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Avis dansle Diario du 4 septembre

de la prétendue junte de police ; bientôt, il fit comme les Barcelonais et dit tout simplement « la police! ».

L'organisation pratique de la nouvelle institution” fut vite achevée : le 10 septembre, Casanova fit approuver par Duhesme le choix d’un substitut, d’un secrétaire et de cinq commissaires d’arrondissement, et les Barcelonais en furent informés par voie d’affiche?. Le substitut Font A Closas était catalan, le secrétaire général Barreau était français ; quant aux cinq commissaires, quatre étaient catalans : c’étaient Blasco, gendre de Casanova, un certain Sagarra, le tailleur Bernard Las Casas, le clerc de notaire Léopold Pi; le cinquième était un Français nommé Raymond Dufour. Il était venu tout jeune à Barcelone, y avait gagné sa vie d’abord comme cocher de grande maison, puis comme marchand de poisson au détail dans une boutique de la Rambla. Les Barcelonais ne manquèrent point de s’égayer fort de l’origine de leurs nouveaux magistrats. On recruta aussi des agents, au nombre d’une trentaine ; certains assureraient la surveillance aux portes de la ville, d’autres sur le port et dans les rues, d’autres enfin seraient attachés au commissariat général *.

Commissaires et agents n’eurent d’abord point d’uniforme, et ilne devait leur en être attribué un qu’en février 1809 : à partir de ce mois, le commissaire général put arborer, avec le grand costume noir, le tricorne à plume noire et à ganse d’or, l’épée et la canne ; son secrétaire et son substitut eurent droit au même costume, mais sans

1. Le dernier arrêté employant l'expression de « junte de police » est l'arrêté de Duhesme du 13 octobre 1808, dans le Diario du 15.

2. Résumé historique des opérations : Ferrer, t. Ier, p. 385-386. Les renseignements qui suivent sur les différents fonctionnaires de la police sont pris, soit dans ce passage de Ferrer, soit dans le Petit dictionnaire des hommes qui ont figuré en Catalogne, Arch. nat., F76332.

3. Le Tableau des employés de la police, Arch. G., 4-10 janvier 1810, dressé en réalité en 1811, mentionne vingt-trois des agents comme en service depuis l’origine. Or il y avait eu en 1809 deux révocations, et en 1810 plusieurs suivies d'arrestation et de transfert à Paris. (Voir chapitre VII) ; Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F76554.)

canne ni plume ; les simples commissaires durent se contenter de l’épée et de la ganse en argent, les agents d’un uniforme bleu avec un sabre. Le commissaire général, en grand ou en petit costume, porterait de plus «une médaille en or, attachée au bout d’un ruban rouge et jaune » ; cette médaille représenterait « d’un côté l’image de la justice appuyée par la force, et de l’autre côté le symbole de la prudence, au milieu duquel sera gravé un œil’. » Il y eut bien là de quoi consoler Casanova du mépris où le tinrent ses compatriotes.

Dès le début, la police s’assura des revenus spéciaux. Elle les tira de la délivrance des passeports, obligatoires depuis le 18 juillet 1808 pour tous les habitants qui, désirant s’absenter pour quelques jours seulement, pourraient en obtenir la permission à condition de laisser dans la ville le chef de famille comme répondant*, et plus tard des coûteuses licences mensuelles dont durent se munir les tenanciers des maisons de jeu *. Le tout permit d’attribuer à Casanova un traitement de huit cents pesetas par mois ; et la caisse de la police fut toujours mieux alimentée que celle de la junte générale, car Casanova put servir à Duhesme, à Lechi, aux divers commandants d'armes de la ville et des forts des mensualités sérieuses pour leurs frais extraordinaires ou leurs dépenses secrètes. Jusqu’à la fin de décembre, les fonds recueillis furent, en effet, gérés par le commissaire général; et ce fut seulement le 1° janvier 1809 qu’on créa un trésorier spécial de la police*.

Après les arrêtés de septembre, toute l’organisation

À. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 3 février 1809, publié seulement au Diario du 25 mars, à propos du compte rendu de la cérémonie de remise des insignes.

2. Edit d’Ezpeleta (d'accord avec Lechi), Barcelone, 18 juillet 4808, dans le Diario du 20.

3. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 4er octobre 1808, dans le Diario du 2.

4. Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, Arch. des Aff. Etr., Mém. et Doc., Esp., vol. 210, fes 805-316 ; Renseignements sur Barcelone ; Rapport de la Commission administrative sur la conduite de Casanova, Arch. nat., AFrv 1695.

resta placée sous la direction du général Lechi, dont les aptitudes étaient manifestes ; et pendant plusieurs mois ce fut ce général qui signa les ordres de détail relatifs aux mesures de police ‘. Casanova devint bien vite l’intime et . le compagnon ordinaire du général? : d’ailleurs, la police n’agissait guère seule et, dans les opérations sérieuses, elle se faisait toujours appuyer par des détachements de soldats napolitains ou italiens *. Au besoin, Lechi mettait au service du commissaire général son prestige et son autorité de général de division. Ainsi, l'Ayuntamiento n’ayant pas répondu à temps à une demande de renseignements émanée de la junte de police, Lechi écrivait aux régidors : « Vous ne devez pas ignorer, Messieurs, que la demande du comité doit être particulièrement respectée, et qu’une obéissance la plus prompte doit acquiescer à ses demandes ; et vous ne devez pas non plus ignorer, Messieurs, que je suis membre de ce comité, et que je le préside dans les circonstances urgentes, et que je ne souffrirai pas que vous retardiez plus longtemps à nous répondre *, »

4. Ordres de Lechi, Barcelone, du 3 octobre 1808, dans le Diario du 5; du 45 octobre 1808, dans le Diario du 16 : du 8 novembre, dans le Diario du 9 : etc. Cf. Mémoire remis le 24 décembre 4810 par la mère et les frères de Lechi, Arch. nat., BB‘#793. (Cette pièce dénature à peu près tous les actes de Lechi comme commandant de la place, mais ne nie point qu'il ait été le véritable directeur de la police.)

2. « … Il recevait en cette qualité le rapport de la police et en prenait même le titre de président... Mes relations avec le commissaire général Casanova n'étaient alors ni habituelles ni familières : je ne pouvais entrer dans le détail de ses opérations dont il rendait compte au général Lechi », dit Duhesme dans la Réponse de M. le général Duhesme à S. E. Monseigneur le duc de Feltre, Paris, 26 août 1810 (Arch. G., 28 juillet 1840). Les relations de Lechi avec Duhesme n'étaient pas excellentes, d’après Laffaille, Mémoire sur la campagne du corps d'armée des Pyrénées-Orientales en 1808, p. 121-127, 150, et Duhesme lui-même, Mémoire présenté le 3 février 1841 {affaire du sieur Canton), Arch. G., (28 juillet 1810) : « .. lui-même, malgré quelques débats assez vifs avec moi, avait été après tout mon meilleur collaborateur... » Lechi ne craignait pas de témoigner publiquement son amitié pour Casanova. Dans le discours fait lors de la remise des insignes (publié au Diario du 25 mars), il dit : « Recevez les témoignages de mon estime et de mon amitié : votre nom est cher aux militaires... »

3. Ferrer, Barcel. caut., t. Ier, p. 549, 550, 570-577 ; t. IL, p. 121, etc.

4. Lechi à l’'Ayuntamiento, Barcelone, 4 octobre 1808, Arch. mun. Barcel., of. recib., 1808 (en français).

En 1808, la police se cantonna d’ailleurs dans ses attributions purement politiques ettemporaires ; elle ne s'occupa guère des affaires municipales, sauf quand celles-ci étaient en rapport direct avec les besoins de la place; par suite, elle n'empiéta guère que sur les fonctions des alcades de la chambre criminelle de l'Audience, et laissa à l’Ayuntamiento la surveillance ordinaire des marchés, les questions de voirie, de police sanitaire, etc. *. La nouvelle institution n’eut d’abord, au moins ostensiblement, que des fins toutes militaires, toutes immédiates, comme le gouvernement improvisé lui-même. Elle n’était que l’auxiliaire de la défense de la place, à un moment particulièrement critique.

Ce fut, en effet, vers le mois de septembre que le blocus de Barcelone commença à se resserrer ; et, en novembre et décembre, les troupes impériales allaient être obligées d'abandonner peu à peu la plupart des positions qu’elles avaient occupées jusque-là à l’extérieur de la place et des forts *. Les mauvaises dispositions évidentes des habitants étaient faites pour inquiéter beaucoup le général en chef ; peut-être ne tramait-on point alors dans la ville des complots précis avec des moyens d'action bien arrêtés ; mais on s’y agitait beaucoup, on y faisait courir des rumeurs inquiétantes, on y faisait des vœux pour les assiégeants, on leur envoyait probablement des renseignements, bref on se donnait l'illusion de coopérer efficacement à l’œuvre patriotique des insurgés *. Dans ces conditions, le général

1. À vrai dire, et comme on le verra un peu plus loin, le commissaire général est bien chargé, par l'arrêté de Lechi du 13 octobre 1808, de fixer le prix de quelques denrées (Diario du 16 octobre). Mais c’est là un fait exceptionnel, et qui s'explique par le resserrement du blocus, une mesure de siège. On verra de même Duhesme et Lechi intervenir contre les accaparements de grains et farines, réels et supposés. Mais le registre des Acuerdos, septembre-décembre 1808 (Arch. mun. Barcel.), montre bien que

l’'Ayuntamiento, même au plus fort du siège, continua à s'occuper presque exckusivement de la subsistance des habitants.

2. Résumé des opérations militaires, décembre 1808, Arch. nat., AFiv 1621 ; Laffaille, p. 154-157, etc.

3. Les dispositions hostiles des habitants ne sont point douteuses (voir surtout Duhesme à Berthier, Barcelone, 20 décembre 180$ et 8 janvier 4809,

en chef était tout disposé à redouter sans cesse une « trahi- Son », un « soulèvement » ou une « prise d’armes », et ses auxiliaires contre « les ennemis du dedans », Lechi et Casanova, l’entretenaient dans cette crainte : « on ne lui parlait que de traîtres, que de conspirateurs, on voulait l’accoutumer à croire à leur existence ‘ ». La confiance que Duhesme avait dans les deux chefs de la police ne put que s’accroître encore, lorsque ceux-ci lui prouvèrent, par des pièces authentiques ou apocryphes, que Vivés avait tenté de les corrompre ?. Aussile général en chef approuva-

Arch. nat., AFiv 1621, et Laffaille, p. 190); et l'interprétation la plus sceptique des textes indiqués plus loin ne laisse point de doute là-dessus, pas plus qu’elle n’en laisse sur les vœux pour les assiégeants, sur les renseignements qu'on leur fournit, etc. Sur la question d'une conspiration précise, Duhesme inspirant Porte est affirmatif dans le Résumé des opérations militaires, ainsi que dans son Résumé des opérations politiques et militaires (Arch. G., première quinzaine de mars 1809). À première vue, le fait semble confirmé par Ferrer, t. Ier, p. 209-211, 565-568, etc. ; les historiens catalans postérieurs (surtout Blanch, t. Ier p. 214-220, 224-935. etc.), ont reproduit les faits allégués par Ferrer. Mais les affirmations de Ferrer manquent entièrement de précision, si ce n’est sur les relations entre les habitants et Vivés; cet auteur, qui enregistre avec complaisance tous les faits qui prouvent le patriotisme des Barcelonais, n’est digne de créance que lorsqu’il cite des noms, des détails minutieux. Gouvion-Saint-Cyr, Journal de l'armée de Catalogne, p. 167-168, me semble dans le vrai, lorsqu'il n’attribue de réalité qu'à la conspiration de mars-juin 1809. De même Laffaille, Mémoires sur la campagne du corps d'armée des Pyrénées-Orientales en 1808, dit, p. 235-236, à propos de cette conspiration : « Une conspiration, la première peut-être qui méritât vraiment ce nom... » Or, Laffaille est loin de chercher, comme Saint-Cyr, à blâmer les actes de Duhesme, dont il se constitue en somme le défenseur.

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