‹ La captivité de Napoléon III en AllemagneChapitre 2 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'arrivée de napoléon m a wilhelmshœhe.

— l'état d'esprit de la population. — la première entrevue. — aspect physique de l'empereur. — stoïcisme des français. — premiers rapports avec les prisonniers.

|E 4 septembre 1870, le premier-président de Cassel, M. de Mœller, reçut du quartier général du Roi, à Varen-

nes, le télégramme suivant signé de l'aide de

camp, général de Treskow :

« Armée française a capitulé à Sedan. Château Wilhelmshœhe * assigné comme résidence

1 Le château de Wilhelmshœhe est situé à cinq ou six kilomètres de Cassel. C'est une lourde construction surmontée d'une

à l'Empereur Napoléon, qui arrivera dans les premiers jours, sous la conduite du général de Boyen. Roi recommande tous égards1. Public doit être écarté gares et proximité immédiate château Wilhelmshcehe. De concert avec général de Boyen, soyez attentif à tous désirs légitimes de l'Empereur. Obtenez du public attitude convenable envers Empereur. Serez prévenu date arrivée.

« DE TRESKOW. »

Impression Si on me demandait de caractériser la preproduite mière impression produite sur nous tous par °-ne par la cette nouvelle très inattendue, je devrais reconnouvelle naî tre qu'elle ne fut pas particulièremen t agréade Sedan, ^g ^ tout \e m0nde. La nouvelle organisation prussienne avait ses partisans et ses adversaires dans la province de Hesse, et maintes appré-

coupole et munie d'un portique à six colonnes. Après avoir été un couvent de Bénédictins, il servait de résidence, en été, aux Electeurs de Hesse. Avec son beau lac et ses arbres centenaires, le parc est un séjour des plus agréables ; d'une colline qui domine le château, on jouit d'une vue magnifique sur les montagnes et les forêts de la Thuringe. — Le château de Wilhelmshcehe servit de résidence à Jérôme Napoléon, nommé roi de Westphalie en 1807. Aussi est-il rempli de souvenirs napoléoniens, notamment d'un portrait de la reine Hortense, que l'Empereur ne fut pas peu surpris de trouver là, lors de sa première visite à travers les salles du château.

1 Les passages imprimés en italiques sont en français dans le texte. Note des traducteurs.

hensions se firent jour au sujet de l'état d'esprit que provoquerait au point de vue politique l'internement du monarque français. La suite démontra que le Roi avait eu absolument raison de prendre ces dispositions et non pas d'autres.

Nous autres officiers et hauts fonctionnaires, nous eussions choisi de préférence les casemates de Graudenz pour l'Empereur, qui apparaissait si criminel à nos yeux. Moi-même j'avais répondu à la demande, qui me fut faite à diverses reprises, de mettre ma voiture à sa disposition pour le trajet de la gare au château : « Je ne veux pas. Qu'on prenne des voitures de louage ! » La grande masse de la population et la classe moyenne, en Hesse, regrettaient qu'un si beau château et un séjour si agréable fussent mis à la disposition de l'instigateur de cette guerre sanglante.

Les particularistes voyaient une offense à leurs sentiments et à la dignité de leurs anciens souverains dans le fait de recevoir à Wilhelmshœhe le « parvenu » , comme on disait, en se servant d'une expression qu'avait jadis employée l'Empereur lui-même '. Ce qui

1 Dans son manifeste du 23 janvier 1853, l'Empereur, en annonçant aux grands corps de l'Etat son mariage avec M"L' Eugénie de Montijo, disait notamment : « Quand, en face de la vieille

nous consolait, c'était la pensée que le Roi, en n'hésitant pas à interner dans une province nouvelle un empereur prisonnier, nous donnait un témoignage de sa confiance.

Pour la ville de Cassel elle-même, il en résultait l'avantage de ne pas avoir un dépôt de prisonniers, le Roi ayant ordonné de n'en pas recevoir d'autres, afin d'éviter les difficultés qui eussent pu se produire. Ainsi se trouvaient empêchés tous rapports de Napoléon avec les soldats et les officiers captifs, et la surveillance en fut grandement facilitée. Seuls, quelques états-majors faits prisonniers furent retenus à Cassel.

Ce furent les hôteliers, notamment ceux de Wilhelmshœhe, qui approuvèrent plus particulièrement l'internement de l'Empereur à proximité de Cassel. Grâce à la présence de Napoléon, leurs bénéfices furent considérables.

L'arrivée de l'Empereur nous fut annoncée par le général de Boyen pour la soirée du 5. Il s'agissait donc de prendre en hâte toutes

Europe, on est porté par la force d'un nouveau principe à la hauteur des anciennes dynasties, ce n'est pas en vieillissant son blason et en cherchant à s'introduire à tout prix dans la famille des rois, qu'on se fait accepter. C'est bien plutôt en se souvenant toujours de son origine, en conservant son caractère propre et en prenant franchement vis-à-vis de l'Europe la position de parvenu, lorsqu'on parvient par le libre suffrage d'un grand peuple. »

EN CAPTIVITE

les dispositions nécessaires en vue de le recevoir.

Le maréchalat de la cour à Berlin avait déjà expédié à Wilhelmshcehe une installation complète ; il avait fait preuve d'une rapidité et d'une exactitude merveilleuses. Sans son action énergique, il eût été impossible de réaliser dans un aussi bref délai ce que nous arrivâmes à faire.

Dès huit heures, une compagnie était placée Dispositions

en bas, près de la gare ; une autre en haut, prises en

, , »„ r^ • ■ . vue de la

près du château. Ces troupes étaient destinées réception

en partie à rendre les honneurs, en partie à de Napomaintenir l'ordre et à seconder la police. Un léon mofficier de hussards commandant vingt hommes devait recevoir le train spécial, accompagner immédiatement au château les voyageurs et les y installer, conformément aux dispositions prises. Selon les ordres de Sa Majesté, le général de Plonski (faisant fonctions de commandant du onzième corps d'armée), le premier président de Mceller, le président du gouvernement de Hardenberg et moi, nous nous rendîmes, le 5 septembre, vers le soir, en grande tenue, à la gare de Wilhelmshcehe. Je vérifiai l'état des préparatifs et trouvai qu'ils ne laissaient rien à désirer. Quoique le public fût nombreux, aucune manifestation n'était à

NAPOLEON IÏI

craindre de sa part. Son attitude était calme et digne.

Arrivée des II pleuvait à torrents, lorsque le train entra prisonniers. en gare, non pas, comme on l'avait annoncé, à huit heures, mais vers dix heures seulement. La compagnie présenta les armes et une foule de silhouettes sombres, revêtues de capotes françaises, et que leurs seuls képis rouges brodés faisaient reconnaître pour des officiers, descendirent du train. Le général de Boyen ' et le lieutenant prince de Lynar2 prirent la tête du cortège. Le premier se chargea de nous présenter à l'Empereur, qui me fit l'effet d'un homme petit, gros, se mouvant avec lourdeur. Mais l'obscurité ne permettait pas de distinguer les visages. Napoléon crut entendre que je m'appelais Goltz, ce qui lui fit me demander si j'étais un parent de l'ambassadeur de Prusse à Paris, récemment décédé 3.

A pas lents, l'Empereur passa devant le front de la compagnie, la main au képi.

Puis tout le monde prit place dans les voitures pour se rendre à Wilhelmshœhe.

1 Aide de camp du roi Guillaume.

2 Secrétaire d'ambassade à Paris, il avait connu personnellement l'Empereur.

3 Ambassadeur à Paris de 1863 jusqu'à sa mort survenue le 21 juin 1869.

EN CAPTIVITE

Notre tâche était terminée et nous rentrâmes en ville. Un officier et quarante hommes restèrent à Wilhelmshœhe. Huit factionnaires furent postés autour du château. On avait cru que la suite impériale arriverait avant le souverain, mais le train qui l'amenait n'arriva que dans la nuit, à une heure. Comme les hommes et les chevaux arrivés ainsi étaient nombreux, et qu'il leur fallait marcher, dans une région inconnue, sans guide, pendant trois quarts d'heure, on avait délégué à la gare un certain nombre de cavaliers commandés par un officier. Les hussards escortèrent les nouveaux arrivants jusqu'au château.

Le 5 septembre étaient arrivés avec les deux trains spéciaux et durent être logés et nourris :

i . L'Empereur ;

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