‹ La cantilène romaine;Chapitre 4 sur 54 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

populaire par la tournure d'esprit et par le but poursuivi par les glossateurs. Ce n'est encore ni du plain-chant pur, voulu tel, ni et encore moins du chant grégorien.

Comment se fait-il que, dans les livres bénédictins, notations, théories, etc., ne fassent qu'un tout d'un tel répertoire? En vertu de quelle investiture s'est-on permis d'agir de la sorte? Au regard de la vérité historique avait-on le droit de nous tromper, nous catholiques, d'aussi désinvolte façon ?

Il y a, en résumé, une distinction urgente à établir entre \e plamis canins original des « chants communs », et le planas canins empirique des « chants propres grégoriens ».

Les chants communs ont été composés en planns canins à dater du XI* siècle très probablement (réserve faite pour un leit moliv antérieurement en usage et pris pour thème à développer). Leur exécution selon ce style est conforme à leur essence. Ils sont « chorals » légèrement fleuris, souvenir de la mélodie grégorienne, type traditionnel du beau chant sacré du vu* siècle, et, tels quels, possèdent une beauté intrinsèque qu'une longue accoutumance a sanctionnée et que l'on ne peut leur refuser. Ce sont ces chants qui, pris pour dn chant grégorien par les artistes du siècle dernier, ont excité leur enthousiasme. L'enthousiasme était de mise. Les œuvres restent ce qu'elles sont. L'étiquette seule est fausse. L'appel fait par les bénédictins à cette consécration laïque en faveur de la mélodie grégorienne n'a donc plus à être mise en avant.

En elTel, le chant grégorien pur, fleuri du vu* siècle (et siècles suivants), exécuté en planns canins bénédictin, est une insanité. C'est du Bach exubérant, misérablement ànonné par quelque professionnel incapable, minaudant, ignorant le style de l'œuvre et prenant à témoin de la beauté du « style de Bach » les témoignages donnés par les maîtres de l'orgue du xix* siècle à Tœuvre authentique, mais que notre ignorant applique à sa niaise exécution personnelle !

Cette distinction — qui, à notre humble avis, et sans même être entré dans l'étude historique qui doit suivre, condamne irrémédiablement l'œuvre de Solesmes, — nous a paru urgente à établir pour répondre par anticipation à une objection prévue et déjà formulée d'ailleurs en ces termes : pourquoi le style qui convient aux uns (les chants communs) ne saurait-il convenir aux autres [les chants fleuris propres), puisque c'est la même idée qui a fait éclore la même prière à toutes les époques?

Nous croyons avoir mis en relief la cause majeure de l'incompatibilité des deux styles. L'histoire que nous allons aborder montrera que le style fleuri n'est pas éclos sôus l'empire des mêmes « pensées chrétiennes » qui ont pu présider à l'éclosion de telle ou telle œuvre du viii* ou du ix* siècle.

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