Ferrer, Barcel. caut., t. IIT, p
4. Ces nouvelles paraissaient dans la Gazelle de Tarragone, qui circu-
rait à Barcelone, car le P. Ferrer y découpait les nouvelles saillantes et les
Pour se prononcer en faveur des Français, il eût fallu au moins être entièrement assuré de leur succès final. Alors que les officiers des gardes wallonnes convoqués en masse pour prêter serment en novembre, l'avaient presque tous refusé, les officiers attachés à la place ou à l’étatmajor, à qui on avait demandé le serment sans éclat, l'avaient généralement prêté afin de toucher un peu d’argent chaque mois ‘ ; ils avaient sans doute satisfait leur conscience en se disant que leurs fonctions ne les obligeraient pas à « tirer le glaive » contre les insurgés, qu'ils seraient « d’utiles intermédiaires » et pourraient « diminuer les maux des Espagnols envahis * ». De même, dans leurs conversations, le capitaime-général, les membres de la junte, c’est-à-dire de l’Audience et de F'Ayuntamiento, exception faite bien entendu pour les partisans avérés des Français, pouvaient se justifier de rester en ‘fonctions sous les « intrus » en disant qu’ils se bornaient à se soumettre à un état de fait, qu'ils gardaient au fond du cœur le culte du souverain légitime Ferdinand VIT et que du moins ils pouvaient, par leur faible rôle, alléger
-conservait (elles figurent dans les appendices de son tome III); on en faisait aussi de petits bulletins imprimés, dont il y à quelques exemplaires aux Arch. G., dans les cartons de la première partie de l'année 1809.
1. Le Hoder, payeur de l’armée, à Augereau, Barcelone, 26 mars 1810, Arch. G. ; Lacombe-Saint-Miche] à Augereau, Barcelone, 5 mars 1810, ibid. Dans le Tableau approximalif et raisonné des finances, annexé au Résumé historique des opérations (Arch. G.. première quinzaine de mars 1809). ainsi que dans le rapport de Lacombe-Saint-Michel, il est constaté que ces officiers ou assimilés (gouverneur; adjudants-majors, auditeur des guerres, notaire de la guerre, aumônier, professeur d’arlillerie, officiers d'état-major ou à la suite de l'état-major, consignes-porte-clefs, ete.) avaient « prèté dès l’origine le serment au roi Joseph ». On ignore la date de ce serment, mais il fut sûrement discret, car Ferrer n'en parle pas; et, fait intéressant, le Diario n'en souffla mot. La date la plus vraisemblable est novembre 1808.
2. Ce sont les excuses que fait valoir l'auteur anonyme de la brochure Les réfugiés d'Espagne, Paris, juin 1814, in-8 (Bibl. nat., Oc. 887, en français et en espagnol), pour justifier l'attitude des officiers au service d' Espagne attachés aux places et aux élats-majors, qui restèrenten ere en 1808 (J'ai dû, dans les citations, modifier le temps des verbes). Salisfacciôn dada par un anénimo à los cargos de traiciôn, etc. . déc. 1816, in-8 (Bibl. nat., Oc. 896).
les charges que l'occupation française imposait aux Barcelonais ‘. Il était peu habile de demander à ces indécis de se décider, à ces peureux de se prononcer publiquement et au grand jour.
L'occasion de manifester des sentiments nets ne pouvait servir que ceux des fonctionnaires, peu nombreux en somme, qui se donnaient, sincèrement ou par calcul au régime « intrus », se jetaient à corps perdu dans le nou-. vel état de choses, espérant de lui soit la « régénération » de la monarchie, soit une ample récompense de leur adhésion éclatante et sans réserve *. L'agent secret de Champagny l'indiquait bien dans un rapport postérieur à l'affaire du serment, où, revenant sur l'événement, il donnait avec une relative franchise son opinion sur les afrancesados de Barcelone. Après avoir indiqué, ce qu’il ne pouvait éviter de faire, que les répugnances pour le régime nouveau s’expliquaient par des lacunes d'éducation et d'instruction, par des faiblesses de caractère, par des erreurs de jugement, il indiquait nettement qu'il ne fallait point pour cela prêter nécessairement aux fonctionnaires assermentés les qualités qui manquaient aux réfractaires. « Il eût fallu de
1. Ferrer, qui était un peu dans le même cas, (car il continua à occuper pendant toute la domination française sa cure de San-Felipe-Neri) explique ainsi le rôle des autorités, et il y revient souvent (voir surtout Barcel. Caut., &. TT, p. 33-36) ; c'était évidemment un lieu commun en circulation parmi les notables restés à Barcelone. Cf. Satisfacciôn dada por un andnimo, etc.
2. Rapport sur Barcelone au 45 décembre 1809, Arch. des Aff. Étr.. Méuw. et Doc., Lsp., vol. 210, frs 305-316 : plus spécialement le passage suivant : « Des sentiments analogues d'ambition, d'intérêt, de convenances personnelles ont bien aussi donné quelques chefs au parti du roi Joseph ; et parmi cux, il y aura bien quelque réforme à faire, soit pour éloigner ce qui pourrait déconsidérer son gouvernement, soit pour écarter les obstacles qui s’opposeraïient à ses vues pourle bien général de son royaume ; mais aussi là raison, le besoin de l'ordre public et d'une force protectrice, le sentiment des avantages dont la perspective leur est offerte ont enhardi quelques-uns à se prononcer contre l'opinion commune, à mépriser le reproche de paraître s’assujettir à une puissance étrangtre, dans l’espérance de passer de là sans convulsion et sans désordre à une autorité nationale » (c'est-à-dire à la « dynastie » de Joseph). Le témoignage est précieux, car Blondel était lié avec Casanova, le plus déterminé des afrancesados (Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F? 655%)
l'instruction pour préférer au régime d’ignorance et de corruption établi depuis longtemps un gouvernement qui appelait à lui les hommes à talents et éclairés ; il eût fallu de la philosophie pour se dissimuler à soi-même les privations, les contrariétés, peut-être les humiliations que les circonstances ont quelquefois entraînées avec elles ; de la fermeté pour résister à l'exemple du plus grand nombre, aux sollicitations de ses amis, de ses parents, des femmes surtout, aux menaces de ses voisins, quelquefois aux sentiments de l’intérêt personnel, aux soins de ses propriétés et même aux besoins journaliers ; il eût fallu un jugement sain pour distinguer le véritable intérêt de son pays d'avec les illusions de l’amour-propre qui le faisaient méconnaitre ; et malheureusement ces qualités sont rares dans cette partie-ci de l'Espagne. Elles ne se trouvent pas dans tous ceux qui sont restés, pas même dans tous ceux qui ont prêté serment ; il en est bien quelques-uns chez qui elles sont remplacées par un sentiment de vanité qui les porte à mépriser leurs concitoyens êt à se croire supérieurs à eux ; par des combinaisons d'intérêt personnel qui leur offraient plus d'utilité; par le besoin de chercher dans Île nouvel ordre de choses un changement à l’état d’abjection où ils vivaient antérieurement ‘. » |
Gouvion-Saint-Cyr, qui avait peu séjourné à Barcelone et n’y avait pas recherché la société des a/rancesados, commensaux ordinaires de Duhesme ?, ne pouvait voir clairement tout cela. Au reste, après être resté trois mois sans nouvelles de l'Empereur ni bien entendu du roi, il venait de recevoir plusieurs paquets par mer en quelques