Résumé des opérations militaires, Arch. nat., AFiv
4. Proclamation de Duhesme, Barcelone, 8 décembre 1808, dans le Diario du 9.
des insurgés! ». Les jours suivants, on continua à arrêler, à perquisitionner chez les particuliers, dans les églises, dans les couvents ; on mettait les gens arrêtés en prison ou on les entassait à bord d’une goélette française stationnée dans le port. On ne devait relâcher les personnes arrêtées que le 23 décembre, après la victoire de Saint-Cyr à Molins-de- Rey”.
Tels étaient les procédés par lesquels Lechi, Casanova et la police avaient assuré la défense de la place à l’intérieur, pendant que Duhesme en dirigeait la défense extérieure. Duhesme reconnaissait indirectement l'efficacité de leur action, quand il faisait écrire dans le rapport d’ensemble sur le siège de 1808 : « La ville est restée parfaitement tranquille*. »
Mais, investis par la confiance de Duhesme d’un pouvoir quasi-discrétionnaire sur la vie et la liberté des habitants, les deux chefs de la police ne s’étaient pas servis de leur autorité seulement pour assurer la sûreté de la place et pour contenir la population. Exploitant la crainte que l’on avait d'eux, il avaient également employé leur puissance à extorquer aux Barcelonais, par des procédés étrangement abusifs, des sommes importantes toutes les fois que l’occasion s’en était offerte: et ils avaient généralement trouvé
1. Résumé des opérations militaires ; Renseignements sur Barcelone. Arch. nat., F76554; Ferrer, €. Ler, p. 565-566.
2. Ferrer, t. ler, p. 570-577 ; Rénseïgnements sur Bareelone.
3. Résumé des opérations militaires. Cf. le passage suivant : « Obligé de contenir une population immense. excitée par la haine, le mécontentement et la famine, ce général sut triompher également des ennemis du dedans et du dehors... »
4. Ce qui nous permet d’être beaucoup plus affirmatif pour les faits reprochés à la police que pour les faits reprochés aux agents financiers, c'est que les documents donnent ici les faits acquis au cours d’une enquête assez détaillée et reproduisent, non plus des bruits vagues et des
les habitants prêts à composer, plutôt que de laisser les affaires suivre leur cours. Déjà, quandil s’était agi de libérer les otages incarcérés le 1° août et tandis que Lechi leur faisait demander par la junte le versement collectif d'une grosse somme comme condition préalable de leur mise en liberté, Casanova s’était chargé de soutirer accessoirement à chacun des prisonniers une rançon plus modique, et les otages s'étaient exécutés assez vite”.
La méthode, qui avait réussi dès le mois d'août, fut encore employée plusieurs fois, avec quelques variantes, lorsque la police eut reçu son organisation officielle. Ainsi le 27 septembre 1808, à la suite de l’émigration d’un négociant, la police, agissant comme auxiliaire de la commission des émigrés, vint perquisitionner au siège de la
propos anonymes, mais l'essentiel des dépositions faites devant la commission administrative par des témoins dont on sait les noms, témoins qui prirent la responsabilité de leurs dépositions et les signèrent. Nous n'avons pas les dépositions elles-mêmes, mais nous en avons le résumé dans trois documents étendus, rédigés d’après les papiers de la commission administrative : 1°le Compte-rendu par Pelletier, secrétaire de la Commission admi- ‘ nistrative, Arch. G. (14 février 1811), document déjà souvent cité, qui vaut en somme sur chaque point ce que valut l'enquête de la commission ellemême ; il est clair et assez précis, quand il s’agit de la police, mais n’en parle qu’incidemment, un rapport spécial ayant été consacré à la question ; 2 le Rapport dela commission administrative sur la conduite de Casanova (Arch. nat., AFiv 1625), travail soigné qui se réfère pour chaque fait à des pièces disparues, c’est-à-dire aux différentes dépositions, mais en renvoyant à ces pièces par des cotes ; il est le plus souvent possible de désigner quelle est la pièce ainsi indiquée (je le ferai ici) ; 3° Les Renseignements sur Barcelone (Arch. nat., F'6554) rédigés par de Lautrec, qui en sa qualité de chef des bureaux du gouvernement de Catalogne en 1810, eut certainement connaissance des papiers de la Commission administrative et les utilisa pour rédiger ce gros travail, qui est digne de foi en ce qui concerne la police, car sur tous les points où on peut le contrôler par les documents précédents, il y a accord absolu. Cela ne veut pas dire naturellement que les dépositions en elles-mêmes soient forcément exactes, mais du moins on peut en reconstituer à peu près la teneur, et par des documents qui sont au moins de deux auteurs, peut-être de trois (le document n° 2 est peut-être aussi l’œuvre de Pelletier, et en tout cas c’est par celui-ci que Carrion-Nisas en eut copie et put l'envoyer au duc de Feltre : Carrion-Nisas à Clarke, Girone, 2 août 1810, Arch. nat., AF1v 4625).
1. Rapport de la commission administrative sur la conduite de Casanova (d’après plusieurs déclarations d’anciens otages, dont le nommé Soler, qui déclare avoir fourni 4.500 piastres pour sa quote-part du versement collectif et avoir donné de plus 20 quadruples à Casanova) ; cf. Renseignements sur Barcelone; Ferrer, Barcel. caut., &. Ier, p. 323-324.
maison de commerce, où était resté le frère et associé de l’émigré : elle saisit pour 24.000 piastres (120.000 pesetas) de draps et d’étoffes en dépit des protestations du négociant resté à Barcelone. « Casanova le fit venir chez lui dès le lendemain ; il lui dit que la police était instruite qu’il existait beaucoup de marchandises cachées dans la maison de son frère Michel, et que, à défaut de déclaration, il allait le faire enfermer, lui Antoine, dans les prisons du Monjuich. Cette menace fit une vive impression sur le malheureux Antoine : Casanova s’en aperçut; il en profita; il fit d’abord la proposition d’arranger cette affaire, moyennant la remise de 5.000 piastres ; il ajouta même qu'avec quelque chose de plus on pourrait lui faire rendre tout ce qui lui avait été enlevé. Antoine Montfort, trompé par ces promesses, remit à Casanova 6.280 piastres fortes ; il n'obtint en échange qu’une sauvegarde pour sa personne’. »
Il semble bien que ce fut également la police qui fit disparaître les bijoux d’une famille coupable d’avoir voulu les faire sortir de Barcelone en même temps que des vêtements, et d'avoir ainsi contrevenu à l’arrêté de mise en état de siège, par lequel Duhesme avait interdit sous peine de mort la sortie des métaux précieux de Barcelone”. De
1. Texte cité d’après les Renseignements sur Barcelone ; confirmation des faits dans le Rapport de la commission administrative, etc. (d’après la déclaration Ant. Montfort et l’interrogatoire de Casanova, qui reconnut seulement avoir reçu 4.000 à 5.000 piastres). Ce dernier document ajoute : « Il est une infinité de traits semblables dont la commission n’a eu que des
indices, les divers habitants qui en ont été les victimes n'étant plus à Barcelone. »
2. Renseignements sur Barcelone (long récit) ; Rapport de la commission administrative. Les dames Riera, habitant ordinairement à Igualada, y avaient bien reçu et bien traité le général Chabran. Elles profitèrent de la reconnaissance de celui-ci pour faire sortir de Barcelone avec autorisation une voiture chargée d’effets ; cette voiture, arrêtée aux portes de Barcelone par la police le 3 décembre 1808, contenait de l’argenterie. Duhesme, en considération des services rendus, ordonna de rendre aux dames Riera leurs effets et d'envoyer seulement leurs bijoux à la Monnaie. Une grande partie n'y arriva point, et la police ne restitua qu'un paquet de guenilles aux dames Riera, qui « allèrent à Igualada attendre un moment plus favorable pour demander et obtenir justice ».
même, les suspects incarcérés au mois de décembre et menés à la goélette n’auraient, paraît-il, été libérés qu'après avoir financéentre les mains de Casanova. « Les détenus à la goélette achetèrent leur liberté ; le prix en fut proportionné à leurs moyens; un d’eux, Joseph Gelabert aîné, a déclaré que son père avait remis à Casanova 25 quadruples et deux pièces d’indienne, en reconnaissance de son élargissement. » Beaucoup plus tard, probablement au mois de janvier 1810, desnégociants n’obtinrentde Duhesme la permission de faire sortir du port dix-sept bâtiments chargés de marchandises que grâce à l'intervention de Casanova, qui reçut en échange 48.000 pesetas”. Et les documents citent encore d’autres faits analogues, auxquels auraient été mêlés, outre le commissaire général, Lechi et plusieurs officiers de sa division, soit en 1808, soit en 1809°.
L'argent ainsi extorqué ne fut d’ailleurs point entière-
4. Renseignements sur Barcelone ; cf. Rapport de la Commission administrative (d’après la déposition Gelabert). Noter toutefois ce que dit ce dernier document : « Une partie des détenus n’obtint la liberté que pour de l’argent. La commission, voulant s’en assurer, fit appeler ceux qui se trouvaient ici; soit timidité ou crainte d’en être un jour victimes, ils déclarèrent n’avoir rien payé. Il n'y eut que M. Gelabert, etc. » La quadruple est la pièce d’or de quatre piastres ou de vingt pesetas, valant au cours de 1808, 21 fr. 32 c.
2. Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F1 6554 ; Rapport de la Commission administrative, bid., AFrv 1625: confirmalion dans une lettre de Duhesme au commissaire général de police, Barcelone, 21 janvier 1810, Arch. G. L'emploi de la somme fut le suivant : Casanova mit à la disposition de Duhesme 35.000 pesetas ou 37.000 francs environ (la lettre ci-dessus citée montre clairement que Casanova ne parla pas des 13.000 pesetas de différence). Duhesme fit verser la somme dans la caisse du payeur pour donner un acompte de quinze jours de solde aux troupes, mais en spécifiant que ce serait un prêt fait à la caisse et que les billets signés du payeur seraient répartis entre les officiers généraux et supérieurs de la garnison (état de répartition annexé à la lettre de Casanova) « pour les dédommager des dépenses extraordinaires qu’ils ont été obligés de faire dans les différentes missions ou commandements qu'ils ont exercés pendant cette seconde campagne sous mes ordres, attendu que je n’ai pas eu la faculté de passer aucuns frais extraordinaires ».
3. Il y à, dans le Rapport de la Commission administrative, dans les Renseignements sur Barcelone, dans le Compte-rendu par Pelletier, au moins une quinzaine de faits analogues aux précédents, mais signalés très sèchement et sans détails. Le passage suivant du Compte-rendu par Pelletier vaut pourtant la peine d’être signalé : « La douane ne pouvait exercer ses fonctions aux portes, sans avoir des discussions, même scandaleuses,
ment détourné : il est admissible qu'au moins une partie en ait été versée par Casanova dans la caisse de la police ; il est certain qu’une autre partie en fut quelquefois remise au général Duhesme. Celui-ci employa ces fonds à donner des gratifications aux généraux et chefs de corps, sans s’oublier lui-même d’ailleurs, mais sans se faire une part trop disproportionnée et en procédant ouvertement. Le général considérait, paraît-il, ces distributions comme légitimes, vu la suspension de la solde et l’absence de tout crédit pour frais extraordinaires et gratifications d'entrée en campagne. Il est un fait certain, c’est que, quand on fit au ministère de la Guerre une enquête sur les actes de Duhesme, on considéra comme entièrement satisfaisantes les déclarations de celui-ci à ce sujet". Mais il n’est guère douteux non plus que Casanova, qui disposa seul jusqu’au 1° janvier 1809 des fonds de la police, garda pour lui ou remit à Lechi et à quelques-uns des officiers italiens une partie des sommes tirées des Barcelonais. Et il continua, paraît-il, en 1809, à user des procédés qui lui avaient réussi déjà en 1808. Casanova et Lechi avaient des besoins d’argent*?, et les Barcelonaiïs les consi-
avec la police. Cette dernière autorité l’emportait toujours, malgré les jugements du tribunal des rentes. Toutes les contestations qui survenaient aux portes ne venaient que de ce que la police voulait s'approprier toutes les saisies, afin de les tourner à son bénéfice. La douane les voulait pour le gouvernement [à comparer avec ce que dit Blondel, cité au chapitre V, section vi] ; cela ne faisait pas l'affaire de ces misérables agents qui ont fait plus de mal par leurs vexations et leurs vols qu'une armée qui aurait eu le pillage une heure. »
4. Voir là-dessus l’avant-dernière note. L'argent extorqué à Montfort, du moins la partie qui en arriva jusqu'à Duhesme (4.000 à 5.000 piastres), fut réparti de cette façon, sur la proposition de Lechi, entre tous les officiers généraux du corps d’armée « pour les dédommager des frais de table et autres indemnités usitées dans les pays conquis, qu'ils ne touchaient nullement, et pour les aider à subsister dans ce moment de pénurie », dit Duhesme, dans sa réponse à S. E. Monseigneur le duc de Feltre, Paris, 26 août 4810 (Arch. G.. 28 juillet 1810). Duhesme s’attribua à lui-même 4.000 pesetas, 3.000 à ses deux divisionnaires, 2.000 à ses cinq généraux de brigade et au chef d'état-major Porte. Le général Bessières refusa seul cette gratification, qui fut alors partagée entre deux colonels.
2. Faits significatifs dans les Renseignements sur Barcelone, dans le Rapport de la Commission administrative, dans le rapport de Clarke
déraient, non sans grande apparence de raison, comme capables de tout pour s’en procurer.
Mais l'affaire la plus grave, celle qui devait avoir le plus de conséquences dans l’avenir, celle aussi que nous connaissons le mieux grâce aux enquêtes postérieures, est à coup sûr l'affaire Canton, dans laquelle la culpabilité de Casanova et celle de Lechi paraissent certaines”.
Joseph Canton, Milanais de naissance, était à la fois employé dans les rentes ünies et prêteur sur gages, et on lui attribuait une grande fortune”. Le 15 décembre 1808, au moment où on multipliait les arrestations dans la ville, il fut arrêté vers cinq heures du soir et mené à la prison, où il fut écroué après avoir été fouillé. Le commissaire Sagarra et l'agent Aspero portèrent chez Casanova ce qu’ils avaient trouvé sur Canton, savoir une centaine de quadruples, treize bagues en diamant et une chaîne d’or. Casanova diînait ce soir-là chez Lechi, et on envoya les policiers chez le général. Sagarra rendit compte de l’arrestation opérée et remit au commissaire général presque tout ce qu’il avait pris à Canton, mais en gardant pour lui
à l'Empereur, 20 mai 1809, Arch. nat., AFrv 1621 : « Ce général aurait fait de sa maison un tripot, présidé par une prostituée de Milan, nommée Ruga…. » C’est peut-être cette Me Ruga, « jeune, jolie, femme d’un avocat », etc. que Desaix signale en 1797 comme «amie du général Murat » (Chuquet, Journal de voyage du général Desaix, p. 67 et n. 3).
Â. Indéniable en ce qui concerne les vols au préjudice de Canton, à peu près certaine en ce qui concerne l'assassinat de Canton et celui du « grand-père ». Fait digne de remarque : Casanova, une fois emprisonné à Paris, présenta un long mémoire pour obtenir sa libération (Mémoire pour M. Raymond Casanova, habitant de Barcelone, non daté, Arch. nat., E°6554); de leur côté, la mère et les frères de Lechi adressèrent le 24 décembre 1810 à Berthier un mémoire dans le même but, mémoire qui fut certainement rédigé avec des faits fournis par Lechi (Arch. nat., BB‘ 793). Ni dans l'un ni dans l’autre de ces mémoires justificatifs, il n’est dit un mot de l'affaire Canton : la défense de l’un comme de l’autre inculpé consiste à montrer leur dévouement , à l'Empereur et à la France : c’est presque l’équivalent d’un aveu.
2. Ferrer, t. Ler, p. 586 (à propos de l'arrestation) : « On dit que le délit de cet homme sera d'être connu pour très riche en numéraire. » La qualité de prêteur sur gages est prêtée à Canton dans le rapport de Clarke à l'Empereur du 20 mai 1809, Arch. nat., AFrv 1624. L'énumération de ce qu’on trouva chez lui et sur lui confirme le fait.
une dizaine de pièces d'or. Le commissaire et l’agent, reçurent ordre d’aller au domicile du prisonnier, d’ « y faire une visite rigoureuse » et de revenir en rendre compte aussitôt. Les policiers « se rendirent à la maison de Canton où ils trouvèrent une vieille femme qui en était la servante. Ils lui dirent d'ouvrir toutes les portes et commencèrent leurs recherches par la grande salle. Ils virent dans cet appartement plusieurs coffres dont les clefs étaient aux serrures : ils y trouvèrent beaucoup de pièces d’argenterie travaillée, dix-huit à vingt couverts qui leur parurent d’or (ils étaient en vermeil) pliés dans du taffetas, des chaînes d’or, des montres, des perles, des anneaux en diamant, des boucles et pendants d'oreille de même espèce et d’autres bijoux de grande valeur... » Les policiers trouvèrent en outre dans un grenier d’autres pièces de vermeil qu'ils mirent aussi dans les coffres. Puis le commissaire Sagarra, laissant en faction l’agent Aspero, se rendit chez Lechi et raconta à Casanova ce qu’il avait trouvé. Le commissaire général, après être allé se rendre compte par lui-même du contenu des coffres, revint chez Lechi et tint avec le général une « conférence... un peu longue », à la suite de laquelle on envoya chercher les coffres par le sous-lieutenant Calamini, quise fit accompagner de quelques cavaliers italiens. Tout ce qu’on avait réuni dans les coffres fut pris et transporté dans l'appartement même du général Lechi!.
Le butin une fois mis en sûreté, les deux policiers reçurent l’ordre de se rendre à la prison, d’y prendre Canton et de le remettre aux mains du sous-lieutenant et de ses soldats ; ce qui fut fait en présence du geôlier, de sa femme et de leur domestique, un vieillard nommé Julia et surnommé le « grand-père ». Canton fut encore fouillé
4. Tout ceci (et notamment les citations) d’après le Rapport de la Commission administrative, Arch. nat., AFrv 1625 (citant les dépositions Sagarra, Aspero, Anniquint, Morell), confirmé par les Renseignements sur Barcelone, 1bid., F76554 : sur les dix quadruples gardées par SR Beaumont- Brivazac à Savary, Barcelone, 30 juin 1812, F'6554.
et dépouillé du peu qui lui restait, puis attaché et emmené par les militaires'. Et, pendant trois jours, nul ne sut à Barcelone ce qu'était devenu le Milanais. La femme de Canton, qui était à Matard pendant que son mari était arrêté et disparaissait, revint à Barcelone le lendemain 16 décembre : elle se présenta en vain à la prison, à la police et chez Lechi; elle n’obtint aucun renseignement”*. Mais, le même jour, Casanova se fit nommer les personnes qui avaient assisté à la remise du prisonnier, fit remettre quatre écus à la servante du disparu et dit aux policiers qui avaient opéré l'arrestation d'aller chez Canton, d'y prendre ce qu’ils pourraient et de l'emporter chez eux*. Le surlendemain 18 décembre, « sur la montagne de Monjuich, les chiens découvrirent le cadavre d’un homme mort depuis peu »; un maréchal-des-logis italien, attiré par les aboiements, vint et constata que l’homme avait été « assassiné de plusieurs coups d’un instrument tranchant ». D’après la description que ce sous-officier et d’autres personnes donnèrent du cadavre, tout le monde reconnut Canton’. | Casanova et Lechi mirent alors leurs soins à faire disparaître ou à effrayer les témoins gênants. Le vieux domestique du geôlier, mené par le commissaire Sagarra chez le général Lechi, fut remis par le général à un sergent
1. Rapport de la Commission administrative (d’après les dépositions Sagarra et Aspero) : Renseignements sur Barcelone.