‹ La captivité de BarceloneChapitre 63 sur 181 · Résumé historique des opérations · texte numérisé non relu

Résumé historique des opérations

3. En fait, l'Empereur, jusqu’en décembre 1808, laissa volontairement planer un certain doute sur ses intentions à l'égard de Joseph. Il lui donnait le titre de roi et répondait dans les règles à sa notification d’avèé- -nement, le 29 octobre 1808 (Arch. nat., AFrv plaq. 2478). Mais il jugeait habile de faire désirer son frère par les Espagnols, en leur faisant craindre pis ; peut-être pensait-il vaguement à profiter des circonstances pour arracher à Joseph quelque cession territoriale. En tout cas, pendant la campagne de novembre-décembre 1808, il relégua son frère à l’arrièregarde (Mém. du roi Joseph, t. V, p. 200-209, 217-219, et pièces à l'appui, p- 264 sq.) ; une fois maître de Madrid, ildéclara qu'il pouvait disposer de nouveau de cette monarchie par droit de conquête et parut faire une sorte de concession aux Espagnols en leur rendant Joseph pour souverain, et à condition que les pères de famille lui prêtassent serment par écrit (allocution de l'Empereur en réponse aux félicitations du corrégidor de Madrid, 9 décembre 1808, Corr. Nap., n° 44543). Cette feinte hésitation de Napoléon à maintenir Joseph sur le trône n'était peut-être qu’une comédie, comme l’indiquent deux Bulletins de Madrid, 9 et 12 décembre 1808, transmis par La Forest à Champagny, Arch. des Aff. Etr., Corresp. diplom., Esp., vol. 6177, fes 278 et 289. Voir G. de Grandmaison, Correspondance de La Forest, t. Ier, p. 385-386 et 394.

Et même, dans les premiers temps, le général ne se montra pas plus exigeant vis-à-vis des militaires espagnols restés dans la place : les officiers des gardes wallonnes étant venus lui déclarer, après l’arrestation d’Ezpeleta, qu'ils ne pouvaient reconnaître d'autre chef que le capitaine-général régulièrement nommé par Charles IV, le général leur déclara qu’il se contenterait de leur neutralité etleur demanderait seulement de maintenir leurs soldats dans l’ordre ‘, Mais, le péril extérieur devenant plus sérieux, Duhesme dut changer d’attitude, parce qu'il fut amené à craindre une entente entre les assiégeants et les militaires au service de l'Espagne restés dans la place. Le jour même de la première grande attaque (8 novembre), il convoqua brusquement les officiers chez lui et leur demanda de prêter serment au roi Joseph; tous sauf un refusèrent et leurs soldats firent presque tous de même. Duhesme fit alors désarmer et traiter en prisonniers de guerre tous les militaires au service d'Espagne, sauf ceux qui avaient prêté le serment requis et les officiers généraux en résidence à Barcelone, à qui on ne demanda aucun engagement *. « Plusieurs personnes auraient voulu qu’en demandant le serment aux militaires, on eût aussi exigé celui des juges de l’Audience royale et de tous les autres fonctionnaires publics. Le général en chef ne jJugea pas cette mesure convenable ;... personne n’aurait voulu prêter ce serment, quelques-uns par la crainte des événements et la majeure partie par opinion;… c'était. faire déclarer des ennemis et augmenter la

1. Laffaille, Mémoires sur la campagne du corps d'armée des Pyrénées- Orientales en 1808, p. 166.

2. Duhesme à Berthier, Barcelone, 41 novembre 1808, Arch. G. « J'ai cru prudent de désarmer les gardes wallonnes qui n’ont pas voulu prêter serment de fidélité à S. M. le roi Joseph-Napoléon » ; récit détaillé dans le Résumé des opérations militaires, déc. 1808, Arch. nat., AFiv 162 ; cf. Laffaille, p. 466-168, etc. La non-prestation du serment par les officiers généraux ressort des faits exposés au chapitre IV, vr. On verra plus loin que la police de Duhesme lui inspira toujours la crainte des conspirations intérieures, concertées avec l’assiégeant,

haine et l’impatience de la domination française ‘. »

Enfin, en maintenant les fonctionnaires espagnols, Duhesme pouvait espérer réduire à une direction générale son propre rôle de gouverneur et d'administrateur. Il n’avait naturellement point auprès de lui le personnel nécessaire pour l'aider dans une tâche de ce genre; il w’organisa par suite, en septembre, ni secrétariat ni bureaux ?, et ce fut son état-major qui en tint lieu. Au retour de l'expédition sur Girone, le général avait pris pour chef de cet état-major le sous-inspecteur aux revues Porte, « qui avait été administrateur dans son département et membre du conseil des Ginq-Cents * ». Celui-ci joignit à ses autres occupations le rôle de secrétaire du gouvernement et contresigna les actes administratifs du

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