Nous avons eu l’occasion de citer les plus frappantes
3. Le titre complet est : Mémoires sur la Campagne du corps d'armée des Pyrénées-Orientales en 1808, suivis d'un Précis des campagnes de Catalogne de 1808 à 1814, par G. Laffaille, colonel du génie, Paris (Anselin et Pochard), 1826, in-8.
4. I ne figure ni dans Kircheisen, Bibliographie Napoléons, ni dans les catalogues de la Bibliothèque nationale. . CESR
si précis et si vivant de Laffaille nous a été fort utile, soit pour enrichir de détails particuliers le récit des événements, soit pour confirmer les documents mis en œuvre. L'ouvrage peut paraître d’un emploi dangereux, puisqu'il n’a paru qu’en 1826; sur son! titre et sa date, on peut être tenté de le ranger dans la classe suspecte des mémoires apologétiques. Nous estimons au contraire que ce livre doit être considéré comme une source de haute valeur, surtout pour l’année 1808. (Pour les années suivantes, il est toujours exact, mais beaucoup plus sec et sommaire.) ; :
Gabriel Laffaille, ancien élève de l’École polytechnique et de l'école de Metz, avait servi en Catalogne de 1808 à 1813 comme capitaine et chef de bataillon du génie. Il était brave, actif, « très intelligent, très instruit », savait l'allemand et l'espagnol, connaissait à fond la guerre de siège et de campagne!. Quand. la Restauration le mit en non-activité et que Clarke, qui avait d’ailleurs contre lui des griefs personnels, parut lui reprocher des actes indélicats commis à Barcelone”, les témoignages
À. D’après les très nombreuses notes (exactement concordantes) conte- : nues au dossier de Laffaille (Arch. adm. de la G.). Voici les principaux renseignements que donne sur la carrière de Laffaille son état de services {ibid.) : Elève de Polytechnique (1796) et de Metz (1797), lieutenant de de classe le 18 août 1799, fait campagne dans ce grade à l’armée du Danube (1799) et à l’armée de réserve (1800), y devient capitaine le 20 juin 1800, est alors employé en Italie; sert à la Grande armée de l’an XIV:à 1807, est envoyé à la division des Pyrénées-Orientales (41 mars 4808), et y sert jusqu’en octobre 1813; il y devient chef de bataillon le 12 janvier 1809; employé à Besançon (novembre 1813) et à Douai (mai 1814). Mis en nonactivité (juillet 1816), remis en activité en février 1818, lieutenant-colonel en janvier 1823, colonel en octobre 1823, maréchal de camp en 1833, devient alors membre du jury d'examen de Metz, puis du Conseil de perfectionnement de l'école Polytechnique.
2. Laffaille avait été membre d’une commission d'enquête sur les actes de l’intendant de Barcelone de Luppé (parent de Clarke), et avait rédigé le rapport (7 juillet 1811, Arch. G.), qui, malgré sa modération, amena la destitution de ce fonctionnaire par Decaen. En 1816, Clarke se garda d'en parler : il incrimina (après plusieurs mois de mutisme) le rôle de Laffaille dans l'affaire Canton (voir chap. VI, section n1, et appendice À). Il prétendit qu'une lettre de Laffaille à Duhesme, de décembre 1810, compromettait le commandant : en réalité le passage incriminé faisait simplement allusion à l'enquête faite par Laffaille et Guinard, mais pouvait prêter à une interprétation défavorable.
D'où les témoignages des anciens chefs de Laftaille. Le colonel Pâris écrivit de Soissons à Clarke, 23 novembre 1816, ce qui suit : « Après la prise de Girone, et à l’entrée de M. le maréchal Augereau à Barcelone en janvier 1810, il fut fait par ce maréchal des recherches... Je reçus de M. le maréchal l’ordre verbal de renvoyer M. le chef de bataillon du génie Laffaille sur les derrières de l'armée. Je dois dire à V: E. que je ne connaissais point
favorables affluèrent au ministère’. Les officiers qui avaient vu Laffaille à l’œuvre en Catalogne, louaient spécialement l’honnéteté et la droiture du disgrâcié.
Ils marquaient même d’un commun accord que l'extrême probité de Laffaille n’était pas sans lui nuire par son exagération : il s'était fait des ennemis par sa « chaleur de caractère », son €inflexibilité », sa « roideur ». 11 avait montré en Catalogne «son énergie poussée à l'excès et qui ne ménageait personne? ». - Le comité des fortifications remarquait « que, dans toutes les
circonstances où le chef de bataillon Laffaille a été employé, son zèle infatigable, sa rigidité à toute épreuve, son instruction approfondie et sa continuelle activité lui ont attiré les témoignages les moins équivoques de satisfaction...» Il y a dans ces attestations sur le caractère de Laffaille quelque chose qui : dépasse le ton ordinaire du banal salisfecit. Et les mémoires, - où le commandant justifiait sa conduite, donnent bien limpression d’un homme de mérite, loyal, peu Courtisan et très digne dans la disgrâce *. Chez un narrateur, la « rigidité », la « roideur »ne sont point à dédaigner.
personnellement M. Laffaille, mais j'avais des préventions en sa faveur; et ces préventions étaient fondées sur ce que des personnes, d’un caractère non équivoque, m’avaient dit de son courage, son zèle, son activité et son intelligence ». Pâris demanda donc au maréchal une explication. « Dans cette explication j'insistai particulièrement pour savoir si, parmi les griefs que l’on avait articulés contre M. Laffaille, il y en avait quelqu'un qui atteignit sa probité, et s'il était taxé de prévarication ou de manque de délicatesse. M. le maréchal... m'assura positivement qu'il n'avait reçu contre cet officier aucune plainte de ce genre, et que son intention n'était que de le punir de n'avoir pas toujours eu, pour les officiers généraux et supérieurs, qui entraient dans le conseil du général Duhesme, tous les égards et toute la déférence auxquels la subordination et la différence de grade l’obligeaient. C'était donc’ un défaut de caractère que M. le maréchal avait l'intention de punir dans M. Laffaille, et il cédait en cela aux mauvaises impressions qui lui furent données par les ennemis de M. Lalfaille.… » Augereau avait d’ailleurs révoqué son premier ordre.
1. De Suchet, de Macdonald, de M. Mathieu, du maréchal de camp Latour, du colonel Rohault de Fleury, etc. (nov. 1816 : dossier Laffaille).
2. Latour à Clarke, 26 novembre 1816 : « Je puis assurer avec connaissance de cause que M. Laffailie s'y était toujours fait remarquer non seulement comme un officier brave et instruit, mais encore comme le plus parlait honnête homme : son plus grand crime peut-être était de n'être pas assez indulgent pour ceux qui ne lui ressemblaient pas »; cf. lettre précitée du colonel Pâris; du colonel Rohault de Fleury, Arras, 23 novembre 4816 (Dossier Laffaille).
3. Propositions du comité des fortifications, 27 décembre 1816 (Dossier Laffaille).
4. Ainsi, le 47 août 1816, Laffaille commence ainsi une lettre destinée à rectifier les idées du baron de Caux, chef de la 7° division au ministère et
Nous savons d’autre part que le livre de Laffaille, bien que publié seulement; en 1826, ne fut pas composé de toutes pièces à-cette époque.:Le fond en a été fourni par une relation de la
. campagne de1808 entreprise par l’auteur dès 1809, sur l'invitation de Düuhèésme, et primitivement destinée à la publicité; Duhesme. avait fourni des documents. Il paraît aussi que, en 1819 et 1820, Laffaille avait adressé au dépôt des fortifications des mémoires sur certains épisodes de la guerre de Catalogne. Il jugeait en 1824-que la publication du Journal de Gouvion- Saint-Cyr ‘rendait. utile la, mise au jour d’un travail plus impartial, où les mérites de Duhesme seraient mieux mis en lumière.
Or, l'argument le plus fort qu’on puisse donner contre la valeur de l’ouvrage de Laffaille, c’est précisément que l’ancien commandant du.corps d'armée des Pyrénées-Orientales y joue un rôle honorable; parfois même brillant?. Les historiens de la guerre de l'Indépendance (notamment Toreno, Blanch, Arteche, Oman), jugeant sommairement et presque uniquement sur-les résultats et les arrêtés de Duhesme, sont portés à considérer celui-ci comme un chef très ordinaire et comme un tyranneau. Ils l’apprécient d’après ses échecs, ses rigueurs en rase.campagne, ses menaces aux populations, et sont par suite très portés à se défier d'un écrivain qui loue à la fois les qualités militaires et l'hâbileté administrative de Duhesme.
Peut-être en-effet Laffaille exagère-t-il un peu les mérites d’un chef qu'il avait aimé. Mais encore n'a-t-il pas été seul à faire
maréchal de camp : « Je crois devoir vous faire connaître l’origine et les causes de l'amitié du général Duhesme et le rôle que je jouai dans l'affaire du général Lechi à Barcelone; la manière dont vous m'en avez parlé hier m'ayant prouvé que vous n'en aviez qu'une connaissance très imparfaîite. » Laffaille continue en relatant très exactement son rôle dans l'enquête faite avec Guinard et dans l'enquête sur M. de Luppé. C'est une pure discussion de faits. Dans les mémoires adressés à Clarke (Paris, 27 août 1816, 17 et 20 janvier 1917), Laffaille garde le mème ton. Pas un mot de dévouement au roi, aux Bourbons, etc. ; Napoléon n'est ni Buonaparle ni l'usurpateur ; il est « l'Empereur ». Laffaille ne fut remis en activité qu'après que Clarke eut abandonné le ministère.
1. Tout ceci d’après l'avant-propos des Mémoires et une lettre de Laffaille au fils de Duhesme, Mézières, 16 juin 1824, Arch. G. (28 juillet 4810). Nous en avons déjà cité le passage le plus saillänt, p. 369, n. 8.
2. Laffaille, p. 149-150 : « Le général... Duhesme avait une activité infatigable, qui le tenait sans cesse en mouvement; il était doué d'un coup d'œil rapide, et je dirais presque d'un instinct qui lui découvrait d'abord dans une position le point d'attaque le plus avantageux... Cependant les généraux de son corps d'armée ne voulaient presque lui recon-
- cas de Duhesme, comme on a pu le voir par les citations faites plus haut!'. Quant aux actes administratifs de Duhesme, on estimera sans doute avec nous qu’ils n’eurent rien de spécialement odieux, si on fait la part des circonstances, des nécessités et des devoirs primordiaux d’un chef militaire.
La critique d’une source authentique et véridique ne prête pas à des démonstrations probantes, comme la critique d’un texte apocryphe ou abondant en erreurs. Nous prions qu’on veuille bien se reporter aux nombreuses notes où est marqué l'accord de Laffaille avec d’autres documents. Toutefois nousattirerons ici l’attention sur quelques arguments qui nous semblent plus particulièrement probants.
1° Laffaille ne cache ni les pillages des soldats, ni les mas- ‘sacres Commis par eux, ni les mesures despotiques de Duhesme : il les explique. Il ne masque ni l’indignation ni l'hostilité de presque tous les Catalans?. Le seul fait de quelque importance (pour 1808) dont il ne parle point et dont il n’a évidemment pas voulu parler, c’est le meurtre de Canton.
2° Laffaille n’a pas pour Duhesme un culte exclusif ni même sans réserves. [l sait rendre justice également à M. Mathieu, et à Macdonald *, et même à Lechi, dont il pense et dit pourtant tant de mal, à beaucoup de points de vue, qu’il représente comme pillard, cruel, jaloux et trop prudent f.
3° Enfin il signale des faits qu’on ignorait de son temps, et que des textes inédits confirment absolument. Nous prendrons pour exemples deux assertions qui, examinées en elles-mêmes, pourraient sembler tout spécialement sujettes à caution.
Laffaille présente Lechi comme ayant, en 1808, intrigué contre Duhesme et parle de leurs « discords ». Or Duhesme
naître que du courage. Ils l'accusaient d’être trop entreprenant ; et ils lui pardonnaient encore moins de ne pas se conduire entièrement par leurs conseils. En revanche tout ce qu'il y avait de plus brave et de plus dis- ‘tingué parmi les officiers de sa division lui était entièrement dévoué. »
4. Les témoignages de Carrion-Nisas sont cités chapitre VII, section 11. Le Petit dictionnaire des hommes qui ont figuré en Catalogne, bien que malveillant pour Duhesme, lui rend un témoignage amalogue au point de vue militaire. Voir aussi les mentions faites par l'Empereur en 1814.