Duhesme à Clarke, Girone, 10 février 4808, Arch. G
de politique la regardaient comme une invasion et les esprits ardents parlaient déjà de résistance * ».
Gagnant le bord de la mer, la division se trouva le 12 à Mataré ; Duhesme n’était plus qu’à quatre lieues de Barcelone ; il ignorait encore comment se comporteraient les autorités de cette ville et n’était pas sans appréhension : Barcelone avait des moyens de défense considérables, une enceinte continue en assez bon état, couverte par des ouvrages avancés et par une puissante citadelle ; de plus, elle était dominée et commandée par une grande forteresse pittoresquement juchée sur une colline aux flancs escarpés, le Monjuich?. Le général français écrivit alors au comte de Santa-Clara, capitaine-général de Catalogne, pour lui demander lentrée de la ville, où ses troupes attendraient des ordres avant de reprendre leur marche sur Cadix*.
Le comte de Santa-Clara venait d'être remplacé la veille par le lieutenant-général comte d’Ezpeleta. Cet acte de Godoy était inexplicable; Ezpeleta était généralement regardé comme un des ennemis du prince de la Paix, et 1l avait à tout le moins été une de ses victimes. « D’une bonne famille de la Navarre », il s'était « élevé successivement aux premiers emplois par son mérite » et était devenu enfin gouverneur du conseil de Castille. Le prince de la Paix l'avait bientôt « exilé, emprisonné et destitué ». Ezpeleta avait, paraît-il, « une grande réputation de probité, de vertu et de talents d'administration ». Mais, presque octogénaire, il n’avait plus guère d’autre mérite réel que celui d’être un « vertueux père de famille », qualité peu utile dans la défense des places. Pieux,
1. Résumé historique des opérations politiques et militaires du général
Duhesme, Arch. G. (fer carton de mars 1809).
2, Arteche, t. Ier, appendice XI (Etat des places fortes de l'Espagne en mai 1808), p. 562-563.
3. Résumé historique des opérations; Duhesme au comte de « Saint- Clair », lieutenant-général, gouverneur de Barcelone (sic), Malaré, 12 février 4808, Arch. G.
honnête et timoré, il cherchait ordinairement à cacher ses indécisions par une attitude de froideur et de réserve.
Très sagement, le comte d’Ezpeleta répondit à la demande de Duhesme qu’il n'avait pas d'ordres de sa cour et ne pouvait par conséquent ouvrir les portes de la place*. Le général français paya d’audace, et allégua que les ordres de son souverain étaient formels : le lendemain matin, il mettrait ses troupes en marche*. Très anxieux, Ezpeleta finit par se décider à laisser entrer la division française ; il prit toutefois la précaution de retirer ses troupes des casernes et de les répartir à la Citadelle et au Monjuich*. Ne sachant si sa décision serait approuvée ou blâmée à Madrid, il écrivit au prince de la Paix « qu’il ne lui restait pas d’autre moyen pour éviter l'entrée des Français que de recourir à la force, ce qui ne lui avait pas paru prudent, après avoir bien réfléchi sur les circonstances et conséquences * ».
.1. Résumé historique des opérations; Duhesme à Clarke, Barcelone, 43 février 1808, Arch. G. Les renseignements sur le passé d'Ezpeleta sont donnés par le Rapport à l'Empereur sur l'Espagne par M. de Tournon (qui avait appris en Catalogne la nomination d’Ezpeleta), 20 décembre 1807, Arch. nat., AFrv 4680 (M. de Grandmaison en à publié presque intégralement le texte en appendice, L'Espagne el Napoléon, p. 463-472), et confirmés par lé premier des deux documents ci-après, d’où nous tirons surtout le portrait du personnage : Rapport de Blondel à Champagny, Barcelone, 99 mars 4808, Arch. des Aff. Etr., vol. 673, fes 394-395 ; Rapport sur Barcelone et les événements de 4808 (du même auteur en décembre suivant, après avoir vu Ezpeleta à l'œuvre), lbid., vol. 677, for 405-595,
Ce Blondel, qui signe la plupart de ses rapports du chiffre 38 avait été envoyé à Barcelone, comme agent d'informations du ministre des Relations extérieures : ses instructions (Arch. des Aff. Etr., vol. 673, fes 134-136) sont du 6 février et il était à Perpignan le 17 (rapport de ce jour, fv 226). M. Geoffroy de Grandmaison à publié ces instructions en appendice, L'Espagne et Napoléon, p. 475-#71; mais quand cet auteur cite des fragments de Blondel, il les attribue à « Blanchet, agent de police » (p. 256, n. 3; p. 292-293) ; la signature de Blondel (quand il signe) est pourtant très lisible. Surla valeur des nombreux documents émanés de cet agent, voir aux Notes critiques de la fin.
2. Le comte d'Ezpeleta au général Duhesme, Barcelone, 12 février 1808, Arch. G.
3. Duhesme au comte d'Ezpeleta, Matar6, 12 février 1808, Arch. G. Cf. Duhesme à Clarke, Barcelone, 13 février 1808, ibid.
4. Résumé historique des opérations ; cf. Toreno, Historia del levantamiento, guerra y revoluciôn de España, t. Ier, p. 46-47,
5. Texte cité dans Arteche, Guerra de la Independencia, t. Ier, p. 223.
Un immense concours de citadins, d'ouvriers, de paysans accourus des villages voisins, assista à l’entrée des troupes impériales ; la prestance martiale des vélites italiens, des fantassins français et suisses, des cuirassiers et des chasseurs à cheval, frappa les curieux, mais sans les séduire ; « pour quelques visages gais, on voyait beaucoup de physionomies sombres et des regards menaçants'». Un témoin entendit un vieux paysan dire avec rage, en regardant le général français : « Oh! si on pouvait ouvrir le cœur avec un poignard, que de poison on y trouverait®! » Ezpeleta restait méfiant : il mit à la disposition de Duhesme les casernes évacuées par la garnison, mais réserva à cette dernière la Citadelle et le Monjuich. Duhesme obtint seulement, « comme par point d'honneur », la faculté de placer des corps de garde concurremment avec les Espagnols à la porte des forts*. Puis, comme pour compléter la prise de possession de la place, il nomma un commandant supérieur de la garnison, le général Lechi, et un commandant d'armes, le colonel Latour *.
Tout cela n'était pas fait pour calmer les esprits. L'entrée des Français inquiétait tellement l’opinion que tout com-
° Godoy parla de la chose à M. de Beauharnais vers le 23 février : « Sans montrer la moindre humeur, il m'a dit : «Je suis fâché, monsieur l'Ambas- « sadeur, que les Français soient entrés dans ces places avant que mes « ordres aient été expédiés. Cela a produit un très mauvais effet dans l’opi- « nion publique. Ces ordres sont arrivés vingt-quatre heures après que « les Français se sont emparés de ces postes. » Ou bien Godoy avait envoyé ses ordres avant le 12 février (et c'est peu probable; voir un peu plus haut} ou bien il exagérait la rapidité de ses courriers! « Le généralissime a ajouté que ses ennemis pourraient profiter de cette circonstance. J'ai rassuré le prince à ce sujet en attribuant au zèle des généraux français pour le service de $S. M. l'Empereur et Roi l’empressement qu'ils avaient pu mettre. » Beauharnais à Champagny, Madrid, 23 février 1808, Arch. des Aff. Ltr., Corr. dipl. Esp. vol. 673, fos 255-9256.
1. Résumé historique des opérations; Ferrer, Barcelona cautiva, t. Ier, Due
-2. Ferrer, Barcelona caultiva, &. Ier, p. 48.
3. Résumé historique des opérations ; Duhesme à Clarke, Barcelone, 14 février 1808, Arch. G.