‹ La cantilène romaine;Chapitre 28 sur 54 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

nétique primitive ue dérive pas des signes d'accentuation grecque; 2^ qu'elle a dû être employée sur le texte syriaque même, dès avant toute traduction faite au iv^ siècle, du syriaque en grec. Ce serait donc une notation indigène dont Forigine est actuellement inconnue et pourrait remonter au début même du christianisme syrien ; mais n'entrons pas dans le parterre fleuri de riiypothèse captivante.

Quoi qu'il en soil, le fait est digne d'être étudié, et si une tradition orale a perpétué Von-dit d'une notation établie sur le principe des accents grammaticaux, cet on-dit ne peut s'appliquer qu'à une autre notation créée vers la même époque qui fut témoin de la traduction de l'hébreu ou du syriaque en grec et en latin, c'est-à-dire du m* siècle au iv« siècle et dans un but déterminé. Ce but n'est pas malaisé à deviner : c'est l'adoption officielle du chant syrien à Rome et en Italie, déformé, réformé, réadapté au texte latin liturgique officiel, et la déformation partielle de la mélodie tout autant que l'apport d'une mélodie nouvelle, inconnue en Italie, a entraîné obligatoirement la création d'une notation ad hoc : la notation latine ueumatique, dérivée, elle, à coup sûr du principe des signes d'accents (1).

Elles n'ont donc aucun lien commun entre elles; leur élaboration et leur but niusicar sont également en opposition; et comme toujours le système occidental neumatique a été marqué au coin de la logique que nos races apportent en toutes leurs productions.

Il ressort clairement de cet exposé :

1*» Que c'est au iii« siècle que la notation alphabétique grecque tombe en désuétude ;

2*» Que c'est au iv* siècle que nous apprenons l'existence d'une notation syrienne puisque le chant était lu « ex membrana ;

3° Que c'est au iv* siècle que le chant syrien ou hébraïque (les deux fusionnés sans doute) parait à Rome, sous saint Damase I^ (366) ;

4° Que c'est au iv« siècle que se place Tadoption officielle du texte grec en Orient dans les églises syriaques. (On paraissait donc marcher vers une unité relative) ;

5"" Que les deux notations, mises en parallèle, n'ont aucun rapport entre elles.

Nous conclurons alors avec une grande vraisemblance :

P Que neumes latins et neumes orientaux ne proviennent pas d'une même source, mais, tout au plus, d'une même idée première, dont la mise en pratique a suivi une marche différente ;

2*» Que vouloir expliquer le sens rythmique des neumes latins par le sens des neumes orientaux est un leurre ;

(1) La notation ekphonétique est un composé de signes conventionnels dans leur sens diastémaUque.

60 LA CANTILÈNE ROMAliNE

9" Que la notation latine doit avoir été élaborée à Rome par les chantres grecs à une époque à fixer entre le milieu du uiMv* et le milieu du iv*-v« siècle (1), alors que la liturgie s'organisait sérieusement et que la fondation d'une Scola cantorum sous Hilaire I**" (461) allait s'imposer ;

4*» Que la notation latine est d'élaboration gréco-latine et non orientale, attendu que tous les termes techniques en sont grecs ou latins (2) ;

5^ Que saint Grégoire a donc pu neumer son Antiphonaire, à supposer que le travail matériel attribué au Saint Pontife ait été son œuvre.

Ce point de vue ne nous intéresse absolument pas.

En tout état de cause, la notation neumatique devait avoir près de cent cinquante ans d'existence lorsque saint Grégoire prit possession de la chaire de Saint-Pierre.

Ces conclusions nous suggèrent les déductions ci-après :

La haute antiquité de l'origine de la notation neumatique romaine explique que nous ne possédions aucune indication précise sur les phases de son élaboration, et que nous trouvions, sous la plume d'un écrivain (3) du XI* siècle, la mention de la nota romana existante comme une chose indiscutée encore à l'époque de Charlemagne.

Mais la même haute antiquité nous aide à mieux comprendre le silence de nos théoriciens (même les plus renommés) touchant le sens rythmique de chacun des neumes latins qu'ils sont incapables d'expliquer; aussi ne le tententils même pas.

Néanmoins, derrière ces phrases à double sens de nos auteurs préférés, Hucbald,Odon et Gui, nous découvrirons ce qui se cache réellement : la certitude de l'existence d'un chant oriental exubérant du vr au viii* siècle, représenté neumatiquement dans le système d'écriture imaginé à Rome au iv'-v« siècle par des musicistes grecs.

La situation apparaît bien nette désormais. On sait d'où vient le chant latin ; on sait son style original ; on sait que ce style seul s'est conservé pur sous le couvert d'une mélodie refondue, latinisée .

Il ne reste plus qu'à aborder la théorie qui semble avoir été en honneur à l'époque grégorienne .

(1) Nous élargissons le cadre autant qu'il est possible de le faire.

(2) Nous renvoyons le lecteur à nos Deux Mémoires lus au Congrès de 1900, pour quelques observations importantes qui s'y trouvent.

(3) Adhémar, moine de Saint-Cibar, à Angouléme. V. Pair, latine, t. CXLI, col. 28,

DEUXIÈME PAKTIK 61

Tableaux des filiations des notations neumatiques

Notation ekphonétique primitive

Notation constantinopolitaine

Notation damascénienne xiii<' s. Not. Mont Athos Notation russe

x*-xi«* s. xe s.

Notation de Koukouzelès xiv** s. Notation russe réformée

XIIK s.

Notation de Chrysantlie de Madyte (1819)

IIo

Notation neumatique romaine

Notations dérivées : i«si»arde, Si-<îall, aquiuiie, nessiof, fnD^, anglo-suoiBe, gtlkiqiie.

Notations sur lignes

Notation carrée xiik s.

Notation figurée xiv« s.

Notation moderne xvii*? s.

Page 1