‹ La captivité de BarceloneChapitre 20 sur 181 · Duhesme à Clarke, Barcelone, 17 février 1808, Arch. G · texte numérisé non relu

Duhesme à Clarke, Barcelone, 17 février 1808, Arch. G

merce cessa presque instantanément ; le port fut déserté par les navires, les usines où l’on travaillait encore les jours précédents furent fermées et des milliers d'hommes se trouvèrent sans travail’. Un informateur de Lechi écrivait quelques jours après dans un rapport : « Il existe sur le pavé et sans aucune espèce de ressources une quantité innombrable d'ouvriers qui se trouvent sans pain et sans aucun moyen d'alimenter leur famille, maudissent les Français qu'ils n’ont jamais aimés et attribuent en ce moment leur misère et leur détresse à la présence des troupes dans cette ville”. » Les négociants français et italiens, assez nombreux à Barcelone, étaient fort mécon-

1. Résumé historique des opérations ; Déchiffrement de la lettre n° 2 de M. Blondel, Barcelone, le ler mars 1808, A. Étr., vol. 673, fos 274-271: « L'entrée imprévue des troupes françaises à Barcelone avait produit dans les esprits une stupeur et une inquiétude générales... L'incertitude arrête tous les travaux et les fabricants congédient chaque semaine beaucoup d'ouvriers dont on craint l’oisiveté et la misère... »; Rapport sur Barcelone et les événements de 1808; Laffaille, Mémoires sur la campagne du Corps d'armée des Pyrénées-Orientales en 1808, p. 21-22. Cf. Blanch, Hisloria de La querra de la Independencia en el antiguo Principado, t. ler, p. 46-48.

Duhesme affirme pourtant dans un rapport à Clarke, Barcelone, 49 février 4808, Arch. G., que le « commerce qui est la partie prépondérante de Barcelone est la classe dont les dispositions sont les meilleures ». Mais Duhesme était presque tenu d'être optimiste et cherchait (comme la plupart des généraux ou officiers employés en Espagne au début de 1808) à présenter les choses sous le jour le plus favorable aux projets qu’il devinait. D'ailleurs, après avoir émis l'affirmation ci-dessus, il l’atténue par des correctifs dans un paragraphe dont voici le début : « Mais ils ne pourraient s’accommoder d’une réunion à la France.» Duhesme devait revenir plus tard de ses illusions, comme le montre le Résumé historique des opérations, rédigé en 1810, année où l’optimisme n’était plus de rigueur. Dans sa lettre ne 2, du 4e mars, Blondel indique aussi que les Catalans ne pourraient supporter la concurrence française et qu'ils ont besoin de l'Espagne pour écouler leurs produits. Faut-il admettre que Champagny lui avait oralement parlé des projéts d’annexion? Il aurait fallu qu'il eût en cel agent beaucoup de confiance. Et pourtant le 45 mars, le comte de Cabarrus ayant passé à Barcelone, Blondel rend compte que ce financier est hostile à la réunion : « Il la regarde comme la ruine de la province et même fâcheuse pour les provinces-du Midi de la France qui fournissent, par cet intermédiaire, les blés et les viandes nécessaires aux deux Castilles. » Il est possible aussi qu’on ait cherché dans le pays à expliquer l'invasion par le projet d’annexion, el d'autant plus que, au début de mars, les troupes françaises n’occupaient fortement que la Catalogne, les provinces basques et la Navarre.

2. Rapport anonyme du 25 février 1808, Arch. nat., AFrv 1605. Ce rapport serait assez du style de Blondel.

tents eux-mêmes; «ils ne pouvaient nous pardonner d’avoir, per notre arrivée, interrompu leur commerce et blessé ainsi leurs intérêts ‘ ». Le clergé entretenait la fermentation et dans les groupes les moines appelaient sur les Français la malédiction divine. Les soldats espagnols se promenaient par bandes de trente à quarante, avec des allures provocantes?. Leurs officiers « semblaient voir d’un œil jaloux la belle tenue des troupes et la précision de leurs manœuvres ; on‘les trouvait toujours groupés ensemble, ou mêlés avec des moines, ayant l’air du mécontentement ou de la menace ». Les soldats de Duhesme, en courant les bouges de Barceloneta, se prenaient de querelle avec les ouvriers et les militaires espagnols”. Plusieurs fois dans le mois de février, il y eut des rixes, des coups de fusil, de petites émeutes ; le 22, Lechi rendait compte que plusieurs Napolitains avaient été tués à coups de stylet dans des rues écartées *. Au reste, du côté français, on se montrait souvent indiscipliné et provocant : Duhesme était obligé de faire fusiller un tambour-maijor, « qui la veille avait sabré dans leurs boutiques d’honnèêtes artisans °? ».

Pourtant le capitaine-général faisait de son mieux pour

1. Laffaille, p. 490; cf. Rapport sur Barcelone et les événements de 1808, Arch. des Aff. Etr., vol. 677, fes 495-525. Une seule maison française aurait perdu 800000 francs à l'arrivée de Duhesme, d’après un rapport du comte de Cessac à l'Empereur, 41 février 1811, Arch. nat., AFrv 1629. Dans la lettre no 2 (Aff. Ltr., vol. 673, fes 274-277), Blondel note que les négociants français établis à Barcelone pensent comme les Catalans : « leur intérêt, leurs liaisons sont les mêmes que celles des habitants du pays ».

2. Résumé historique des opérations; cf. Duhesme à Clarke, Barcelone, 19 février 1808, Arch. G.; cf. Murat à Duhesme, Vittoria, 12 mars 1809, ibid. 3. Résumé historique des opérations ; cf. Duhesme à Clarke, Barcelone, Aer mars 1808, Arch. G. É

4. Murat à l'Empereur (résumant un rapport de Duhesme), Bayonne, 7 mars 1808, Correspondance de Murat, n° 212; Rapport de Lechi, 22 février 14$08, Arch, G.

5. Résumé historique des opérations. Autre symptôme d'indiscipline, la désertion s'était manifestée depuis Girone dans les troupes napolitaines ; depuis Matar6, dans le bataillon français, où il y avait des Pyrénéens. Duhesme à Clarke, Barcelone, 17 février 14808, Arch. G.

éviter les froissements. La division française n'ayant tou- Jours pas de payeur et, par conséquent, pas d'argent pour la solde, il consentait à lui prêter 100 000 francs que lintendant eut grand’peine à trouver’. Conformément à des instructions venues de Madrid, il annonçait à Duhesme, le 18 février, qu'il ferait fournir les vivres nécessaires aux troupes françaises et priait seulement le général d'obtenir de son gouvernement la permission d'exporter des grains de France pour la Catalogne, vu la misère du pays et l'impossibilité d'y trouver du blé à acheter, Murat appuya celte dernière requête *; elle n’était d’ailleurs pas telle que l'Empereur pût la repousser. Il pensait en effet que, pour éviter les excès et amadouer les Espagnols, il était bon que le soldat fût bien nourri et eût toujours « le gousset garni *». Un aide de camp du ministre de la Guerre arriva bientôt avec la somme nécessaire pour le remboursement de lemprunt, et un payeur le suivit quelques jours après avec d’autres fonds*. La permission d’exporter des grains devait être accordée par l'Empereur le mois suivant *, Mais le désordre de l'administration espagnole était si grand, le manque d'argent dans les caisses locales si complet que, de février à mai, les eflorts et les expédients des autorités espagnoles devaient à peine

1. Duhesme à Clarke, Barcelone, 19 et 27 février 1808, Arch. G.: Résumé historique des opérations. L'intendant fut obligé de mettre la main sur les fonds des particuliers déposés dans certaines caisses publiques. Compterendu par Pelletier, secrétaire de la Commission administrative, Arch. GE 14 février 1811. ,

2. Ezpeleta à Duhesme, Barcelone, 18 février 1808, Arch. G.: Duhesme à Clarke, 49 février 1808, ibid.; Laffaille, P. 154. Murat à l'Empereur, Bayonne. 7 mars 1808, Correspondance de Murat, no 212.

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