À Clarke, 28 janvier 1808, Corr. Nap., ne 13496 et
batave sous Augereau (août 1800). Le deuxième jour complémentaire an IX (19 septembre 1801), il reçut le commandement de la 49° division militaire à Lyon, puis alla faire campagne en Italie de 1805 à 1807. Comptant au début de 1808 plusieurs actions d'éclat, quatre blessures, onze campagnes et treize ans de grade, grand-officier de la Légion d'honneur, ayant déjà réuni deux divisions sous son commandement, Duhesme pouvait espérer obtenir bientôt le bâton de maréchal”. Il s’emportait facilement, manquait probablement de réflexion, de tenue et de gravité ; il ne savait ni se faire obéir sans menaces exagérées, ni se faire valoir sans jactance apparente; en campagne, il ne tenait peut-être pas un compte suffisant des obstacles. Mais, très soldat en dépit de ses origines bourgeoises, il était brave, fougueux, alerte, prompt à la décision; il
avait certainement de l’ascendant sur les troupes, et, s’il les mettait quelquefois dans de mauvais pas, il se montrait habile à les en tirer. Son séjour en Italie l’avait familiarisé à la fois avec l'espèce de soldats qu’il devait conduire et avec le genre de guerre qu’il allait avoir à mener. Le
4. Ces renseignements sur le passé de Duhesme sont puisés principalement aux Arch. adm. de la G. ; l’état de services dressé au ministère n’est pas aussi complet sur certains points qu’on pourrait le souhaiter. Il ne mentionne même pas le passage de Duhesme à l'armée de réserve en 1800. Mais la Corr. Nap. (nos 4844, 4862, 4865, 4877, 4882, 4886, etc.), ne permet pas le doute : Duhesme commandait les divisions Boudet et Loison, comme lieutenant-général de Berthier, c’est-à-dire comme un des « meilleurs généraux de division » de l’armée. Duhesme fut accusé en l'an VI de « làcheté » par Gouvion-Saint-Cyr ; mais il prouva qu'il avait reculé lentement avec une faible division devant des forces très supérieures, et les plaintes de Saint-Cyr n’eurent pas de suite. Il fut destitué en l'an VII en même temps que Championnet (26 ventôse), mais remis en activité le > messidor suivant. Peu après sa destitution, un arrêté directorial lui avait « délivré » une arme d'honneur (19 germinal) «pour sa conduite distinguée à la prise de Naples ». La biographie Michaud donne sur lui d'assez amples détails, dont nous faisons peu d'usage ci-dessus. Quant au caractère du général, nous avons essayé d’en donner une idée, en nous appuyant surtout sur les faits qui seront établis plus loin. Cf. Laffaille, Mémoires, p. 149-150, et appendice B, v.
Duhesme avait fait paraître un Précis historique de l'infanterie légère (Lyon, 1806, 2 vol. in-8). Il s'y décernait beaucoup d’éloges : il en méritait sans doute une partie.
choix de l'Empereur était heureux à beaucoup d’égards.
Aussitôt nommé, Duhesme partit pour Perpignan. Clarke lui avait fait connaître, par de brèves instructions, les ordres de l'Empereur. Le général devait entrer en Espagne le 9 février et se diriger droit sur Barcelone, qu'il ne dépasserait point. Il ne ferait « rien qui puisse faire soupçonner des dispositions défavorables aux Espagnols » ; il ferait « fusiller le premier Italien qui manquerait à la discipline, afin de faire à temps un exemple salutaire et qui empêche toute espèce de désordre, la politique étant d'accord sur ce point avec la nécessité de bien vivre avec les Espagnols qu’il ne faut point alarmer ». Il écrirait souvent pour faire connaître la disposition des esprits, la situation des places fortes, l'emplacement des troupes espagnoles jusqu’à l’Ébre ‘.
En dépit de l’article 6 de la convention de Fontainebleau, Napoléon n’avait point jugé à propos d'obtenir à l’avance lassentiment de Sa Majesté Catholique. IL préférait la mettre en présence du fait accompli. Le « sieur Beauharnais », ambassadeur de France à Madrid, devait attendre le 9 février pour informer le gouvernement espagnol de l’entrée en Catalogne « d’une division de 15.000 hommes » et pour demander qu’on la reçût à Barcelone. Il n'aurait pas à se mettre en frais d'explications, et déclarerait simplement que ces troupes étaient en marche sur Cadix et se reposeraient quelque temps à Barcelone. Duhesme ferait la même déclaration aux autorités locales”.
Le 4 février, le général arrivait à Perpignan. Le 6, au moment où les soldats allaient quitter cetie place, un ordre du jour les avertit que toutes les infractions à la discipline seraient jugées expéditivement par des com-
4. Instruction particulière pour le général Duhesme; à lui seul, Paris, 28 janvier 1808, au soir. Arch. G.
2. À Champagny, 28 janvier 1808, Corr. Nap., n° 13495 ; à Clarke, même jour, n° 13496.
missions militaires. Le 9 au matin, la première brigade des troupes impériales passait la frontière”.
Ce jour-là même, conformément aux instructions impériales transmises par M. de Champagny *, l'ambassadeur de France à Madrid, M. de Beauharnais, informait le prince de la Paix de la nécessité « que les ordres soient donnés par la Cour d’Espagne pour qu’une division de 15.000 hommes qui est à Perpignan soit reçue à Barcelone » et ajoutait qu’elle y attendrait le moment de repartir pour Cadix. Beauharnais profitait de l’occasion pour faire remarquer au prince l’insuffisante clarté de la réponse: faite à une demande antérieure de l'Empereur : Napoléon réclamait, en échange d’un vaisseau français de 74, deux vaisseaux espagnols, dont un de 120 canons, en toute propriété ÿ.
Godoy fit attendre sa réponse trois jours : il avait sujet d'être maussade. Au reste, il n’aimait pas Beauharnais, qui se posait en protecteur du prince des Asturies. Le 12 février, il écrivit enfin à l'ambassadeur que Sa Majesté Catholique était «assez magnanime et généreuse pour consentir à des échanges... » et que les ordres seraient « incessamment donnés... mais au préalable il est nécessaire que Votre Excellence veuille bien me donner des avis positifs du jour où ces troupes pourront arriver à cetie place ». Le désir du ministre était assez naturel, mais Beauharnais n’était pas en état d'y satisfaire; bien entendu, il ignorait absolument que les troupes, dont il
1. Duhesme -à Clarke, Perpignan, 5 février 180$ ; ordre du jour du 6 février 1808 ; Duhesme à Clarke, Perpignan, 8 février 1808, et Girone, 10 février 1808 (le tout aux Arch. G.).
2. Champagny à Beauharnais, 30 janvier 4808, Arch. des Af. Etr., Corr. dipl., Esp., vol. 673, fos 401-102.
3. Beauharnaïis au prince de la Paix, Madrid, 9 février 1808, vol. 673. fe 158. La demande des deux vaisseaux, prescrite par Champagny le 27 janvier (f 80), en vertu d’un ordre de Napoléon du 26 (cf. Corr. Nap., n° 13393), n'avait eu en effet qu'une réponse approximative : Godoy avait répondu à l'ambassadeur le 6 février (fe 133) que les deux vaisseaux deman: dés avaient reçu l’ordre de « se réunir » à l'éscadre française.
sollicitait l'admission à Barcelone, étaient en Espagne depuis trois jours. Il répondit prudemment : « Votre Altesse doit juger que cela doit avoir lieu incessamment, puisque la division se trouve à Perpignan. Je pense donc qu'il est urgent que Votre Altesse donne sans retard des ordres au capitaine-général. » Godoy s’exécuta aussitôt et se déclara également prêt à « faire faire l'itinéraire de cette division » et à « faire approvisionner le mieux possible la route de Barcelone à Cadix ». Sans se laisser toucher par cette réponse ingénue, Beauharnais se plaignit le jour même, en écrivant à Champagny, que les réponses de Godoy fussent « toujours obhiques ou évasives ! ». Godoy eût certes pu en dire autant des communications de l’ambassadeur de France.
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Depuis la fin de janvier, on savait en Catalogne que des troupes françaises se réunissaient à Perpignan. Le gouverneur de Figuières ne dut donc pas être trop étonné de recevoir le 9 février un billet où on le priait de fournir, le soir même, vivres, fourrages et logements à une division française ?. Il n’avait pas d'ordres, et n'était pas homme de décision. Il fit donc bon accueil aux soldats, et satisfit les officiers par sa « bonne volonté ». Le lendemain, la division parut devant Girone, où elle fut aussi bien reçue qu’à Figuières par les autorités militaires. Duhesme galopait le long des colonnes pour veiller au bon ordre *. Toutefois les habitants de l'Ampurdan étaient émus de cette marche soudaine : « ceux qui se mêläient
1. Toutes ces pièces, datées du 12 février, furent envoyées en copie à Champagny, avec le rapport de Beauharnais (même jour) où l'affaire était résumée. Arch. des Aff. Étr., vol. 673, fos 198-202.
2. Texte cité dans Arteche, Guerra de la Independencia, t. 1e, p. 222.