I. Btill. dir. af/v. et comm., lî)02, p
't Stipra, p. 01 et sq.
Il Ihipporl au Président de la République, 1902, p. 49. Indicateur tunisien, lyCiTï, p. 107.
Le torritoire do Guemouda est situé dans le contrôle civil de Gafsa (caïdal des lïammama) en dehors de la région délimitée par nous (supra, page 4fi et sf|.K Lo Rapport de 1902 signale la création et le développement d'autres cen- U-esÉ agricoles, analogues à Maknassy et à S' Bou Zid et situés dans Tancienne Bj'ssaci^ne ; l'Aïn Kabbi et Triaga. La construction de la ligne d*Aïn Moularès à Sousse amènera sans doute la création de centres nouveaux dans le Fouçana H la région de Kasserine et Sbeitla, si riches à Tépoque romaine. Un chennin de ffir fie Sfax au centre de Bou Thadi est en projet (De Faces, op. cit,).
GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE. iH
et fixant au sol toute une classe de petits propriétaires attachés à la terre, ces établissements assureront aux chemins de fer et aux porls de la Régence un fret d'exportation qui pourra devenir considérable.
Ils reproduiront à dix-huit siècles de distance Tétat du pays tel qu^il existait sous Tempire romain : exemple remarquable de répétition des mêmes faits de géographie humaine dans les mêmes conditions de géographie physique.
Il n'est guère possible de développer dans le bled d'autres cultures que celle de l'olivier et, sur des étendues moins grandes et choisies, celle d'autres arbres fruitiers : pistachiers, amandiers, genévriers, caroubiers, orangers, vignes. Ces espèces peuvent en effet prospérer dans le pays : des plantations de vigne et d'amandiers ont été faites à Maknassy ; les genévriers poussent sur les pentes ensoleillées de l'Orbata, et le pistachier existe à l'état sauvage dans presque toute la région, principalement dans le Bon Hedma où les Sfaxiens viennent s'approvisionner de sujets à greffer *.
La culture du blé et de l'orge ne peut guère être pratiquée que pour la nourriture des habitants et sur de petites étendues : les récoltes sont trop irrégulières et le rendement est faible pour alimenter un courant d'exportation 2. Mais il existe dans la région de Gafsa un produit végétal, exploité industriellement et qui, dès à présent, et depuis de nombreuses années, donne lieu à un important trafic d'exportation : c'est l'alfa.
Cette graminée, répandue sur de vastes territoires, se présente sous l'aspect de touffes très espacées et assez élevées (0™,50 à 0^,80), aux feuilles enroulées et coriaces que leur caractère fibreux fait rechercher pour la fabrication des objets de vannerie et de certains papiers. Elle pousse de pré-
1. Bourde, op. ci(,^ p. 52-57, 71. — Leroy-Beaulieu, La Tunisie^ p. 353. — Huitdit. ayr. et comm.y 1902, p. ^^7. — Supra, p. 33 et sq. •i. Supra, p. 37-38.
fcrencc dans les parties du bled les plus sèches et ne nuit pas ainsi aux meilleurs pâturages ; sa présence contribue même à empêcher le déchaussement et le ravinement excessif des pentes et Tenvahissement des bas-fonds par Teau torrentielle ou le sable. Elle ne se prête malheureusement pas à une culture méthodique et la plus grande prudence est nécessaire pour éviter qu'elle disparaisse par suite d'une exploitation défectueuse ou abusive ^
Dès le début de Toccupation française, en 1881, un Français reçut le monopole de l'exploitation de Talfa dans les montagnes situées à Test de Garsa (dj. Bou Hedma, dj. Madjourah, massif d'El-Ayaïcha et du Bou Haddège), et le céda à une compagnie anglaise qui entreprit d'exporter l'alfa par le port de la Skhira, au préjudice des indigènes qui en faisaient auparavant le commerce pour leur compte personnel, et au détriment du port de Sfax -.
En 1887, la déchéance de la compagnie fut prononcée et l'exploitation de l'alfa redevint libre. Mais la concurrence des alfas algériens et tripoli tains, l'existence d'un droit de sortie élevé ^, firent tomber les cours à la Skhira et à Gabès de 7 fr. 50 ou 8 francs les 100 kilogrammes en 1888 à h francs ou 5 francs en 1898. Ces prix cessaient d'être rémunérateurs pour les indigènes du pays gafsien obligés de transporter leurs alfas par caravanes jusqu'à la côte ^.
La construction du chemin de fer de Sfax à Gafsa a modifié cette situation.
Les indigènes des Ksours montagnards et des douars voisins coupent l'alfa dans la montagne et le bled et l'apportent à dos d'àiic ou de chameau aux gares du chemin de fer : le produit de leur vente suffit pendant des semaines à leur subsistance, et
ï. UiviKRE et Lecq, op. cit., p. 2><7-288.
'^. hE Lanessan, La Tunisie, p. 53. — Tridon, Lalfa tunisietiy R. C. O., 1898, p. 4b a 47.
3. 1 piastre 2 par quintal tunisien. Rapport au Président de la République . V.n}\, p. 577.
*L Tridon, op. cit., loc, cit.
quand leurs réserves d'huile et d*orge sont épuisées, ils reviennent avec une charge nouvelle d'alfa et quelques moutons qui leur permettent de se procurer de nouvelles provisions.
Des courtiers européens établis dans les gares, principalement à Sened et à Maknassy, achètent Talfa et Texpédieut à Sfax par balles, à bon compte *. La suppression complète du droit d'exportation (1902) '^ a achevé de favoriser leur commerce, et l'exportation de l'alfa par la ligne de Gafsa à Sfax a été en moyenne de 15.107 tonnes pendant les six dernières années; en 1905, elle a atteint 19.636 tonnes, chiffre pi*e*jque égal à la moyenne de l'exportation annuelle de tous les alfas tunisiens de 1885 à 1895 K
L'alfa est en outre employé par les indigènes à la fabrication des sparteries et de vanneries destinées à leur usage domestique et se rattache ainsi au groupe des industries locales qui complètent l'autonomie économique de la région de Gafi^a,
Les gens des villages et des douars du massif d'El-Âyaït ha emploient chaque année 500 quintaux d'alfa dont les fibres très résistantes servent à la confection d'objets de première nécessité, solides et bon marché : uattes, couffins de toutes dimensions, grands paniers (kourba) pour le transport des dattes ^.
1. Du BosQ DE Bkaumont, op. cit., p. 146, 151. — Indicateur tumsifftf p. 4tt7, 737. — Le tarif de transport de l'alfa est de fr. 09 par tonne et |Kir kilomi'tre pour les 100 premiers kilomètres, de fr. 08 par tonne ot pai^ kiluiuètie pour les 100 kilomètres suivants, soit 10 fr. 74 par tonne de Maknassy à Sfax (123 km.).