Arrèté précité de Duhesme, 22 mai
3. Procès-verbal du jugement, Arch, nat, AFrv 1621 : ce rapporteur était le capitaine Gaddi du 5° de ligne italien.
4. Dans son Rapport du 16 mai 1869, impr. Casanova s'en prenait déjà. aux moines et aux prêtres.
rieures »: ils avaient abusé de « leur influence à égarer le peuple * ».
Du moment que les prêtres séculiers eux-mêmes avaient manqué de « soumission aux puissances supérieures », il n'y avait plus à les ménager, et un arrêté fut pris en conséquence pour mettre fin aux manœuvres des ecclésiastiques, et surtout pour les effrayer : « Toutes les églises et couvents de l’un et de l’autre sexe de Barcelone devront être fermés à six heures dusoir et ne pourront s'ouvrir avant cinq heures et demie du matin... Toutindividu qui, depuis six heures du soir jusqu’à cimq heures et demie du matin, sera trouvé dans une église ou dans un clocher, ainsi que tout particulier qui, dans ce même espace de temps, sera trouvé dans un couvent dont il ne sera pas reconnu être domestique, sera considéré comme malintentionné et criminel, et sera en conséquence traduit devant une commission militaire pour y être jugé comme conspirateur contre la sûreté publique... Il y aura, auprès de la cathédrale, de chaque paroisse et des principaux couvents de cette ville, une personne secrète chargée par M. le commissaire général de police de veiller à ce que les dispositions de cet arrêté soient ponctuellement exécutées, et d’en dénoncer tout de suite les infractions à la police; cette personne sera à la charge de chaque paroisse et communauté... Les vicaires généraux, ainsi que les curés, les vicaires et les marguilliers de chaque paroisse, et les trois principaux supérieurs de chaque communauté régulière, sont personnellement responsables, non seulement
1. Considérants de l'arrêté cité à la note suivante ; dans son rapport du 44 juin 1809 à Clarke, Arch. nat., AFrv 4621, Duhesme accuse également les « intrigues criminelles des moines en général et de quelques ecclésiastiques séculiers .…. Prédicateurs zélés de l'insurrection et de l'assassinat, ils sont parvenus facilement, par le moyen de la confession, par l'ascendant sans bornes qu'ils exercent sur l'esprit du peuple, à se faire des prosélytes nombreux et dignes en tout de leurs projets. » Même thème dans un ordre du jour de Chabran inséré au Diario du 4 juin : « Soldats. Des malheureux égarés par un fanatisme atrabilaire voulaient plonger dans votre sein le fer homicide... »
de l’exécution du présent décret chacun dans ce qui le concerne, mais encore de lout ce qui pourrait se tramer pendant le jour, dans leurs églises ou couvents contre le gouvernement et l’armée française’... »
L'instruction du capitaine rapporteur aboutit au renvoi devant la commission militaire nommée le 17 mai par Chabran de dix-huit prévenus, dont cinq moines et trois prêtres ; tous étaient « accusés d’avoir pris plus ou moins part à une conspiration dirigée contre la sûreté de l’armée française dans cette ville ». La séance, ouverte à sept heures du matin dans une salle de la citadelle, ne se termina qu'à minuit. Cinq des inculpés, savoir les deux interlocuteurs de Provana, le sergent Navarro, le prêtre Joaquin Pou et le P. Juan Gallifa, étaient condamnés à mort en vertu de la loi du 21 brumaire an V, punissant « la révolte, la sédition ou la désobéissance combinées de la part des habitants d’un pays ennemi occupé par les troupes de la République ? ». Un comparse était condamné « à être détenu, jusqu’à ce que la paix et la tranquillité publiques soient parfaitement rétablies dans le royaume d'Espagne ». Trois des accusés « seraient détenus jusqu’à plus ample information sur leur compte ». Les autres étaient acquittés. Les deux clercs seraient exécutés par la garrotte et leurs compagnons pendus, « suivant les usages et qualités des individus », et le Jugement serait exécuté dans les vingt-quatre heures ?.
La sentence atterra la plupart des Barcelonais, mais : elle en exaspéra quelques-uns. Pendant que les défenseurs des condamnés et le vicaire général faisaient vainement appel à la clémence de Duhesme, certains des conspira-
1. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 27 mai 1809, dans le Diario du 29.
2. I s’agit ici de la grande loi du 21 brumaire an V, ou Code des délits el des peines pour les troupes de la République (dans Du Vergier, Collection complèle des lois, décrets. ete. €. IX, p. 255-262. L'article appliqué est l'arüicle 4 du titre VIII (De l'insubordinalion).
3. Procès-verbal du jugement rendu le 2 juin 1809, impr., Arch. nat., AF1v 4624 ; cf. Ferrer, Barcel.-caut., t. IL, p. 427-429 et 459.
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teurs restés dans la ville cherchaient à empêcher par d’autres moyens l'exécution de la sentence. Dans l’aprèsmidi du 3, pendant qu'une foule silencieuse se portait vers l’esplanade de la citadelle pour assister au « martyre » des cinq condamnés, et que de nombreuses patrouilles à pied et à cheval parcouraient les places et les rues, onentendit soudain le tocsin de la cathédrale *. « Quelques groupes armés se montrèrent, mais l’activité des troupes et le mouvement rapide des patrouilles empêchèrent tout rassemblement considérable. Dans plusieurs quartiers de la ville, il fut tiré quelques coups de fusil contre des militaires qui n’en furent point atteints * ». Aussitôt, pendant que les bourreaux improvisés qu’on avait recrutés au bagne procédaient aux exécutions, des troupes se portèrent rapidement sur la cathédrale et la cernèrent de tous côtés. Sous la haute direction de Casanova et de Medinabeytia, la police et les patrouilles multiplièrent pendant deux jours les perquisitions et les arrestations au petit bonfieur. Les chanoines de la cathédrale durent ouvrir les armoires qu'ils avaient dans les chapelles; et, d’après Ferrer, le terrible régent déclara à cette occasion au chapitre :, « Si on trouve la moindre arme ou chose prohibée, tous les prêtres de la cathédrale iront à la citadelle et subiront la peine de mort. » Enfin, le 6 juin, on découvrit
T2 Ferrer, €. II, p. 429-450, 455-456, 460-462. CF. Résumé historique des opérations (Arch. G., première quinzaine de mars 1809) : « Ces malheureux étaient.les séides d'un certain Clarés, qui, se tenant au delà des défilés de Méngat avec un ou deux milliers de miquelets, leur avait fait croire qu’il arriverait avec son armée à leur signal pour forcer les portes de la ville et les secourir... » -
2. Ferrer, t. I, p. 462-463: Résumé historique des opérations : « Au moment de l'exécution, de malheureux fanatiques osèrent s’introduire dans le clocher de la cathédrale, y sonnèrent le tocsin en appelant le peuple aux armes... »
3. Duhesme à Clarke, Barcelone, 14 juin 1809, Arch. nat., AFiv 4621 ; cf. Résumé historique des opérations : « Mais les mesures étaient si bien prises que de suite ils furent cernés et les attroupements dispersés par les patrouilles de la garnison. »
4, Duhesme à Clarke, 14 juin 1809 : Ferrer, €. IT, p. 463-466 et 469.
dans l'orgue les gens qui avaient sonné le tocsin : c’étaient trois modestes artisans. Après une nouvelle instruction, la commission militaire les condamna à être pendus ; trois autres personnes, considérées comme leurs complices, devaient être détenues Jusqu'à la paix. Les trois courageux Barcelonais furent exécutés le lendemain, et cette fois personne ne bougea.
Uomme les magistrats et fonctionnaires réfractaires du mois d'avril, mais cette fois à juste titre, les condamnés du 2et du 26 juin furent considérés comme des héros et des martyrs *. On n’accorda point aux prêtres qui les avaient assistés la permission de les faire enterrer; mais on ne put empêcher les Barcelonais de vénérer leur mémoire *. D'ailleurs l'échec de leur tentative mit fin pour longtemps aux complots et aux mouvements séditieux. « Presque tous ceux qui avaient été acquittés et plusieurs autres prévenus prirent la fuite : et, depuis ce temps, la ville fut délivrée de ces menaces toujours renaissantes, de ces menées sourdes, qui, sans mettre les troupes françaises précisément en danger, ne laissaient pas d’être alarmantes, fatiguaient les troupes et contribuaient beau-
coup à augmenter l’exaltation du fanatisme dans Barce-
4. Forrer, t. IIL, p. 471-475, 499-502 (c’étaient Julian Portet, tisseur d’alfa, Ramon Mas, charpentier, et Pedro Lastortras. serrurier) ; Duhesme à Clarke, 14 juin 1809; Résumé historique des opérations ; etc. D'après Ferrer, t. IV, p. 180, les Français mirent en liberté le 7 septembre suivant un des trois condamnés à la détention : il s’'empressa d’émigrer. Les historiens catalans ont raconté très longuement la conspiration de mai et Je supplice des conjurés, d’après Ferrer : Blanch, Historia de la;querra de la Independencia enel antiquo principado, 4. ke, P. 542-368 ; Bofarull, Historia crilica de la gquerra de la Independencia en Cataluña, t. Le, p. 359-386 ; Balaguer, Historia de Cataluña, t. IX. p. 217-541. Clarke rendit sommairement compte de l'affaire à l'Empereur dans un rapport du 41 juillet 1809, Arch. nat, AFtv 1618.
2. Ferrer, tt. III, p. 504, montre la foule allant toucher les cadavres des pendus du 27 juin à la façon des reliques ; cf. l'opuscule cité à la note suivante.
3. Ferrer, Relaciôn de lo occurrido en la yloriosa muerte que el dia 3 de Junio del año 1809 sufrieron en Barcelona bajo la tirania francesa los cinco heroes, p. 33-36 ; (dit que les Francais firent enfonir les cadavres en dehors de la ville.)
lone’. » Etles Barcelonais ne marquèrent plus leur aversion pour le régime que par leur tristesse et leur muette
réserve ?.
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La découverte de la conspiration accrut encore le redoutable prestige de la police et.de celui qui en restait l’unique chef. Régidor et juge de l’Audience depuis le 12 avril, président de la police depuis le départ de Lechi, Casanova devint encore, le 9 juin, comme on l’a déjà vu, commissaire du gouvernement auprès de la municipalité, fonction qui semble d’ailleurs n’avoir eu qu’un caractère honorifique *. Le 11 juin, parut au Dario un arrêté d ailleurs peu important, où le commissaire général se parait de tous ses titres, en ajoutant encore, après son nom, la mention : « du Conseil de Sa Majesté lité Casanova lui-même qui se décernait cette dernière
C'était en réa-
qualité, et il ne la mentionna que cette fois-là. Son nom figura le premier, le 12 juin, sur la liste des membres de la commission des biens des absents, et le 23 il vint en tête de l’énumération des membres de la commission des impôts”. Casanova était maintenant l’auxiliaire constant
4. Résumé historique des opérations ; cf. Laffaille, Mémoires sur la campagne, p. 236.
2. Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, Arch. des Aff. Etr., Mém. et Doc., Esp., vol. 210, fos 305-316 ; cf. Ferrer, Barcel. caut., t. N, p- 39-40.
3. Sur toutes ces nominations, voir chapitre IV, section vir. Casanova fut installé comme régidor le 27, mais sa nomination était faite et connue dès le 12 avril, d'après Ferrer, t. LIL, p. 282-283.
4. Arrêté de Casanova, Barcelone, 10 juin 1809, dans le Diario du 11 : sur la supercherie, Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F76554. Le titre « du Conseil de S. M. » ne figure dans aucun des autres arrêtés du commissaire général.
5. Arrêtés de Duhesme, 12 et 23 juin 4809 (Diario des 14 et 26). Dans le premier arrêté, Casanova est nommé même avant le régent de l’Audience.
de Duhesme, le collaborateur indispensable et presque universel. Au Te Deum que Duhesme fit célébrer le 18 juin pour la prise de Vienne, le commissaire général eut une place d'honneur aux côtés du régent de l’Audience, avant les juges de ce tribunal, et ses auxiliaires les commissaires d'arrondissement se mêlèrent aux officiers de Sa Majesté Impériale et Royale et de « son frère bien-aimé Don Joseph-Napoléon, notre roi et seigneur ! ».
Le 3 septembre, Casanova maria sa troisième fille en grande pompe : celui qui devenait son gendre n’était autre que le régent de lAudience, Medinabeytia”. Ce dernier avait foi, paraît-il, dans l'étoile de l’ancien agent d’affaires, parvenu en moins de deux ans à de si hautes fonctions : « il rève que son beau-père doit un jour être ministre », affirmait le malicieux Blondel*. Enrichi aux dépens des habitants, Casanova menait maintenant grand train et faisait scandale par son luxe‘. Plus tard, Ferrer se rappelait le temps où le chef de la police « était l’arbitre... de la vie et de la mort des Barcelonais » ; où
4. Compte-rendu des fêtes de la journée du 18 juin, dans le Diario de Barcelona du 21.
2. D'après Ferrer (qui raconte les gorges chaudes qu’on fit à cette occasion) ; Barcel. caut., t. IV, p. 1172.
3. Rapport sur Barcelone au, 45 décembre 4809, Arch. des Aft: Etr., Mém. et Doc., Esp., vol. 210, fes 305-316 : «.... le régent de l'Audience, devenu ridicule aux yeux même de sa nouvelle compagnie par son enthousiasme inconsidéré pour le nouvel ordre de choses, par ses appels continuels et à tout propos au serment qu'il à prêté, par son dévouement au commissaire de police dont il vient d'épouser la fille cadette, âgée de vingt ans, lui qui en a plus de cinquante et père de deux enfants déjà grands... »
4. Même document : « des ressources pécuniaires qui, sans aucun fonds assigné, ne laissent pas d'être considérables à en juger par les dépenses qu'elles défrayent.... ». Noter que Blondel était en bons termes avec Casanova et était parmi ses obligés (pécuniairement), d'après les Renseignements sur Barcelone ét plusieurs rapports de Beaumont-Brivazac, Arch. nal., F7 7014. Le luxe de Casanova est également attesté, avec détails ct faits précis, dans les Renseignements sur Barcelone. Ce dernier document nous apprend (ainsi que le Rapport de la Commission administrative sur la conduite de Casanova, Arch. nat., AFrv 1625), que Casanova avait profité du complot pour procéder à des saisies d’argenterie et d’eflets à son profit, non seulement chez les condamnés, mais chezlés inculpés ou les perquisitionnés ; on cite les noms, les dates et les objets détournés.
« pour pouvoir lui parler il fallait des heures entières d'antichambre »: et où il était « environné d’un grand faste et entouré d’une nuée de satellites" ». En décembre 1809, Blondel constatait qu'on ne s’adressait plus qu'à Casanova pour obtenir justice, et il écrivait alors : « Il s’est établi autorité supérieure à toutes les autres ; et celte autorité, il l’assure par l’importance continuelle qu'il sait donner à ses soins pour la répression des factieux et le maintien de la tranquillité publique *. »
D'ailleurs, la tranquillité publique semble avoir été très aisée à maintenir à partir de juin 1809 dans la ville dépeuplée et terrorisée par les exécutions ; Casanova put done s'occuper tout à son aise des menus détails de la police municipale et prêter son concours aux administrations fiscales *. Il n’y eut plus lieu de renouveler les ordres du jour ou les arrêtés menaçants contre les séditieux, les perturbateurs et la « canaille ». Les arrestations devinrent rares, sauf pour retard à payer les contributions, dans l'intérieur des remparts du moins*. Et la police politique se réduisit en somme à peu près à la surveillance des moines et des sujets de Sa Majesté l'Empereur et Roi. L'arrêté qui, le 14 octobre, prescrivit de dresser les inventaires des biens meubles de tous les couvents, spécifia que « les religieux de tous les ordres » resteraient sous la surveillance de la police jusqu'à l’exécution du décret royal sur la suppression des ordres monastiques d'hommes” ; d’ailleurs les couvents de Barcelone se MA F'errer, CNED: 392:
2. Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809. 3. Diario de Barcelona, 11 juin, 15 et 22 juillet, 7 août, 15 et 25 oclo-
bre, etc.
4. Ferrer ne signale d’arrestations en ville que le 5 septembre (4 IV, p. 175) et le 19 janvier 1810 (t. V, p. 71-72), et pour des faits sans grande gravité (lecture de papiers des insurgés) ; il signale. au contraire, des mises en liberté de gens compromis soit en 180$, soit en mai-juin 4809 (t. FH, p- 509; t. IV, p. 180).
5. Arrôté de Duhesme, Barcelone, 14 octobre 1809, dans le Diaria du 16.
vidaient peu à peu; et, les uns après les autres, les moines se hâtaient de quitter une ville, où à tout moment la police et les employés du fise venaient les tracasser !. Au mois de janvier 1810, Duhesme rendit encore un arrêté pour empêcher les religieux restés dans la ville d'agir secrètement sur le peuple et ceux qui en étaient sortis de revenir y troubler la paix publique : « Les moines qui se trouvent actuellement dans la ville de Barcelone restent sous la protection du gouvernement ; ils seront plus tard sécularisés ou groupés dans les couvents conservés, en vertu des dispositions de mon arrêté du 27 novembre 1809... Les messes et autres offices divins ayant pour objet les besoins et la satisfaction des fidèles, il est expressément défendu à tout religieux des couvents supprimés |de les célébrer dans la chapelle de son couvent ; il n'aura qu’à le faire dans une des paroisses ou des chapelles des couvents conservés... Aucun des ecclésiastiques, aucun des moines, qui sont actuellement hors de la ville, ne pourra y rentrer sans y être expressément autorisé par le commissaire général de police, sous peine d’être arrêté et déporté en France... » On déporterait également les prieurs ou supérieurs qui donneraient asile aux moines rentrés clandestinement et ne les auraient pas dénoncés dans les vingt-quatre heures. « Les prieurs, gardiens ou supérieurs des couvents et maisons religieuses devront présenter tous les huit jours au commissaire général de police l’état des moines ou ecclésiastiques qu’il aura dans son couvent ou sa maison? (sic) ».
L'autre souci principal du gouvernement, en matière de police politique, semble avoir été la surveillance des sujets de l'Empereur. Un arrêté rendu le 24 juin 1809, en obligeant « tous les employés des admimistrations espagnoles » à se faire inserire dans la garde nationale eu
1PARéTrer LUN p272" 32956 V p.129.
2, Arrèté de Duhesme, Barcelone, 11 janvier 1810, dans le-Diario du 44.
civique, traitait en suspects les Français ou Italiens qui n’en feraient point autant : ils seraient « désarmés » et devraient, en cas d’alarme, rester enfermés chez eux. L'arrêté ajoutait : « Ils perdent tout droit à la protection et à la bienveillance du général commandant’ ». Au mois d'août, le registre d'inscription étant clos, Duhesme rappela aux « sujets de Sa Majesté l'Empereur et Roi » non inscrits les dispositions antérieures sur les cartes de sûreté et leur ordonna de s’en munir, sauf au cas où ils seraient portés sur la liste des habitants aisés et astreints par suite à payer la « contribution personnelle” ». Le 24 décembre 1809, un arrêté fiscal contenait encore des : dispositions contre les gens inconnus à Barcelone qui auraient la prétention, de venir s'installer dans la ville *. Au fond Duhesme aurait voulu garder les habitants capables de payer les impôts, c’est-à-dire ceux qui avaient de la fortune acquise, et faire partir les autres, c’est-à-dire ceux qui en temps ordinaire vivaient de leur salaire l'intérêt fiscal et l'intérêt politique eussent été conciliés ainsi, du moins pour un temps. Mais en fait les riches sen allaient comme les pauvres, et il ne pouvait guère en être autrement *.
Pendant les six derniers mois de 1809, apparut enfin chez Duhesme un souci presque nouveau”, celui d'établir dans la banlieue de Barcelone, afin de faciliter les réquisi-
4. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 24 juin 4809, dans le Diario du 26.
2. Avis de Duhesme, Barcelone, 3 août 1809, dans le Diario du 4.
3. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 24 décembre 1809, dans le Diario du
4. Duhesme à Clarke, Barcelone, 4 septembre 4809, Arch. nat., AFiv : 1629 : « Chaque mois, ce rapport diminue sensiblement avec le nombre des habitants... » Môme thème dans les lettres à Berthier, du 14 novembre, et à Augereau, du 4 janvier, bd.
5. Il y avait eu sans doute l'arrêté du 23 décembre 1808 (Diario du 26), déjà cité (chapitre IV, section 1, ete.) ; mais cet arrêté, qui visait à la soumission et à la restauration des anciennes lois dans tout le corrégiment de Barcelone, n'avait pas un caractère pratique, comme ceux dont il est question ici.
tions et l’approvisionnement de la cité', une sorte de police rudimentaire et d’ailleurs toute militaire. Il n°y avail pas, comme en 1808, un « cordon » régulier d’ennemis autour de la ville, mais de petits partis de miquelets en infestaient les environs, sévissaient à l’occasion contre les paysans qui portaient des vivres à Barcelone et faisaient main-basse sur les soldats isolés : « On vit même éclore un nouveau genre de guerre », écrivait alors Duhesme au duc de Feltre ; « les brigands armés de poignards cherchèrent à surprendre les soldats et officiers qui sortaient de la ville isolés ; plusieurs soldats ont été enlevés ainsi sur les glacis de la ville, et deux officiers de santé qui regardaient pêcher sur le littoral à portée de fusil d’un fort ont été enveloppés, saisis et menés, le poignard sur la gorge, jusqu’à la frégate anglaise. D’autres paysans cherchaient à attirer les soldats -des cantonnements dans des maisons pour les égorger ; mais les commissions militaires en ont fait justice ?: »
Pour mettre fin aux actes de cette nature, Duhesme ne ‘se borna pas à organiser des colonnes mobiles, chargées de parcourir les environs, de saisir les « brigands » et de les traduire devant des commissions militaires, qui statueraient expéditivement sur leur cas; il essaya aussi d'obtenir l'aide des paysans « journellement témoins de ces horreurs” », en rendant les communes responsables des « crimes » commis sur leur territoire.
Dès le mois d’août, un arrêté annonçait qu'on lèverait,
4. Point de vue nettement marqué dans les rapports cités à l'avantdernière note ; cf. arrêté de Duhesme, Barcelone, 26 août 1809, dans le Diario du 36 ; cf. aussi les faits cités au Diario du 4 septembre.
2. Duhesme à Clarke, Barcelone, 4 septembre 1809, Arch. nat. AFiv 1625. Le Diario mentionne, en effet, en août et septembre plusieurs exécutions pour des faits de ce genre.
3. Résumé historique des opérations (Arch. G., première quinzaine de mars 1809); voir aussi les trois lettres citées ci-dessus ; de plus Duhesme à Berthier, Barcelone, 19 septembre 1809, Arch. nat. AF1v 1621 : voir enfin l'arrêté cité à la note suivante.
pour chaque meurtre, une amende collective de mille piastres sur le village coupable de neutralité ; en cas de récidive, on pillerait les maisons ‘. Quelques jours après, une colonne allait à San-Cugat et y détruisait les potences élevées par les miquelets « pour effrayer les personnes qui portent des vivres à Barcelone... Cet acte à fait plaisir aux “habitants du pays, indignés depuis longtemps de toutes les atrocités dont ils sont les témoins ». Deux jours après, dix paysans d'Hospitalet, accusés d’ « assassinat », étaient jugés et passés par les armes *. Un « brigand » pris avec des armes sur les glacis de la place était pendu en grande pompe en septembre à Barcelone*; pendant tout l’automne de 1809 et le mois de janvier 1810, les colonnes d'Ordonneau et de Delivanni continuèrent leurs courses et leurs exécutions sommaires *.
En décembre, le général ordonnait des recherches rigoureuses au village de Sarria, accusé d’être « le repaire des bandes de brigands » et promettait désormais, aux dépens des villages, une prime pour chaque capture «Tout soldat qui arrêtera un brigand reconnu comme tel recevra une indemnité de douze francs, payable dans les vingt-quatre heures. Cette dépense sera supportée par la commune où le brigand aura été arrêté, les communes étant définitivement déclarées responsables des délits qui se commeltent chez elles *. » En janvier 1810, les colonnes
1. Arrêté de Duhesme, Barcelone, 4° août 1809, au Diario du 2 août. 2, Diario de Barcelona, 10 et 12 août 1S09.
3. Ferrer, t. IV, p. 486 : « Il est impossible de peindre tout l'embarras que faisaient les agents de police, comme si la mort de ce jeune marchand de sandales eût été celle du chef d’une grosse division d'Espagnols..….. »
4. Diario de Barcelona, 4 septembre, 28 novembre, 8 décembre 1809,
10 et 11 janvier 1810. Cf. Duhesme à Clarke, Barcelone, 19 septembre 1809, Arch. nat., AFrv 1625, à Berthier, 14 novembre, ibid.
o. Arrôté de Duhesme, Barcelone, 6 décembre 1809, dans le Diario du 7 : la police de Barcelone doit, d’après l’article 5, prendre part aux visites domiciliaires. Cf. Ferrer, t. IV, p. 402-404 (six paysans furent fusillés et le commissaire de police Bernard Las Casas tira 400 douros du village)
mobiles firent de nombreuses captures‘. Enfin, le 12 de ce mois, par un dernier arrêté, Duhesme perfectionna encore sa législation sur la police rurale : « Vu les frais et dépenses que les brigands causent au Trésor public ; considérant qu’il est de toute justice que leurs biens supportent les frais et dépenses auxquels leur brigandage donne lieu. Outre l'mdemnité qui. est accordée à tout soldat qui arrêtera un brigand reconnu comme tel, les tribunaux militaires qui, à l'avenir, jugeront quelques-uns de ces brigands, les condamneront à une amende proportionnée au mal qu'ils auront fait, et aux biens dont ils seront possesseurs, ainsi qu'aux frais et dépens de leur procédure... La justice? du lieu où ces brigands auront été arrêtés sera tenue de payer entre les mains de M. le commissaire général de police lindemnité, l’amende, ainsi que les frais et dépens auxquels ces brigands auront été condamnés... La dite justice est autorisée à saisir et vendre à cet effet les biens meubles et immeubles des condamnés, ou à faire supporter le montant de la somme stipulée dans leur jugement aux chefs de maison de leur juridiction. M. le commissaire général de police fera saisir et exécuter militairement les biens des régidors et de tous autres membres de justice qui, vingl-quatre heures après la signification qu’il leur aura fait faire du jugement des brigands arrêtés dans leur arrondissement, ne lui auront pas apporté La somme provenant de leur jugement et condamnation... M. le commissaire général de police ouvrira à cet effet un livre d'entrée et de sortie de toutes ces sommes, et ce livre me sera présenté le premier jour de chaque mois pour être vu et approuvé par moi”... » La compétence de Casanova et son rôle fiscal s'éten-