‹ La cantilène romaine;Chapitre 32 sur 54 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

soulignement n'existe pas toujours placé sur les signes d'une façon uniforme.

Enfin, si Romanus a cru bon de compléter le système d'écriture antérieurement en usage, c'est évidemment que ce système ne connaissait pas l'invention romanienne des lettres et des épisèmes.

Est-ce donc que les longues et les brèves de la mélodie n'avaient alors, au sens mensuraliste, aucune notation particulière dans ce système neumatique antérieur? Est-ce donc qu'elles n'existaient pas ? Est-ce donc que les notes n'avaient aucune durée fixe? Qui oserait le soutenir?

Où voit-on, d'ailleurs, que cette école romanienne ait abouti. Nulle part on ne trouve de traces d'un enseignement sur cette base, sauf l'allusion de Gui à la virgula plana^ et nous en avons fixé la valeur réelle.

Rappelons donc ce que nous avons établi autre part : dest par le redoublement des éléments fondamentaux, qui sont comme les lettres de l'alphabet neumatique, que les premiers neumistes ont représenté la durée double (duplo longior, duplo brevior) ou triple d'un des sons composant la formule neumatique.

UMi

1VNO-

'^^ tvi-^ Ti^ Ir êî^ '^J^

et ainsi de suite pour toutes les combinaisons (1), système logique ne prêtant à aucun double sens de lecture.

Et ce sont ces formules, représentant chacune en soi I'équivalence (2) rythmique musicale orientale d'un pied dit métrique gréco-latin battu en pied musical rythmique, qui condamnent sans appel la théorie mensuraliste basée sur les lettres et les épisèmes romaniens.

En efifet, celte théorie nouvelle, appliquée suivant les principes de ses inventeurs, produit ce fait inacceptable que chaque formule neumatique prend une forme notationnelle rythmique variant du tiers de pied au pied et demi ; elle est même quelquefois beaucoup plus étendue encore.

Les mensuralistes prétendent justifier ces traductions en fixant que les formules neumatiques ne représentent pas une à une, et chacune un seul pied métrique complet, (ce qui est une nouvelle déformation du sens premier que nos mensuralistes avaient d'eux-mêmes attribué aux termes employés par Gui

(1) Le Rythme dn Cliaiil dU grégorien, p. 162.

i2) V. chap. suivant ce qui prouve l'équivalence et condamne Vanalogie que ron prétend retrouver.

d'Arezzo), mais qu'elles sont une matière brute composée de brèves et de longues comme un long mot pris dans un vers latin est un composé de syllabes longues et de syllabes brèves, susceptible de compléter, suivant la place à laquelle on le mettra dans le i;er5, soit un pied, soit un autre. Sur ce point, on aime à s'autoriser de l'exemple suivant :

et l'on fait|remarquer contre notre (hypo)thèse que si Tityre, tegmine, fagi, sont des mots constituant par eux-mêmes un pied dactyle ou spondée, par contrepa/Mte,recM&an5,tousdeux anapestes quant à leur valeur prosodique,interviennenl ici l'un et l'autre comme complément dun pied dactylique formé d'une portion de chacun d'eux tu ' patu || te ^ ' reçu \\ bans ' et, fort de celte cons-

dact. dact.

tatation, on fixe en principe que tout neume-pied peut être appelé à jouer le même rôle dans une période rythmique.

L'argument est fragile, car on peut, à l'inverse, fixer que Titgre, tegmine, fagi, sont des mots-pieds du genre rythmique de la période dactylique et qu'ils sont les modèles des rythmes notés en neumes. Ils le sont, en efTet, mais pour une raison moins sujette à caution que celle ici invoquée sur leur bonne apparence.

Ils le sont parce que le rythme musical ne scande pas des mots, bien ou mal ajustés sous des notes, mais scande des groupes de sons, groupes-unités rythmiques, se succédant dans un ordre déterminé, abstraction faite de la bonne ou de la mauvaise juxtaposition des syllabes d'un texte quelconque ; et, la preuve en est que le rythme musical continue ses hauts faits rythmiques quand bien même aucune parole n'intervient plus, comme c'est le cas dans les vocalises.

Le texte ne signifie donc rien, l'unité rythmique musicale signifie tout, le texte n'intervenant que pour fixer la forme spéciale rythmique de telle unité, et l'on scande musicalement :

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