Voir chapitre HI, section
2, Nous n’avons pas de pièce nous permettant de fixer avec précision la date de la nomination de Puig aux fonctions de corrégidor; et, pour la fixer approximativement, il faut recourir à des rapprochements de pièces. Nous savons que la nomination de Puig fut faite par Reiïlle, par le Cahier de copies de lettres adressées au corrégidor de Figuières (15 avril 4809- 6 juin 4810), Arch. G. (6 juin 1810). D'autre part, Puig dit dans son Discour prononcé en séance publique le 2 janvier 1811 (Arch. G., sous cette date) qu'il à «servi la patrie et l'armée impériale l’espace de près de deux ans dans les pénibles fonctions de corrégidor ». Or Macdonald lui avait retiré ses fonctions de corrégidor le 4 août 1810 (Macdonald au corrégidor de Girone, Girone, 4 août 1810, Arch. G.). On est ainsi amené à assigner à la nomination de Puig comme corrégidor une date légèrement postérieure au # août 1808. D'autre part, il est peu probable {possible pourtant) que Reille ait pris sur lui de signer une nomination pendant le séjour de Saint- Cyr dans l'Ampurdan, c'est-à-dire depuis le 4e novembre environ (pendant les mois de septembre et d'octobre, Saint-Cyr resta à Perpignan) jusqu'au 10 décembre. Mais, si l’on admet que, dans son discours, Puig cède à l'envie d'étendre la durée de ses services, sa nomination peut fort bien avoir été faite seulement au début de 1809. Pour nous résumer, l'hypothèse la plus admissible consiste à placer l'élévation de Puig au corrégidorat vers septembre ou octobre 1808, après la levée du second siège de Girone.
3. Copie des lettres, ete. (Arch. G., 6 juin 1840) ; Reille à Puig, Figuières, 45 avril 4809, Verdier à Puig, sous Girone, 18 juin 4800.
LE ROI JOSEPH ET LE GOUVERNEMENT IMPROVISÉ 2 pl
était fécond en projets et sa tête fourmillait d’idées et de plans de réformes, Il avait fait, parait-il, des études juridiques et était même depuis quelque temps a/calde-mayor de Figuières, c’est-à-dire juge du corrégiment'. Un contemporain, qui lui est favorable, le qualifie d’ « homme de mérite, de savoir, d’un caractère grave, mais d’un esprit droit” ». [1 semble avoir été réellement assez cultivé, assez ouvert, désireux de jouer un rôle et de faire quelque chose, mais trop ardent, brouillon, jaloux et autoritaire”. On l’accusa plus tard d’avoir voulu agir en Catalogne « d’après les principes révolutionnaires de 1793 », et en tout cas il avait certainement d’ardentes sympathies pour la France‘. Dans un mémoire qu’il rédigea en 1810, il devait proposer l’abolition des droits féodaux et des dîimes, la réduction du nombre des diocèses et des paroisses, la suppression des couvents ; il n’y cachait pas son hostilité contre les prêtres, « toujours inquiets et mécontents * ». Bref, il semble avoir été du nombre d’ailleurs assez restreint de ces Espagnols cultivés qui admiraient dans la France impériale l'égalité civile, ladministration régulière, la suprématie de l’état laïque sur l’Église ;
4. Macdonald à Puig, 4 août 1810, Arch. G. La copie, etc., citée à la note précédente semble indiquer que Puig était alcalde-mayor sous le gouvernement de Charles IV, mais depuis peu de temps.
2. Compte-rendu par l’adjudant-commandant Carrion-Nisas, octobre 1810, Arch. nat., AFrv 1625.
3. Ce qui permet de le juger ainsi, c'est son attitude comme président de la Cour d'appel de Barcelone, que M. Mathieu apprécie en ces termes : « D'après tout ce ‘que j'ai vu, appris et entendu, je puis déclarer avec vérité que M. Puig est un ambitieux et un brouillon... » (M. Mathieu à Macdonald, Barcelone, 6 mars 4811, Arch. G.). Carrion-Nisas lui-même, dans une lettre: à Clarke, Girone, 2 août 1810, Arch. nat., AFiv 1625, classe Puig parmi les «esprits ardents, mus par d'anciens ressentiments ». Les Renseignements sur Barcelone (Arch. nat., F'6554), œuvre de Lautrec, tout en lui reconnaissant des « moyens », disent : « Un vif désir de domination maîtrise cet individu. »
4. Note confidentielle (non signée, mais de la main du commissaire de police Beaumont-Brivazac), Arch. G. (première quinzaine de janvier 1811); Discours prononcé, etc., Arch. G., 2 janvier 1811.
5. Observations statistiques et politiques sur la Catalogne, par le corrégidor de Girone, Arch. nat., AFrv 1625.
CoNARD. 12
faut-il en conclure, avee un contemporain, qu’il était ardent révolutionnaire ? Ce n’est pas sûr, le témoignage émarant d’un hobereau qui ne perd pas une occasion de traiter de « jacobins » ceux qui lui déplaisent'. Enfin Thomas Puig détestait les Castillans et associait à son amour de la France l’horreur du gouvernement madrilène?.
Les instructions reconrmandaient au commissaire royal de vivre en bonne harmonie avec les chefs français, mais elles considéraient les relations réciproques comme devant s'établir sur un pied d'égalité. Le roi avait voulu donner aux généraux français des collaborateurs pour la partie administrative et gouvernementale, non des subordonnés”. Les circonstances ne se prêtaient guère à ce que les relations s’établissent sur ce pied-là. En fait, le commussaire royal, perdu au milieu d'éléments hostiles, à peu près dépourvu de moyens d'action sur une population mal disposée, n'apportait aucun secours réel, aucun appui moral aux généraux français, et il ne pouvait tenir que d'eux un peu de force matérielle. S'il voulait n’ètre pas
‘totalement frappé d’impuissance, il lui fallait s’accommoder du rôle de subordonné déférent et discret : et Garriga semble s'être très vite résigné à cette attitude. Le commissaire royal poussa le renoncement jusqu’à donner
1. Hubert de Beaumont-Brivazac à Savary, Girone, ler septembre 1840, Arch. nat, F°6559. Dans un autre rapport à Savary, Girone, 41 novembre 1810, ibid., Beaumont-Brivazac qualifie Lechi de « Robespierre de la Catalogne » !
2. Observations statistiques et politiques sur la Catalogne: Discours prononcé, etc. !
3. On à vu plus haut le contenu des instructions donnéés par le roi; on peut encore confirmer leur caractère, à ce point de vue, par la lettre suivante, écrite par Jourdan pour recommander un commissaire royal : « M. le général, J'ai l'honneur de vous prévenir que le Roi à nommé Don François Duran son commissaire extraordinaire dans la province où vous commandez. Don François Duran est chargé de l’organisation civile, administrative et financière de la province. S, M. désire que vous l’aidiez et le protégiez dans l'exécution de sa mission, que vous le fassiez respecter et obéir par les autorités civiles, et que vous lui fournissiez les escortes nécessaires pour la sûreté de sa personne, » Jourdan à Belliard, 8 février 1809, Arch. G.
à Sa mission un caractère beaucoup plus modeste que ne le comportaient les instructions rédigées à Madrid : il se déclarait « envoyé dans cette province par Sa Majesté Catholique pour faciliter à l’armée les moyens de vivre sur le pays et seconder, par son activité, les administrations militaires ». Garriga servit d’intermédiaire et d’interprète pour les réquisitions qu’on put faire sur le pays”; et lorsqu'il parvint à tirer un peu d'argent de la région occupée, 1l en employa une notable partie à faire, au nom de Sa Majesté Catholique, un traitement mensuel extraordinaire de 4.500 pesetas au chef d'état-major du 7° corps*. Par sa déférence, il parvint à se faire accepter par les généraux, qui cCommandèrent successivement dans l’'Ampurdan, mais à titre de véritable subordonné. Puig, en dépit de soncaractère hautain, ne procédait d’ailleurs point autrement‘.
D'ailleurs les chefs français s’intéressant peu à l’administration d’un pays ruiné et à demi désert, d’où on ne pouvait par conséquent pas tirer grand’chose, laissèrent le commissaire royal et le corrégidor libres de faire ce que leurs faibles moyens leur permettaient de tenter’. Mais, jusqu'au moment où Saint-Cyr vint couvrir, vers
1. C'est ainsi que Garriga explique l'objet de sa mission, quand la Commission administrative lui fait rendre des comptes : Compte-rendu par Pélletier, secrétaire de la Commission administrative (Arch. G., 14 février 1811); cf. Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F76554.
2. La correspondance de Garriga, dans la période des débuts, était en effet « relative à des réquisitions », au témoignage de l'employé qui la détruisit. Procès-verbal dressé le 3 mai 1812 par le sous-préfet Las Cases, Arch. nat., Fie 72,