Dejean à Reille, 1 mars 1809, Arch. G
3. Clarke à Dejean, 20 juin 1809, Arch. G.; Dejean à Clarke, 23 juin et 1$ septembre 1809, 4bid.: Le chef d'état-major Rey à Augereau, Fornells, >:octobre 1809, ibid.; Dejean à Augereau, 7 octobre 1809, ibid. ; Dejean à CAàrke, T et 26 octobre 1809, ibid., etc.
4. Le général Rey à Berthier, Villafranca, 9 et 11 janvier 4809, Arch. nat., AFrv 1621 ; Saint-Cyr à l'Empereur, Villafranca, 16 et 23 janvier 1809, ibid.; Rey à Berthier, Valls, 19 mars 1809. Arch. G. ; Saint Cyr à Jl'Empereur, Barcelone, 30 mars 4809, Arch. nat., AFrv 1621 ; Saint-Cyr à Clarke, Vich, 6 juin 1809, ibid. ; Rey à Clarke, Caldas-de-Malavella, 21 juin 1809, ibid. « Le corps d'armée du général Saint-Cyr à vécu aux dépens de cette province depuis le mois de novembre 1808 jusqu'à septembre 1809... » ;
Notes confidentielles sur la Catalogne, du général Pino, Paris, 44 janvier 14810, Arch. nat., AFrv 1625.
duit principalement ce qui ne nourrit pas la guerre! »
Naturellement tous ces vices de l’organisation militaire française n’ont point été sans nuire à la pacification du pays. Les réquisitions entraînaient forcément des abus. des violences, des dégâts inutiles, surtout quand elles étaient pratiquées par des soldats obstinément pillards et indisciplinés?. La razzia tournait facilement à la mise en coupe réglée, ou même au sac effréné. « Le soldat. habitué à se procurer son pain à coups de fusil », dévas- tait tout sur son passage”. Laissé sans argent, à peine vêtu, privé de viande pendant des mois, il se consolait en ramassant du butin‘. Les officiers ne touchaient que des acomptes, faisaient une guerre ingrate, loin des yeux de l'Empereur, et risquaient leur vie dans des escarmouches sans aucune chance de gloire’. Les généraux s’aigrissaient, s'accusaient les uns les autres, récriminaient contre les commandants en chef ou refusaient de leur obéiré. Dans ces conditions, le pays occupé devait être forcément
1. Compte-rendu par l'adjudant-commandant Carrion-Nisas (oct. 1810), Arch. nat., AFrv 1625.
2. Laffaille, p. 191-192; Saint-Cyr à l'Empereur, Figuières, 44 novembre 4808, Arch. nat., AFiv 1613; Clarke à l'Empereur, 20 mai 1809, Arch. nat., AFrv 1621 ; le général Rey à Augereau, Figuières, 3 décembre 1809. Arch..G. ; etc.
3. Notes de Pino, Paris, 11 janvier 1810, Arch. nat., AF1v 1625.
4. Duhesme à Saint-Cyr, Barcelone, 3 janvier 1809, Arch. nat. AfFrv 1621 ; Duhesme à Berthier, Barcelone, 14 novembre 1809, Arch. nat., AF1v 1625. En septembre 1809, le 7 corps à 13 322 hommes aux hôpitaux : Clarke à l'Empereur, 28 septembre 1809, Arch. nat., AFrv 1621.
5. Rapport sur Barcelone au 15 décembre 4809 (de l'agent secret Blondel), Arch. des Aff. Etr., Mém. et Doc., Esp., vol. 210, fos 305-316: Duhesme à Augereau, Barcelone, 4 janvier 1810, Arch. nat., AFrv 1625 (à cette date, la solde est arriérée de plus d'un an).
6. Les exemples ne manquent point : difficultés entre Saint-Cyr et Duhesme (Duhesme à Berthier, 8 janvier 1809, Arch. nat., AFrv 1621, avec copie de plusieurs lettres échangées dans les derniers jours de décembre et les premiers jours de janvier, celles de Saint-Cyr sèches et hautaines. celles de Duhesme véhémentes et apologétiques) :-altercation entre Souham et Bessières, se terminant par un refus d'obéissance de ce dernier (Copie des lettres échangées entre eux, Estaniol, 28 et 29 septembre 1809, envoyée par Augereau, Arch. nat., AF1v 1621); différends successifs entre Verdier, commandant le siège de Girone, et Saint-Cyr, qui a généralement tous jes torts (Verdier à Clarke, avec pièces à l'appui, le tout envoyé du
foulé sans ménagements, et les habitants rudement traités.
A coup sûr ce serait une grave erreur que de prétendre expliquer uniquement où même principalement la résistance acharnée des Gatalans ou des Espagnols en général par les rigueurs du régime militaire, par les réquisitions et les contributions, les exactions et les pillages, les actes de justice sommaire et les violences injustifiables. L’influence du clergé hostile à Napoléon, la haine déjà séculaire contre la France, et surtout un vigoureux patriotisme local exaspéré par les perfidies des premiers mois de 1808, voilà les causes premières et fondamentales de la résistance catalane. Mais les procédés des troupes et des commandants français, qui s’expliquent par les conditions où ils faisaient la guerre, ont certainement contribué à rendre la résistance plus vigoureuse. Dans la nécessité où l’on était de tirer du pays le plus d'argent et le plus de vivres possible, et cela par les moyens les moins réguliers et les moins réfléchis, en employant souvent, en guise de répartiteurs, de percepteurs et d’intendants, des soldats affamés et pillards, on donnait à la lutte un caractère implacable. Avec des ménagements, on n’eût certes pas obtenu de la population une adhésion sincère; mais on eût peut-être pu en obtenir, à la longue, de la résignation’. Pour cela, il eût fallu de bonnes troupes, très fidèles, très disciplinées, régulièrement payées par le trésor impérial, bien nourries au moyen de vivres tirés de France ou achetés argent comptant sur place; il eût fallu enfin des transports organisés, des fonds pour les services spéciaux, des hôpitaux bien pourvus etdes employés militaires honnêtes. On n’avait rien de tout cela.
camp sous Girone, 2 juillet 1809, ibid. ; Verdier à Clarke, Saria, 3 sept. 1809, avec copie de la correspondance échangéc entre Saint-Cyr et lui en juillet et en août, ibid.) ; etc.
1. Point de vue bien mis en lumière (entre autres) dans le Compterendu par l'adjudant-commandant Carrion-Nisas, oct. 4810, Arch. nat, AFiv 1625, et par presque tous les rapports de police sur l'esprit publie, Arch. nat., F7 6343, 7014, 7016.
Or les troupes françaises avaient à faire une guerre difficile‘. Sous l’énergique impulsion des juntes locales, sous la direction de la junte supérieure qui se réunit au milieu de juin 1808 à Lérida pour se transporter bientôt à Tarragone, les forces de l'insurrection s’organisèrent rapidement, du moins dans la mesure où le permettaient les circonstances, le caractère et les traditions des Catalans. A l'exception des places occupées par les Français, tout le pays accepta la direction des juntes; et l'élan patriotique fut presque unanime?. De 1808 à 1814, aucune province ne montra autant d'ensemble, autant de persévérance et en somme n'obtint autant de succès dans la résistance que la Catalogne.
1. Presque tout ce qui va suivre étant bien établi par les travaux antérieurs et d’ailleurs d'ordre trop général, soit pour pouvoir donner lieu à des discussions critiques, soit pour se prêter le plus souvent à des références particulières, nous renverrons pour l’ensemble de cette deuxième section aux meilleurs travaux sur l’histoire de la guerre de l'Indépendance, c'est-à-dire à Blanch, difficile à trouver en dehors de la Catalogne, à Arteche, Guerra de la Independencia, {. II, p. 85-123, 589-636 ; t. IV, p. 180-299 ; t. Ÿ, p. 153-222; t. VII, p. 14-241, 345-46$S, et surtout à Oman, dont l'ouvrage à 1e mérite d'être plus critique, plus sobre et plus précis, À history of the peninsular war, &. Le, p. 301-335; €. IL, p. 31-89, t. LL, p. 14-66.
2. Il faut noter toutefois que la Cerdagne se montra pacifique et soucieuse surtout de continuer ses échanges commerciaux avec la France. Les Français l’attestent (le général Augier, commandant les Pyrénées-Orientales, à Berthier, Perpignan, 24 juillet 1808, Arch. G. ; le préfet de l'Ariège à Clarke, Foix, 3 oct. 1810, 5bid.) et Reding également, dans une lettre à la junte centrale de régence, Tarragone, 3 avril 4809, Arch, hist. nac. de ur Estado, leg. 46.
. Tous les historiens sont d'accord sur ce point. Les contemporains le re de même, et Clarke indiquait déja en 4809 le caractère particulièrement acharné de la résistance catalane. Un rapport général sur les différentes régions de l'Espagne fait dans les bureaux du ministère disait : « Quant à l’Aragon et à la Catalogne, on sait que ce sont les provinces les plus opposées au nouveau régime, et que toute la population est insurgée ». Clarke ajoutait de sa main en marge ce correctif : « Quant à l’Aragon, il ne l’est qu'en partie. » Etle rapport concluait : « On peut regarder en général tous les habitants de ces provinces comme autant d'ennemis du nom français. » Clarke à l'Empereur, 20 juin 1809, Arch. nat, AF1v 4618.
La lutte fut surtout soutenue par la population ellemême. Il n’y avait au début de la guerre que fort peu de troupes régulières dans la principauté; et les renforts amenés successivement des Baléares par le marquis de Palacio et par Vivés, de l’Aragon par le marquis de Lazan et de l’Andalousie par Reding portèrent tout au plus et pour peu de temps l'effectif des troupes réglées en Catalogne à une vingtaine de mille hommes’. Ces troupes, avec lesquelles, au début du moins, on tenta à plusieurs reprises de livrer des batailles rangées, n’eurent jamais le sangfroid, la cohésion, l'entraînement nécessaires pour tenir bon devant les grosses colonnes d'attaque que les généraux français lançaient en avant au moment décisif de l’action.
Mais, au signal de l'insurrection, les paysans et les artisans des petites villes s'étaient levés en masse au son du tocsin, reconstituant ainsi l'antique somalen”, supprimé comme dangereux par Philippe V. Il ne pouvait être question de maintenir constamment sous les armes toute la population valide de la province : mais les juntes locales organistrent rapidement, avec les jeunes gens et conformément à ce qui s'était fait depuis des siècles dans toutes les guerres contre la France, quelques petits corps de cavalerie, d'artillerie auxiliaire et surtout
1. Cette assertion nécessite quelques explications. Dans les états ordinairement publiés (par exemple dans Oman, t. Ier, p. 635-636), états qui ont pour but de présenter l’ensemble des forces composant telle ou telle armée, on mentionne naturellement, dans les tableaux de l’armée régulière, les corps de nouvelle formation (hussards de Saint-Narcisse, chasseurs de Catalogne, miquelets) embrigadés avec les régiments. On arrive alors à des tolaux beaucoup plus forts. Etant donné le point de vue auquel nous nous plaçons ici, il convient naturellement d'éliminer ces corps de nouvelle formation ; le chiffre de 20.000 représente alors un maximum, quin'a, dû être atteint d'ailleurs que vers novembre et décembre 1808, après l’ar-
rivée de tous les renforts, et avant les pertes de Cardedeu, de Molins-de- Rey.etc.
2. Le mot de somaten désigne, à proprement parler, le tocsin luimême. On avait étendu depuis longtemps ce nom à la levée en masse des paysans et à ceux mêmes qui la formaient. Les Français employérent couramment le mot dans ce dernier sens, en l'orthographiant somatène ou somalènes. :
de nombreux bataillons ou /ercios de miquelets.: On les forma, tant bien que mal, en compagnies; on leur donna des officiers. Souvent embrigadés avec les troupes de ligne dans l’armée régulière, les miquelets touchaient une solde et restaient sous les armes de façon permanente. Mais on les employait surtout, vu leur mobilité, leur habitude de la marche en pays montueux et leur connaissance des lieux, à la guerre de détail. Au signal du tocsin, les « somatènes »se ralliaient autour d’eux et tenaient la campagne pour quelques jours. Enfin de nombreuses bandes sans organisation définie, à effectif très variable, se formaient autour de chefs bientôt célèbres, comme Clarôs ou le chanoine Rovira, et multipliaient les petits coups de main, sans autre objectif défini que d’inquiéter lenvahisseur et de lui faire le plus de mal possible.
On sait ce que sont les guerres de partisans; elles se ressemblent toutes, et le récit en est difficile, à moins de tomber dans l’infime détail. L'essentiel est de se représenter les résultats de la tactique catalane : pendant la période 1808-1809, les Français ne parvinrent jamais à assurer de facon permanente une ligne de communication qu’en y multipliant les petits postes et qu’en émiettant leurs forces ; ils durent toujours faire accompagner, même dans les plaines de lAmpurdan, les moindres convois par de fortes escortes; ils ne purent jamais considérer un district comme définitivement pacifié ni un village comme réellement soumis, du moment qu'ils n’y laissaient point une garnison permanente; leurs trainards étaient perdus, et leurs petites colonnes ne pouvaient quitter les places qu'à condition de ne jamais séjourner, afin de ne point permettre aux miquelets et aux somatènes de se rassembler et de les envelopper. Mème dans les marches exécutées par le gros de l’armée, il fallait sans cesse tirailler : les paysans couronnaient les hauteurs, escarmouchaient avec les éclaireurs, s’écartaient devant les colonnes et se refor-
maient derrière elles. Pour compléter ce système de guerre, les juntes recommandaient aux habitants d’abandonner les villages et les villes ouvertes, quand les Français en approchaient : et, du moins pendant la première partie de la guerre, on se conforma généralement à ces instructions ‘. Lorqu’on demandait aux chefs français des renseignements précis sur les positions de l’ennemi, 1ls ne pouvaient que répondre, comme le faisait dès le 4 août 1808 Reille au major général : « Quant à la position de l'ennemi, je n’ai jamais pu l'indiquer, car il n’en a jamais EU T0
Une guerre semblable comportait naturellement de part et d'autre peu de générosité el peu de souci du droit des gens. Gouvion-Saint-Cyr et Reding semblent avoir, de part et d'autre, essayé de mettre un peu d'humanité dans la guerre*. Mais il était difficile d'imposer la modéraüon aux insurgés et aux soldats ; d’ailleurs, — si nous essayons de nous représenter les dispositions des adversaires — du côté français, pouvait-on épargner la vie de combattants irréguliers, sans uniforme et sans organisation ? Du côté catalan, pouvait-on montrer de l'humanité vis-àvis d'ennemis qui avaient envahi la principauté à titre
1. On ne peut guère mentionner que de rares exceptions à cet abandon des pays traversés. Les habitants des pelites villes de Villafranca-del- Panadés, de Villanova et de Reus restent chez eux en février-mars 41809, à l'approche de Saint-Cyr, ce qui sauve d’ailleurs ces villes de la destruetion ; Notes confidentielles du général Pino, Paris, 41 janvier 4810, Arch. nat., AFiv 1625 ; Gouvion-Saint-Cyr, Journal de l’armée de Catalogne, p.149. En juin 1809, les habitants de la Bisbal restent aussi chez eux à l'approche d'une colonne : le chef d'état-major Rey à Clarke, 26 juin 1809, Arch. nat., AFrv 1621.