Ferrer, Barcel. caut., t. UN, p
province. Après quoi, on posa successivement à tous les membres de l’Audience, par ordre d’ancienneté, la question suivante : « Vous jurez fidélité et obéissance au roi Joseph- Napoléon [*, Roi des Espagnes, aux lois et à la constitution ? » Le doyen de l’Audience, le vieux Mendieta, refusa le premier. Ce fut alors comme un feu de file de refus, à peine mêlés çà et là de quelques owi. Toutes les précautions de Duhesme n’avaient servi de rien. Tous les juges sauf deux, puis le fiscal criminel, les greffiers et officiers du tribunal, les régidors à l'exception d’un seul, les officiers généraux, enfin presque tous les juges du commerce refusèrent catégoriquement d’adhérer à la formule officielle du serment. Les fonctionnaires qui osèrent dire owi étaient considérés depuis longtemps par les Barcelonais comme des traîtres : c’étaient seulement Medinabeytia et deux juges de l’Audience, dont un « d’un âge très avancé et non loin de la caducité », le régidor de Ferrater, l’intendant de Clanet, enfin le corrégidor « de la nouvelle marque » (de nuevo cuño), le belge Uranx d’Amelin !. Duhesme nomma sur-le-champ Medinabeytia régent de l’Audience. Puis tous les réfractaires furent arrêtés et menés, les militaires à la Citadelle, les civils au Monjuich, conformément aux instructions de Saint-Cyr ? : ils ne devaient pas tarder à en sortir, mais pour être expulsés de la ville ou gardés à vue chez eux. En janvier 1810, quinze juges devaient être déportés en France. L’arrestation des réfractaires « leur valut, chez les Catalans, la
1. Tout ce récit de la scène d’après Ferrer, Barcel. caut., t. III, p. 252- 270, et d’après l’Apuntamiento de lo occurrido con los ministros de la Real Audiencia de Barcelona en el dia 9 de abril de 1809, p. D. J, J. O. (ces deux récits concordent, sauf sur de très menus détails). La citation sur le juge caduc, Frias, d’après les Quelques courtes observalions, etc. (Arch. G., Aer janvier 1810). La scène est racontée en détail, d'après les sources cidessus, par les historiens catalans, notamment par Bofarüll (t. Ier, p. 324- 330), Balaguer (t. IX, p. 512-514), etc. : « ejemplo de heroismo », dit Balaguer.
2. Rey à Berthier, Barcelone, 14 avril 1809, Arch. G. ; Résumé historique des opérations.
Conarp. 13
réputation de martyrs et de héros de la patrie ‘ ». On peut affirmer, du moins pour la plupart d’entre eux à commencer par Vilalba, que c’étaient des martyrs et des héros malgré eux. Ce n'étaient point eux qui avaient cherché l’occasion de « se prononcer » et ils ne demandaient qu’à rester en fonctions, pourvu qu'on ne leur demandât point de se compromettre ?. Dans la journée du lendemain, les employés subalternes des finances furent invités à leur tour à prêter serment entre les mains de l’intendant, les juges des tribunaux inférieurs et leurs greffiers ou petits officiers entre les mains de Medinabeytia. La plupart de ces modestes fonctionnaires refusèrent également de s’enrôler parmi les afrancesados. Le trésorier de la Hacienda trouva toutefois le moyen d'échapper à la fois au parjure et à la prison : il s'enfuit de la ville *. Gouvion-Saint-Cyr décida alors que le capitaine-général ne serait point remplacé, ce qui eût été difficile, puisqu'on n'avait plus sous la main un seul officier général assermenté, et que « ces fonctions seraient remplies par le commandant de la principauté », c’est-à-dire par Duhesme‘. Puis le colonel-général se fit soumettre les premières mesures préparées par ce dernier pour réorganiser les administrations décimées et les approuva”; mais il ne
1. Résumé historique des opérations ; Gouvion-Saint-Cyr, Journal de l’armée de Catalogne, p. T6 ; Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, Arch. des Aff. Etr., Mém. et Doc. Esp., vol. 210, fos 305-316; Augereau à Clarke, Girone, 6 février 4810, Arch. nat., AFrv 1625.
2. La plupart (treize magistrats de l’Audience sur quinze !) devaient d'ailleurs, en 1810, prêter serment à leur arrivée en France et obtenir ainsi leur libération. à
3. Résumé historique des opérations ; Compte-rendu par Pelletier (Arch. G., 14 février 1814) ; Ferrer, Barcel. caut., t. III, p. 275-280. Le 9 mai 4809, un arrêté de Duhesme, publié le 10 dans le Diario de Barcelona, ordonna aux fonctionnaires subalternes et employés réfractaires de quitter la ville dans trois jours, sous peïne d'être « embarqués » pour la France (c'était le moment où on éventait la conspiration de mai).
4. Mémoire abrégé du général Duhesme (présenté le 4 août 1810), Arch. G. (28 juillet 1810). è |
>. Résumé historique des opérations; Mémoire abrégé du général Duhesme.
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put rester jusqu’à l'achèvement du travail de reconstruction. Il ne tarda pas en effet à repartir avec le gros de l’armée pour aller s'établir à Vich'. « Et depuis, écrit Duhesme, le défaut de communications me privant de ses ordres me replaça dans la position d’un commandant en chef.» | . Avant de s'éloigner, Saint-Cyr fit écrire par son chef d'état-major à Berthier et à Jourdan : « Son Excellence le général en chef a profité du séjour qu’il a fait à Barcelone pour faire prêter aux autorités civiles et militaires espagnoles le serment de fidélité à Sa Majesté le roi Joseph. M. de Vilalba, capitaine-général, nommé à ces fonctions par M. le général de division Duhesme, a refusé ce serment, ainsi qu'un grand nombre de juges et de régidors. Ces individus qui se sont présentés en personne et qui ont refusé hautement le serment, malgré qu’ils dussent exercer leurs fonctions au nom du nouveau Roi d'Espagne, et qui, par cette démarche, ont donné un exemple séditieux, ont été arrêtés et conduits au Montjouy. M. de Vilalba ainsi que d’autres militaires ont été conduits à la citadelle. Cette mesure sévère sera d’un bon effet et on connaîtra enfin les hommes sur lesquels on peut compter. Le général en chef s’est occupé de suite de réorganiser ces autorités en y plaçant des hommes qui réunissent aux connaissances nécessaires pour les emplois auxquels ils sont appelés un dévouement entier à leur nouveau souverain °. »
Et pourtant, si Sa Majesté Catholique eut connaissance de la lettre du chef d'état-major, ce qui n’est pas absolument sûr, et si elle connut le véritable résultat des mesures de Saint-Cyr, ce qui est très peu probable, elle
1. Le chef d'état-major Rey à Berthier, Vich, 23 avril 4809, Arch. G.