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et une infinité de créanciers de l’État réclament journellement le paiement de ce qui leur est dû... Quand même l'État, sans crédit par sa dette énorme, et pour n'avoir pas rempli les conditions des emprunts qu’il a faits sous le règne de Charles IV, plus encore par une immense quantité de billets royaux en circulation avec une perte scandaleuse ; quand même, dis-je, il ouvrirait maintenant un nouvel emprunt avec les propositions les plus avantageuses et l’hypothèque la plus chère, peut-être dans tout le royaume ne rassemblerait-il pas un million de réaux*. » Et, à la fin d’un long mémoire qu'il rédigeait quelques jours après à Bayonne pour renseigner Napoléon sur la situation financière de l'Espagne, d’Azanza dressait comme suit, et probablement avec un certain optimisme, le bilan approximatif de la monarchie : « Je dois dire que la portion de la dette publique de l’Espagne, qui se paie actuellement par les soins de la TréSorerie générale, monte à 528.855.319 réaux (132.213.829 pesetas) ; que de plus cette Trésorerie a, dans ses paiements pour la solde, les appointements et autres obligations, un retard qui s'élève à 440.000.000 (110.000.000 pes.) ; que la portion de la dette publique de la Caisse de consolidation s'élève à 3.985.401.584 réaux (996.367.896 pes.); que les intérêts de cette dernière dette montent à 149.191.617 réaux (37.297.904 pes.) et quela Caisse esten retard de 30.000.000 (7.500.000 pes.) pour le paiement des intérêts échus des vales, et de 72.500.000 (18.125.000 pes.) pour les créances sur le département de la marine; qu’enfin cette caisse a à payer au Trésor public de France 31.574.024 réaux (7.893.506 pes.) ; que, comme on a employé aux besoins urgents de l'État une grande partie du produit des ventes d'immeubles destinées primitivement à la consolidation, on n'a pu éteindre un nombre de vales proportionné au mon-
4. Rapport de M. d’Azanza à Murat, Madrid, 19 mai 1808 ; nous citons d’après le texte en français, Arch. nat., AF1v 4608.
tant de ces ventes ; qu’on estime les recettes de la Trésorerie générale en 1807 à 505.383.539 réaux (126.360.884 pes.), et que ses obligations annuelles sont évaluées actuellement à 636.647.879 réaux (159.161.969 pes.), et qu’il résulte par conséquent de là un déficit de plus de 131.000.000 (32.750.000 pes.) par an'.….. »
Ce que nous savons plus particulièrement de l’administration financière espagnole en Catalogne s’accorde le plus souvent avec la courte esquisse que nous venons de tracer.
Toutefois, on l’a vu dès le début de ce travail, la prineipauté échappait à certains impôts castillans, les plus vexatoires de tous, c’est-à-dire les rentes provinciales (alcabalas, cientos, millones, etc.): Elle payait en compensation des ihpôts qui lui étaient particuliers’. Mais, cette réserve une fois faite, on constate qu’au point de vue financier tout se passait en Catalogne de la même façon que dans le reste de la monarchie espagnole.
L’impôt spécial de la principauté était un véritable impôt direct, dit cadastre; établi sur des bases beaucoup plus rationnelles que la plupart des impôts espagnols, il atteignait en principe toutes les classes et se divisait en trois branches : le cadastre personnel, dont étaient exempts les nobles et les clercs, était une sorte de capitation; le cadastre industriel était perçu sur les bénéfices commerciaux ou industriels, et le cadastre réel se levait sur Les revenus des propriétés immobilières. Ce qui était encore spécial, sinon à la province, du moins aux pays de la couronne d'Aragon, c'était l'importance relative des revenus domaniaux du Roi ou Real patrimonio®. Tous les autres impôts perçus en
1. Mémoire de M. d’Azanza, ministre des Finances d'Espagne, Bayonne, 34 mai 1808, Arch. nat., AFiv 4608. Nous traduisons ce fragment de l'original espagnol, mais en intercalant entre parenthèses le chiffre en pesetas et en négligeant les fractions de pesetas. Le réal était le quart de la peseta, le vingtième du peso fuerte (ou douro); on évaluait à ce moment que la peseta valait 1 fr. 06 (Diario de Barcelona du 22 juillet, édit d'Ezpeleta promuleuant un tarif officiel de change reçu de Madrid).