‹ La captivité de BarceloneChapitre 103 sur 181 · Gaudin à Clarke, 27 décembre 1809, Arch. G · texte numérisé non relu

Gaudin à Clarke, 27 décembre 1809, Arch. G

2. Il y avait eu, dés le 28 août 1808, un rapport approuvé par l'Empereur qui défendait en termes généraux l'exportation pour l'Espagne de « tous les objets qui pourraient être utiles aux rebelles, soit comme subsistances, soit comme munitions de guerre ». Arch. nat., AFrv plaq. 2366. Mais le nouveau décret impérial, de‘Fontainebleau, 29 octobre (Arch. nat,

AFrv pla. 3072), ne souffrait plus d'exception.

3. L'ordonnateur Rey à Augereau, Figuières, 5 décembre 4809, Arch. G.; Augereau au directeur des douanes des Pyrénées-Orientales, Fornells. 6 décembre 1809, ibid.

4. Augereau à Clarke, Fornells, 6 décembre 1809, Arch. G.: l’ordonnateur Rey à Augereau, Figuières, 11 décembre 1809, ibid. ; Gaudin à Clarke 97 décembre 1809, ibid. 2

avait recrutés. Il avait, de plus, fait au chef d'état-major Rey et probablement à d’autres généraux un traitement extraordinaire au nom de Sa Majesté Catholique”. La machine financière montée par le commissaire royal avait donné un faible résultat. Il n’y avait pas à s’en étonner : elle avait fonctionné à vide ou à peu près. Il avait manqué à Garriga pendant la plus grande durée de son action ce que Duhesme avait eu du moins à Barcelone, des contri-

buables à imposer.

En dépit de quelques efforts partiels et décousus, malgré les avertissements des économistes et des théoriciens de la science financière, la dynastie des Bourbons n’avait pas su ou pas pu établir dans son royaume de bonnes institutions de finances. L'Espagne aurait certes beaucoup gagné à connaître le système régulier de l'Empire, à avoir comme la France des impôts simples et assez sagement répartis, un budget à peu près équilibré, une banque solide et prudente, des agents méthodiques et très surveillés pour les services des recettes et des dépenses. Même dans les circonstances très particulières où les Français s'étaient installés en Espagne, il y aurait eu quelque habileté politique à tenter de faire connaître par la pratique aux peuples de la péninsule le système financier français. Une sincère

1. Etat des dépenses du. commissaire royal, en annexe au Compte-rendu par Pelletier : « M. Garriga, 27.869 pesctas ; douanes, 7.919 pes. : Puig, corrégidor, 8.542 pes.; gouvernement, 8.220 pes. ; gendarmerie, 5.184 pes. ; extraordinaire (?), 54.428 pesetas. » Le texte du Compte-rendu nous apprend que, dans cet «extraordinaire », il faut comprendre un traitement mensuel de 1.500 pesetas au général Rey, mais ne donne point d’autre explication. D'autre part, il y a un excédent de 42.520 pesetas, dù probablement à la très forte recette de février. Nous ne savons comment il fut employé. On le trouva peut-être encore en grande partie dans la caisse de Garriga quand Augereau réorganisa où crut réorganiser les services financiers, en exécution du décret impérial de février 1810.

tentative de « régénération » eût été particulièrement justifiée et nécessaire en matière fiscale ; une province laborieuse, active et vivante eût été, dans des circonstances ordinaires, un bon champ d'expérience, et ses habitants eussent été Lis pour apprécier tout particulièrement les réformes qu'on eût pu tenter dans la matière, si on eût été à même de procéder régulièrement.

Même dans une situation anormale, on eût peut-être pu trouver les Catalans prêts à comprendre une tentative d’organisation financière, au moins à Barcelone, dans la classe des producteurs, des négociants, des armateurs. Si l'on avait eu à sa disposition du temps, des avances de fonds, des hommes compétents, on eût pu essayer de renverser et de reconstruire sur de nouvelles bases et sur un nouveau plan l'édifice financier, en s’efforçant de libérer avant tout la production industrielle et lactivité commerciale des entraves qui les gènaient, en visant à favoriser la vie économique de ce pays essentiellement « mercantile ».

Ni les circonstances ni les procédés impériaux en pays militairement occupé n’avaient permis qu'il en fût ainsi il n'avait point été question de réformes rationnelles et nul parmi les Français n’était en situation de s’en occuper. L'arrivée des troupes françaises à Barcelone avait suspendu la vie économique; puis il avait fallu nourrir aux dépens des caisses locales les soldats installés dans la capitale; les impôts, soustraits à leur utilisation normale, n'avaient plus servi qu'à nourrir les « intrus ». Enfin ceux-ci s'étaient peu à peu ingérés dans les services financiers, avaient fixé des chiffres, imposé des mesures de rigueur. Ils n'avaient point été, il est vrai, les inventeurs de la contribution sur les habitants aisés, c’est-à-dire du procédé fiscal le plus caractéristique mis en œuvre pour tirer l'argent du pays. Mais ils avaient ajouté d’autres ressources extraordinaires à cette contribution, et ils avaient recouvré cette dernière sans souci de ménagements au moins appa-

rents : les fonds n’étaient rentrés dans les caisses que par des menaces, et la junte avait toujours eu soin, dans ses avis aux contribuables, de rappeler que le but des recouvrements était de « nourrir les troupes françaises ».

Le premier impôt avait d'ailleurs été réparti hâtivement, sur des données incertaines. Quand on avait essayé de recourir aux ressources normales, on n'avait pu en tirer assez, et il avait fallu, tout en détournant ces ressources de leur affectation ordinaire, continuer à employer les contributions extraordinaires, les menaces, les rigueurs, les expédients. Les Français s'étaient ainsi montrés aux envahis comme des besogneux et des rapaces ; ils étaient arrivés en se présentant comme des hôtes et des alliés ; ils avaient bientôt donné aux Barcelonais l'impression qu'ils s’entendaient surtout à extorquer de l'argent, à dépouiller petit à petit de leur fortune ou de leurs économies les gens riches ou les laborieux.

Privés de tout subside impérial, les généraux n’avaient point eu la faculté d'agir autrement qu'ils ne l'avaient fait ; ils avaient dû imposer des réquisitions, lever des contributions, procéder à des razzias dans la province. Barcelone, obligée d’entretenir à ses frais un petit corps d’armée, avait particulièrement souffert des rudes procédés fiscaux des Français, légitimes aux veux des généraux, qui devaient faire passer au premier plan les nécessités de la guerre. Mais les Catalans ne pouvaient naturellement adopter ce point de vue : le régime de la fiscalité militaire leur avait donné de nouveaux motifs de résistance ; il avait suscité de nouvelles colères, de nouvelles plaintes et de nouveaux

griefs,

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