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On remarquera que nous avons déplacé les syllabes le-hi-ia en les reculant d'un groupe pour éviter la déclamation saugrenue des livres bénédictins qui,
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ne s'étant jamais prives de bouleverser la notation, n'a pas même ici à son actif une bonne accentuation oratoire du texte :
<^ac. ^8 .
A cette interprétation des lettres c et / nous opposerons que Tinterprélation des auteurs anciens est seule à considérer. L'invention des lettres c, /, m, etc., par Notker, au x*" siècle, n'a rien à voir avec ce que les grammairiens latins ont entendu spécifier par les mots dont les lettres c, /, m, etc., sont les initiales par trop opportunistes ! Ces mots, dont le sens est très vague, n'ont pas à volonté un nouveau sens extensible selon l'entendement moderne de chacun : plus vivement, plus lentement, modérément, sont des indications de nuances d'exécution et dans leur « lettre » et dans leur « esprit ». Il était bien facile aux Notkers de tout acabit de dire / = longue de deux temps premiers, c = brève d'un temps premier, etc. Aucun ne l'a fait parce que ce sens n'était pas celui qu'on attribuait à ces lettres-nuances (1). Et si l'on prétend qu'elles sont synonymes de son long, son bref, il convient de nous dire ce que c'est qu'un son moyen (mediocriter). On ne le peut qu'en faisant appel à une nuance d'exécution. C'est la condamnation du système même.
L'épisème romanien rentre dans le même cas d'interprétation de nuance rallentando que celui de la lettre /.
La base de l'argumentation des mensuralistes concernant l'épisème repose sur le sens forcé par eux d'un bout de texte trouvé dans le Micrologue : « Aliœ voces ab aliis, morulam duplo longiorem vel duplo breviorem aut tremulam habeant id est varium tenorem quem longum aliquotiens vmouLA plana
LITTERiK APPOSITA SIGNIFICAT. (MicroL, C. XV.)
La virgula plana (c'est le fameux épisème) apposita à une « lettre- (2) son »
(1). V. Pair. Lat. Migne, t. CXXXI, col. 1171-72 : c = cito, vel celeriter ; m = mediocrUer, melodium moderarij mendicando !! ; t = irahere vel tenere. Il faut donc apporter une certaine élasticité de jugement pour voir dans ces termes de Notker des indications prosodiques.
(2) Que vient faire cette lettre ici ? Pourquoi n'est-ce pas le mot « vox » ou • phthongus » que Gui devait employer ?
signifierait donc, au dire des mensuralistes, que ce son serait long d'une longueur prosodique !
Mais tout d*abord Gui d'Arezzo fixe que cette durée « longue » n'est que QUELQUEFOIS (aliquotiens) représentée par le signe (lettre) affecté de uirgula plana.
On conviendra aisément qu'un procédé d'écriture fixe concernant l'un des faits rythmiques les plus importants ne se contente pas d'être mis en pratique quelquefois ! Si Gui d'Arezzo n'avait fait aucune allusion à ce procédé d'écriture, toute supposition était permise ; mais son (( aliquotiens )> est clair et inet à néant a toute supposition » pro domo. Mais encore, cet (( aliquotiens » a un sens, si l'on veut bien prendre garde -que les manuscrits ne concordent pas entre eux d'une manière rigoureuse sur l'emploi de l'épisème, et l'expression de Gui réserve implicitement le cas de notation ou de non-notation de cet épisème. De ce fait, seule l'interprétation de nuance subsiste, car si l'on attache « toujours » à cet épisème le sens de longueur fixe prosodique, on ne pourra établir deux versions entièrement semblables d'une même mélodie, selon qu'on prendra deux manuscrits d'écoles différentes. Est-ce pour cette raison que l'école mensuraliste fait appel à plusieurs manuscrits pour essayer quatre versions admissibles dune même mélodie ?
Pour ne pas errer à l'aventure dans une question aussi fondamentale, il fallait mettre en relief le sens vrai musicalement des termes de Gui, dans la phrase où nous lisons cet importun aliquotiens. Le voici.
Dans toute musique les sons se différencient entre eux, quant à leur durée, dans un rapport du simple au double (1). C'est ce que la notation moderne représente par ses séries décroissantes :
La ronde vaut deux blanches ; La blanche vaut deux noires ; La noire vaut deux croches ; La croche vaut deux doubles-croches ; etc.
Gui d'Arezzo ne spécifie pas autre chose par ces mots : alise uoces ab aliis morulam duplo longiorem uel duplo breviorem (2)... ce qui est de toute logique puisque le rapport de brève à longue, du simple au double, existera toujours selon que nous écrirons une suite rythmique sous l'une de ces formes :
(1) La proportion du simple au triple n'existe pas théoriquement; c'est un jeu d'écriture trompe-rœil pour les innombrables écrivains superficiels des choses de la musique.
(2) 11 existe un commentaire d'Aribon sur cette phrase, mais les termes de Gui ne le comportent pas exactement. Âribon d'ailleurs parle en son nom personnel : « ui arbitror...).
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Les valeurs spécifiées « plus longues » par Gui ne sont donc plus longues que proportionnellement à d'autres a plus brèves» et dans un rapport du simple au double, mais nulle part Gui d'Arezzo ne fait intervenir la valeur fixe du « temps premier antique insubdivisible », ni elle ni aucune autre, comme base d'une durée prise à titre de moyenne de comparaison.
Le sens de duplo longior vel duplo brevior ne saurait être étendu au delà de l'interprétation « solfège » des termes que Gui emploie.
Nous ne pensons pas que Ton puisse prétendre trouver cette' moyenne de comparaison dans la suite de la même phrase : « duplo longiorem vel duplo breviorem aux tremulam habeant », ce qui représente bien certainement une troisième sorte de durée. Mais est-elle intermédiaire entre les deux extrêmes précitées? On n'osera pas le soutenir à coup sûr, attendu que Gui ajoute : id est varium tenorem quem longum aliquoiiens virgula plana. . . significat.
Or 1° a varium tenorem quem longum, etc.. » ne peut se rapporter qu'à tremulam, el signifie durée difl^érenle des deux premières « duplo longiorem vel duplo breviorem ».
2? Ce a quem longum » est le grand argument mensuraliste en faveur de la longue prosodique ; « duplo longior » signifierait alors la double longue et « duplo brevior » la brève ; mais, d'autre part, ce « duplo longior » serait opposé à une valeur « brevis » sous-entendue, comme « duplo brevior » a une valeur « longay> sous-entendue également. Alors quel est le sens exact de chacun de ces trois termes ?
On voit l'erreur de s'attacher à la « lettre » d'un mot du texte soigneusement extrait d'une phrase et placé sur la table de dissection. Tout cela n'aboutit qu'à un tissu de contradictions.
« Duplo longior vel duplo brevior » vient d'être expliqué : longueur et brièveté proportionnelle l'une à l'autre sans commune base fixe : donc série décroissante de nos valeurs modernes. Pour « tremulam », il est clair, que Gui spécifiant « varium tenorem quem longum aliquotiens, etc.. » entend parler, non d'une longueur fixe intermédiaire entre les deux précédentes, mais d'une simple durée, intermédiaire à la vérité, non chronométrique, chancelante, vacillante (tremulam) expressive, rallentando légèrement allongée, sans durée définie, incertaine (varium tenorem), « quem longum » relative, aliquo- TiENS sera ou ne sera pas notée par épisême, sans que le rythme musical en souffre chronométriquement (1).
La théorie de la longueur prosodique indiquée par épisême n'est donc pas justifiable, puisque le sens même de l'épisème fixé par Gui d'Arezzo laisse supposer toute espèce de valeur excepté celle de longue prosodique.
(1) Sur le mut tremulam nous avons un commentaire d'Aribou qui, bien qu'éloigné de la question. Justifie notre thèse par un certain côté. Aribon dit que ce mot tremulam signifie cette note tremblée appelée qmlisma ! Quel rapport cxiste-t-il entre le quilisma, note tremblée {vacUlante)y et la longue prosodique ? L'un est la négation de l'autre.
Episèmes et lettres romaniennes sont donc certainement des indications supplémentaires ajoutées à une certaine époque pour mieux préciser certains détails d'exécution suivant le goût des maîtres qui ont eu Tidée première de leur invention. C'est là ce que la prudence la plus élémentaire nous oblige à ne pas dépasser dans nos conclusions sur le fond.
A l'époque où Gui écrit, tout est anarchie depuis un siècle et demi dans le domaine de la musique sacrée. La pratique musicale métrique romanienne, italo-helvétique, est un mythe, attendu que le transport des mélodies sur les portées musicales dites guidoniennes ne tient plus compte du système romanien, et le planas cantus apparaît au même moment. Ceci, joint à ce qui a été dit précédemment sur l'application de la théorie des episèmes, achève la ruine de l'hypothèse mensuraliste.
Une seule chose subsistait et subsista longtemps encore dans les manuscrits — en principe du moins — c'est le groupement neumatiqiie. Là même, il y eut deux grands courants distincts, le courant frank(l) et le courant saxon (2). Le premier respecta le groupement primitif usité dans la contrée, mais ce groupement recoupé est souvent faux. Le second respectait la version mère de Saint-Gall et ne recoupait pas les neumes, même compliqués (3). Le principe d'écriture était respecté.
Avant et après Gui d'Arezzo, des manuscrits très soignés, établis suivant la pure technique du « groupement neumatique », se rencontrent nombreux et ne portent aucune trace de lettres romaniennes (4). Le groupement neumatique seul subsiste ; c'est donc que les lettres romaniennes sont bien indicatrices de nuances d'exécution à observer ad libitum^ mais non de lythme métrique à observer nécessairement.
D'autres manuscrits ne portent aucune lettre romanienne, mais sont surchargés d'épisèmes (5)! D]autres n'ont ni lettres, ni episèmes (6)? Dans tous, le groupement neumatique affirme sa tyrannie ou mieux sa tradition d'écriture : par écoles, ne l'oublions pas.
Donc, répisème n'a, comme les lettres romaniennes, qu'une valeur de « nuance », et nous ne saurions plus admettre le sens de longueur projyortionnelle de la note ainsi soulignée dans les groupes neumatiques, puisque ce
(1) Représenté peut-être par S. Odon de Cluny (V. p. 92).
(2) Représenté plus certainement par Gui d'Arezzo (V. p. 92).
(3) Quelques variantes existent, ce sont variantes de copies, à peine des fautes.
(4) Le ms. 339 de Saint-Gall, par ex. ! Dira-t-on que le copiste avait réservé l'addition des lettres pour plus tard ?
(5) Ms. 339 de Saint-Gall.
(6) Mss. messins, aquitains, français.