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De Sai.nte-Mauie, La Tunisie chrétienne, p

108 LA GAFSA ANCIENNE E^f MODEKNE.

part d'entre eux parlent la langue latine grecque ». A Gafsa comme dans le reste de la Byzacène, les églises durent subsister en face des premières mosquées jusqu'après la grande invasio:i hilalienne. Quand ils furent submergés sous le flot des nomades et des pillards musulmans, après quatre siècles, quand ils furent séparés de leurs anciens clients de civilisation lîiUnc ou grecque, les Gafsiens ruinés cédèrent à la nécessité brutal f! : ils se convertirent tous à Tlslamisme. Hais ils n^abdiquèreni pas sans retour leur autonomie politique et ne se mêlèrent pas complètement aux nouveaux venus. La réputation de mauvais musulmans leur est restée de ces retards et de CCS fiertés ^

De vieilles coutumes ont subsisté à Gafsa et dans le sud, telles que la cynopbagie absolument contraire aux prescriptions coraniques et probablement importée par les Berbères gerbiens. Les chiens sont « sacrifiés » (Kebara), saignés et mangés comme remèdes contre les fièvres paludéennes et la syphilis et pour engraisser les filles à marier 2.

Aujourd'hui, après buit siècles, Arabes et Berbères se sont étroitement mêlés; il y a -des Arabes dans les Ksours de Gafsa, il y a (les Berbères de tous les types et de toutes les nuances dans les tribus du voisinage; la communauté de religion, pour avoir été lente à s'établir, n'en est pas moins absolue; elle a ménie favorisé des unions que le voisinage, les intérêts communs et le temps devaient produire inévitablement.

Malgré tout, l'élément arabe est encore distinct; nombreux et bien adapté au climat, il n'a pas disparu comme les premiers Orientaux et les Européens, il a subsisté comme les trois

K TissoT, w/j, cit.f II, p. 672. — El-Edrisi, I, 254. — Léon l'Africain écrit, p. lï^ : - Ingcïiium illis est rude, illiberale; de cxtcrnis omnibus minime favent; quam obi^m et ab omnibus Afris mire contemnuntur. • Cf. infra Géogr. mili- ^nivi}, p. iW H st].

i. JcsTiN, XIX, ]. — El-Bekui, p. 33(). — Bertholon, Afas, 1896, p. 2t)7, et ^•xîfhrutiott iuUhrfd. de Gerba, p. 562. — Celte coutume est assez vivacc pour qu'il SI* tiejiii** i\ Tunis chaque vendredi, un marché aux chiens où s'approviïiiôiun ni U*s t'ons du sud, les Gerbiens et les Tripolitains de passage dans le nord.

LA POPULATION. ii\^

types berbères primitifs ; il s'est retrempe, il ne s* est pas fondu en eux.

Aux environs de Gafsa c'est dans la puissante tril)u drs IJaiiimarna que le type arabe est le plus reconnaissaljle. C<Mto tribu, originaire d'Arabie, est établie dans le pays depuis l'invasion hilalienne. G est elle sans doute qui acheva de ruiner, par des exactions et des pillages journaliers, les sédentaires de Gafsa, riches encore au moment de leur arrivée. Uestcc essentiellement nomade, guerrière et pastorale, elle est encore divisée en quatre fractions qui portent les noms des descendants de Hamamson fondateur : Oulad Aziz, Oulad Maameur, Oulad Rhadouan, Oulad Selema. Les parcours des Oulad Selema, dans les hautes plaines du Seldja; des Oulad MaaiiH'ui^ dans le bled Tarfaoui, le bled Seguî, le bled Atra; des Oulad Rhadouan dans la basse plaine de TOum el-Ksob et le dj. Salah sont tous voisins de Gafsa qu'ils entourent complètemeuU Les Oulad Aziz occupent le bled Hajorah et le bled Maknassy '.

Les Hammama nomades se distinguent facilement des Berbères de Gafsa par leurs traits différents mais surtout pour leurs tatouages-, leurs pratiques religieuses plus âpres, leunostume

1. Notes sur \os tribus do la régonco, R. Tun., lîH)-^, p. '^-'^'^. (îônt-alagi*^ ài^

Hani mania :

Haniain

Ubia X-

Aziz, Mîuiniar une fille opous^- iMii^î^

Hhadouan, So!iMii:t

Servonnet, h, Tttn., IK.JO, p. 115.

Le décret du II septembre 18iKi a divisé les Hammama en deux caïdats : //r7wiiiama Cuebala^ comprenant les oulad Selema, les oulad Selema, les ouLid Mpssaoud, les oulad KhadouandcrOum Ksob, et les oulad Aziz les plus voisins de Gafsa; Hammama hahara comprenant les restes des ouad Aziz t'ï de?; oulad Rhadouan, les oulad Messaouddans la plaine de l'ouad Fckka, les oulad Aroua de la Sebkha Mecheguîgue et les oulad Ilorcham ; le môme décret aeiiV- le raïdat du Djebel, réunissant tous los habitants du massif d'el-Ayaïclia, du Thab et du bled Segui. Aujourd'hui les caïdats de Hammama (iuebala. du [^j'^bel et de (îafsa sont fondus en un seul {Indicateur Tunisim, 19(r», p. ."lOli.

;?. Les Hammama appartiennent au type arabe grossier mesoriiinîpu assyroide. Colluinon, op. cit., p. 3-iO.

Bazin, Le tatouage dam la régence de Tunis, Anlhrop., 181R), p. jTX

L4 GAFSA ANCIENNE. i2

plus grossier, Tallurc générale plus rude que créent la vie et riiabitat différents depuis des siècles. Et les individus berhères qui se sont mêlés à eux sous la tente, en même temps que leurs habitudes et leurs mœurs spéciales ont pris leur aspect particulier. — comme les Arabes citadins ont été absorbes par la masse des sédentaires, — et contribué à la formalion des métis de toutes couleurs que Ton rencontre à côté des types purs dans les mêmes tribus, dans les mêmes douars, parfois sous les mêmes tentes.

En effet, c'est la différence de vie seule qui crée aujourd'hui des différences essentielles entre des hommes également bien acclimatés, soumis à la même discipline religieuse, parlant la même langue et jouissant, depuis le protectorat française, de la même paix bienfaisante : ce n'est plus la variété d'origines trop lointaines. La suite de celte étude achèvera de le montrer.

Gafsiens et Hammama nous semblent avoir enire eux les mûmes ressemblances et les mêmes dissemblances que les maraîchers, les commerçants, les artisans, les bourgeois d'un de nos ^-ms marchés de province et les éleveurs, les bergers, les villa^'^cois plus rustres de la campagne voisine.

Lu différence est autrement sensible entre eux et les étran- 4^ni\s, Marocains, Kabyles, Tripolitains, Soudanais qui sont en petit nombre dans l'oasis et agglomérés à Metlaoui où les emploie la Compagnie des phosphates. En effet, nulle part plus que sur les chantiers de Metlaoui, on ne voit l'antagonisme qui existe entre ces races elles-mêmes qui n'ont pas encore eu le temps de se pénétrer, entre elles et les Européens: leur We s'y poursuit côte à côte sans pénétralion réciproque et la distance qui les sépare n'en apparaît que plus brutalement. « Ils travfiilient dans la fumée et dans la nuit, dans cet te nuit que créent les lourbillons noirâtres de phosphate, dans la chaleur suffocante, intolérable, de ce climat d'Afrique, sous le soleil ardent

qu'ils ne voient pas, tellement l'ombre est épaisse, mais qui esl là brûlant, terrible, derrière le rideau de poussière obscure. Ils travaillent sans savoir pourquoi ni pour qui. Des Européens leur ont dit un jour de remuer cette terre noire, de la charger sur des wagons, et ils la remuent, et ils la chargent. Pendant longtemps ils ont cru qu'on cherchait de Tor, et ils ont lavé la terre phosphatée pour essayer d'y découvrir quelques parcelles de métal jaune. Ils n'ont rien trouvé et, sans comprendre, ils ont continué leur labeur héroïquement... Ils ont gardé leurs habitudes, leurs mœurs, travaillent ensemble: mais, le soir venu, ils rentrent chacun dans le petit coin spécial où ils se sont groupés par nalionalités. Sur le flanc de la montagne, ils se sont élevé des tentes misérables, des gourbis en planches, des huttes en pailles. C'est là, dans ces cabanes au ras du sol, ou sous terre, dans des anfractuosités du rocher, c'est là qu'ils habitent, séparés les uns des autres, les Kabyles avec les Kabyles, les Arabes avec les Arabes. Ils sont là avec leur famille, leurs enfants qui jouent au milieu de quelques maigres plants de maïs semés devant la tente. Plus loin, quelques huttes en paille, des gourbis de forme étrange d'où sortent des sons de musique bizarre, stridente : c'est le coin des nègres. Ils vivent ainsi entre eux avec leurs mœurs, leurs religions , leurs fétiches. Parfois une rixe éclate ; ces minuscules villages se soulèvent les uns contre les autres; les couteaux se tirent, les matraques se dressent et le sang coule, haine de races, qu'il est bien difficile de calmer K »

Dans le pays<le Gafsa les Marocains, les Tripolitains, les Kabyles, les noirs ne sont pas devenus des Gafsiens ils n'ont encore pu se fondre ni dans la séculaire famille des sédentaires, ni dans celle des nomades, ils sont restés des étrangers, des clans isolés, autant que les Italiens et les Fran(;ais retenus dans le pays par leurs intérêls fonciers ou commerciaux.

l. Clarktie, De Syracuse à Tripoli, p. 2îC>-:>i)G, m'î-'^n)!.

Ceux-ci en effet n'ont fait que se superposer au fond très résistant de souche berbère et arabe. Leur situation fut et est encore sensiblement la même que dans le reste de la Tunisie et de l'Afrique du nord. Juifs, Italiens, Français peuvent prospérer et se multiplier ; tous n'ont avec les populations que des rapports commerciaux et politiques.

Sans doute il est probable que cultivateurs gafsiens et pasteurs hammama comprendront les avantages de notre collaboration, comme ils ont compris, voilA vingt siècles, les avantages de la direction romaine, et qu'ils utiliseront peu à peu avec la môme souplesse nos procédés agricoles et économiques : et cela est désirable. Sans doute ils louent déjà leur travail à la compagnie des phosphates et du chemin de fer de Garsa qui les engage comme terrassiers et comme manœuvres; Sfaxiens, nomades, sédentaires, attirés par les plantations toutes récentes d'olivettes et la vente de l'alfa, viennent assez volontiers au centre nouvellement créé près de la gare de Maknassy, emploient le chemin de fer et se servent du télégraphe. A Gafsa et dans les gares de chemin de fer, leur trafic avec les Européens augmente, l'oasis s'étend.

Ils apprécient les conseils pratiques de culture qui leur sont donnés par Tinstituteur et comprennent l'avantage qu'ils peuvent retirer de procédés nouveaux*. La création d'une infirmerie analogue à celles d'Algérie aiderait certainement à loH rapprocher de nous davantage encore -,

Mais l'école française reste peu fréquentée par les indigènes nuiSLiluians^^ : les Gafsiens, comme la majorité des Tunisiens, apprécient certains avantages matériels de notre civilisation

l. Supra, p. 1>3.

'I. ihLr\,^K otToSTiviNT, Assistance médicale indigène, passiin.

:j. fttiiffjfirtii au Président de la liépMique, 11 H>2, p. 310-317; 1903, p. 204-'m>; ¥JÙA, jj- {:â\A7)\ ; lîXC», p. 4ri(MG7. Lo noinbro dos élèves de l'école de (îafsa. en lt)(K'i, ^"tuit de 105 garçons, dont 9 français, 19 italiens et9 israélites, G7 inu- Siilinanst i-i 25 filles. Les T élèves musulmanes indiquées au rapport de 19Q4 ne%nraieBl plus à celui de 1903. Le nombre des élèves de l'école de Maknassy était de 10 dont 3 musulmans.

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