‹ La cantilène romaine;Chapitre 33 sur 54 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

A l'époque où aucune nolalion seméiographique n'existait, et quel que soit Tagencement particulier de ces six pieds mis bout à bout, c'est toujours un membre rythmique musical de six unités (1) que la musique considérera sans se soucier de savoir si les mots qui ont fixé la forme « hexamètre w sont ou non monosyllabiques ou polysyllabiques, à cheval sur deux unités, ou n'en constituant qu'une seule complète.

Ne s'étant pas rendu compte des quelques notions que nous venons de rappeler, l'école mensuraliste ne veut voir, dans le texte connu « cum et neumœ loco sini pedum (2) », autre chose que ce sens : les neumes contiennent des éléments de pieds métriques (3).

D'où celte conclusion, qui formera la base du nouveau système d'interprétation : un signe neumatique ne représente pas un pied métrique ; un signe neumatique est comme un mot, court ou long, d'un vers latin pouvant accuser une forme de pied complet comme Tityre, tegmine, mais ce ne sera que « par hasard », car, « en principe », c'est un bloc rythmique apte à entrer dans la composition d'un pied, mais apte également à représenter plus qu'un pied (pied + 1/4, ou + 1/2, ou + 3/4 de pied), ou deux pieds, ou plus encore, si le neume est très compliqué ; le tout basé sur l'interprétation des épisèmes et des lettres romaniennes !

Où donc, d'ailleurs, érudits adversaires, irez-vous chercher la loi du recoupement des syllabes neumatiques à telle place et non à telle autre? Vingt fois nous avons posé la question, jamais on n'y a répondu !

Voici un groupe de six sons, syllaba duplicata guidonienne: sur quel texte vous appuierez-vous pour soutenir que ce groupe est divisible en 2 parties comme 5 -h 1, 4 -h 2, 3 + 3 et dans l'autre sens 2 + 4, 1 + 5? Sur aucun (4), avouez-le, votre bon goût est votre seul maître et vos traductions vous font juger musicalement.

On peut juger de l'arbitraire de l'interprétation possible par ce fait que l'école mensuraliste, dans le domaine dont elle a fixé elle-même les limites sur le papier (théorie), ne sait pas encore elle-même où les tracer sur le terrain (la traduction des notations). Elle ne parait même pas s'être rendu compte des singuliers pieds métriques que ses transcriptions diXes rigoureuses des neumes de Saint'Gall nous mettent sous les yeux. Cet argument est de valeur, on l'avouera.

(1) V. noire opuscule : La richesse rythmique musicale de VantiquUé, pp. Set suiv.

(2) Gui d*Arezzo, loc. ci7.

(3) Une telle interprétation montre que Ton ne connaît que très imparfaitement les bases de Tart musical admissibles à Tépoque de Gui d'Arezzo.

(4) N'invoquez pas la « lettre » du texte c Neumœ alterutrum conferantur nunc œquœ œquis, etc . . » Ce serait donner le change, Jeter de la poudre aux yeux et trahir votre incompréhension de l'esprit de ce texte. (Voir à la fin de ce volume le § IV traitant du Membre de phrase.

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Il reste contre cette école un ensemble de faits dont elle ne peut éviter les conséquences :

1° La loi de l'unité rythmique représentée par le pied rythmique, lequel, 2° exige une notation lisible que les médiévistes paraissent avoir bien caractérisée par ces mots : cum et neiimœ loco sint pedum ; lesquels mots, 3** ne peuvent signifier autre chose que : Les neumes représentent des pieds en tant que pieds battus (1), Tàme du rythme, et que jamais les anciens auteurs n'ont laissé entendre que dans ces neumes on ne trouvait que les longues et les brèves des pieds métriques usuels constitutifs d*une période littéraire versifiée.

Et, de fait, pour élayer cette dernière hypothèse, nos mensuralistes n'ont pas recours à un texte plaidant en leur faveur (2), mais bien et seulement à des signes romaniens de nuance d'exécution qu'ils transforment pour les besoins de leur cause en signes indicateurs de durée fixe « longue ou brève » ; en dernier lieu, ils se trouvent pris dans leurs propres filets, puisque, appliquée à la lettre, cette théorie se montre inapplicable.

Il reste encore un fait de lecture qui domine tout : c'est le neume, groupement toujours respecté, unité du rythme musical, équivalent du pied rythmique antique (unité rythmique antique).

Gafori lui-même nous dira un jour : (f Neuma grœce, latine dicitur nutus ! » Qu'est-ce donc que ce mot nutus ? Que vient-il faire ici ? Il signifie « signe de tête, assentiment ». Ne voit-on pas qu'il fait alhision à ce tic bien liumain de l'auditeur marquant les temps rythmiques-unités en scandant le rythme de clxaque neume, par des mouvements de tête ; c'est le fait humain pris sur le vit.

Nous sommes donc autorisé à conclure que le rythme original de la mélodie grégorienne ne peut pas être le rythme proposé par l'école mensuraliste.

(1) V. Chap. 11, § 3 à la fin. On u*a jamais compris ce texte de Gui d'Arezzo.

(2; Le texte t Melricos aiiiem catUus dico quia sœpe ila caninuis ul quasi versus pedibus scandere videamur » n*a pas d'autre sens musical que celui que nous venons d'établir par le commentaire des ex. 41 ct'42. Ce que nous avons dit du sens des mots « tenorem longum » justifie pleinement cette dernière réscr^'e, puisque ces mots sont la négation du pied métrique et la justification du rythme musical pur.

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