Cagnat, op. cit., p
i. Corpus, VIU, p. m, n"* 5(^2, 503, 5(M. CACiNAT, p. 13, 11. — Sf^pm, p. 92-îrj.
en arrière de la ligne avancée de la voie romaine de Capsa à Tacape, dont les travaux de défense n'étaient peut-être pas encore achevés. Un détachement de 500 vétérans choisis les força à lever le siège, après un combat où se distingua le soldat Ilelvius Rufus, qui reçut du proconsul Apronius et de l'empereur Tibère, en récompense de son courage, un collier, une lance d'honneur et une couronne civique*. Enfin Tacfarinas, encombré de bulin, fut une seconde fois battu dans le sud delà Tunisie par une colonne volante que commandait le fils du proconsul Apronius Caesanius^.
Ces troubles prolongés n'atteignirent pas directement Capsa protégée sans doute par une forte garnison, et éloignée de toute alliance de guerre avec les nomades par la crainte et l'intérêt de ses habitants, cultivateurs sédentaires. Hais les mouvements continuels de troupes sur la voie romaine, les convois d'approvisionnement des colonnes qui opéraient dans le voisinage, peut-être le ravitaillement secret des bandes révoltées de passage dans le bled Segui et le bled Tarfaoui, durent augmenter l'animation et le commerce de l'oasis.
L'organisation militaire inaugurée à Capsa et dans le sud de la Tunisie sous le proconsulat de L. Asprenas, semble avoir subsisté jusqu'au début du \f siècle sans subir de grands changements. Sous le règne de ('aligula (37 à il), la plus grande partie de la Numidie et de laTripolitaiue passèrent sousl'autorité d'un légat de l'empereur, chef et administrateur militaire dont les fonctions devaient être assez voisines de celles de nos généraux commandant les territoires militaires. Le proconsul de la Province d'Afrique continua cependant à administrer directement une partie du sud de la Tunisie, et peut-être, dès cette époque, l'oasis de Capsa qui avait donné assez de gages de fidélité pour rester en territoire civil ''^.
L Tactte, II, lu; III, xxi. — Cagnat, op. cU.^ p. 12-13.
^. rAii^AT, op. ri7., p. IIM 1. Tacite, IV, xxiii.
3. TiBsoT, op. cit., II, p. 31. — Cagnat, op. cit., p. 112. — Bwssier, op. ci/..
HISTOIRE MILITAIRE. i89
Cependant, à la suite d'expéditions contre les Nasamons et les Garamantes, les Romains se décidèrent à porter au delà de TAurès et des chotts tunisiens leur ligne avancéede protection : les progrès de leur domination à l'intérieur de la Province, la sécurité et la prospérité de leurs établissements, permettaient d'éloigner leurs troupes et les invitaient à rejeter définitivement au désert les dernières tribus révoltées. Nerva (96-98 1» Trajan 98 à il7) entreprirent la construction d'une voie nouvelle dans le sud de la Tunisie, de Thevcste à Ad Majores et Tarapp par le Djerid Cette voie portait au sud du grand chott la frontière de la Numidie et de la Province' ; reliée à Anolianum etTliélepte par la vallée de Toued El-Orchen, le poste nouveau df* Ad Praetorium (Bir 0. El-Orchen, ou les ruines de l'O. Krid, k la frontière algérienne) et celui de Cerva (probablement les ruines voisines del'Oglat Rhenezetta), elle entrait à Ad Turres Tamerza) dans la région de surveillance naturelle de Capsa^
En quittant Ad Turres, la voie romaine passait à Spéculum, Thigès, Thisurus (Tozeur), Aggars en-Nepte (Nefta) et gagnait le Ncfzaoua et Tacape par les rives méridionales du chott El- Djerid.
Tissot identifie Spéculum à Kosseir ech-Chems, à 18 minutes an delà du village de Chebika, et Thigès h Thagious dans Toasis d*El-Oudiane. La voie romaine aurait traversé entre cey deux points la plaine de l'oued Allenda et la partie orientale du chott Rharsa, suivant à peu près le tracé de la piste d'hiver et de la piste d'été actuelles. Or, aucune de ces deux routes nVst
p. Î)2-ÎK). — Corpus^ Vin, n*' 81, ÎW, 110. Sous Hadrion, Gafsa d«»peiulîiit fin |>roconsul de Carthage.
1. TissoT, op. cit.^ II, p. 30. — Gagnât, op. cit., p. 31-39. — Corpu.^, VIU, n" •2178. — E. Blanc, Position d^ Vancienne vUIp de Thif/èSy R. Soc. Géitf/r. I*ar'i*^ 1897, II, p. 221. Los pistes de (iafsa vers le pays do Guemouda, Aquao Rp^îao ot Carthage, et versThenae (Sfax), furent sans doute ani(^nagéos avant eott<> t'f toque. Ce sont des voies naturelles do communication employées à touies W% époques et passant au voisinage d'un grand nombre do points d'oau et de ruines romaines et arabes.
2. S. Reinach, Atlofi de la province Romaine d'Afrique, XIX, XX, XXïI. Carte d'État-Major au 1 ^OO.OOO, Gafsa, Fôriana.
i90 LA G.VFSA ANCIENNE ET MODERNE.
praticable, même daus la bonne saison, pour les caravanes lourdes et les convois et ne répond aux besoins d'une voie militaire *.
D'ailleurs la découverte dans le bled Tarfaoui de ruines romaines nombreuses, particulièrement au voisinage du puits de Goarhata et du Bordj Gouifla, et de deux inscriptions de Tépoque de Nerva qui mentionnent Tune la cité et l'autre le « castel lus » de Thigès, obligent à placer en dehors du Djerid, dans la vallée de TO. Melali, la cité romaine de la table de Peutinger duiit remplacement correspDud sans djute au puits de Gourbata : c'est le pjint le plus resserré, le plus facile à défendre du bled Tarfaoji et de la route du Djerid, le plus facile à secourir de GaFsa. « lien résulte, écrit M. Toutain, que la voie romaine en quiUaat la station de Ad Turres se dirigeait non pas vers Teslsud-est, mais droit à Test, et que, pour gagner Thigès, elle suivait le pied méridional de la ligne de hauteur qui deTamegbzi &Gaf^a domine au noi*dle chottRharsa. A Thigès la route s'infléchissait vers le sud-ouest pour atteindre Thusuros puis Neplc. » Clirrchant ensuite à localiser exactement le poste de Spéculum, M /ioutain cjnstite qull suffit, pour faire correspondre les chitTres d) la table de Peutiuger avec la distance réelle de Ad Turres (Tameghza) à Thigès (Gourbata), d'augmenter de X milles romains soit la distance de Ad Turres à Spéculum (XVIII ou XXVill milles), soit celle de Spéculum à Thigès (XXV ou XV milles); dans le premier cas, il faudrait placer Spéculum à lextrémité méridionale de la gorge du Seldja, probablement aux ruines de Metlaoni : ce dernier emplacement nous parait p/ctôrable, en raison de sa valeur militaire même, puisqu'il camniande les deux meilleures, pour ne pas dire les deux seules pistes qui traversent du sud au nord la chaîne du Seldja et permettent de tourner, par l'ouest, Gourbata et Gafsa (vallées de 10. Seldja et de TO. Metlaoui)2.
L Tis^soT, op. cit.j H, p. 3)-31, 6S2. Caînat, op. cit , p. 38-39, 5!*»^. E. Blanc,
FuKtHtiH de ^ancienne ville de ThigèSy Hall. S. Géoi/r. Paris^ 181>7, II, p. tli.
if. TiHTAiN, \(jle H ir les voies romaiti.'s^ etc., p. 7-8. — T. Hlanc, op cil., p.
HISTOIRE MILITAIRE. lOi
Cet ensemble d'ouvrages militaires se trouvait renforcé en arrière par le poste de THenchir Oued el-Karma (ou H. Kerma), sur le bord de la Garaat ed-Douza, et M. Gagnât croit avoir reconnu au Fedj Souatir, à une quinzaine de milles au nord, les traces d'une voie romaine* qui aurait relié Capsa à Ras el-Aïoun et à la ville ruinée de TOum cl-Ksob, et permis de renforcer la garnison du Seldja rapidement et par des chemins sûrs.
L'époque où fut achevée la voie de Thigès à Tacape par le Djerid n'est pas connue; nous savons seulement que la seclion de cette route comprise entre Capsa et Tusuros fut réparée sous le règne de Dioclétien, en 3022. D'ailleurs M. Privé a étudié toute une ligne de postes situés au nord du chott Djerid, à la sortie de tous les défilés de la chaîne du Cherb, à rentrée des triks qui traversent le chott et pouvaient livrer passage aux nomades du Nefzaoua : enceintes de Ksir Zitouua, au carrefour de pistes importantes vers Capsa, EUGuettar, Zelloudja (Thasarte), le Nefzaoua, le Djerid; fortins de Tllenchir Rekeb, de THenchir Taferma, de Ksar el-Asker, des Oglet Sidi Ahmed, de Ksar el-Ahmeur, ruines de Biar Belouftîii et de rOued Besbès, muraille de Bir Oum Ali^. Une in^^ciiption de répojue de Trajan (97j trouvée à Ksar el-Asker- indique que ces postes, reliés par une voie militaire, furent consti uits en même temps que la voie de Ad Turres à Thigès. Aussi
221-227. — L'inscription mentionnant la Civitas Thigensium a été trouvée pr^s (le Gourbati, celle qui mentionne le Castelius Thigensium prés de (ioui(hi(IlÉ- KON DE ViLLEFOssE, Ac I. et B.-L.f 1837, p. 2î)3). Il est probable d'aillinirs que li*s ruines des Aïoun Arameur et l'Henchir Mzira ne sont pas les restes clMtabUssements agricoles mais de bordjs isolés.
1. CaijNat, Exploration arch. et épig. en Tunisie^ III, p. 72. • Au ï-'eclj es- Souatir, nous avons cru remarquer dos traces de voie romaine ; nous n'oserions cependant affirmer le fait. • Id., Ibid., p. 73.
2. Corpus, VIII, 10!J23, 1003!), 10331. — Galcklkr, Rapport épiyr. iM\, flutL arch, c. Ir, hist, et se, 1897, p. 388-389.
3. Privé, /Voies arch, sur le Chcrb., Bull. arch. c. tr. hist. et se, 189^, p* 7î*-
1. TouTAis, Note sur un3 inscription trouvée (tans le Dj. Asker, iîtttf. fttrh, c. tr. hist. et se, 19)3, p. 202-207, part. p. 'M\; 19 JC, p. 216-217.
serions-nous très disposé à voir dans cette route, ou plutôt dans cette piste fortifiée du Cherb, la voie primitive de Thigès à Tacape qui aurait quitté la voie de Capsa à Tusuros par Thigès aux ruines du bordj Gouifla où s'élevait un poste fortifié de liaison dont nous avons parlé plus haut : le Casiellus Thigensium. Une voie semblable reliait Capsa au Ksar el-Asker en coupant le bled El-Atra et le haut bled Segui et gagnait le Nefzaoua (Turris Tamalleni en traversant le chott par le tiik de Seftimi, encore employé par les caravanes et les colonnes militaires ^ La voie de Tacape par le Djerid et le sud du chott n'aurait été aménagée, au delà de Tusuros et du Castra Ncptinana, qu'après l'occupation du Nefzaoua, et aurait marqué la troisième, non la seconde étape de la marche prudente et progressive des Romains vers le sud.
Il est assez difficile de savoir comment furent construites les voies romaines qui n'ont guère laissé de traces visibles. Cependant les inscriptions de trois bornes militaires du bled Seîîui îiidiquc^nt que sous le règne des empereurs Maximin et Ma\iniej en 237, les ponts de la grande voie de Tacape à Thevesto furent reconstruits et que la roule fut remise en élat : V Pontes vetustate conlapsos et iler longa incuria perdîtiun n*stiluorunt et pro sua infatigabile providentia pervium commeatibus redderunt. » Ce texte nous semble indiquer rexisfcnce non seulement de travaux d'art indispensables, ponts, citernes, puits, mais aussi, au moins à certains passages difficiles, de remblais et chargements, analogues à ceux des voies (lu nord de la Province^. Toutefois, il est bien probable
1, Jli,es Ton mn\ XouvHIps découveries fur la voie de Capsa â Tui^Hs Tamaflrtii, lUtU, mch. corn. h\ hiM. et se, 1900, p. 212-250.
2. Cttrftffs, VUr, n°* 10C»21, l</>25. — M. le capitaine Donaii lit ces inscri|v lions: ■ J'ontes ^i'tustate dilabsos et iter lon^^a incuvïn praeruptum... • Toltain, Lti nfjn\YiiiiJ- tnilUaires^ p. 20, 2^, ÎIG, 5f). Caox at, La Tunisie à Vépo(fue ntmaine, dims La Tunuiv au XX'^ si,^cle, p. 2^)9.
HISTOIRE MILITAIRE. i!)3
que les voies du sud, particulièrement celles du Cherb et de Tacape par le Djerid et les voies secondaires, restèrent à Tétat de pistes sur la plus grande partie de leur parcours.
Le caractère des travaux militaires de cette époque est au contraire assez facile à déterminer. Les archéologues ont, en eflet, découvert et examiné de nombreux postes ruinés des différentes lignes d'occupation successive : à Ksour el-Kraïb, près de (iafsa, deux forlins carrés de 40 mètres de côté, construits en moellons et blocage^ ; une enceinte de 25 mètres x 18 mètres (El-Hannout^ et une tour carrée (au S.-S.-E. de Midas) dominant la vallée de TO. Frid, aux environs de Tamerza^; une tour de vigie surveillant la Chebket el-Kentas et construite un peu en avant du bras d'oued appelé Akhouar Kentas, en avant des ruines du Seldja et de Metlaoui (poste de Spéculum) ; dans le déBlé du Seldja lui-même dominant Toued de 100 mètres à pic, THenchir Edva et la tour de vigie du Hammam qui permettaient de rouler des pierres sur une troupe arrêtée au fond de la gorge par le barrage de Ras el-Aïoun, et commandaient les sentiers de la montagne en arrière du défilé, le fort important du Kef Abd es-Semed qui constituait un nouvel obstacle, et, sur la piste de TO. Metlaoui qui tourne ce système défensif et gagne THenchir Kerma, le poste de Metlaoui'^; à Ksar Zitouna, dans la vallée de l'O. Segui, trois oppida carrés de 30 à ïO mètres, enîourés de fossés dont les terres sont rejetées en avant, et situés sur des mamelons éloignés les uns des autres de 800 à l.OOO mètres; à THencbir Gmoudi, au Ksar el-Ahmeur, des fortins analogues de 40 et de 20 mètres de côté; à Ksar el-Asker enfin, une construction plus petite mais très bien conservée, véritable bordj, spé-
1. Ca<!Nat et Saladin, Mission Arch,^ arch. M. fc. et lill., 3" sério, XIII,
p. uni,
'Z. TissoT, op. cit., II, p. 082. — Caonat, Vanncc romaine d' A fritjue, p. diVl- 5(i3.