‹ La captivité de BarceloneChapitre 114 sur 181 · Renseignements sur Barcelone · texte numérisé non relu

Renseignements sur Barcelone

2. Tout ceci d'après le Mémoire présenté le 3 février 1811 (affaire du sieur Canton), Arch. G. (28 juillet 4840).

3. Le 7 février 1844, d’après Ferrer, Barcel. caut., t. II, p. 109, date confirmée par les Renseignements sur Barcelone, qui nous apprennent aussi que les deux policiers furent « rendus à l'exercice de leurs fonctions ».

Lorsque Gouvion-Saint-Cyr arriva à Barcelone à la fin de mars 1809, il parut approuver l’attitude de Duhesme dans l'affaire Canton : il eut avec Lechi des relations assez assidues, et recommanda seulement au commissaire général de ne plus employer les deux hommes qu'on avait inculpés momentanément ; enfin il ordonna que l'affaire fût désormais suivie par les tribunaux ordinaires. Sagarra et Aspero furent donc renvoyés avec une petite indemnité, mais Casanova fut maintenu en fonctions, et Saint-Cyr ne parut éprouver aucun soupçon ni contre lui ni contre Lechi’. Casanova restant à la tête de la police barcelonaise, on pouvait croire l'affaire Canton enterrée, car les juges des tribunaux réorganisés ne devaient point avoir grande envie de la tirer au clair. Pendant plus d’un an, il n’allait plus en être question, en effet, et les Barcelonais euxmêmes semblèrent l'avoir oubliée.

Pour suivre jusqu’au bout la première phase de l'affaire Canton, nous avons dû anticiper quelque peu sur les événements de l’année 1809. Il convient maintenant de reprendre au 17 décembre 1808 l’histoire de la police barcelonaise. La fin du siège aurait pu à la rigueur entraîner la disparition de cette institution, créée à titre provisoire et pour répondre à un état de choses exceptionnel ; et cela n’eût point étonné à un moment où on parlait de « la police » et des « lois qui se trouvaient en vigueur avant la

1. Renseignements sur Barcelone : « Le 4 avril Suivant, Casanova exigea la démission de Sagarra : il lui fit espérer des indemnités que ce dernier assure n'avoir été que très faibles et bien au-dessous de ce qui lui avait été promis. » Pour les autres faits, Réponse de M. le général Duhesme à S.E. Monseigneur le duc de Feltre, Paris, 26 août 1810 (Arch. G., 28 juillet 1810) ; Mémoire présenté le 3 février 1811 (affaire du sieur Canton), tbid. ; Mémoire abrégé du général Duhesme (présenté le 4 août 1810), Arch. G. (28 juillet 1810).

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révolte du corrégiment! ». Il n’en fut pas ainsi, et le seul résultat de la levée du blocus fut un léger adoucissement des procédés employés jusque-là pour assurer la tranquillité dans la ville. L'influence de Saint-Cyr et de ses auxi- liaires directs n’y fut saris doute point étrangère. On peut en effet remarquer que l'établissement d’un trésorier à la police coïneida avec l'entrée en fonctions de lordonnateur Rey comme chef du service financier”. D'autre part, Saint-Cyr affirme que, si on ne parla plus de conspirations pendant qu'il séjourna aux environs de Barcelone ou de Tarragone, ce fut parce que son chef d'état-major alla défendre de sa part au commissaire général de parler de complots et de menées occultes dans ses rapports. « Le retour du général Rey confirma le général en chef dans l’idée qu'il n’y avait rien à craindre de tous les prétendus projets de conspiration qu'on lui avait annoncés à diverses reprises *. » Le colonel-général pensait que la possession de la citadelle et du Monjuich suffisait à assurer la sûreté de la garnison, et il indiqua même à Duhesme, qui ne partagea point cet avis, qu'il n’était pas nécessaire d’occuper la ville de façon permanente *.

1. Arrèté de Duhesme, Barcelone, 235 décembre 1808, dans le Diario du 26.

2. Voir chapitre IV, section 1. Le rapport de là Commission administrative sur la conduite de Casanova constate bien que Cortada exerca les fonctions de trésorier à partir du 1er janvier 1809, c’est-à-dire le jour même où l'ordonnateur Rey prenait la direction des services financiers: Mémoire abrégé du général Duhesme, présenté le 4 août 4810, Arch. G. (28 juillet 1810).

3. Gouvion-Saint-Cyr, Journal de l'armée de Catalogne, p. 165-168. II est un fait incontestable et qui vient à l'appui des allégations de Saint-Cyr : c’ést que, de janvier à avril, les arrêtés ne parlent plus des conspirateurs, et qu'on ne fit rien contre eux, même en mars 1809 (voir la section suivante), alors qu'il y aurait peut-être eu lieu d'agir.

4. Le général Rey à Duhesme, Villafranca, 4er janvier 4809, Arch. nat. AFrv 1621 ; Duhesme à Saint-Cyr, Barcelone, 3 janvier 1809, &bid. : « Quant au parti de se réduire à occuper la citadelle et le fort Montjouy, je le crois contraire au bien de l’armée et aux intentions de l'Empereur, qui m'avait fait recommander de me préparer à y soutenir un siège. M. le général commandant l'arme du génie n’a sans doute envisagé cette question que sous les rapports de son arme ; mais il n’a pas pu la voir sous les rapports politiques... »

En tout cas, dès le 23 décembre, on revint sur une partie des prescriptions édictées par Lechi depuis deux mois : « Le commissaire général de police, conformément aux intentions de S. E. lé commandant général de :la province, prévient le publie : qu'à partir de maintenant, les habitants de cette ville pourront monter sur.les terrasses de leurs maisons, et se promener sur les remparts Comme jadis, mais sans s'arrêter ni surtout entrer dans les bastions; que les pauvres gens et les cultivateurs qui font métier d'introduire des comestibles peuvent continuer à le faire librement : et que les autres personnes, qui désirent aller à leurs maisons de campagne pour leur plaisir ou pour lexploitation de leurs biens, peuvent le faire en obtenant d’abord du dit commissaire général un passeport en due forme’. » Les boulangers qui depuis deux mois ne travaillaient plus que pour le compte de la ville.furent autorisés-en janvier à servir les particuliers ?. Comme on l'a vu déjà, les personnes détenues à la goélette furent relâchées le 23 décembre, et il semble qu'on ne procéda à aucune arrestation dans la ville entre le 17 décembre et le 30 janvier *.

Mais la police n’en restait pas moins en fonctions : et, lom de décroître, les pouvoirs, les moyens d'action et l’influence réelle de Casanova allèrent en gagnant sanscesse. Il choisit lui-même le trésorier de son administration, un sieur Cortada, « homme taré et chassé de l'inspection des douanes pour fait de malversations » : ce dernier laissa Casanova disposer à sa guise des fonds de la police : et les

1. Avis de Casanova, Barcelone, 23 décembre 1808. dans le Diario de Barcelona du 24.

2. Avis dans le Diario du 15 janvier 1809. Pendant le siège, la municipalité n’avait pas fourni le pain aux habitants : mais elle avait réglementé

la vente (au moyen de bons de rationnement) et réduit la fabrication À une seule qualité.

3. Du moins ni le Diario, ni Ferrer, qui enrebistre soigneusement les

arrestations, n'en signalent aucune ayant celle du colonel de Ros (voir plus loin).

recettes avouées ou occultes faites par cette caisse spéciale, Join de diminuer, continuèrent à progresser, aux dépens non seulement des tripots, mais aussi des habitants ordinaires ou occasionnels de Barcelone’. Le prix des passeports, fixé à douze pesetas, était en réalité variable selon la fortune de ceux qui les demandaient? ; ce n'était point assez, et on inventa bientôt aussi des « cartes de sûreté » du prix d’une peseta. Duhesme, « après avoir entendu le rapport du commissaire général », en rendit le 21 janvier la possession obligatoire pour les nombreux étrangers verus à Barcelone depuis le 20 décembre : on ne pourrait d’ailleurs obtenir cette carte qu'à condition d’être « connu par sa moralité et ses principes » et d’être retenu à Barcelone

pour affaires essentielles? ». Le 10 février, la carte de sûreté fut rendue obligatoire pour toutes les personnes qui ne seraient pas inscrites sur la liste des contribuables ou qui n'auraient pas du moins à Barcelone leur famille ou leur « établissement * ». Quelques jours après, la police faisait un exemple en arrêtant vingt-neuf jeunes gens, qui ne purent exhiber la carte prescrite : on les mit aux Atarazanas, eton ne les relâcha que lorsqu'ils eurent été réclamés par des habitants honorables et se furent engagés à se mettre en règle*. Au mois de mai, un arrêté destiné à pré-

1. Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F 6554 ; Petit dictionnaire

des hommes qui ont figuré en Catalogne, ibid., F°6352 : Compte-rendu par Pelletier.

2. Renseignements sur Barcelone : « Le prix en fut fixé pour la forme; mais dans le fait il fut toujours proportionné à la fortune et à l'importance de ceux qui les obtenaient : aucune régularité ne fut observée dans cette mesure; nul registre servant à constater les passes délivrées ; nul mode de comptabilité ne parut servir à faire connaître le montant de cette branche de recettes qui tournait dans là plus grande partie au seul bénéfice de ceux qui en avaient la manutention. » Au début, on accorda gratuitement ces passeports ou passes aux pauvres qui allaient chercher des vivres (Ferrer, Barcel. caut., L. ILE, p. 65-66); mais, plus loin (t. IV, p. 341), cet auteur constate l’arbitraire dans leur distribution.

3. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 21 janvier 1809, dans le Diario du 22.

4. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 10 février 4809, dans le Diario du 12.

5. Renseignements sur Barcelone ; Ferrer, Barcel. caut., t. TI, p. 191 ; cf. avis de Casanova, 17 février 1809, dans le Diario du 18. |

venir les fraudes sur les passeports stipula que ces cartes ne seraient valables que pour un mois ; et cette disposition resta depuis en vigueur’. Or, depuis la levée du siège, beaucoup de Barcelonais sortaient, même sans imtention d'émigrer définitivement et surtout pour aller à la recherche des vivres ?.

La police continuait aussi à lirer profit des tripots de Barcelone : en avril, afin de prévenir les querelles dans les maisons de jeu, il fut arrêté qu’il y aurait dans chacune un agent de police en permanence ; il serait chargé d'y main-. tenirle bon ordre « et de décider sur-le-champ les différends

qui pourraient s’y élever ; et, s’il y a quelque réclamation à faire, elle pourra être présentée au commissaire général qui prononcera définitivement * ». Aussi la police avait-elle un large budget, sans compter les profits illicites : et si Casanova se plaignait « souvent et très haut » vers la fin de 1809 « d’être obligé de donner chaque mois sur les rentrées de la police 2.000 francs au général en chef, 1.000 francs au général commandant supérieur de la place, 500 francs au commandant d'armes, au gouverneur de la citadelle, à celui de Monjuich, 500 francs entre d’autres officiers attachés à l'état-major ‘ », il est probable qu'il ne s’oubliait pas non plus et que son traitement mensuel de 800 francs ne constituait pas le seul revenu de son métier. Les versements mêmes que la caisse de la police faisait chaque mois soit aux officiers, soit aux agents, devenaient, paraît-il, une source de profits pour Casanova : il les effectuait en

1. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 4er mai 1809, dans le Diario du #; Ferrer, t. IV, p. 325 (affirme que les passeports eux-mêmes ne sont plus valables que pour un mois : novembre 1809).

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