‹ La cantilène romaine;Chapitre 8 sur 54 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dont parle saint Augustin — soit très ornée, et c'est là la vraie forme primitive du chant chrétien fleuri emprunté à Tusage hébraïque.

2** Cantiques « psalmi idioiici », hymnes composées par des néophytes pour mieux faire pénétrer dans l'esprit des masses populaires moins cultivées la connaissance des vérités fondamentales de la nouvelle religion (1).

Ces deux formes désormais tranchées et typiques du répertoire chrétien suivront, dans les siècles postérieurs et jusqu'à nos jours, une marche parallèle sans jamais se confondre. L'une, les psaumes fleuris (cinq chants propres), prendra un jour le surnom usurpé de mélodies grégoriennes; l'autre, les hymnes, dont le type ambroisien restera pour nous le modèle parfaitement imité de la littérature classique.

En Occident, on ne trouvera que ces deux formes de chant pendant les premiers siècles.

Il résulte de ce très court résumé que le chant dit grégorien a une origine antérieure d'au moins cinq siècles au pontificat de saint Grégoire le Grand, et que l'Eglise romaine n'a pas créé — au sens exact du mot — une forme d'art spéciale à elle-même sans attaches avec aucune autre forme musicale connue. Son répertoire vient de l'Orient syrien.

Nous avons à rechercher désormais si ce répertoire est resté sans retouches.

(1) Mgr BatifToI a très heureusement présenté en raccourci le tableau d'une partie de la culture primitive chrétienne. {Histoire du bréviaire romain, p. 9 et suiv. Paris, Picard et fils, éditeurs.)

Le chant chrétien d'origine orientale est-il resté pur sous sa forme hébraïque primitive?

Si l'on se contentait d'apparences très captivantes à première vue, il n'y a pas de doute que l'on pencherait en faveur d'une affirmation de principe.

Comment, en effet, ne pas céder à la tentation de répondre : Oui, le christianisme a adopté la mélodie hébraïque conjointement avec le texte des psaumes qu'elle mettait en relief ? Qu'on en juge.

1° Les rubriques hébraïques inscrites en tête des psaumes, et spécifiant le mode d'exécution traditionnelle de chacun d'eux, sont restés pendant des siècles accolées comme sous-titres aux psaumes chrétiens (1) telles qu'elles figuraient en tête des psaumes hébraïques, quoique l'emploi et le mode d'exécution aient totalement changé en passant du rituel juif dans le rituel chrétien. Saint Hilaire (iv** s.), saint Jérôme (v*' s.), saint Augustin (v* s.), Cassiodore (vi* s.), nous ont heureusement conservé le sens traditionnel de ces rubriques et jusqu'à eux la tradition du sens antique n'avait pas varie. Le fait seul. importe ici, sans quoi nous ne le citerions pas.

2*» Ne voit-on pas que les « chants des degrés (2) » sont tous restés dans la liturgie chrétienne « chants graduels », venant en droite ligne du service religieux des synagogues juives. Ces chants, dit M. l'abbé Duchesne, sont la plus ancienne représentation du psautier davidique (3). Nous nous empressons de dire que la similitude des termes génériques n'est pour rien dans ce que nous pensons à cet égard.

3** N'avons-nous pas découvert que deux des psaumes chrétiens (n*»' 68 et 79 = Ps. Héb. 69 et 80), exécutés sur une même mélodie-type, étaient également chantés sur une même mélodie-type dans le rituel hébraïque ! N'a-t-on pas alors simplement conservé le chant authentique de cette mélodie hébraïque ?

La coïncidence est, pour le moins, curieuse. En tout état de cause, l'usage d'une mélodie adaptée à plusieurs textes trouve sa justification dans l'ancien rituel. Plût au ciel que l'adaptation latine n'ait pas trop souvent côtoyé l'abime de la nullité artistique?

(1) Nous avons suivi dans toutes nos reclierclies sur les rubriques des psaumes, d'une part, l'édition de Louis Segond de V Ancien Testament suivant Vordredu Canon hébraïque; et, d'autre part, les Commentaires sur les Psaumes par saint Athanase, saint Hilaire, etc.

(2) Ps. Hébr., 120-130.

(3) Origines du culte chrétien j p, 161. Fontemoing, Paris.

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