Lorn, op. cit., p
les arabes d'Alger ont déjà fait des incursions ! »; et Mohammed Segnir ben Youssef signale la marche d’Ali Pacha (1740-1756) qui entre à Kafsa et à El-Hamma, bat les Hammama et fait sentir partout son autorité de la facon la plus dure * ».
Ces expéditions montrent que Kafsa n'avait pas perdu toute importance politique au xvn° et au xvin siècles. Elle conserva même une certaine renommée intellectuelle près de trois siècles après la disparition de ses princes, les Abed, puisque Hussein bey (1705-1740) y fit construire une medersa *.
D'ailleurs jusqu'à l'occupation francaise, le gouvernement beylical se crut obligé d'organiser chaque année une promenade militaire à Kafsa et au Djerid, pour lever des contributions « dont le montant n'équivalait pas aux dépenses occasionnées par le camp turc ». C’est dire lé prix qu'il attachait à la tranquillité des populations de la région. En effet, écrit en 1826 le vice-consul de France, Mareschau, qui accompagna le camp turc : « Le but réel est de montrer tant aux populations de l'intérieur et des frontières qu'aux peuplades voisines un des princes à la tête d’une forte armée, et de consolider l'autorité de la famille régnante par la distribution de la justice et des emplois, car, durant la campagne, Mustafa Bey exerce réellement par délégation une souveraineté plénière. La levée des dattes est non seulement un prétexte périodique et qui n'éveille aucune inquiétude, mais encore elle est un appât sans lequel il serait peut-être difficile de réunir sous les drapeaux les contingents des diverses tribus nomades qui, dans l'intérieur, occupent presque tout l'espace compris entre Tunis et Tozeur i, »
1. Eugène PLaxrer, Correspondance des beys de Tunis, 1, p. 493, pièce 1090.
2. Lorn, op. cil., p. 226. MonammED SEGNIR BEN YOUSSEr pE BEIA, 60 ans d'histoire de la Tunisie, À. Tun., 198, p. 470.
3. Lori, op. cit, p. 219. Monamueb SRGNIR BEN YOUSSEr, op. cil., À. Tun., 1895. p. 324.
{ MaREesCuAU, Voyage dans le sud de la Tunisie, lettres au Ministre des Affaires étrangères, 2. T'un., 1901, p. 149-155.
Tissor accompagna le camp ture en 1857, Op, cit, II, p. 247.
Ces manifestations du pouvoir central, dirigées surtout contre les nomades, étaient d'autant plus nécessaires, au xIx° siècle, que la garnison de Gafsa était très faible : « Les bastions ne m'ont pas été montrés, écrit Guérin en 1862. Le mieux armé, appelé Bordj el-Medaja (la tour des canons), est défendu, m'a-t-on dit, par neuf grosses pièces; mais les canon niers manquent et, sauf quelques gardiens, cette Kasbah ne contient pas actuellement de garnison. »
En réalité les nomades du voisinage, les Hammama, étaient les maitres de Gafsa : infiniment plus courageux que les eultivateurs ksouriens assagis par deux siècles de ruine et d'oppression militaire et fiscale, les Hammama interdisaient aux Gafsiens de dépasser le col de l’Assalah, à # kilomètres au nord de leur cité, sous peine d’être dévalisés, et considéralent comme un droit imprescriptible la liberté de leurs razzias et de leurs pillages ?. Ils se disaient les fidèles sujets du bey, mais pour aller piller en son nom. Le jour même de sa naissance, chaque enfant mâle était posé par son père sur un cheval tout harnaché et salué par deux vers traditionnels :
« La selle et la bride; Et la vie sur l'Islam! »
« C'est-à-dire que l'enfant n'aurait pour tout héritage qu'un cheval et des armes; à lui de se conquérir la vie de chaque jour par la maraude sur ses frères les musulmans. »
« Tous ces pauvres villages, écrit Duveyrier, en parlant de Gafsa et des oasis voisines, sont dans la main de la tribu voisine et très turbulente des Hammama, sinon peuplés par elle. Ils ont assez de bon sens pour entrevoir les avantages beaucoup plus grands que leur assurerait un état de choses plus régulier. Le 2% mars 1860, les notables du village d'Elsuettar, réunis dans la maison du cheikh, et s'adressant à
1. Guérix, voyage dans la régence de Tunis, 1, p. 276. 2, E. Recrus, Géogr. génér., t. XI, p. 194.
nous, dirent, en levant les mains au ciel : « Mon Dieu! mon « Dieu! combien nous voudrions que les Français fussent « maitres de ce pays! » Ce n'était certes pas notre très modeste train de voyage ni nos largesses qui pouvaient leur en imposer et leur dicter un aveu aussi inattendu !. »
Guérin, visitant à la même époque la prison de Gafsa pleine de malheureux qui n'avaient pu acquitter entre les mains de leur Caïd l'impôt beylical des 36 piastres?, entendit les mêmes plaintes : l’un des détenus, l'ayant reconnu pour Francais, s'écria : « Pourquoi tes compatriotes ne viennent-ils point s'emparer de ce pays, afin de nous gouverner plus justement que ceux qui nous régissent et nous délivrer des impôts qui nous écrasent®? »
La tyrannie des nomades et de l'impôt furent les deux grands ennemis de Gafsa : ils la ruinèrent peu à peu et la réduisirent à l’état de décadence où elle se trouvait au moment de l'occupation française t.
Deux mois après le traité de Kassar-Saïd (12 mai 1881) et l'établissement du Protectorat francais en Tunisie, l'attention fut attirée sur la remuante tribu des Hammama qui faisait parlie de l’ancien cof des Ahsinia, défenseurs du Beyi, et sur l'oasis de Gafsa.
Deux dépèches de Tunis, datées du 18 et du 2% juillet, signalaient en effet la marche de 1.500 cavaliers hammama sur Kairouan, l'insécurité absolue de la route de Gafsa et du D'erid, infestée de maraudeurs, et les efforts violents mais impuissan{(s faits par les Hammama pour décider les paisibles ksouriens