CHAPITRE IV
La plus grande richesse de la région de Gafsa est constituce par les gisements de phosphate de Hetlaoui, du Redeyeff et d^Aïn Moularès, dont nous avons signalé plus haut remplacement et l'importance ^
Ces gisements furent découverts en 1885 par M, le vétérinaire de l'armée Thomas, membre de la mission d'exploration scientifique organisée et envoyée en Tunisie par le ministère de rinstruction publique. Le 7 décembre de la iiiôme année, M. Thomas fit part de sa découverte à T Académie des Sciences. Il explora de nouveau en 1886 la région de Gafî^a, et, dès 1887, des phosphatiers de la Meuse envisagèrent I éventualité de l'exploitation du Seldja^. Mais la dépréciation des cours, occasionnée par la mise en exploitation des phospliates de Floride ^ empêcha la formation d'une société financière. Malgré les efforts désintéressés de M. Thomas, et les pourparlers engagés par le gouvernement tunisien avec des maisons françaises, aucune combinaison ne put aboutir dans les années suivantes \
l.SuprOy p. \i et sq.
2. Un ingénieur du service des mines et M. Pattin, do nevipiV'Sur-Meusci visitèrent les gisements; M. Pattin entra en pourparlei*s avec le gouvoruemeiit do Tunis et demanda une concession (1890).
3. Les travaux publics de la Régence de Tunis, III, p. 38, IÎ9^ 4^* Elsèbl Vaskel, L'auteur de la découverte des phosphates tunisiens, p. 2 1-2H.
En 1893 le gouvernement tunisien résolut de faire appel à rîridustrie privée et pressentit plusieurs maisons françaises sur la formation d'une société qui ob^ tiendrait la concession, sans subvention ni garantie dMntéièUs de Texploit^ifion des gisements de Gafsa, de la construction et de l'exploitation du ohfiu in de i>i* de Sfax à Gafsa et éventuellement du port de Sfax, du coin merci' de l'alfa dans la région. Cette première tentative ne réussit pas.
126 La GAFSA ancienne et MODEHiNE.
Au concours ouvert en janvier 1895, M. de Robert, agissant avf^c la garantie financière de la Société française d'études et €i entreprises y fit les offres les plus avantageuses. Un premier accord conclu entre le directeur général des travaux publics Je la Régence et M. de Robert le 1" juin 1895 et sanctionné par décret hoylical (20 juin 1895), fut remplacé par une convention définitive signée le 15 août 1896, par MM. Pavîllier, directeur général des travaux publics, de Robert et Molinos, rt approuvée le 20 août par décret beylical*.
Par cette convention, le gouvernement tunisien concédait à M, de Robert, pour une durée de soixante années, sans garantie quelconque à la charge du budget tunisien ni subvention autre que Tabandon gratuit pour soixante années des terrains dùoioniaux concédés (Art. 2 et 3) :
i< V L'exploitation des gisements de phosphates de chaux qui se rencontrent sur les terrains domaniaux situés au sudouest de Gafsa, dans un périmètre s'étendant jusqu'à la frontière algérienne et comprenant notamment les djebels Zitoun, Zimi*a, Alima, Seldja, Metlaoui, et Stah, ainsi que les djebels situés au nord et dans le voisinage de Tamerza;
« 2" La construction et Texploitation d'un chemin de fer par^ tant de Sfax, desservant Gafsa et aboutissant à Foued Seldja ou à tout autre point de la zone des gisements situés entre Gafsa et Toued Seldja;
w 3° La cession, à titre gratuit, en toute propriété, de 30.000 hectarey de terrains domaniaux cultivables situés dans le contrùlc de Sfax. v, (Art. 1.)
na i>*M In gouvr^rncnient ouvrit un concours en disjoignfvnt de la concession la coDstmetioTi (1 Texploitation du port de Sfax confiées à une compagnie sp^ctaJi^ (Comptifjnu^ dc$ ports de Tunis^ Souise^ Sfax) et le commerce de l'Alfa. Les dr^mandeufK ^rtaLcnt invités à fîxer eux-mêmes la durée de la concession et le taux de la redevance. M. Barthélémy qui fit les ofl'res les plus satisfaisantes ne put jui^tiiîer de moyens financiers.
ï . I^? îrn\uni^ publics de la Régence^ III, p. 43. Un nouveau décret du 18déeenibre WMî sanctionna une modification introduite dans la convention du 15 août : nous en tenons compte dans l'exposé des principales clauses de celte convention.
Le concessionnaire devait jouir en outre « d'un droit de préférence, à conditions égales, pour l'exploitation de tous gisements de phosphates connus ou à découvrir, situés dans les terrains domaniaux compris dans un périmètre do protection limité : au nord par le parallèle de Sfax, à Test par la mer, au sud par le parallèle d'El Hamina du Djerid, et à louest par la frontière algérienne ». (Art, 8.)
Le concessionnaire s'engageait à ac(]uittrr une redevance de 1 franc par tonne de phosphate lavé ou séché, exportée hors du lieu d'extraction. Le minimum annuel do redevance était fixé à 150.000 francs à parlir de la huitième année de Texploilation du chemin de fer. Mais il était fait « remise au conces^ sionnaire, à titre de prime sur la redevance due pour Texportation dépassant 150.000 tonnes, de 35 centimes par tonne pour les cent premières mille tonnes supplémentaires et de 70 centimes par tonne pour le surplus ». (Art. 10.) Enfin tout relèvement des droits d'extraction et de sortie et des taiifs de transport de la ligne de Tebessa-Bône appliqué aux phosphates de Tebessa était déclarée immédiatement applicable aux produits exportés de Gafsa. (Art. il.)
Le concessionnaire s'engageait à construire, à exploiter k ses frais, et sans garantie d'intérêt, le chemin de Sfax à Gafsa, Toutefois, « dans le cas où la dépense totale de premier établissement ferait ressortir à plus de 50.000 francs le prix de revient kilométrique moyen du chemin de fer, rexc*^Jent.*p serait misa la charge du gouvernement tunisien et remboursé au concessionnaire, sans intérêt, au moy«Mi de retenues opérées pendant toute la durée de la concession sur les redevances annuelles ». (Art. 14.) Ces redevances devaient en (mtre être affectées, en cas de besoin, à la garantie de Texploitation du chemin de fer, les frais d'exploitation de celui-ci utant fixés à 1.500 francs par kilomètre plus la moitié de la recette brute
(F = 1500 + 5). (Art. 17 et 18.)
Les gisements de phosphates, y cornons tous les ouvraeres
m Lk GAFSA ANCIENNE ET MODERNE.
souterrains, les terrains domaniaux y attenant et le chemin de fer devaient faiie retour à TÉtat à l'expiration de la concession. L'État se réservait en outre le droit de raclieter le chemin de fer après la vingtième année de la concession. (Art. 23 et
Cette convention assurait Fexploitation des riches gisements de phosphates de Gafsa dans des conditions excellentes pour la Tunisie : elle permettait à des produits nouveaux, dont l'exportation n'était pas à la merci des fluctuations climatiques, d'augmenter le coramerce extérieur de la Régence , sans que le budget tunisien ait à intervenir; elle dotait le sud de la Tunisie d'une voie ferrée de 250 kilomètres et ouvrait ainsi à la colonisation une région dont la prospérité passée permettait de hicn augurer de l'avenir; elle fournissait au port de Sfax, îiouvêllement construit, un fret de grande valeur; elle offrait aux énergies, k la main-d'œuvre, aux capitaux, un champ nouveau d'activité et d'expériences fécondes; elle garantissait la prospérité moderne du pays gafsien.
Le concessionnaire se substitua le 22 mai 1897 ^ la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa [Tunisie], fondée à Paris, au capital de 18.000.000 de francs.
La Compagnie entreprit aussitôt la construction du chemin de fer et ramcnagement de la mine ^. Les travaux furent commences au mois d'octobre 1897; la voie atteignit la sta-
T. Texlê t\f^ la convention du 15 août 1896, publiô par Vaux, Les chemins de p-r iHi 7\ttilsifi, [). ilHl et sq. En ce qui concerne les 30.rX)0 hectares de terrains doiiiaiiiaux cultîvabK\s qui lui étaient concédés dans le contrôle de Sfax, M. de Robert s'iviga^fïaît à les planter en arbres fruitiei*s à raison de 3.000 hectares (far an]usqu*a concurrence de 22.500 hectares.
2. Conform^-menl :'i l'article 5 de la convention du 15 août 1898.
3. EUe traita à forfait avec la Société Duparchy, Dollfus et Wiriot pour l'exéculioii de la vol*' (voie unique, de 1 m.), à raison de 45.000 francs par kilomL'ire, so ri^servant la fourniture du matériel roulant, des adductions d'eau, di's atdiei^ ilu petit iniitcriel et du mobilier.
1;EXPL0ITAT10N des phosphates. 1-20
tion de Metlaoui le 24 décembre 1898; les trains purent circuler de Sfax à Metlaoui dans les premiers jours d'avril et la première expédition de phosphate fut faite le 19 avril, moins de deux ans après la reconnaissance de la Compagnie par décret beylical*. La ligne fut inaugurée solennellement le 20 novembre 1899 à la suite de fêtes auxquelles assistèrent H. Krantz, ministre des travaux publics, MM. Mougeot, Jules Legrand, René Millet, résident général ^.
La voie, en quittant Sfax, longe la côte par l'oued Chafifar (29 km.) et Maharès (36 km.) ; puis, tournant à Test, elle gagne l'oued Chahal (50 km.), Graïba (63 km.); s'engage dans la vallée de l'oued Raun et monte sur la haute plaine de Maknassy en contournant le djebel Zebbeus par Mezzouna (98 km.). Elle descend ensuite vers le centre du bled (Maknassy, 123 km.), passe à TAïn Zannouch (162 km.), traverse le défilé compris entre le djebel Goussah et le djebel Bou Bellel, passe au nordouest de Sened et gagne le fond du bled EI-Hamra, au pied des derniers contreforts de TOrbata; aux Aïoun-el-Melah, elle s enfonce dans le défilé de Lalla, atteint entre cette oasis et celle d'El-Ksar la gare de Gafsa (205 km.), traverse Toued Balach et le bled Cheria et longe le djebel Stah jusqu'à Toued Metlaoui (243 km. 325) ^. Un embranchement particulier de 1.500 mètres relie la gare de Metlaoui aux installatloos de séchage des phosphates qui sont elles-mêmes en communication avec la mine par un raccordement de 3 km. 500 K
1. Rapports du Conseil d'administration de fa (''"des Phosphates ri do chemin de fer de Gafsa (Tunisie), \m7, p. 3-G; ISDH, p. 2-3; lHi»î», p. 3.
Grâce à remploi du wa^on poseur, la voie a été posi'e avec unf vilo^s^r» moyenne de 1.500 mètres par jour, aloi*s que les procédés ordinain^s [lermi'llent difficilement de dépasser 800 à 1.000 mètres. Vatin, o/>. cit., p, wj.
2. P^ER.sAND Vatin, Les chemins de fer en Tunisie, p. 8*2-8;^.