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Samedi 16 février.
Nous traversons Ghâtellerault, la patrie des petits couteaux et des grands sabres, puis Poitiers, qui ne m'a pas semblé beau. La nuit, en cette saison, est longue et noire, et j'en suis fâché, car elle m'a dérobé la plupart des beautés pittoresques de ce Poitou, de galante mémoire, qui compte parmi ses illustrations la belle Diane, adorée par François P' et ses successeurs, l'altière Montespan, qui fit tant de mal à cette pauvre La Vallière, et Françoise d'Aubigné, la veuve de Scarron, qui exerça une si grande influence sur la vieillesse de Louis XIV.
Il me semble que généralement on ne tient pas assez compte de cette influence des femmes sur la marche des affaires publiques. Je suis assez autorisé à leur accorder une grande part dans nos destinées, car en ce moment, du moins, c'est une femme qui me fait courir la'poste.
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Dimanche 17 février.
Nous avons traversé cette nuit le département de la Charente.
A Saint-André de Gubzac, notre voiture est embarquée sur une sorte de ponton de forme sauvage, muni de grandes roues à aubes, mises en mouvement par un manège de chevaux renfermé dans les vastes flancs du bateau. Nous atteignons lentement Tautre rive de la Dordogne, et pour mon compte je m'étonne que Ton n'ait pas encore bâti en ce lieu si passager, un beau pont pour remplacer ce bac du seizième siècle.
Nous galoppons rapidement sur la belle route qui traverse la pointe de Grave, pays si renommé par ses bons vins blancs, et nous arrivons enfin à Bordeaux, à huit heures du soir, c'est-à-dire après cinquante heures de prison dans ce cabriolet ouvert à toutes les inclémences d'un ciel d'hiver.
A peine installé dans un bon hôtel, je me hâte d'écrire et d'envoyer à M. le docteur Gin trac la lettre suivante :
« Monsieur et très honoré Confrère,
« Désigné par M. le ministre de l'intérieur pour rempUr des fonctions médicales dans le fort de Blaye, où je dois me rendre dès demain matin, j'ai le plus vif désir de vous entretenir un moment, et je vous prie de me faire l'honneur de me recevoir aujourd'hui même, si cela vous est possible.
« Agréez, etc.
Une demi-heure .s'était à peine écoulée, j'entends frapper à ma porte, et je vois entrer chez moi M. le docteur Gintrac en personne, qui a la bonté de me
prévenir. Je me fais connaître à mon honorable confrère, j'expose en deux mots lé but de ma mission et je termine ainsi mon petit discours :
« En acceptant la proposition de M. le comte d*Ar- « goût, il a été stipulé très explicitement de ma part « que j'avais à remplir à Blaye un rôle tout à fait « médical et que la santé de M"*** la duchesse de € Berry m'occuperait seule. Maintenant, mon cher « maître, le succès dépend de vous, vous possédez la € confiance de Son Altesse Royale, vous pouvez m'ac- « créditer auprès d'elle, lui faire agréer mes soins en € qualité de votre adjoint. Croyez-bien que je m'ef- € forcerai de- me rendre digne de ce titre et de rem- « plir honorablement la mission importante qui m'a € été confiée. »
M. Gintrac m'a dit qu'il n'avait ejicore vu la Princesse que quatre ou cinq fois, que sa santé était assez mauvaise et qu'il reconnaissait pleinement l'utilité d'un médecin sédentaire à Blaye. Nous avons causé de choses médicales, de mes rapports avec M. le professeur Dupuytren et avec M. Récamier, de la clinique actuelle du professeur Chomel, de la faculté de Paris, des concours de l'agrégation, etc., et mon cher confrère a fini par me donner l'assurance qu'il engagerait Son Altesse Royale à me recevoir. M. Gintrac s'est montré très bienveillant ; sa réserve de bon goût en pareil cas, et toute naturelle dans sa position, ne Fa pas empêché de me donner des notions utiles sur les personnes que je dois trouver dans le fort de Blaye.
M. Gintrac est un homme de 45 ans environ, blond, de taille moyenne, à physionomie très expressive, ses yeux bleus brillent sous de vastes lunettes, son profil fortement prononcé accuse de prime abord une finesse intelligente et une bonté naturelle. Sa voix
douce et sonore prête à l'accentuation gasconne un certain charme qui m'a séduit tout aussitôt. Notre confrère parle lentement et avec une correction très remarquable; on voit qu'il se possède et qu'il ne dit que ce qu'il veut dire. En somme, il me plaît beaucoup et je me sens heureux de cette sympathie. Reste à savoir s'il me trouve de son goût. Si je réussis à Blaye, nous allons nous trouver en contact; nos mutuels devoirs auprès de la princesse tendront au même but sans nul doute, mais leur point de départ est bien différent. Homme de parti, légitimiste décidé, M. Gintrac doit à ce titre, dont il est fier, non moins qu'à son mérite, que chacun reconnaît, d'avoir été choisi pour donner ses soins à M"* la duchesse de Berry, tandis que moi, envoyé par le Gouvernement, j'obéis à des convictions tout autres. Qu'arrivera-t-il de tout cela? Ces éléments contraires se combinerontils précisément comme les deux espèces d'électricité ? Je le désire plus que je ne l'espère.
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Luadi 18 février.
Une nuit de bon sommeil a réparé les fatigues du voyage. A huit heures je monte à bord d'un bateau à vapeur, et me voici flottant sur la Garonne, émerveillé du caractère grandiose du port de Bordeaux, de l'aspect monumental de son beau pont, de cette foule de navires mouillés dans le fleuve, et des vastes chantiers de construction que nous découvrons en descendant. Je me réserve de mieux voir ce superbe panorama, quand, moins préoccupé, je pourrai donner plus d'attention aux édifices qui bordent les rives du fleuve, aux îles verdoyantes qui divisent ses flots rapides,
mais j'avoue qu'en ce moment mon esprit est au futur. J'ai à peine été distrait au Bec-d'Ambez, là où la Dordogne se jette dans la Garonne, et où ces deux masses d'eau se confondent et forment, par leur réunion, la Gironde qui ressemble à la mer. De nombreux navires, livrant leurs blanches voiles au vent propice, remontent vers Bordeaux et portent à cette grande ville les richesses du Nouveau Monde. Des bateaux à vapeur jettent au loin leurs colonnes de fumée, tout, sur cette grande voie de navigatipn, indique la vie commerciale la plus active; mais, encore une fois, cela me touche peu en ce moment et ma tête rêve citadelle et princesse.
A dix heures et demie, nous abordons un assez pauvre débarcadère qui, à la marée basse, permet d'atteindre la rive fangeuse du port de Blaye ; après maintes glissades, j'arrive enfin en terre ferme. Tâchons de nous bien tenir.
Un poste de gendarmes exige les passeports. Ma lettre ministérielle adressée à M: le Gouverneur du fort de Blaye aplanit tous les obstacles ; on m'indique le chemin de la principale entrée, et bientôt, franchissant le pont-levis, je sonne à la porte de ce donjon dont on s'occupe si fort en ce moment. La lettre de M. d'Argout est portée au Gouverneur par un planton, et celui-ci revient bientôt avec l'ordre de me conduire près du général.
Introduit dans une vaste salle à manger, je suis reçu par M. le général Bugeaud, qui achevait de déjeuner, en compagnie de quelques officiers et de plusieurs autres personnes dont j'aurai sans doute occasion de parler. Le Gouverneur m'accueille rondement et, toute affaire cessante, m'invite à prendre place près de lui. Me voici mangeant avec un appétit que semble
m'envier tout ce cercle de gens rassasiés, et répondant de mon mieux aux mille questions que l'on m'adresse de toutes parts. Ayant parié entre autres choses d'un certain bruit de changement ministériel qui circulait dans le monde lors de mon départ de Paris, le général s'empare de cette nouvelle, discute la possibilité du fait avec une chaleur qui me surprend et qui indique sa très vive sympathie pour le cabinet actuel. Cette petite scène me donne à réfléchir, et j'en tire la conclusion suivante : M. le Gouverneur a les passions politiques fort vives ; soyons donc très circonspect sur ce chapitre, j'ai d'autant moins de mérite à prendre ce parti qu'il est tout à fait dans mes goûts.
ï^ général BugQaud est un homme de grande taille, robuste, at qui porte avec une aisance remarquable la cinquantaine si lourde h tant d'autres ; ses cheveux rares sont d'une nuance assez vive; son visage, labouré par u«e variole oonfluente, n*est pas beau, tant s'en fnut, vmi^ j'y Us tout à la fois de la franchise et de la bienvmHance. J'espère avoir le temps d'achever ce portrait; j'y dwjierai tous mes soins (1),
Après le déjeuner, M. le Gouverneur m'emmène dans son cabinet, et me dit : c Monsieur le docteur, t vous voilà des nôtres. Je ne sais si la princesse cchi- € sentira à recevoir vos soins ; elle a refusé ceux de € M. Barthez. M. Gintrac, seul, est admis près d'elle. € je vais lui donner avis de vôtre arrivée, et lui faire € savoir que dès oe moment vous êtes à sa disposi- € tion. En attendant, nous allons tâcher de vous € rendre la vie supportable, et de vous prouver que le
(i) M. 1q waréoM Bugeaud Q«t mort k P^U (du cboUr»]^, le 10 jum 1849, à six heures et demie du matin.
« fort de Blaye n'est pas aussi mortellement ennuyeux € qu*on veut bien le dire à Bordeaux et à Paris. »
J'ai répondu comme je le devais à ces ouvertures franches et polies. J'ai fait une visite aux diverses autorités civiles et militaires de la forteresse, à M. Chardron, chef de bataillon du 64* régiment qui forme la garnison de Blaye, j'ai vu également le commandant de place, et j'ai parcouru, dans tous les sens, ce séjour qui m'est dévolu. Cela n'est pas beau, il y a beaucoup de petits bâtiments occupés par les soldats, par les officiers, et ces messieurs ne paraissent pas enchantés de leur lot dans cette place de guerre.
De toutes parts, j'entends le tambour, les trompettes; le service se fait ici comme en temps de siège, il y a dé nombreuses sentinelles auprès de l'enceinte en palissades qui a été construite autour du pavillon qu'habite la princesse, et, jusqu'à plus ample informé, je trouve Blaye une assez triste demeure. Mais attendons, ne nous hâtons pas de juger.
Le dîner a lieu à cinq heures, absolument sans cérémonie. Le général se nourrit, mais il ne se pique pas de savoir manger. Le commissaire civil, qui est aussi notre intendant, est loin de professer une semblable indifférence en matière de goût; aussi je trouve que la table est excellente. Le Gouverneur nous annonce l'arrivée prochaine de M"* Bugeaud et de ses jeunes enfants. Il me dit avoir été reçu hier pour la première fois par M"* la duchesse de Berry. La santé de la princesse ne lui a pas paru mauvaise; suivant lui, les bruits que l'on a fait courir à cet égard sont tout à fait dénués de raison.
Je me suis retiré de bonne heure, autant pour me reposer que pour mettre un peu d'ordre dans mes souvenirs. Me voici lancé dans une affaire qui exige
de la réflexion. Je veux tenir note de tout ce qui m'arrivera de remarquable dans ce fort, je veux être en mesure de me rendre compte de mes moindres actions, et, pour cela, je rédigerai un journal exact et circonstancié de mes faits et gestes.
C'est une assez rude tâche à remplir, mais il est possible que ce travail quotidien acquière une grande importance ; aussi je me promets bien de ne pas le négliger. Il faut tout prévoir autant que possible, et il peut survenir telle circonstance où j'aurai besoin de consulter mon mémorial.
Mardi 19 février.
Le général m'a donné une des chambres de son propre appartement, et je mange à sa table, où figurent chaque jour quelques-uns des officiers de la garnison. Ici se présente un petit incident administratif dont je dois faire mention. L'espèce de brevet de chirurgien du fort de Blaye, qui m'a été délivré par M. le ministre de la guerre, me donne un caractère en quelque sorte amphibie, si bien que le commissaire M. OUivier Dufresne en est tout perplexe. Suis-je militaire ou non? Voilà la question. Gomme je tiens surtout à rester civil, j'adresse une requête à M. d'Argout, afin de mettre un terme à ce conflit administratif. Si je reste le subordonné du maréchal Soult, je tombe au, pouvoir du sous-commissaire des guerres, je dois obéissance au commandant Ghardron, le logement, la table prennent un caractère de garnison qui me va mal, et mon rôle s'amoindrit d'autant. En attendant la décision du ministre de l'intérieur, je fais valoir mes droits au bénéfice du statu qaOf et le général est de mon avis. Je le
trouve charmant, il est de bonne humeur, d'autant plus que, ce soir, il a eu lihonneur de dîner avec la princesse. Mon arrivée dans la citadelle a été annoncée officiellettient* Madame a dit que, pour le moment, elle n'avait pas besoin de médecin. Le général m'avertit que la princesse a bien dîné, qu'elle est assez gaie, et que sa conversation est pleine d'intérêt. Il ne paraît pas aussi enchanté de M"* la comtesse d'Hautefort, qui se plaint amèrement du climat, de la solitude, de la table, de toutes choses et de tout le monde. M. de Brissac, qui partage la captivité de la princesse, est, dit-on, taciturne à l'excès; en somme, ces deux personnages paraissent peu propres à charmer les ennuis de la solitude.
Si ceux que l'on garde à Blaye s'amusent peu, ceux qui les gardent ne s'amusent pas beaucoup plus. A table et au salon, la conversation varie entre la politique et les campagnes de l'Empire, l'école de bataillon et le ministère; on discute le mérite relatif de telle manœuvre, dételle arme. J'ai là une belle occasion d'apprendre la guerre. La vocation me manque, mais je me dédommage en étudiant ces guerriers. Il y a, parmi nos convives, des physionomies saillantes, des caractères dont je tâcherai de faire mon profit. J'aime assez les gens spéciaux, exclusifs, les types comme j'en aperçois plusieurs dans notre cercle habituel. C'est une bonne fortune pour moi qui n'ai rien à faire. Le désœuvrement ferait de moi un observateur, un critique. Pourquoi pas?
» Mercredi 20 février.
M"" Bugeaud est arrivée ce matin ; elle est accompagnée de ses deux jemies filles, enfants de (mze et de neuf ans. Je suis enchanté de voir des dames partager notre captivité. J'aime peu les réunions d'hommes; je trouve que la société des femmes adoucit nos mœurs, tempère nos passions, nous rend meilleurs sous tous les rapports.
Une mère de famille, deux jeunes filles placées au milieu de cette garnison, vont calmer les ardeurs militaires de nos belliqueux convives : on sabrera moins l'ennemi et la logique, l'on saura mieux écouter, l'éloquence du geste sera moins tranchante. M"** Bugeaud paraît souffrante, et cette circonstance modifiera encore nos habitudes de garçons.
Il fait un temps affreux ; sur les hauteurs de la citadelle, le vent souffle à déraciner les carottes, comme le dit plaisamment une sentinelle que je trouve blottie dans sa guérite. Du grand rempart qui domine la Gironde^ on aperçoit ime immense étendue d'eau au-dessus et au-dessous de Blaye; une foule de navires montent ou descendent le fleuve; aussi je ne puis m' arracher à ce grand spectacle si nouveau pour moi.
Le fort de Blaye est armé de canons de gros calibre qui commandent la Gironde. Il y a, au milieu du fleuve, un îlot sur lequel on a établi une redoute appelée le Pâté ; puis, sur la rive opposée, se trouve une autre construction analogue que l'on nomme le fort Médoc, Toutes ces murailles sont armées, gardées, en bon état sous tous les rapports ; il serait difficile de franchir ce passage étroit sans recevoir bon nombre dfe boulets. Enfin, notre système de défense
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e«t oom^'été par la corvélte /a Gâprkiçwet qui «si à Taîicp© aotis le» mul*s de la citadelle. Matin et soir, u» coup de oanoii, tiré à bord ded bâtiments de guerre^ annonce Fouvertupe et la clôture dea porte» de notre donjon. J'ati Taj^Sment d'être réveillé longtemps avant le jour par cette voix dô bronze qui retentit eonwne le tonnerre/ tïe m'y accoutumerai.
Chaque jour, à six heures du soir, le courrier nous apporte des lettres et des journaux. Ce moment est toujours inipatiemmént attendu. M. Bugeaud s'empare des journaux et surtout de ceux de Toppositien ; il lès lit avec empressement, compiente .les articles de fond^ se met en colère, et bientôt le salon «e trouve transformé en un cabinet de leeture où obacun obéit à ses impulsions. Quelquefois, la mêlée devient générale; on argumente à pèrtë de vue sur \m homtnes et les chose*, on se dispute sans se persuader ; puis, enfin, cette ardeur belliqueuse se calme. Un peu de musique rétablit Fharmonie entre les opposants ; nous avons quelques amateurs et, entre autres, M, de Sainte Arnaud, lieutenant de grenadiers du 64* régiment. Il chante avec beaucoup de goût, s'accompagne au piano et, chose remarquable, les romances les plus sentimentales sont celles qui obtiennent le plus de faveur au milieu de notre auditoire à moustaches :
Tu veux devenir ma compagne.
Jeune Albanaise aux pieds légers !
Ces paroles du Klephte sont dans toutes les bouches; même le général Bugeaud, qui n'est pas préeisément un virtuose, les fredcmne vingt fois par jour.
Jeudi 21 février.
Chaque Jour^ éef^ quiB^l^ t^mpsi U^ la éiiehef^
de Berry reçoit la visite du Gouverneur, et j'apprends par lui que la princesse est légèrement indisposée. M. Gintrac sera appelé Tun de ces matins à Blaye; nous verrons si ce cher confrère peut faire quelque chose en ma faveur. En attendant, j'écris à M. d' Argent pour lui dire que, jusqu'ici, ma mission n'a pu être rejnplie, mais que j'attends une occasion favorable.
On me prépare un logement près de l'enceinte réservée de "la princesse. Je' serai chez moi, libre, ce qui me convient fort. Et, à propos de liberté, bien des gens qui m'écrivent de Paris ou d'ailleurs semblent croire que je suis^ captif, au secret ; on me considère comme un prisonnier d'Etat, mort au monde, gémissant sous grilles et verrous. Rassurez- vous , âmes sensibles, les portes de ce formidable donjon s'ouvrent quand je le veux ; je puis parcourir la ville de Blaye, qui est bien, je dois en convenir, une des souspréfectures de France les moins agréables; je vais flâner au bord de la Gironde, assister au départ et à l'arrivée des diligences et des bateaux à vapeur; je me promène sur le cours qui avoisine le port ; je passe en revue les habitants de la localité ; je prends ma part de tous les divertissements qui se présentent dans la citadelle et ailleurs; en somme, je ne me trouve pas du tout à plaindre. >
Je me suis créé une occupation, qui sera, je l'espère, une bonne ressource contre Tennui. J'écris nombre de lettres à mes parents, à mes amis ; à cette occasion, le général m'invite à une circonspection dont j'avoue ne pas sentir la nécessité. Il ne se passe ici rien de mystérieux, du moins, rien que je ne sache; aussi je n'ai rien à cacher. En outre, chaque soir, je m'occupe de ce que j^appelle un peu fastueusement mon journal.
VENDREDI n FEVRIER . 25
je récapitule les événements de la journée, je réfléchis, je songe, comme certain lièvre de la fable, enfin je m'endors avec la certitude de ne possséder aucun secret d'Etat. C'est une situation qui ne manque pas de charme et dont je m'accommode facilement.
Vendredi 22 février.
Voici un grave événement. Ce soir, vers trois heures, le général Bugeaud a reçu de S. A. R. M°** la duchesse de Berry un écrit autographique conçu en ces termes :