Rapport sur Barcelone au 15 décembre
2, Rapport sur Barcelone au 45 décembre 1809 ; Renseignements sur Barcelone, Arch. nat., F7 6554. Le peu de cordialité entre les généraux est constaté notamment dans Duhesme à Berthier, Barcelone, 1 mars 1809, Arch. nat., AFrv 1621, par l’adjudant-commandant Carrion-Nisas, qui, dans son Compte-rendu d'octobre 1810, Arch. nat., AF1v 1625, raconte qu'il fallut toute une négocialion, qui fut conduite par Souham, pour déterminer Saint-Cyr à diner une fois chez Dubhesme, le milieu lui déplaisant.
jours’. Il y trouva peut-être l’ordre de l'Empereur prescrivant d'exiger le serment de tous les pères de famille dans les villes occupées, et certainement le décret de Joseph exigeant cet engagement solennel de tous les fonctionnaires sous peine de destitution et de poursuites ?. Saint- Cyr voulut faire exécuter au moins le décret royal, qui devait paraître d’accomplissement facile, du moins par rapport à l’ordre impérial, et il chercha à procéder rapidement. Son armée ne pouvait rester longtemps à Barcelone sans être obligée de recourir aux vivres de la garnison, et il fallait se rapprocher de FAmpurdan*. Le colonel-général donna donc à Duhesme l’ordre de procéder en hâte à la solennité ; il laissa d’ailleurs son subordonné agir ostensiblement seul et ne parut pas, du moins aux yeux des Barcelonais, être le véritable auteur de la mesure‘.
1. La difficulté était à ce moment que les lettres parvinssent à Barcelone ; de là, on pouvait sans grande difficulté les envoyer à Saint-Cyr par Villafranca (tant qu'il fut à Valls et à Reus). Cette constatation permet de fixer la date à laquelle on reçut des « paquets » à Barcelone et de là au quartier-général, après une longue interruption : 1° très peu avant le 6 mars 1809 {(Gouvion-Saint-Cyr à Berthier (Valls), 6 mars 1809, Arch. G.); 2 deux fois entre le 6 mars et le 18 (Saint-Cyr à Berthier, Valls, 18 mars 41809) ; 3° enfin le 48 mars même, car l’ordonnateur Rey, alors en séjour à Barcelone, prit le 26 mars un arrêté pour l'exécution d’un ordre de l'Empereur arrivé le 18 mars, dit-il dans les considérants (arrêté de l’'ordonnateur Rey, Barcelone, 26 mars 1509. Arch. G.).
2. Il était recommandé par l'Empereur (à Decrès, 25 novembre 1808, Dern. leltres inéd., éd. de Brotonne, ne 820) de mettre des journaux dans tous les paquets à destination de Barcelone. D'autre part, Blondel nous apprend (voir plus haut) que Duhesme empècha la publication du décret royal du 16 février. Cette attitude de Duhesme ne peut avoir de sens qu'avant l'affaire du serment. On ne manquera point d'observer que, du 16 février au 18 mars, il y à à peu pres les délais nécessaires (guère plus) pour que les nouvelles aïllent de Madrid à Paris, y soient reproduites par les journaux, et reviennent de là à Barcelone par Collioure ou par Rosas. Ce doit donc être le paquet du 18 mars qui contenait à la fois l’ordre de l'Empereur et le décret royal du 16 février.
Le décret rendu par Joseph le 16 février avait été publié en effet au Journal de Paris du #4 mars, ce qui confirme le renseignement donné par Blondel. L'art. 3 disait : « Ceux qui ne feront pas ledit serment seront considérés comme ayant donné la démission de leurs emplois. »
3. C'est alors que Saint-Cyr alla s'établir à Vich. Il partit le 44 avril de Barcelone : le chef d'état-major Rey à Berthier, Vich, 23 avril 4809, Arch. G.
4. Résumé historique des opérations (Arch. G.. première quinzaine de mars 1809) ; Saint-Cyr emploie à dessein un terme vague dans le Journal
LE ROI JOSEPH ET LE GOUVERNEMENT IMPROVISÉ don
Le jeudi 6 avril, le capitaine-général, le marquis de Vilalba, reçut une lettre par laquelle Duhesme l’invitait à convoquer pour le dimanche suivant les autorités supérieures de la province, tant civiles que militaires, au palais de l’Audience, afin d'y prêter le serment d’obéissance et de fidélité à Sa Majesté Joseph-Napoléon. Le marquis” de Vilalba que, paraît-il, « ses infirmités retenaient au lit‘ » ce jour-là, envoya suivant l’usage la lettre à l’Audience. Le doyen fit traduire la pièce et la communiqua aux fiscaux pour que ceux-ci pussent prendre leurs réquisitions : l'affaire, étant de nature gouvernementale, concernait en eflet la cour tout entière, aussi bien la chambre civile que la criminelle. Le fiscal civil Medinabeytia était, comme son intime ami le commissaire général Casanova, un des plus déterminés afrancesados de la ville. « Superficiel, léger, flatteur et intrigänt ? », il était déjà méprisé
de l'armée de Catalogne, p.176 : « On exigea des fonctionnaires publics le serment... ; on ne put l'obtenir d'eux... » Saint-Cyr n'était évidenrment plus auési fier de son ordre. Mais la lettre de Reyÿ à Berthier, Barcelone, 44 avril 4809, Arch. G., est formelle et ne laisse pas de place au doute. Elle ‘confirme la véracité de Duhesme. Quand Saint-Cyr apprit la nouvelle de la conspiration de mai 1809, son chef d'état-major écrivit encore à Clarke pour affirmer que l'échec des conjurés était dû au remplacement des réfractaires et au départ d’une partie des prisonniers de guerre, et il en fit honneur à Saint-Cyr; Rey à Clarke, Caldas-de-Malavella, Arch. nat,, AFrv 4621 : « Voilà le résultat avantageux des mesures prises par $. Exec. le général en chef, en faisant partir pour la France... près de 1.800 prisonniers espagnols et 200 officiers de tout grade, ainsi que l'arrestation dans le Monjuich des principaux meneurs el de renouvellement des autorilés constituées. » (On remarquera la manière peu exacte, dont Rey présente l'arrestation des réfractaires ; il donne à entendre qu'ils étaient les meneurs de l’opposition anti-française; mais il y avait à glorilier Saint-Cyr à tout prix). Laffaille ne parle point de l'affaire du serment. Le public se trompa à l'attitude ostensible des deux chefs; et c'est à Duhesme que Ferrer s'en prend, Barcel. caut., t. II, p. 246, 292 (même point de vue chez les historiens catalans, Blanch, Bofarüll, etc.).
2. Quelques courtes observations sur les membres qui: composent les différents tribunaux de Barcelone (non daté: entre avril et juin 1810), Arch.G. {le-10 janvier 1810).
par la plupart des Barcelonais. Sans même attendre d'en avoir conféré avec le fiscal criminel, il inserivit à la suite de la pièce la formule ordinaire par laquelle on recommandait l'enregistrement des édits à la cour royale. Le 7 au soir, Duhesme, qui faisait son possible pour que la tentative de Saint-Cyr n'aboutît pas à un échec, réunit chez lui Vilalba et l’Audience, pour préparer le terrain. Medinabeytia chercha à entraîner les autres magistrats, en déclarant qu'il ne connaissait plus d’autre souverain légitime que Joseph-Napoléon. Mais les autres juges s'en allèrent sans être sortis de leur réserve ”.
Duhesme se rendit encore le lendemain à la junte générale pour influencer les magistrats et les régidors qui y siégeaient. Voulant sonder leurs dispositions, il demanda pour la première fois ce jour-là à être reçu « comme représentant de l'Empereur des Français », c’est-à-dire avec les mêmes honneurs que le capitaine-général ; la junte se fit un peu prier, mais consentit enfin, ce qui montre de reste que la majorité de ses membres ne cherchait point l’occasion d’être héroïque *. ;
Le 9 avril, une foule immense se porta de bonne heure sur la place du Palais ; elle était, au témoignage de Ferrer, houleuse et énervée, ce qui n'a rien d'étonnant. On vit arriver successivement les officiers généraux au service d'Espagne, l'intendant, le corrégidor, les juges, les régidors, tous en grand costume. Le marquis de Vilalba manqua seul au rendez-vous, mais il envoya son refus par écrit. Duhesme ouvrit la séance par un discours assez habilement mêlé de flatteries et de menaces, et le fiscal civil Medinabeytia, qui n'avait plus à craindre de se compromeltre, traduisit les paroles du commandant de la
1. Tout ce début de la section vi, sauf les deux détails spécialement référenciés, d’après Ferrer, Barcel. caut., t. IL, p. 248-249. Il n'y à point de détails circonstanciés dans le Résumé historique, qui rapporte seulement l'essentiel de l'événement.