CHAPITRE DEUXIÈME
L'enseignement rythmique du moyen âge.
Les Auteurs.
Nous avons dit que les auteurs du moyen âge étaient les continuateurs de ranliquité. Us le sont, en effet, mais leur degré d'instruction varie du tout au tout de Tun à Tautre.
Les maîtres de celte époque se réclament, implicitement par leurs écrits, d'un enseignement antérieur, mais la manière dont ils témoignent leurs connaissances de cet enseignement fait souvent un contraste peu flatteur pour eux avec la réputation que les générations suivantes ont établie à leur endroit.
On ne remontera pas ici jusqu'au passé lointain ou Aristoxène fixait les bases de la rythmique humaine, sans trop avoir conscience lui-même de la grandeur de son œuvre.
Néanmoins, on peut dire que les sous-maitres de Rome et d'Alexandrie ont adopté ses vues pour les léguer, comme un enseignement rationnel et substantiel^ aux générations qui furent indirectement leurs élèves.
M. Fab. Quintilien, par quelques passages de son de Institutione oratorio, et Aristide Quintilien, par son de Musica en trois livres (1), s'affirment d'euxmêmes comme les mandataires volontaires de l'enseignement ancien.
Maiiianus Capella vivra aux dépens d'Aristide Quintilien ; Rémi d'Auxerre glosera Mart. Capella. Nous sommes au ix* siècle. La filiation est établie. Mais, entre temps, d'autres noms ont brillé d'un éclat plus ou moins pur sur la scène du monde des théoriciens de la musique.
C'est un tort de mélanger les réputations d'auteurs comme on l'a fait ; les moins dignes d'être connues ont profité souvent trop largement du rayonne-
(1) Dans la collection de Meybuum. Amsterdam, 1652.
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ment projeté par une réputation voisine. Il semblerait presque de nos jours que le moyen âge n'ait été peuplé que d'hommes transcendants par le génie, l'instruction et la sainteté. De celle-ci l'on n'a cure ici ; du génie on ne conservera le souvenir que si l'instruction plaide en sa faveur.
En fait d'hommes grands à des degrés différents, par le savoir, nous ne retiendrons guère que S. Augustin, Hucbald de Saint-Amand et Gui d'Arezzo. Ceux-là occupent une place sérieuse, non pas tant par ce qu'ils disent, non pas tant par la manière dont ils le disent, mais par ce que leurs écrits (quoique incomplets, au sens d'enseignement scientifique) laissent deviner de leurs connaissances techniques. Un mot anodin, en apparence, est une révélation soudaine d'une partie non exprimée de leur savoir. Il ne s'agit pas en ceci de leur prêter gratuitement une science acquise ou qu'ils devaient nécessairement posséder, mais bien et seulement, en possédant soi-même les connaissances de la science antique, de ne pas laisser passer dans leurs écrits un mot révélateur d'un même fonds de savoir en eux-mêmes.
On constatera alors que S. Augustin, qui brille d'un pur éclat h la fin du iv*^ siècle avec son de Musica en dix livres, dont les cinq premiers sont particulièrement à étudier, mérite moins d'honneur au regard de la pratique musicale qu'Hucbald et que Gui d'Arezzo. A son tour Hucbald, quoique beaucoup plus sobre de détails que ne l'est Gui, a sur celui-ci une prépondérance marquée : celle du musicien de métier sur un religieux musicien par vocation.
Mais Gui, par les détails qu'il nous transmet (en désordre il est vrai) prend à nos yeux la première place ; car, sans lui, les systèmes dlnterprétalion les plus opposés auraient trouvé dans S. Augustin et dans Hucbald une base commune suivant l'interprétation personnelle des commentateurs modernes.
Disons quelques mots de chacun des auteurs connus, dans l'ordre chronologique où ils apparaissent.
Après S. Augustin, parlera-t-on de Boëce? Son traité en cinq livres (1) n'aborde que les arcanes de Vharmonique. On y sent la main d'un maître vérilable. Rien à faire avec lui. Sera-ce S. Isidore de Séville dans ses Eigmolo- (fies (2) qui nous aidera de ses lumières de compilateur? Ses rares citations sont des emprunts faits à S. Augustin, en particulier; les autres mentions sont dignes de figurer dans un glossaire de poche. Rien à faire encore avec lui. Est-ce Bède, dont deux courts opuscules douteux, très douteux même, sont publiés (3) sous son nom : 1° Musica iheorica, fatras indigne de sa réputation méritée à tant d'autres titrés, dans lequel on trouve à peine deux ou trois
(1, Pair, lat, Migne, t. LXUl, col. 1167 et suiv.
(2) Pair. lat. Migne, t. LXXXU. col. lG3cl suiv.
(3) Patr. lai. Mignc, t. XC, col. 909 et suiv.