DEUXIÈME PARTIE
4° La plupart des psaumes alléluiatiques hébraïques sont passés dans le christianisme sous forme de chants alléluiatiques.
5° En nous bornant au plus urgent, rappelons que jusqu'en 350 à Antioche (de Syrie), foyer liturgique par excellence du christianisme primitif, on a chanté en langue syriaque les psaumes davidiques usuels déjà en cette contrée longtemps avant Tère chrétienne. Quelle mélodie les accompagnait dans cette langue avant notre ère, sinon celle du rituel hébraïque? Et quelle nouvelle mélodie leur a donc été adaptée du jour où la Syrie compta au nombre des nations chrétiennes ?
Or ce n'est qu'en 350 que le texte grec (1) fut substitué au texte syriaque pour faciliter la diffusion du chant lui-même. Et, en effet, nous disent les anciens auteurs (2), de ce jour le chant se répandit jusqu'aux confins de l'univers.
Comment résisterait-on à la tentation de conclure — trop vite — de ces faits que le christianisme latin entrant au iv* siècle sous le pontificat de saint Damase I*"" (366) en possession du répertoire chanté en Orient (3) — répertoire fleuri — est entré corrélativement en possession de la mélodie hébraïque authentique?
La réalité est moins plaisante, toutefois, car saint Hilaire de Poitiers nous y ramène sans précautions oratoires : Les psaumes latins et grecs, dit-il, ne sont pas susceptibles des chants qui leur sont propres dans la langue hébraïque (4).
Ne tombons pas maintenant dans l'excès opposé en concluant qu'il n'y a, dès lors, aucun lien entre le chant hébraïque et le chant chrétien, attendu que nous avons des preuves matérielles de ce lien (5), et l'observation de l'évêque de Poitiers ne touche que la mélodie originelle prise en elle-même, intégralement.
D'autre part, les refontes latines sont certaines I II y avait donc un chant préexistant, lequel? Nous revenons donc au point de départ : le chant primitif hébraïque ou syrien et l'observation de saint Hilaire jointe à ce que nous avons rappelé touchant la traduction en grec du texte syriaque primitif nous met en face du travail de remaniement qui a suivi.
Nous le définissons ainsi :
1*> En Orient, adaptation probable de la mélodie traditionnelle au nouveau texte, nécessitée par les exigences d'une accentuation différente du texte nouveau, grec, on Ta dit. Nous ferons remarquer incidemment que cette adaptation
(1) Par les soins de Diodore et Flavien, préfets des confréries.
(2) Cf. Théodoret, Hist. eccl, 1. H, c, 24, et Socrate, H. E., lib. VI, cap. 8.
(3) On sait que c'est à Finstigation de saint Jérôme.
(4) Saint Hilairb, Prol in psalt., p. 13. Ed. Paris, 1693.
(6) Voir dans le complément de cette partie, le rapprochement des formules que nous donnons.
nous met sur la trace de la date probable d'élaboration de la première notation qui a fixé le chant religieux du christianisme syrien, premier en date (1).
2° A Rome, réadaptation au texte latin de la mélodie accompagnant le texte hébraïque, syriaque ou grec, d'une version en usage antérieurement.
3*> Du IV* au VI* siècle, plusieurs retouches latines probables (2), légendairement connues, mais n'en apparaissant pas moins comme inévitables pour expliquer tant les abréviations que les additions antimusicales apportées à la mélodie romaine, si on la met en parallèle avec la mélodie milanaise restée exubérante à un degré que ne connaît plus la mélodie romaine, dite grégorienne, du vu* siècle.
Texte hébreu des psaumes
Hébreu * Chaldaîque Arabique
Traduction syriaque
Traduction grecque (Septante)
Traduction latine Italique
Traduction
Vulgate latine
de
S. Jérôme
Traduction grecque
de (Diodore et Flavien)
En mettant de l'ordre dans les résultats de ces travaux successifs auxquels aucun plan d'ensemble n'a présidé, on est amené à fixer que : l® la mélodie christianisée du chant primitif est hébraeo- syrienne ; 2° la mélodie primitive latine d'usage est de réadaptation gréco-latine ; 3° la mélodie dite grégorienne, résultat de refontes nombreuses, est essentiellement latine sous la réserve qui suit.
On doit constater que l'allure austère donnée au chant par la tonalité diatonique contraste souvent, violemment même, avec le caractère essentiellement lyrique de la forme mélodique vocalisée, laquelle est incontestablement orientale et rappelle à s'y méprendre (3) la cantillation ornée encore en usage de nos jours dans les synagogues juives.
(!) Nous renvoyons le lecteur au chapitre spécial de la Nolalion neumatique. L'explication serait trop longue à donner ici même.
(2) La composition des sacramentaires Léonin, Gélasien et Grégorien marquent les trois grandes étapes des réformes liturgiques. Sept pontifes sont connus pour avoir sanctionné les réfections, probablement partielles, du répertoire musical : Léon l", Gélase I«s Symmaque I«'. Jean b^, Boniface II, Grégoire I*s Martin !«•'; sans compter les apports plus récents faits sous les pontificats byzantins.
(3) Preuve morale de sa vraie origine. C'est la restauration de cette vocalisation que nous avons soutenue dans nombre de revues comme la plus approchante de la vérité. Le style grégorien, rétabli par nos recherches, est identiquement conforme au style hébraïque, qui en est le prototype certain.