LES MESURES DE SURETÉ ET LA POLICE DU GOUVERNEMENT IMPROVISÉ
I. Absence en Catalogne d’une police organisée avant 1808 : les tribunaux et les municipalités s’en partagent les attributions. Création, à la demande de Duhesme, d’une junte de police ; inutilité de cette junte. Adjonction d’un représentant de l'autorité militaire française. Choix de Casanova par le général Lechi. Caractère attribué à Casanova par les contemporains. — II. Casanova nommé commissaire général. Organisation d'une véritable police. Revenus de cette administration. Lechi en est le chef suprême, et prend pendant le siège de 1808 les mesures de sûreté nécessaires. La crainte des conspirations. Encouragements à la sortie des pauvres; règlementation sur les vivres. Menaces et système de terreur. Les arrestations du mois de décembre 1808. — III. Les abus de la police: extorsions d'argent, mise à rançon des habitants incarcérés, ete. Emploi de
l'argent ainsi obtenu. L'affaire Canton. Disparition ou intimidation des témoins. Enquête prescrite par Duhesme : son attitude approuvée par Gouvion-Saint-Cyr. Maintien de Casanova à la tête de la police. — IV. Saint-Cyr et la police. Léger adoucissement du régime politique (décembre 1808-janvier 1809). Accroissement des pouvoirs de Casanova et des revenus de la police. Empiètements sur les attributions de l’Ayuntamiento et des tribunaux. Retours momentanés au système de la terreur. Éloge de Casanova par Lechi. — V. La conspiration avortée de mars 1809, sa reprise en mai. Découverte du complot et mesures de vigilance. Perquisitions et arrestations. Arrêté rigoureux de Duhesme contre les fauteurs de troubles et sur la police des églises. Jugement des chefs des conjurés ; leur exécution. Tentative du 3 juin. Nouvelles arrestations et nouvelles exécutions. Les martyrs. — VI. Casanova devient le collaborateur universel de Duhesme et la première autorité de Barcelone après le général. Tranquillité de la ville à partir de 1809 : mesures contre les moines, contre les sujets impériaux, contre les non-domiciliés. La police militaire dans la banlieue : les colonnes mobiles. Les primes distribuées aux soldats ; les amendes levées
sur les communes. VII. Les procédés employés en rase campagne. Création d'une gendarmerie par Garriga. Le recrutement et les exploits des gendarmes du commissaire royal. Les vues du duc de Feltre sur les moyens de ramener la tranquillité en Catalogne : gardes nationales et colonnes mobiles, Les proclamations d'Augereau ; leur effet. Les procédés rigoureux du maréchal. — VIII. Effet produit sur les Catalans par les procédés d’Augereau et la police de Duhesme. Le « brigandage organisé ».
Avant 1808, la Catalogne n'avait jamais eu de véritable police. Il va sans dire que les fonctions confiées ailleurs à cet organisme étaient également exercées dans la province : mais elles ne l’étaient qu'à titre d'attributions secondaires des autorités d'ordre administratif ou judiciaire, entre lesquelles il n’y avait d’ailleurs point en principe, on l’a déjà vu, de démarcation absolue‘. Il n'existait donc en Catalogne rien d’analogue soit à la police et à la gendarmerie impériales, soit même à la maréchaussée instituée en France dès le xvu° siècle. La voirie, la surveillance des fêtes, des théâtres, des marchés, du commerce de détail, la police sanitaire enfin étaient, dans les villes, confiées aux ayuntamientos et aux corrégidors qui présidaient ces corps * ; la police judiciaire ressortissait naturellement aux tribunaux ; ceux-ci veillaient aussi par leurs officiers au maintien de l’ordre, à l’exécution des édits, poursuivaient les auteurs ou colporteurs d’écrits séditieux, prévenaient les complots ou les manœuvres dangereuses pour la tranquillité publique. Le même rôle était dévolu dans les campagnes aux bayles et aux alcades leurs assesseurs *. Les tribunaux n'étaient natu-
4. Pi y Arimon, Barcelona anligqua y moderna, L. ler, p. 122. Cf. chapitre premier, section 11.
2. L'Ayuntamiento à Duhesme, Barcelone, 4er mai 4809, Arch. mun.
Barcelone, of. exped., 1809.