TROISIÈME PARTIE
partem cantilenœ constitmmt, on prétend que « neiimam )) se rapporte à duplicatœ. C'est à discuter; attendu que le texte ne spécifie aucune distinction entre le mot « neume » attribué à la syllaba duplicata et refusé à la syllaba sola. Admettons toutefois que cela soit : la syllaba sola serait un composant partiel du neuma, lequel serait le représentant graphique de la syllaba duplicata. La syllabe serait plus petite que le neuma, un sous -composant quelconque du neuma et celui-ci contiendrait deux syllabes! Si le fait était réel, cette déduction serait d'une logique écrasante.
Dans le second cas : « Una syllaba unam vel plures habeat neiunasi » L'interprétation devient arbitraire : le neuma lui-même devient un sous-composant de la syllaba !! C'est d'une logique de plus en plus écrasante.
Quelle est alors la valeur rythmique de la syllaba, du neuma, de la pars et de Impars iota? Lorsque Gui aura jugé bon de s'expliquer, si besoin il y a, nous conclurons nous-méme. Il faut reconnaître que lorsqu'on enseigne, on ne devrait pas se permettre de telles plaisanteries. Mais Gui s'est-il permis de plaisanter? On ne le croira pas. Il ne peut pas ne pas y avoir, pour l'honneur de Gui, autre chose à découvrir derrière ces contradictions apparentes.
Ce quelque chose est précisément un fait de déformation partielle d'une mélodie-type, soit adaptée à un autre texte que le texte original, soit présentée momentanément sous une autre forme (1), sans que la loi iondamentale puisse en subir d'atteintes, puisque la notation qui représentera la nouvelle forme mélodique sera composée, comme toute notation, d'une suite de neumes auxquels s'appliquera toujours la règle de lecture; « unus, duo, très soni aptantur in syllabas.., neumam,.. constituunl, » Ne nous attachons donc à la lettre d'un texte que lorsque l'esprit de ce texte s'affirme du même moment, mais recourons à « l'esprit » toutes les fois que le texte accuse des contradictions aussi déconcertantes.
Un exemple encore à ce sujet. Irons-nous prendre à la «lettre» le parallèle par lequel Gui commence son chap. XV? Le voici :
Igitur quemadmodum in metris sunt liiierœ et SYLLAB.ii, partes et pedes ac versus, auxquels il oppose Ha et in barmonia sunt phthongi (2), id est soni, quorum unus, duo vel très aptantur in syllabas, ipsœque solœ vel duplicatœ neumam id est partem constituunl cantilenœ; et pars una vel plures distinctionem faciunt. »
Littera et syllaba, syllaba et pars seraient donc diflërentes littérairement, si l'on s'en tenait à la « lettre » du texte. Mais qui osera soutenir qu'une littera ne puisse être une syllaba f une syllaba, un mot? un mot, une pars?
(1) Voir « Appendice » au t Rythme » p. iM)5 et suiv. ; le fait y est expliqué.
(2) Phthongus est le son musical généralement opposé à Bonus, son quelconque. Hucbald dit : « Sonus quarumcumque vocum générale est nomen ; sed phthongos dicimus vocis canorœ sonos, » Gui les confond en une seule espèce. Vox est souvent la note musicale prise en ellemême.
*/2 LA CANTILKNE KOMAINK
Le verbiage de Gui a moins d'importance, en vérité; sa précision n'est qu'un Irompe-l'œil, d'autant plus que S. Odon de Cluny, s'amusant aux mêmes dissections enfantines, spécifiera que 1, 2, 3, 4 sons sont aptes à former des syllabes musicales comme 1, 2, 3, 4 lettres des syllabes littéraires. Ex. :
A - mo tem - plu m (1)
lletlrc. 2 1. ' :U. 4 1.
Le sens des mots syllaba, neuma, pars est donc difTérent de celui qu'on nous oppose à la légère et ne prête d'ailleurs à aucune hésitation, si l'on fait inlen'enir une saine connaissance de la rythmique musicale à l'époque de Gui.
D'après Gui, la syllabe peut être composée de 1 , 2, 3 sons ; d'après S. Odon de 1, 2, 3, 4 sons; mais Gui, suivant son verbiage entortillé habituel, complète sa spécification par le mot duplicata qui, élant donné qu'il est admis que la syllaba sola représenle la syllabe de un, deux ou trois sons, ne peut signifier autre chose qu'une amplification de la syllabe doublée dans le nombre de ses notes composantes ordinaires (1,2, 3), c'est-à-dire 2, 4, G sons réunis en un tout neumatique.
Pourquoi n'est-il pas plus explicite?
Il y a une grande présomption que Gui travaillait sur les notations neumatiques sangalliennes, et, remarquant que, dans ces notations, les groupes neumatiques comprennent de 1 à six sons (2) en général, représentés par des juxtapositions de signks neumatiques séfahés, étroitement réunis graphiquement, notre auteur, regardant les signes de 1 à 3 sons comme fondamentaux toute amplification graphique devenait une duplication, un allongement de la syllabe fondamentale par redoublement de signes, a eu l'idée de spécifier :
Syllaba sola, 1, 2, 3 sons
Syllaba duplicata, 2, 4, 6 sons
très intelligemment du reste, attendu qu'une étude sévère des 390 signes usuels de la notation neumatique (3) nous a démontré que tels groupes de 4 sons ou de 6 sons par exemple, sont mélodiquement — comprendra-t-on seu-
(1) y.Opuscula de Musica, P LM, t. CXXXIH, col. 784. a Ad canlandi scientiamy nosse quibus nwdis ad se inviccm vocesjiingantur summa ulUilas est, nam sicut duœ plentmque Utterœ ant ires au! quatuor unain faciuni syllabam^ sioe sola tittera pro syllaba accipitur ut amo trmplum : ita quoque et in musica plerumque sola vox per se pronuntiatur, plerumque duœ aut ires uel quatuor cohœrentes unam consonantiam reddunt, quod jiixta aliquem îîwdum musicam syllabam nominare possumus.
(2) Ils s'étendent même à 7 et à 8 sons, comme dans le chant hébraïque, mais jamais au delà. Il suffisait à Gui de dire : « Unus, duo^ très, vrl quatuor (comme S. Odon le fixe d'ailleurs) : Syllaba soluy ipsaque duplicata^ etc.... », toutes les formules rentraient dans sa définition évasive devenue claire.
(3) Voirie tableau complet que nous avons donné et expliqué dans notre « Rythme du Chant grégorien », pp. 8-9 à 110.