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CHAPITRE IX

LE GÉNÉRAL DE WIMPFFEN. — NAPOLÉON « INSPECTE » UNE BATTERIE PRUSSIENNE.

— LA CAPITULATION DE METZ. — L'EMPE- REUR DÉSIRE L'INTERNEMENT A CASSEL DES MARÉCHAUX MAC-MAHON, BAZAINE, CAN- ROBERT, LE BŒUF. — MAC-MAHON REFUSE.

— ARRIVÉE DE L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE A WILHELMSHŒHE. — ARRIVÉE DES MARÉ- CHAUX. — BAZAINE ET SA FAMILLE. — BAZAINE JUGÉ PAR NAPOLÉON. — BAZAINE JUGÉ PAR LE GOUVERNEUR DE WILHELMS- HŒHE. — CANROBERT. — LE BŒUF ET CAN- ROBERT VEULENT QUITTER CASSEL. — LE PRINCE MURAT ET LE MARQUIS DE FORTON.

'eu de temps après que l'Empereur français eut été fait prisonnier à Sedan, et que ses généraux eurent été internés dans diverses localités allemandes, les premières tentatives de justification personnelle

NAPOLEON III EN CAPTIVITE

des généraux se produisirent dans les journaux et causèrent à l'Empereur une impression douloureuse.

Les déclarations surtout du général de Récrimi-

Wimpffen l firent du bruit ; je n'avais pas alors nations - - » . - , . . du général

lu les écrits de cet nomme, mais je connaissais de ^yjm

la querelle qui avait éclaté au sujet du com- pffen. mandement, après la blessure de Mac-Mahon, entre les généraux Ducrot et Wimpffen, querelle d'autant plus fâcheuse pour l'armée française, que Ducrot voulait en temps utile battre en retraite sur Mézières, tandis que Wimpffen, par une continuelle offensive dirigée, avec le douzième et le premier corps d'armée contre Bazeilles, espérait ramener la victoire.

Après l'issue malheureuse de la bataille, Wimpffen, interné à Stuttgart, tenta de se justifier au point de vue militaire, ce qu'il ne put faire sans attaquer des collègues.

Napoléon, qui le désapprouvait, voulut probablement lui démontrer qu'il avait tort, et sans doute lui demander en même temps de plus amples éclaircissements. Il exprima donc le désir d'être autorisé à envoyer un officier à

' Sedan, par le général de Wimpffen (Paris, 1871). Ducrot lui répondit par sa brochure : La journée de Sedan, par le général Ducrot (Paris, 1871), à laquelle répliqua Wimpffen par sa brochure : Réponse ait, général Ducrot par un officier supérieur (Paris, 1871).

Stuttgart. Je croyais avoir le droit d'accorder, dans des cas particuliers, de brefs congés, mais je ne voulais pas donner un assentiment sans réserves à des voyages de ce genre qui pouvaient susciter de nouvelles polémiques. Je trouvai opportun de demander des instructions, n'en ayant pas reçu pour des cas de ce genre, et prévoyant que des demandes analogues pouvaient se renouveler et se produire pour plusieurs de ces messieurs à la fois. Je reçus télégraphiquement la réponse suivante :

« Le Roi accorde l'envoi d'un officier de la suite de l'Empereur à Stuttgart, à condition que le congé ne se prolonge pas au delà des quelques jours nécessaires à l'aller et au retour.

« De Treskow. »

L'Empereur envoya son officier d'état-major, le commandant Hepp, d'abord à Stuttgart auprès du général WimpfFen, puis à Coblenz et à Aix-la-Chapelle auprès des généraux Douay l et Lebrun 2. Le commandant Hepp ren-

1 Le général Douay avait commandé à Sedan le "/° corps français.

s Le général Lebrun commanda à Sedan le 12° corps français. Ses Souvenirs militaires (1866-1870) fournissent des renseignements importants sur les négociations entre la France et l'Autriche avant la guerre franco-allemande.

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tra à Cassel au bout de quelques jours, visiblement satisfait du résultat de son voyage.

J'appris plus tard que le général Wimpffen s'était fait peu d'amis dans l'endroit où il était interné et y avait causé du scandale. L'introduction de son ouvrage, où il défend sa conduite à Sedan, est pleine d'éloges excessifs qu'il s'adresse à lui-même pour ses faits d'armes accomplis en Algérie. A la lecture de ce livre, on a l'impression qu'à la journée de Sedan, vers 3 heures, il n'avait plus qu'une préoccupation : sauver dans le grand naufrage une apparence de gloire pour lui-même, et non pas rendre possible, ainsi qu'il le prétend, une « trouée » pour l'armée. Il ne pouvait plus, à ce moment, être question d'une « trouée ». La situation de l'armée française était en tout cas désespérée, et une issue heureuse delà bataille absolument impossible.

Le deuxième mois de sa captivité, l'Empereur Napoléon éprouva divers désagréments, par toutes sortes de commérages de journaux, désagréments d'autant plus vifs que ces articles de presse contenaient parfois un grain de vérité.

Je cite ici un exemple de ce genre. M. Melz- Cohn, dans son « Omnibus », et l'éditeur d'un journal local de Cassel y avaient trouvé matière à articles sensationnels.

prussienne,

Comme- Napoléon m'avait demandé un jour s'il pou-

rages occa- va}t £tre admis £, voir \e nouveau canon prussionnés , « , , , .

parla sien. 11 rut enchante lorsque je lui proposai

visite d'une de le lui montrer tout de suite, s'il acceptait batterie qUe j es hommes, les chevaux et les canons, qui revenaient justement de l'exercice, lui fussent présentés, non pas équipés pour la parade, mais poussiéreux et malpropres. L'Empereur tenait à voir une pièce rayée avec son attelage, et c'est pourquoi le moment où les hommes rentraient de l'exercice nous parut répondre le mieux à la réalisation de son désir.

Nous attendîmes longtemps, sans voir arriver les batteries, car le capitaine de Spangenberg avait ajouté à l'exercice habituel celui de l'entrée au bivouac et le service de camp, ce que je n'avais pu prévoir. Dès que j'en fus informé, je proposai à l'Empereur d'attendre au lendemain, ce qu'il fit volontiers.

Il va de soi qu'il n'était pas question « d'inspection ». Le capitaine de Spangenberg était un officier très zélé et dévoué à son devoir, et n'était pas exempt d'une certaine vanité naturelle à l'endroit de son matériel et de ses équipages. Ce légitime sentiment de fierté l'incita probablement à disposer dans la caserne non pas seulement un canon, mais toute la batterie. Un groupe de ces badauds qui ne

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manquent jamais, se trouvait dans la cour. Tout le monde regardait les canons éclatants de propreté. Napoléon, désirant à juste titre ne pas avoir l'air de passer une inspection, vint avec toute sa suite en civil. Nous, c'està-dire le capitaine de Grûter et moi, nous étions naturellement en uniforme. Au commandement du capitaine : « Garde à vous », je considérai que les honneurs s'adressaient à moi et portai la main à mon casque. Napoléon se découvrit. J'invitai ensuite le capitaine à mettre pied à terre. D'après mes ordres, on ne présenta pas les armes, ce qui contribua encore à enlever à la visite le caractère d'inspection militaire, qu'il convenait de ne pas lui donner.

Napoléon examina avant tout la construction de la pièce et en parla d'une façon détaillée avec le capitaine de Spangenberg et moi. C'était surtout le canon et la fermeture de la culasse qui l'intéressèrent, les Français n'ayant pas encore de canon se chargeant par la culasse.

La plupart des messieurs de son entourage ne manifestèrent visiblement qu'un intérêt médiocre; ils n'étaient évidemment pas connaisseurs.

Spangenberg commanda à ses hommes de

monter en selle, après quoi la visite, qui avait duré à peine un quart d'heure, fut terminée. Aucun exercice n'eut lieu. La place eût manqué d'ailleurs, dans la cour trop étroite de la caserne. Nous repartîmes, et les officiers de la batterie furent invités au lunch et placés à côté de l'Empereur et en face de lui. Napoléon s'entretint encore longtemps avec eux, en allemand, sur l'artillerie, etc. Je pus, ce jour là, constater à nouveau l'aisance avec laquelle l'Empereur parlait notre langue, encore que son accent fût français.

Une partie de la presse trouva dans les faits que je viens de rapporter matière à reportages fantaisistes. « L'Empereur prisonnier, lisait-on dans plusieurs feuilles, a inspecté des troupes prussiennes, a eu l'attitude d'un Empereur, a manifesté sa bienveillance , distribué des blâmes, commandé l'exercice des batteries, » et autres inepties du même genre. L'Empereur français avait trop de tact pour avoir une attitude pareille.

Le plus extraordinaire, c'est que M. Melz- Cohn prétendit que Napoléon avait fait à nos officiers une conférence détaillée sur la science de l'artillerie. Cet écrivassier fit à cette époque tout ce qu'il pouvait pour grandir l'Empereur français, mais il n'avait pas encore été à

de Metz.

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Wilhelmshœhe. Plus tard il s'installa avec sa famille à l'hôtel et alla fréquemment au château, Napoléon aimant à avoir des écrivains auprès de lui. Ce n'est certainement pas Melz-Cohn qui fit les frais de ce séjour coûteux.

On parlait naturellement à Wilhelmshœhe de la situation de Metz qui était devenue désespérée, et il ne se passait presque pas de jour sans que Napoléon me demandât si je n'avais pas de nouveaux renseignements.

Des rumeurs nous étaient naturellement Capitulaparvenues, mais nous ne savions rien de précis tion jusqu'au 27 octobre, où nous connûmes la nouvelle, si heureuse pour nous, de la reddition de Metz.

Peu d'heures après que la nouvelle de ce succès nous eut été transmise, je reçus de Napoléon le télégramme suivant, avec prière de le faire parvenir au roi :

« LEmpereur Napoléon désirerait vivement, si S. M. le Roi de Prusse ri y voit point & inconvénient , que les maréchaux de Mac-Mahon, Bataille, Canrobert et Le Bœuf soient internés à Cassel. »

Ne voyant pas d'inconvénient à transmettre ce télégramme à notre Roi, je l'expédiai immédiatement. Le 30 octobre qui était un dimanche,

Visite de l'Impératrice Eugénie.

je reçus du cabinet militaire une réponse affirmative.

On disait que les maréchaux viendraient à Cassel, à l'exception de Mac-Mahon qui ne voulait pas encore quitter Wiesbaden, où il s'était rendu après Sedan pour soigner sa blessure.

Je voulais informer personnellement l'Empereur, tout de suite après le service religieux, que le roi avait agréé sa demande, lorsque j'appris par le général Castelnau l'arrivée inopinée de l'Impératrice Eugénie. Elle était arrivée à l'insu de tous, même de l'Empereur. Seuls le comte Clary et une dame de la cour l'accompagnaient.

Bien que l'Impératrice ne m'eût précédé que de quelques minutes à Wilhelmshcehe, l'Empereur me reçut tout de suite, et cette fois, contrairement à son habitude, dans la grande pièce attenante à son cabinet. Je venais de lui faire la communication que j'apportais, lorsque la porte du cabinet de travail s'ouvrit, et l'Impératrice entra rapidement, pendant que nous étions debout à la fenêtre.

Le voyage que la souveraine avait fait tout d'une traite venant de Chislehurst, en voyageant nuit et jour, l'avait naturellement fatiguée. Néanmoins, elle prit, lorsque je lui eus été présenté, une part très vive à la conversation.

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Elle avait alors quarante-cinq ans. A cette Portrait époque où elle était accablée par le malheur, e mPera" fatiguée d'un long voyage et visiblement remuée par la rencontre avec son époux et par la nouvelle qu'elle venait d'apprendre de la reddition de Metz, elle n'avait plus son admirable beauté. Les traits de la jeunesse n'avaient pas disparu, mais toute fraîcheur en était absente. Ses cheveux, blonds encore, n'avaient plus leur éclat d'autrefois.

L'Impératrice était à peine moins grande que son mari et n'était donc pas petite pour une femme. Sa taille svelte et son attitude la faisaient paraître belle encore.

Toute sa manière d'être me convainquit que Son l'Impératrice avait certainement su toujours influence imposer sa volonté dans la politique de son lEmpereur époux. Elle parla peu avec moi, davantage avec l'Empereur et marqua constamment une grande assurance dans ses affirmations. J'eus l'impression absolue qu'elle était habituée non seulement à se faire écouter, mais à avoir le dernier mot. A l'égard de l'Empereur, elle affectait une certaine supériorité, une sorte de tutelle, et s'il est vrai qu'elle ait été à la tête du parti de la guerre en France, je comprends très bien que son avis ait été décisif.

On a raconté que l'Impératrice, chaque fois

que dans la conversation il était question de la guerre avec la Prusse, disait : « C'est ma guerre! » On rapporte aussi que le grand-duc Nicolas de Russie, — longtemps avant qu'éclatât la guerre de 1870, — étant assis à table à côté de l'Impératrice, parla du rapprochement chaque jour plus grand, et qui s'accroîtrait encore, entre l'Allemagne du Nord et l'Allemagne du Sud. L'Impératrice aurait dit immédiatement que la France n'y donnerait pas son consentement. « Alors nous nous en passerons », aurait répondu le grand-duc.

Cette visite à Wilhelmshœhe eut, selon moi, des motifs politiques. On avait espéré qu'immédiatement après la capitulation de Metz, notre Roi rendrait l'armée à l'Empereur, pour restaurer l'ordre et le pouvoir impérial en France. L'Impératrice elle-même me dit : « Vous voye%, si le roi de Prusse nous avait rendu V armée française, nous aurions pu faire nue paix honorable et remettre V ordre en France. » Ce ne fut heureusement pas le cas. Il fallait régler plus sérieusement notre compte avec la France, et c'est ce qui fut fait.

Il est très admissible que l'Impératrice ait voulu se concerter avec Napoléon sur ce qui pouvait être fait, maintenant que Metz était tombée et que les maréchaux, quarante géné-

raux et l'armée étaient internés en Allemagne.

On s'est souvent livré à des attaques contre Jugement le caractère de l'Impératrice Eugénie, qui avait sur 1 ImPeété élevée par une mère plutôt frivole. De fait, ses folies, sa légèreté, sa vanité et sa coquetterie, qui l'incitèrent à des gaspillages, furent d'un mauvais exemple pour la Cour. Pour le reste, et c'est ce qui arrive à toutes les personnes qui jouent un rôle dans la vie publique, il est à présumer que les critiques n'ont pas toujours tenu suffisamment compte des faits et des circonstances, et qu'elles renfermaient des exagérations et même des mensonges.

Le jugement d'un riche Espagnol établi depuis de longues années en Allemagne, était à ce point de vue plus précieux que les bavardages de gazettes mal informées. Ses relations de famille et ses affaires amenaient souvent ce compatriote de l'Impératrice dans son ancienne patrie, et il racontait que de nobles familles, jouissant d'une haute réputation, ne parlaient qu'avec estime de la conduite de l'ancienne mademoiselle de Montijo.

L'infortunée souveraine était, à l'époque de sa visite à Cassel, si durement frappée et si éprouvée parle sort, qu'elle ne pouvait paraître à personne frivole et superficielle. Les événe-

ments des dernières semaines avaient sans doute donné plus de gravité à son caractère. En tout cas, l'Impératrice ne fit pas sur moi, lors de cette courte rencontre, l'impression défavorable à laquelle je m'étais attendu.

Aujourd'hui encore, je la revois, quand je pense à elle, comme une femme possédant une maturité d'esprit, acquise tard peut-être, sûre d'elle-même, sagace, unissant des manières agréables à l'intelligence de la femme qui a fait siens les intérêts publics.

Mes sentiments à l'égard de la pauvre femme se manifestaient par une compassion profonde, augmentée par la pensée qu'elle devait avoir conscience d'être, pour une bonne part, la cause du châtiment.

A la demande que j'avais adressée à notre Roi relativement au séjour de l'Impératrice auprès de l'Empereur, je reçus de Versailles l'avis suivant :

« La décision sur le séjour de l'Impératrice à Wilhelmshœhe doit être entièrement remise à la volonté des deux Majestés, et vous devez observer une attitude absolument passive.

« Guillaume. »

L'auguste femme resta à Wilhelmshœhe jusqu'au ier novembre au soir. Personne n'était

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informé de ses projets, mais à en juger par son peu de bagages, elle avait eu, dès le début, l'intention de faire un séjour de peu de durée.

Je fus frappé de voir que le directeur de la police, Piétri, sur le point de partir, revint à Cassel, à la nouvelle de l'arrivée de l'Impératrice, et que, d'autre part, la duchesse de Hamilton (ce que tout le monde ignora), revint brusquement à Wilhelmshœhe, le ier novembre au matin.

Naturellement, je n'avais pas à me mêler des négociations qui certainement avaient lieu dans l'entourage de l'Empereur. Il est plus que probable qu'elles concernaient la situation du moment.

On ignora le départ de l'Impératrice jus- Départ

qu'au dernier moment. A cinq heures de delImPera- ,,. , . ,. . , - . tnce.

1 après-midi, une voiture de louage vint a une

porte de derrière du château, et la souveraine, accompagnée de sa petite suite, y monta. La voiture prit la direction de la gare. A cent pas de celle-ci, l'Impératrice quitta la voiture et se rendit à pied à la gare. Le commandant Hepp, qui parlait l'allemand, aida sa souveraine à prendre les billets et à s'entendre avec le conducteur du train, qui partit dans la direction de Hanovre. L'Impératrice retournait donc en Angleterre.

Je ne sais si je dus au hasard, la visite que me fit le général Castelnau, immédiatement après le départ de l'Impératrice, ou si je dois la rattacher à la présence de l'Impératrice Eugénie à Wilhelmshcehe. Le général m'informa que l'Empereur ne désirait plus que le maréchal Le Bœuf, malgré l'autorisation déjà donnée, vînt à Cassel et qu'il me priait de me faire auprès du Roi son porte-parole à ce sujet. Pensant que ordre, contre-ordre et désordre vont presque toujours de pair, et trouvant également peu convenable d'entretenir à nouveau le Roi de cette affaire, je n'accédai pas à cette demande.

Arrivée Le lendemain, les trois maréchaux attendus,

a Cassel des acc0mpagnés de leurs aides de camp , arrimaréchaux . . ° , . ,,. . .

Bazaine verent a Cassel. -Peu d heures après, je reçus

Le Bœuf leur visite. Canrobert et Bazaine étaient en civil, Le Bœuf en uniforme. Ils repartirent tout de suite après pour Wilhelmshœhe, chacun de son côté.

Je constatai bientôt que le maréchal Le Bœuf était tenu à l'écart par ses camarades. Le général Castelnau semblait tout faire pour éviter que les autres maréchaux ne se rencontrassent avec Le Bœuf chez l'Empereur.

De tous ces officiers supérieurs, seuls, deux aides de camp, les comtes Gudin et Morny-

et Canrobert.

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Soult, savaient quelques mots d'allemand, les maréchaux n'en connaissant pas un mot.

Naturellement, ces trois messieurs étaient, sous tous les rapports, des personnalités intéressantes et avaient joué dans l'histoire de France un rôle trop considérable pour ne pas exciter l'attention dans les places où ils étaient internés.

Avant de les dépeindre, je veux placer ici Le maréquelques mots sur Mac-Mahon qui, ainsi qu'il chal Ma(> a été dit déjà, avait refusé de venir à Cassel.

On ne pouvait pas admettre que ce fût sa blessure qui l'eût empêché de déférer au désir de son Empereur prisonnier. Il lui aurait certainement été possible, sans risque pour son état de santé, d'accepter son transfert de Wiesbaden à Cassel. Sa blessure, faite par une chemise d'obus, n'intéressait que des parties charnues et était, dit-on, absolument insignifiante. Mais Mac-Mahon a toujours témoigné pour le régime napoléonien une certaine réserve et sympathisé davantage avec les d'Orléans. Il était royaliste jusqu'au bout des ongles et apparenté aux plus vieilles et aux plus aristocratiques familles de France. Il avait servi pendant près de trente ans sous divers régimes et était déjà un officier estimé et apprécié, lorsque Napoléon arriva au pouvoir. On peut

Son attitude

Magenta.

donc dire sans invraisemblance que le maréchal était nettement résolu à ne pas venir à Cassel, et que sa blessure n'était qu'un prétexte, et il n'est pas douteux que Napoléon ait vu parfaitement clair dans la manière d'agir de son maréchal.

Je dois avouer que l'attitude de Mac-Mahon ne laissa pas que de m'indisposer contre lui. L'histoire suivante qui m'a été racontée, caractérise ses sentiments à l'égard de l'Empereur.

Avant la bataille de Magenta, Mac-Mahon avait reçu l'ordre de passer le Tessin près de Turbigo et de tomber sur le flanc droit des Autrichiens. L'Empereur se proposait d'attaquer le front de l'ennemi avec le gros de l'armée. Les décisions ultérieures devaient dépendre des résultats obtenus. Ainsi qu'il arrive souvent dans le cas de dispositions qui, prises sur de grandes distances, sont exposées à toutes sortes d'incidents imprévus, les opérations, dans l'espèce, ne répondirent point aux prévisions. Des difficultés inattendues entravèrent la marche en avant de l'armée principale, les attaques de celle-ci mollirent et la situation commençait à devenir critique. Mac- Mahon envoya un aide de camp à l'Empereur, pour solliciter de nouveaux ordres et pour lui

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demander s'il fallait continuer à avancer. On dit que Napoléon répondit : « Qu'il fasse ce qu'il voudra, pourvu qu'il nous sauve! »

Et l'on prétend que Mac-Manon fut outré d'une réponse si vague et en quelque sorte évasive de la part de l'Empereur commandant l'armée, et manifesta brutalement son mécontentement.

Comme il est dit plus haut, seuls les maréchaux Bazaine, Canrobert et Le Bœuf étaient arrivés à Wilhemshœhe.

Déjà avant la guerre de 1870, Bazaine Le maré-

était une personnalité connue. Son séjour au chal ■»*■ 1 • 1 <• . Bazaine.

Mexique ne lui avait pas valu une bonne réputation, car on lui reprochait de s'y être enrichi pendant la campagne, en se servant de moyens louches. Il me paraît difficile d'établir maintenant si ce reproche était justifié ou non. En tout cas, cette affaire fut jugée autrement en France qu'en Allemagne. Le général Castelnau et le maréchal Canrobert, les seuls avec qui j'en eusse parlé, contestèrent énergiquement que Bazaine eût jamais commis un acte quelconque contraire à l'honneur.

Lorsque le maréchal arriva à Cassel, il pouvait avoir près de la soixantaine et comptait déjà quarante années de service. Ses cheveux blonds, légèrement grisonnants, clairsemés, et

son regard terne ne lui donnaient ni l'aspect d'un vieux soldat, ni l'apparence d'un homme doué d'une grande énergie. Pourtant, il a montré souvent qu'il en possédait. Son attitude était calme et digne.

Déjà avant d'arriver à Cassel, sa femme l'avait fait prier, par l'entremise de l'ambassadeur d'Angleterre à Berlin, de ne pas retourner en France. Le nom qu'elle portait avait suffi pour que la pauvre femme, qui était dans un état de grossesse avancé, ne pût gagner l'Allemagne quau milieu d'injures et de dangers. Par surcroît, le maréchal Bazaine avait encore commis une grosse étourderie. Lors de la capitulation de Metz, après s'être présenté prisonnier au prince Frédéric-Charles, il était descendu à l'auberge de Pont-à-Mousson, et y avait oublié tout son argent, environ 10.000 francs, dans un tiroir ouvert. Sur sa prière, je télégraphiai au commandant de la ville, et je fus bientôt en mesure de faire connaître la réponse au maréchal. L'argent avait été retrouvé, et un sous-officier venait de recevoir l'ordre de l'apporter à Cassel. La perte de cette somme eût naturellement été très sensible à Bazaine, car elle ne laissait pas que d'être considérable et, en outre, le maréchal qui, de même que tous les officiers d'état-

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major prisonniers, devait recevoir de notre

gouvernement vingt-cinq thalers par mois,

avait déclaré dès le début qu'il n'accepterait

rien. Aussi se montra-t-il très reconnaissant

pour mon intervention et pour le bon procédé

dont on avait usé à son égard, en lui renvoyant

son argent par un sous-officier.

Quelques jours après l'arrivée de Bazaine à La famille

Cassel, sa femme l'y rejoignit avec ses deux ,u, .

7 J J & maréchal

enfants, auxquels un troisième devait bientôt Bazaine. venir s'ajouter. Afin que ce nouveau rejeton ne fût pas privé, même dans la captivité, de l'avantage de naître sur le sol français, le maréchal fit venir de France à Cassel, plusieurs sacs de terre. Cette terre fut répandue sous le lit de Mme Bazaine, lorsque l'heure de la délivrance approcha ; le berceau de l'enfant fut placé également sur cette terre importée.

La famille s'installa dans une petite villa d'un faubourg de Cassel et y passa tout l'hiver dans le calme et la retraite. Le maréchal sortait rarement, travaillait beaucoup et s'occupait de ses enfants, pour qui il était manifestement un très bon père.

Sa femme ayant visité la mienne, je fis également sa connaissance à cette occasion. C'était une charmante petite Mexicaine aux grands yeux noirs. Elle s'exprimait avec volubilité,

mais on remarquait à son accent que la langue française ne lui était pas familière.

Napoléon parlait toujours de Bazaine avec estime. Pourtant, ses propos me firent comprendre qu'il ne lui croyait pas un grand talent militaire. Mais il ne lui reprocha jamais de s'être à la fin rendu avec toute son armée ; il dit, au contraire, qu'il était évident qu'après les batailles de Mars-la-Tour et de Gravelotte, le maréchal avait fait ce qui était en son pouvoir pour conserver l'armée à l'Empereur, qui lui non plus, à Sedan, n'avait pu faire l'impossible.

Je ne pouvais que me ranger à cette opinion de l'Empereur.

Apprécia- Bazaine s'était trouvé dans l'impossibilité , 3 absolue de marcher le 17 août. Les grandes

militaires quantités de munitions transportées des madu maréchal gasins de la forteresse jusqu'aux corps de troupes placés à une demi-lieue de Metz, devaient, ce jour-là, exiger une dépense de temps considérable. En outre, l'armée française avait perdu 16 000 hommes, la veille. Elle avait déjà combattu le 14 à Colombey-Nouilly et perdu 4000 hommes; le 15, elle s'était en grande partie retirée de la rive droite de la Moselle et établie sur la rive gauche. Elle avait donc été continuellement en mouvement ou au combat.

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La cohésion intérieure des troupes s'en était relâchée. Il était impossible, après le désarroi de la soirée du 16 août, de rétablir suffisamment l'ordre pour que, le lendemain matin, on pût, même sans distribuer des munitions, continuer la marche.

Le maréchal mérite le reproche beaucoup plus grave d'avoir, le 14 août, combattu sur la rive droite de la Moselle, alors que l'ordre de marcher vers la rive gauche avait été donné dès le 13. Pendant que ses corps étaient en train de quitter la rive droite et qu'en partie, ils avaient déjà atteint la rive gauche, le général von der Goltz, commandant l'avant-garde prussienne, donna l'attaque et le général de Manteuffel l'appuya avec les premier et septième corps d'armée, ce qui, au point de vue militaire, était parfait. Les Français, au lieu de poursuivre leur retraite derrière les forts, firent face à l'attaque. Autrement, il leur aurait peut-être été possible d'attirer nos troupes dans le rayon des canons de la place.

Cette mauvaise opération fit perdre aux Français une journée entière et leur coûta plus de 4000 hommes. En outre, cette grave faute eut comme conséquence les batailles de Mars-la- Tour et de Gravelotte. A cette dernière, on faisait face à l'ouest, et après cette journée mal-

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