en désuétude au III* siècle. Une autre notation avait dû voir le jour et remplacer la notation grecque. Ne serait-ce pas l'apparition même d'une nouvelle notation qui donna le coup de grâce à la notation grecque alphabétique se révélant impuissante à remplir le rôle nouveau que l'on exigeait d'elle?

= D'une troisième part, les Syriens étaient depuis longtemps en possession du répertoire juif lorsque le christianisme parut. Ils n'étaient pas sans avoir eu connaissance d'une autre notation que celle des Grecs de l'époque classique. N'est-ce pas cette notation — quelle que soit sa forme graphique — qui s'est trouvée mise en vedette avec le chant même qu'elle représentait, alors

(1) Paléog, mus.y t. 1, p. 33. — Baini, Mém. tur la vie et les œuvres de Palestrina, cité par dom Pothier, Mil. grég., p. 259, 1" éditioD. — Dom Morin, Véritables Origines du chant grégorien y p. 41 et suiv.

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