Berthier à Duhesme, Bordeaux, 2 août 1808, Arch. G
5. Outre le texte précédemment cité, à Berthier, Saint-Cloud, 22 sep-
tembre 1808, Corr . Nap., n° 14342; Berthier à Duhesme, même date Arch |
tialité en sa faveur : « On lui accorde généralement d’avoir été acüf, vigilant, infatigable ; et, dans le resserrement habituel de la place de Barcelone, d’avoir toujours’ conservé autour de cette place un plus grand rayon de pays sûr et nettoyé d’'ennemis que n'ont fait, dit-on, ceux qui lui ont succédé... »’. Et l’adjudant-commandant devait écrire trois mois après : « Toutes les fois qu’en brave soldat il s’est agi de faire des sorties de Barcelone, d’éloigner l'ennemi en fondant sur lui avec impétuosité, de ramasser des ressources autour de Barcelone, pour cette place ; le général Duhesme s’est conduit comme un partisan actif, intrépide, toujours prêt; et sa conduite ne mérite que des éloges » ?.
Duhesme pouvait être fier des résultats obtenus au point de vue militaire, moins encore pour leur importance intrinsèque qu'à cause de la médiocrité des généraux ses subordonnés, de l’inexpérience de ses soldats au début de la guerre, et de la pauvreté des ressources que l'Empereur lui avait fournies *. Il avait été vraiment l'âme de la défense, avait beaucoup payé de sa personne et avait dirigé lui-même toutes les opérations militaires de quelque importance. [l avait montré assez d'initiative, de résolution, de hardiesse pour rendre courage en novembre et décembre 1808 à son entourage effrayé et désemparé; il avait
1. Carrion-Nisas à Clarke, Girone, 30 juillet 1810, Arch. nat., AFrv 1695.
2. Compte-rendu par l’adjudant-commandant Carrion-Nisas. Ce qui donne une grande valeur à ce témoignage, c’est que Carrion-Nisas accuse le général à d’autres points de vue.
3. Si l’on ne tient pas compte de ces éléments, on ne peut en effet apprécier justement la défense de Barcelone. Laffaille l'indique discrètement dans son livre, mais il le montre mieux encore dans une lettre qu'il écrivit de Mézières, le 16 Juin 1824, au fils du général. Cette lettre figure aux Arch. G., sous la date du 2$ juillet 1810: « La conduite du général Duhesme... n’a été glorieuse que parce qu'il a résisté, non seulement aux armées espagnoles mais au découragement, au défaut de zèle, d'énergie, de courage même de la plupart de ses généraux et qu'il a, pour ainsi dire, sauvé malgré eux l'honneur de nos armes à une époque où il fut sur d’autres points si gravement compromis en Espagne. Si la conduite de ces, généraux n’est point connue, celle du général Duhesme perd la plus grande partie: de son mérite. Presque tous vivent encore. Qu'est-ce qui osera publier la vérité sur leur compte ? C’est une chose si inusitée que cela exciterait une clameur générale... »
Conarp.
entraîné et aguerri ses médiocres troupes‘. Bref, il n’avait point été de ces chefs qui s'étaient laissé démoraliser par la nouvelle de Baylen, et ce n’était point à lui qu’eût pu s’appliquer le mot de Napoléon en août 1808.: « L'armée paraît commandée non pas par des généraux, mais par des inspecteurs des postes »°
En bonne logique, le général n’avait pas à s'inquiéter beaucoup plus de la façon dont on apprécierait son œuvre politique et administrative. L'Empereur avait fait recommander dès le début au général de « mener très militairement » les habitants, de prendré des otages, de ramasser des vivres chez les particuliers, et Berthier avait reproduit la phrase impériale : « La guerre justifie tout » *, formule que Duhesme avait répétée à son tour à ses familiers comme énoncée par l'Empereur ‘. C'était là un adage terrible, qui pouvait servir d’excuse à tous les abus : mais c’étaient en définitive Napoléon et Berthier qui étaient responsables de sa mise en circulation. Et d’ailleurs, non seulement les mesures prises par Duhesme avaient été conformes à l’esprit des ordres impériaux reçus en juin à Barcelone ; mais encore, et souvent jusque dans leur détail, elles avaient été analogues à celles que l'Empereur recommandait volontiers à Joseph ou aux généraux pour contenir les peuples mécontents ou tirer des ressources des pays occupés par les troupes.
Duhesme, opérant en rase campagne, avait fait ou laissé piller et brûler des villages, des bourgs, des villes. Rien
4. Laffaille, Mémoires sur la campagne du corps d'armée des Pyrénées- Orientales en 1808, p. 149-150, 169-171, 179-183.
2. À Joseph, Saint-Cloud, 16 août 1808, Lettres inédites de Napoléon I+, Ed. Lecestre, n° 336.
3. À Berthier, Bayonne, 16 juin 1808, Corr. Nap., n° 144100: Berthier à Duhesme, même date, Arch. G.
. En effet, Laffaille cite la formule et indique le sens de l’ordre impéa p. 67 : « Napoléon avait prescrit... d'employer enfin, s’il le fallait, les moyens les plus violents pour garantir la sûreté et la subsistance de ses troupes : la guerre, disait-il. justifie tout. »
n'était plus conforme aux instructions ordinaires de l’Empereur : « Caulaincourt a fait très bien à Cüenca. La ville.a été pillée : c’est le droit de la guerre, puisqu'elle a été prise les armes à la main. Il n’y a point de ménagements à garder avec des brigands qui assassinent mes blessés et qui commettent toutes sortes d'horreurs. Il est fort naturel de les traiter comme on le fait » , écrivait Napoléon à Joseph le 31 juillet 1808. Quelques mois plus tard, l'Empereur écrivait encore à Berthier : « Faites connaître au général d’Avenay que vous m’avez mis sous les veux sa lettre du 41; qu'il ne faut pas qu'il se laisse faire des contes. Qu'il fasse arrêter une trentaine des individus les plus coupables ; qu'il fasse brûler le village où les pièces de ma garde ont été prises »?. Le procédé était d’ailleurs bon pour tous les Pays, pour le Tyrol comme pour l'Espagne ?.
Duhesme avait tiré des vivres des campagnes, et beaucoup d'argent de Barcelone. Napoléon reprochait à Joseph de n'avoir pas su faire de même : « Il est bien singulier qu'on ménage tant la Navarre. Bilbao, la Biscaye et la Navarre doivent nourrir l’armée : sans quoi, comment voulez-vous que je fasse ? II est ridicule qu’on leur donne des indemnités. Bilbao pouvait payer quatre millions. I] faut obliger les communes à moudre et ne pas toujours ürer de France. Les provinces que vous occupez doivent et peuvent fournir des vivres » “. Napoléon recommandait aussi à son frère la pratique des emprunts forcés, à laquelle Duhesme avait recours à l’occasion : « Surtoutne vous laissez pas manquer d’argent, et, s’il le faut, exigez des emprunts des villes, des corporations, des provinces.
1. A Joseph, Bordeaux, 31 juillet 180$, Lettres inédites de Napoléon er, éd. Letestre, n° 333. Toutes les citations qui suivent étant tirées du même recueil, nous indiquerons seulement le numéro de la lettre.