‹ La captivité de BarceloneChapitre 110 sur 181 · Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F · texte numérisé non relu

Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F

2. Duhesme envoya en effet à Berthier, le 20 décembre 1808, copie de deux lettres de Vivés à Lechi et à Casanova, non datées, et de la réponse de Lechi à Vivés, Barcelone, 2 décembre 1808. (Ces pièces furent en outre publiées au Diario du 16 février 1809). L’authenticité de ces deux lettres est très douteuse, bien que Duhesme et en général les Français venus à Barcelone l'aient admise. (Compte-rendu par l’adjudant-commandant Carrion-Nisas, Arch. nat., AFiv 1695 ; Renseignements sur Barcelone, etc.) Nous n'en avons pas le texte, mais simplement des copies fournies par Casanova et Lechi : les offres y sont faites avec une brutalité, une netteté maladroite et invraisemblable : «'Général Lechi. Le grade et la solde dont vous jouissez; un avancement ; un million de piastres : asile perpétuel en Espagne, ou votre transport en Angleterre ou en Amérique si vous risquiez de tomber aux mains des Français ; tout cela vous est promis si vous livrez la citadelle et le Monjuich, et si vous passez à la nation outragée, etc. » Deux hypothèses s'offrent : 4e Ces pièces furent fabriquées par Casanova et Lechi ; 2° Elles émanent d’un agent très subalterne de Vivés.

t-il tous les ordres que donna Lechi, tous les actes de Casanova, sans les examiner d’ailleurs de près, et les deux amis purent assurer à leur façon la tranquillité de la ville *.

On redoutait particulièrement le petit peuple, comme contenant des éléments plus prompts à l’action, et parce que le prix toujours croissant des vivres devait nécessairement l’exaspérer tout particulièrement ; aussi, dès le mois de septembre, avait-on permis aux non-contribuables de sortir légalement de la ville contre le versement d’un droit relativement minime ? ; le 14 novembre, un arrêté autorise les Barcelonais, à l’exception des fonctionnaires et des gens qualifiés « aisés », à émigrer sans rien payer ; le même arrêté enjoint aux chefs des communautés religieuses de ne garder que six ou huit moines avec eux, pour assurer la célébration des offices divins *. Le 23 novembre, Lechi prescrit aux alcades de quartier de lui remettre la liste des gens domiciliés à Barcelone depuis moins de six mois; ceux-ci devront donner caution ou sortir de la ville, sous peine de passer devant une commission militaire, qui les jugera comme perturbateurs et espions ". Le 28 novembre, Duhesme « ordonne que tous les habitants non-contribuables de Barcelone, qui ne se

Je pencherais pour la première explication. Dans un rapport à Champagny, 5 décembre 1808 (Arch. nat., AFrv 1679), Blondel rapporte les circonstances où Casanova remit les lettres à Duhesme. Elles confirment les raisons qu'on à de rester sceptique.

1. Là-dessus, tout le début du Mémoire présenté le 3 février 1841 (affaire du sieur Canton), Arch. G., (28 juillet 4810), et Réponse de M. le général Duhesme à $S. E. Monseigneur le duc de Feltre, Paris, 26 août 1810, ibid. (sous la même date); Renseignements sur Barcelone ; Compte-rendu par l’adjudant-commandant Carrion-Nisas : « Duhesme..… met l'autorité principale entre les mains de Casanova. »

2. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 27 septembre 1808, dans le Diario du 29 : le droit était de vingt douros (100 pesetas) pour les chefs de famille, de quatre douros pour les autres.

3. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 14 novembre 1808, dans le Diario du 15.

4. Ordre (bando) de Lechi, Barcelone, 23 novembre 1808, dans le Diario du 24.

trouveraient pas munis de vivres pour subsister et se soutenir pendant trois mois, sortent immédiatement de la ville, sous peine d’être expulsés de force ; ordonne également que tous les pauvres qui demandent l’aumône sortent immédiatement de Ja ville; et, s'ils ne le font pas, on les chassera également sans le moindre retard ‘. » C’est ce que Duhesme résume en ces termes : « Quant au petit Peuple, l’émigration en fut encouragée ?, »

D'autre part, dès le mois d'octobre, Lechi prend des mesures contre les accapareurs de denrées, charge Casanova de fixer le prix du riz et de l'huile et de mettre à l'amende quiconque les vendra au-dessus du tarif?. Au mois de décembre, Duhesme ordonne à son tour aux COmMmerçants ou détenteurs de grains et de farines de les mettre à la disposition de la junte générale ou de les vendre aux boulangers de la ville ‘. Il défend même à ses soldats d'acheter — ou de prendre — le pain réservé aux habitants : « Il est défendu à tout soldat d’aller prendre du pain chez les boulangers ni aux autres endroits où il se vend : ce pain est destiné à la subsistance des habitants. Les patrouilles, MM. les officiers et la police feront arrêter les soldats qui contreviendront au présent ordre, et les feront conduire devant le général en chef, qui les punira comme voleurs. Les Napolitains sont consignés dans la citadelle : tout soldat napolitain non de service, qui sera surpris en ville, sera arrêté par les patrouilles ou commandants des

de Arrêté de Duhesme, Barcelone, 28 novembre 1808, dans le Diario du 29

2. Résumé historique des opérations. Laffaille dit, p. 187: « Quelques moyens indirects furent aussi mis en usage pour faire écouler sans violence au dehors une partie des habitants : mais ils n'eurent que très peu de succès. »

3. Ordre de Lechi, Barcelone, 15 octobre 1808 (Diario du 16) ; peu après, le doyen dé l’'Ayuntamiento défend d'acheter aux magasins municipaux plus de pain qu'il n'en faut pour la consommation quotidienne (Diario du 49 octobre) ; cf. avis de l’Ayuntamiento dans le Diario du 11 décembre.

4. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 6 décembre 1808, dans le Diario du 8: les grains et farines accaparés seront confisqués et partagés par moitié entre l’armée et les pauvres.

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postes, et traduit également devant le général en chef”. »

Mais s'occuper de la subsistance des habitants, essayer de diminuer le nombre des pauvres ne furent jamais que des procédés accessoires. Le grand moyen de Lechi fut de terroriser les citadins : tout était pour la police prétexte à des perquisitions, à des saisies, à des arrestations qu’elle ne maintenait d’ailleurs guère faute de preuves”. Lechi cherchait surtout à assurer la tranquillité dans les rues, et il y parvint à force de menaces. L'article 16 de l'arrêté de mise en état de siège avait rappelé les ordres du jour du mois de juin « contre les groupes et les rassemblements tumultueux, contre les perturbateurs du repos public et les embaucheurs *. » Le 3 octobre, Lechi ordonnait aux habitants de ne pas sortir la nuit sans lumière et de répondre aux patrouilles ; tout groupe de plus de cinq personnes serait dispersé par la force ; tout individu qui opposerait aux patrouilles la moindre résistance ou qui porterait une arme sur lui serait envoyé devant les juges militaires ‘ ; et, le 27 octobre, Duhesme annonça que cette dernière menace serait désormais exécutée à la rigueur *.

Le jour de la grande attaque de Vivés (8 novembre 4808), Lechi publia deux ordres. Le premier était ainsi conçu : « Le général de division Lechi, commandant supérieur de la ville, ordonne à tous les habitants de fermer

1, Ordre du jour de Duhesme, Barcelone, 8 décembre 1808, dans le Diario du 9.

2. Compte-rendu par Pelletier, Arch. G. (14 février 1811) ; Renseignements sur Barcelone ; Laffaille, p. 488 : « La police exerca dans l'intérieur de la ville la surveillance la plus active et la plus sévère ». Voir d’ailleurs les faits racontés un peu plus loin.

3. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 13 septembre 1808, dans le Diario du 17.

4. Ordre de Lechi, Barcelone, 3 octobre 1808, dans le Diario du 4 : renouvelé le 11 novembre (Diario du 13).

5. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 27 octobre 1808, dans le Diario du 28: « Les patrouilles et rondes ayant pris différentes personnes rencontrées avec des stylets, ges poignards et des couteaux, armes interdites par les Jois du royaume, le général en chef les à livrées aux tribunaux ordipaires ; mais il avertit qu'à l’avenir elles seront traduites devant une commission militaire, qui les jugera comme assassins... » ;

les portes de leurs maisons, à ceux qui seront absolument obligés de sortir de marcher isolément, et prévient que la troupe tirera contre tout groupe de trois personnes !, » Par le second ordre, le général informait la population que toutes les fois qu'un mouvement de l'ennemi obligerait à donner l'alarme, la batterie des Atarazanas tirerail trois coups de canon : après quoi la troupe pourchasserait toutes les personnes qui ne s’enfermeraient pas immédiatement chez elles, « à la seule exception des fonctionnaires et employés qui auraient à sortir par obligation professionnelle ?. »

On craignait spécialement que le tocsin ne fût sonné par les conspirateurs réels ou supposés, ne donnàt le signal du soulèvement, et que les habitants qui, les jours de combat, prenaient pour observatoire les terrasses des maisons, ne se missent alors à tirer sur les troupes*. Dès le 11 novembre, Lechi avertit la population que toute personne trouvée dans un clocher serait fusillée sur place” ; le 26 novembre, il « prévient tous les habitants qu’il a donné ordre aux patrouilles et aux troupes de tirer sur tous ceux qui se réuniront sur les toits des maisons les jours d’action militaire ; si par malheur on tirait un seul coup de fusil d’une terrasse, d’une fenêtre ou d’une porte, on mettra aussitôt le feu à la maison d'où sera venu le Coup ; toute personne qui sera trouvée sur les remparts ces jours-là sera fusillées ». Lechi donna l’exemple®, et

1. Ordre de Lechi, Barcelone, 8 novembre 1808, dans le Diario du 9.

2. Ordre de Lechi, Barcelone, 8 novembre 4808. dans le Diario du 10. Le silence de Ferrer sur l’exécution de ces différents ordres montre d’ailleurs qu’il n’en résulta rien de tragique, soit que les patrouilles aient mis dans leur action plus de sagesse et de prudence que n’en comportaient les ordres, soit que les Barcelonais aient évité d’'enfreindre ces derniers.

3. Laffaille, Mémoires sur la campagne du corps d'armée des Pyrénées- Orientales en 1808, p. 188.

4. Ordre de Lechi, Barcelone, 11 novembre 1808, dans le Diario du 13.

5. Ordre de Lechi, Barcelone, 26 novembre 1808, dans le Diario du 21.

6. D’après Ferrer, Barcelona cautiva, 1. Ier, p. 549: « Le même général

gouverneur Lechi tira ces jours derniers un coup de pistolet contre quelqu'un qu’il vit sur le clocher de San-Pedro-de-las-Puellas, »

pendant quelques jours les sentinelles postées sur les remparts tirèrent effectivement sur les Barcelonais qui se montraient par bravade sur leurs toits, sans d’ailleurs atteindre personne, d’après Laffaille : « Pendant deux ou trois jours ce ne fut qu’un tiraillement continuel, que plusieurs habitants se plaisaient à provoquer par des apparitions réitérées sur les points les plus élevés de leurs ‘maisons. Mais ils se lassèrent bientôt de courir de gaieté de cœur le danger de se faire tuer. De notre côté, on n'était pas moins las d'entretenir sans résultat un feu roulant de mousqueterie plus propre à produire du mal qu’à le prévenir. Comme par une convention tacite, les habitants cessèrent de paraître sur les terrasses, au moment où nous renoncions à les y tourmenter'... » Mais on multiplia les rondes, les patrouilles à pied et à cheval; les jeunes gens qu’elles rencontraient dans les rues étaient envoyés de force aux travaux des remparts ; les rues de Barcelone, autrefois si bruyantes, étaient maintenant vides et mornes; au début de décembre enfin, la police passa dans toutes les églises, enleva les battants des cloches et prit les clefs des clochers *?.

Le 6 décembre, « un officier français retiré en Espagne et qui avait été forcé de servir parmi les insurgés, passa dans notre camp : il confirma les rapports qui nous avaient déjà appris que l'ennemi, dans toutes ses attaques, avait principalement compté sur les intelligences qu’il entretenait dans la ville” ». Le surlendemain, Duhesme publia un ordre du jour contre les prétendus conspirateurs : « Une mort certaine les attend: qu'ils-bougent!'*». Dans la nuit suivante, la police arrêta « les habitants les plus dangereux par leurs opinions exaltées et leurs relations avec les chefs

À. Laffaille, p. 488-489. C£. Ferrer, loc. cit.

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