EUGENE SCHNEIDER
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après ces événements. « Non, répondit Napoléon, ils vécurent tranquilles et sans être inquiétés en France et en Belgique. » De SurChan- Changarnier ' qu'il appela un vieillard vani- *a ni ] teux, l'Empereur dit que, malgré ses quatrevingts ans, il venait d'offrir de nouveau ses services. Le général aurait fait cette offre en disant qu'il voulait oublier le passé. Napoléon tout en n'attendant pas grand'chose du concours de ce vieillard, l'avait néanmoins accepté, ce retour de Changarnier à d'autres sentiments lui ayant fait plaisir.
Pendant ma visite suivante, après avoir Au sujet
régflé les affaires de service, nous parlâmes du du siège » ts . * i .de Pans,
bombardement de Paris, auquel on s attendait.
Naturellement, il fut question également du ravitaillement de la ville, et à table, les généraux parlèrent de rats « superbement » préparés. En tout cas, il est plus aisé de deviser de plats pareils devant une table royale, copieusement servie, que d'y goûter.
Sur la quantité des provisions dont dispo-
français qui s'étaient faits connaître pendant les campagnes d'Afrique.
1 Le général Changarnier avait été arrêté et exilé lors du coup d*état. Après l'amnistie générale, il revint en France, offrit, en 1870, ses services à Napoléon qui l'attacha sans commandement au quartier général de l'armée du Rhin, avec laquelle il fut fait prisonnier à Metz.
sait la capitale assiégée, les opinions différaient considérablement. Quelques-uns de ces messieurs prétendaient qu'elles étaient presque inépuisables; d'autres, au contraire, estimaient qu'à ce moment déjà la rareté des vivres se faisait sentir. S'il était vrai que, lors d'une sortie, on eût vu encore deux régiments de cuirassiers, il fallait admettre, à la vérité, que tous les chevaux n'avaient pas été tués, et que les réserves de fourrage n'étaient pas épuisées. Napoléon me montra une lettre de Paris qu'il avait reçue par ballon. J'aurais bien voulu garder comme souvenir cette véritable petite œuvre d'art imprimée avec beaucoup de finesse sur un papier très mince, et comme gravée au burin. Sur l'un des côtés de la bande, large de trois pouces et longue d'un pouce, était écrite la lettre, sur l'autre était reproduit un extrait d'un numéro du Moniteur. Difficultés Le nombre des prisonniers français augmen-
occasion- tajt consjdérablement en France même. Afin nées par le
o-rand de ne pas surcharger les provinces occidentales
nombre de de l'Allemagne, on devait reculer les dépôts prisonniers ^e ^y}ls en pius vers l'est, ce qui, en raison de la masse d'hommes qu'il fallait transporter, suscitait de grandes difficultés. En effet, les transports de nos propres troupes, des munitions, des provisions, dirigées de nos provinces
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orientales vers la frontière, ne devaient subir aucune interruption. Et, naturellement, les soins qu'exigeaient les convois de malades et de blessés présentaient également des difficultés.
Depuis longtemps, les grandes armées se trouvaient en France. Néanmoins, le service par voie ferrée, en particulier sur les principales lignes de communication, était encore très difficile et compliqué. Tout le personnel et tout le matériel de l'administration des chemins de fer étaient en mouvement sans une heure de répit. Jour et nuit les commandants d'étapes étaient sur pied dans les stations sanitaires et de ravitaillement. Dans beaucoup de cas, les malheureux commandants étaient prévenus très peu de temps à l'avance, d'avoir à se tenir prêts à recevoir des trains bondés. Souvent, ils ne pouvaient qu'imparfaitement procéder aux préparatifs les plus indispensables. Il est évident que cet état de choses, par les courtes journées d'hiver, les longues nuits et le froid persistant, devait augmenter les difficultés, d'autant plus que, naturellement, il fallait toujours accorder d'abord toute sollicitude aux trains qui amenaient des blessés. Cependant, les autres convois ne pouvaient être négligés.
Situation
misérable
de ces
prisonniers.
Dans ces circonstances, les sociétés de secours aux soldats étaient d'une grande utilité dans les gares. De même, les services d'aides volontaires qui supportaient continuellement les plus grandes fatigues, étaient très précieux. Néanmoins, il était impossible de parer à tous les inconvénients, caries masses à transporter affluaient de tous les côtés, et le temps était particulièrement défavorable. Ainsi, un télégramme annonça subitement, un jour, l'arrivée imminente à Cassel de 1.470 prisonniers français. Il y était dit que ces hommes étaient en route depuis longtemps déjà, et qu'il fallait à tout prix, ne fût-ce que pour quelques heures, les loger et les nourrir dans notre ville. Ils continueraient ensuite leur voyage vers l'est. Très peu de temps après, le convoi arriva. Les pauvres gens qu'il amena avaient quitté Mannheim par un temps de dégel, et étaient insuffisamment vêtus. Un froid de 9 degrés au-dessous de zéro étant survenu tout à coup, les voyageurs en avaient souffert cruellement dans les voitures qui étaient ouvertes pour la plupart.
Transis, à moitié gelés, beaucoup de ces malheureux durent être portés à bas des voitures. Dans ces conditions, on ne pouvait songer à leur faire continuer leur voyage, et nous
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nous empressâmes de transporter les malades à l'hôpital. Un de ces infortunés était tombé du train, raidi par le froid et sans connaissance, avant que le convoi eût atteint Cassel. Le lendemain, on le trouva mort. Les hommes valides purent se reposer et se restaurer dans les casernes, et furent en état de poursuivre leur route quelques heures plus tard.
Cette affaire fit beaucoup de bruit à Cassel, et cette façon de transporter les prisonniers fut jugée avec la plus grande sévérité. J'estimai qu'il était de mon devoir d'adresser un rapport au ministère de la Guerre, afin qu'on pût prendre les mesures propres à éviter le retour de faits semblables.
Au château de Wilhelmshœhe, on avait également eu connaissance du triste incident qui avait coûté la vie à plusieurs hommes, et leurs membres à quelques autres. Comme il arrive toujours en pareil cas, les faits avaient été grossis, et il était très naturel que les personnes de l'entourage impérial en eussent été péniblement impressionnées.
Moi aussi, je déplorai ce malheur. Il était impossible de l'excuser. Je ne manquai pas, il est vrai, d'exposer à ces messieurs que de pareils inconvénients ne pouvaient pas toujours être évités en temps de guerre. Et l'on
Commérages de journaux.
admit volontiers la justesse de cette observation. L'Empereur Napoléon surtout jugea avec beaucoup d'indulgence cette affaire regrettable.
L'année 1870 se termina par la découverte d'un attentat qui, à ce que l'on prétendait, devait avoir lieu à bref délai à Wilhelmshœhe. La suite révéla qu'il s'agissait d'une vulgaire mystification et d'une tentative d'escroquerie. Au début, j'y attachais si peu d'importance que je n'en fis même pas mention dans mon rapport à notre Roi. Cependant, je le fis plus tard, parce que la Presse de Cassel s'était emparée de ce commérage parfaitement absurde. D'ailleurs, cet organe se plaisait à surveiller avec une curiosité inquisitoriale tout ce qui se passait à Wilhelmshœhe et ne se contentait pas de servir des réalités à ses lecteurs. Souvent, au contraire, il faisait preuve d'une imagination prodigieuse, en inventant les choses les plus fantastiques.
Naturellement, je ne désirais pas qu'on apprît à Versailles le récit démesurément grossi d'un événement qui valait à peine qu'on en parlât.
Ce journal écrivit le 4 janvier 1871 :
« En ce moment, un Russe se trouve ici qui, jusqu'à présent, a vainement sollicité une audience. Il prétend être venu pour révéler à
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l'ex-empereur Napoléon un attentat préparé contre lui, et il a déjà mis le comte de Monts au courant. Il raconte qu'ayant pris le train à Halle, un Français se serait joint à lui, qui, après avoir appris au cours de leur conversation qu'il avait affaire à un Russe, lui aurait confié son projet. Cet étranger serait un émissaire chargé d'exciter les prisonniers contre l'Empereur. Il lui aurait déclaré sans détour qu'aussitôt que Paris, le dernier rempart de la France, serait tombé, le projet d'assassiner Louis-Napoléon serait mis à exécution. A Wilhelmshœhe, on n'ajoute pas foi jusqu'à présent à ce racontar. »
Bien que l'histoire de ce projet débattu en chemin de fer avec un étranger, m'eût laissé sceptique, j'en informai néanmoins le général Castelnau et fis prendre des mesures de précaution plus sévères.
Je ne m'occupai pas de M. Arnstein, juif russe, qui avait causé cette agitation àCassel, et de qui je n'entendis plus parler que le jour où le général Castelnau me raconta que cet individu s'était adressé à l'Empereur pour avoir de l'argent. Il avait déjà fait une tentative du même genre auprès de moi, en prétendant, pour justifier sa demande, que c'est à lui que nous devions l'importante communication que
j'ai relatée. Naturellement, je lui avais opposé un refus. J'usai de toute mon éloquence pour persuader au général Castelnau qu'il fallait accueillir avec dédain de si audacieuses escroqueries, et j'espère qu'il en fut fait ainsi. Car, dans l'intervalle, il avait été établi clairement que cette histoire, inventée de toutes pièces, n'était qu'une simple tentative de chantage.
Je n'ai jamais pu savoir si Napoléon avait été mis lui-même au courant de cette affaire, ou si le général Castelnau avait jugé préférable de n'en pas l'informer. En tout cas, il n'y a jamais fait allusion devant moi.
Les Le 31 décembre, le dernier jour de l'année,
etrennes je reçus par un iaqUais de Wilhelmshcehe une l'Empereur, petite caisse en bois, carrée et soigneusement fermée, portant l'inscription : De la part de VEmpereur. Elle était lourde et, comme le premier janvier tombait le lendemain, l'idée qu'il pouvait s'agir d'une attention à l'occasion du jour de l'an, m'impressionna péniblement. Je savais que l'Empereur se montrait très généreux en envoyant ces « etrennes » qui, en France, remplacent nos cadeaux de Noël.
Aussi ne me semblait-il pas impossible que Napoléon voulût profiter du jour de l'an, pour une attention plus sérieuse.
Je tournais et retournais la cassette, la sou-
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pesais et craignais que l'Empereur ne cherchât peut-être à me témoigner sa reconnaissance par quelque pièce d'orfèvrerie. J'étais indigné à cette idée.
Mon domestique parut étonné, lorsque je lui ordonnai de mettre la caisse dans un coin de la chambre, sans l'ouvrir. Quel parti prendre? Après avoir longuement réfléchi, je résolus de renvoyer le prétendu cadeau le jour même et, en pensée, je rédigeai la lettre française qui, sans froissement, exprimerait énergiquement ma volonté de n'accepter aucun présent de l'Empereur.
J'y étais encore occupé, lorsque les généraux Castelnau, comte Reille et Vaubert se firent annoncer. Ils venaient, me dirent-ils aimablement, m'apporter leurs vœux de bonne année et m'exprimer en même temps leur reconnaissance pour l'excellent accueil qu'ils avaient trouvé à Wilhelmshœhe. Je remerciai chaleureusement ces messieurs de leur démarche et ajoutai que je n'avais fait que mon devoir en m'efforçant d'obéir aux ordres de mon Roi, dont je connaissais fort bien la noblesse de pensées et d'intentions. D'ailleurs, n'étions-nous pas tous des camarades en toutes circonstances et dans toutes les situations de la vie ? Malgré la différence des intérêts que nous défendions,
telle fut ma conclusion, — nous obéissions pourtant tous à l'honneur et au devoir.
Les généraux parurent agréablement impressionnés par mes paroles. Le comte Reille et le général Vaubert prirent bientôt congé, tandis que le général Castelnau demeura encore auprès de moi.
Je tenais à profiter de sa présence pour lui faire connaître, par quelques mots bien sentis, ce que je m'apprêtais à exposer par lettre. Je commençai par dire que tout homme, dans n'importe quelle situation et à n'importe quel moment de sa vie, doit avoir soin d'éviter jusqu'aux apparences qui pourraient le présenter sous un jour défavorable; que, dans ma position, il m'était impossible d'accepter des présents, même s'ils étaient offerts sans la moindre arrière-pensée. Le général Castelnau m'écouta patiemment. De temps en temps seulement, un léger sourire errait autour de ses lèvres. Lorsque j'eus fini, il dit :
« Eh bien, Monsieur le comte, si vous le désirez, je reprendrai la caisse. Pourtant, je dois vous dire, auparavant, qu'elle ne contient rien qu'une grappe de raisin ».
La tournure à la fois imprévue et réjouissante qu'avait prise l'affaire, nous mit tous les deux d'excellente humeur. Naturellement, je gardai
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le cadeau que je m'empressai de déballer surle-champ. Le raisin était d'une grosseur et d une beauté rares et d'un goût exquis. Je ne me rappelle pas en avoir jamais mangé d'aussi délicieux. L'Empereur, lorsque je le remerciai de ce présent savoureux, me raconta qu'un de ses amis, habitant Liverpool, et qui s'appliquait particulièrement à la culture de beaux raisins, lui envoyait tous les ans un échantillon des meilleurs produits de ses espaliers.
Le premier janvier, vers midi, je me rendis Échange
à Wilhelmshœhe, pour présenter mes vœux de ,.
x politesses.
bonne année à 1 Empereur. En même temps,
je me proposais de rendre leur visite aux généraux, pour répondre à leur attention.
L'Empereur accepta mes compliments avec une grande amabilité, m'en remercia et exprima ses vœux pour moi et les miens. Mais il ne dit rien de ses propres espérances.
Je suis d'ailleurs convaincu que le retour de L'Allc-
Napoléon au pouvoir n'aurait pas été un bien magne
pour l'Allemagne. Les chauvins et les impé- intérêt à la
rialistes étaient les seuls, en France, qui eussent restauration
pu, avec énergie, discipline et méthode, orga- , dela. ^ ' « • » & dynastie
niser de manière durable les immenses res- napo-
sources du pays et les utiliser contre l'Aile- léonienne? magne abhorrée ; c'étaient eux aussi qui groupaient le plus d'éléments militaires et les meil-
leurs. C'est d'eux qu'on aurait eu à attendre une o-uerre de revanche, dès que l'occasion leur en eût été offerte. Ils auraient tout mis en œuvre, non seulement pour reprendre les provinces perdues, mais encore pour conquérir par surcroît d'autres provinces allemandes. L'unité de direction les aurait mis à même d'y réussir, alors que les autres partis manquaient de la cohésion intérieure et de l'énergie nécessaires. Offices A l'occasion de ce premier jour de l'an, un
religieux. solennel office catholique fut célébré au château de Wilhelmshœhe. Tous les dimanches, le curéWehner, de Cassel, venait dire la messe pour l'Empereur et son entourage. Dans ce but, une pièce avait été aménagée au rez-dechaussée et pourvue d'un autel, d'un ostensoir et de chaises pour la petite communauté. Mais le curé Wehner ne parlait pas le français, ce qui l'empêchait d'entrer en rapports plus suivis avec les prisonniers. Après le service divin, Napoléon l'invita à diverses reprises à déjeuner. Mais, au point de vue mondain, le prêtre, sans compter son ignorance de la langue française, ne pouvait pas avoir beaucoup de points de contact avec les habitants du château. Aussi, ces invitations furent-elles moins fréquentes qu'elles ne l'eussent été sans doute en d'autres circonstances.
duc de Bassano.
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Après l'office du premier janvier 1871, de fidèles partisans du souverain prisonnier, venus de tous les pays, lui apportèrent leurs vœux et les marques de leur dévouement.
A cette occasion, je fis connaissance, dans Le
l'antichambre, avec le duc de Bassano1, qui s'était présenté chez moi à Cassel, mais sans me rencontrer. Il était le fils de Maret, qui, sous- secrétaire d'état de Napoléon Ier, et plus tard ministre des affaires étrangères, avait été élevé au rang de duc de Bassano. J'éprouvai une certaine déception, en voyant le duc, jadis si élégant et de si belle mine. C'était maintenant un petit vieux, gris, ratatiné et rien moins qu'imposant. De tout temps, il avait touché de près à la cour impériale. Pendant de longues années, il avait occupé le poste de ministre plénipotentiaire à Carlsruhe et à Bruxelles, et il passait pour un excellent politique.
Sa femme, née Hoogworth, de Bruxelles, dame d'honneur de l'impératrice Eugénie, était morte peu de temps après son mariage.
Le duc devait être en communication constante avec Paris, car il me raconta bien des détails sur la capitale, déplus en plus menacée. D'après ce qu'il disait, on pouvait encore se
4 Le duc de Bassano était sénateur et grand chambellan de l'Empereur.
en Angleterre
procurer contre argent des provisions en abondance ; les distractions accessibles aux riches ne manquaient pas non plus, mais les classes pauvres souffraient de la faim, et, d'une manière générale, on perdait courage.
Comment Le docteur Conneau, qui venait de rentrer
les Aile- ,> ,., ., , ai
mmds sont un court conge qu *1 avait passe en Angle-
appréciés terre, me rendit visite ce même jour, débordant de ce qu'il avait vu et entendu. Ses renseignements politiques se terminaient par l'affirmation qu'en général, les Allemands ne jouissaient d'aucune sympathie en Angleterre et y avaient un grand nombre d'ennemis. Je répliquai : Plus d'ennemis, plus d'honneur. Parmi les personnalités arrivées à Wilhelmshœhe à l'occasion du jour de l'an, se trouvait aussi un comte de Saint- Armand, qui n'était pourtant pas venu à temps. Ce jeune diplomate parfaitement inoffensif, à qui on avait délivré en France un passeport libellé en termes très confus, et qui ne parlait pas un mot d'allemand, avait paru suspect par suite de la composition tout à fait bizarre de son itinéraire. Bref, au lieu d'arriver à Cassel pour le premier janvier, il avait été retenu à Giessen, mis en prison et forcé d'attendre, jusqu'à ce que le général Castelnau eût télégraphiquement confirmé son identité. Relâché enfin, il parvint
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à Cassel, après ces aventures, et fut en butte à toutes sortes de plaisanteries de la part de ses compatriotes.
Le jour de Tan, je n'étais resté que peu de temps auprès de l'Empereur, et mes visites suivantes à Wilhelmshœhe n'avaient été également que très brèves. La première fois que je demeurai de nouveau plus longtemps auprès du souverain, il montra le plus grand intérêt pour les derniers événements du théâtre de la guerre.
Selon les nouvelles les plus récentes, nos Nouvelles
troupes avaient pris le plateau d'Avron, après du slèSe de
-, . , ^ r -, Paris.
que la garnison, écrasée sous le feu de notre
artillerie, eut été obligée d'évacuer, avec de très grandes pertes, ce poste très avancé. Napoléon en parla, ainsi que des attaques, qui, à mon avis, ne devaient plus être continuées contre les fortifications de Test. Je tenais pour plus vraisemblable qu'à présent les forts du sud seraient attaqués. Cette supposition surprit l'Empereur qui jugeait ces forts plus capables de résistance, parce qu'il les croyait casemates. Je savais que cette affirmation de Napoléon était erronée. Lors de mon voyage en France, en 1869, j'avais vu ces forts et je savais pertinemment qu'à cette époque, ils n'étaient pas casemates. L'établissement, près de Villa-
NAPOLEON III EN CAPTIVITE
coublay, de notre grand parc d'artillerie de siège devant Paris, prouvait également qu'on se proposait d'attaquer du côté sud. Que Napoléon ne connût pas mieux, en sa qualité d'artilleur, la force de résistance des forts de sa capitale, et qu'il ne parût pas se rendre compte de l'attaque la plus appropriée contre eux, le fait me surprit d'autant plus que j'avais eu si souvent l'occasion d'apprécier la sûreté et la sagesse de son jugement.
Comme s'il eût été impossible à l'Empereur de laisser passer une seule de mes visites à Wilhelmshœhe, sans aborder ce sujet, il revint, cette fois encore, sur l'organisation de notre armée. Il l'étudiait constamment, notait des observations, rédigeait des questionnaires, puis me demandait chaque fois des explications.
Qu'il s'agît d'enseignes, de chevaux de réforme, de batteries de réserve, de la remonte de la cavalerie de territoriale, toujours le souverain avide de savoir avait des questions à me poser et il ne se lassait pas de se laisser instruire.
Cela montre combien le monarque vaincu désirait connaître l'instrument qui avait brisé sa puissance.