Rapport sur Barcelone au 15 décembre
2. Duhesme en juge ainsi, dans le Résumé historique des opérations, ce qui atteste indirectement l'exactitude des considérations qu'on a lues au début de cette section vs : « Les recettes de la douane s'’améliortrent surtout parle décret que le général Duhesme fit. que toutes les marchandises qui sortiraient de Barcelone paieraient, savoir celles manufacturées à Barcelone 5 p. 109 et les autres 10 p. 100. »
3. Arrêté du général Duhesme, Barcelone, 23 juin 1809, dans le Diario du 24 juin : les considérants déclarent que la libre sortie des marchan-
ciants ou fabricants ne cessèrent point pour cela de faire sortir en hâte leurs stocks de cacao, de sucre, de laines, de coton, et surtout leurs chocolats, draps, indiennes, bas de soie et fils de coton; ils espéraient les mettre en sûreté à Reus et à Tarragone, avant d’émigrer eux-mêmes définitivement, et probablement pouvoir les écouler de là vers l'Amérique ou le reste de l'Espagne, soit sous le pavillon anglais, soit sous le pavillon insurgé. La junte insurrectionnelle de la province essaya d'abord d’entraver ce singulier mouvement commercial, puis décida avec raison de le tolérer‘. « On fait sortir ces marchandises de Barcelone, non par charges, mais par voitures pleines, et il en sort à la fois en une seule nuit quatre, cinq et même plus. Le fabricant d’indiennes ou commerçant, qui a son magasin plein de ballots d'étoffes imprimées ou de draps, n’a qu'à présenter sa requête au général Duhesme par l'intermédiaire de quelques-uns des favoris de celui-ci, et au moment voulu on lui délivre son laissez-passer. Muni de celui-ci, il fait sortir ses voitures de nuit par la porte Sainte-Madrone et la troupe française les accompagne jusqu'aux sentinelles avancées. [n’y a pas longtemps qu’une seule extraction de ces marchandises coûta à l'intéressé 4.000 livres catalanes (10.680 pesetas) ; qu’on calcule quelle serait la valeur de la cargaison extraite?. » Il paraît même que deux de ces moines, que Duhesme cherchait tantôt à conserver dans la ville pour ne point donner de chefs aux insurgés et tantôt à faire sortir parce qu'il eraignait leur influence sur la population barcelonaise, profitèrent ingénieusement
dises manufacturées à Barcelone peut donner lieu’ à la fuite des contribuables.
1. Blanch, Historia de la Guerra de la Independencia en el antiquo Principado, t. Ie, p. 469-470 ; cf. Ferrer, Barcel. caut.. t. IV, p. 164-165.
2. Ferrer, Barcel. caul., t. IV, p. 253-254. On remarquera qu'à son habitude Ferrer présente la perception du droit à la façon d’une exaction. Le caicul est aisé à faire : si, comme semble l'indiquer le passage, il s'agit de produits manufacturés payant le droit de 5 p. 400, la cargaison extraite valait 213.600 pesetas, c’est-à-dire environ 228.000 francs.
pour s'évader de létablissement du droit de 5 p. 100: «-La nuit dernière sont sorties, par la porte Sainte-Madrone, avec un sauf-conduit de Duhesme, deux voitures pleines de marchandises fabriquées sur place. Comme cette sortie est autorisée, deux moines capucins ont profité de l’occasion et se sont enfuis déguisés à l'intérieur de la charrette’, »
Ces sorties de marchandises, qui préludaient à la sortie définitive des négociants et fabricants, étaient désastreuses pour l'avenir économique de la cité. « L’ombre de commerce qui existe dans ce moment se borne à des exportations. Ce sont des drogues pour les teintures, des fils de coton pour la fabrication, des toiles à peindre pour indienne, des bas de soie, des papiers, tous produits de l’industrie catalane. De ces marchandises les unes sont destinées pour la consommation de la province, de l'Espagne, ou pour des expéditions en Amérique : les’ autres uniquement pour passer dans des villes intérieures où l’on ne craint point larrivée des Français. Ces exportations ne remettent aucun numéraire dans la circulation. Le prix des marchandises consommées s'arrête dans les autres villes de la province où les propriétaires ont transporté leurs domiciles et leurs ateliers. Les importations se bornent aux objets de nécessité habituelle pour la consommation intérieure de la ville et la fourniture des marchés. Toute autre serait superflue, d’après l’état de pénurie générale qui se fait sentir, et Pextrème diminution de la population ?. »
Mais, si ce commerce d'exportation très particulier était nuisible à Favenir dela cité, il rapportait immédiatement des sommes sérieuses ; grâce surtout aux droits de sortie, le produit net des douanes, portes et rentas s'éleva, de juillet à décembre 1809, à une movenne de 85.978 pesetas ; fait
l'Ferrer taIV pete
2. Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, Arch. des Aff. Étr Mém.-et Doc:, Esp., vol: 210, fes 305-306.
significatif, les anciens droits de douane ne rendaient toujours presque rien ‘, et un droit additionnel de 10 p. 100 ad valorem qui fut mis par Duhesme sur toutes les entrées le 30 septembre 1809 * ne donna en produit brut, d’octobre à décembre, que 1.283 pesetas, pendant que les droits de sortie donnaient, de juillet à décembre, un produit brut de 290.576 pesetas, répondant à une exportation avouée de plusieurs millions de marchandises. Et encore l'agent des relations extérieures affirme-t-il que «le produit serait bien plus considérable sans la fraude très active qui se fait en cette partie. Le mauvais exemple, les sollicitations, l'esprit presque général de contrebande qui infeetent ce pays-ci ont tellement dépravé l'opinion publique à cet égard, qu’elle se fait presque ouvertement, par la connivence, sous la protection même, armée quelquefois, et pour le eompte de quelques chefs militaires de la ville. On se fait payer l'affranchissement des droits sur les objets dont la sortie est permise, la libre exportation des marchandises prohibées, telles que les draps pour l'habillement des troupes ennemies; les drogues pour leurs hôpitaux, les cordages, les voiles pour leurs bâtiments; la bre introduction des marchandises de fabrique anglaise, dont la côte est inondée par le commerce habituel des Anglais avec tous les contrebandiers qu’ils soudoient. On excuse ces manœuvres sous le prétexte que c'est une espèce d'indemnité des privations que lofficier éprouve ; et sous ce prétexte quelques individus seulement s’enrichissent en desséchant la source qui fournirait aux besoins communs *. »
1. Le maximum des anciens droits (y compris ceux de subvention et de consolidation) est atteint en septembre, mois relativement tranquille : il est de 2.821 pesetas. Le même mois, le droit de sortie de à p. 100 rend 46.872 pesetas.
2. Arrèté de Duhesme, Barcelone, 30 septembre 1809, dans le Diario du 4er octobre.
3. Rapport sur Barcelone au 15 décembre 4809. C’est le seul document qui signale, pour 4808-1809, cette sorte d'abus et de profits pour les offi-
De même que les droits de sortie, les droits de portes n'étaient pas sans offrir des inconvénients; 1ls accentuaient le renchérissement des denrées et aggravaient encore ainsi la triste situation matérielle des habitants ; mais ils étaient productifs et rendaient, de juillet à décembre, 201.825 pesetas de produit net. Le rendement des monopoles resta au contraire médiocre, comme cela était naturel dans une ville ruinée : d’ailleurs celui du sel n'avait pas été remis en vigueur, on ne sait pour quelle raison, peut-être parce que le gouvernement n’avait plus de sel à vendre‘. On ne devait guère plaider non plus, car le papier timbré se vendait mal.