‹ La captivité de Napoléon III en AllemagneChapitre 24 sur 30 · PRÉPARATIFS EN VUE DU DÉPART DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS EN VUE DU DÉPART DE L'EMPEREUR

jfous étions encore au mois de février, quand le général Castelnau vint me trouver un jour, pour me prier au nom de l'Empereur, d'obtenir la mise en liberté immédiate du deuxième écuyer Rainbeaux.

Napoléon désirait que l'écuyer prît la direction du journal impérialiste Le Drapeau, qui paraissait à Bruxelles. Conti, jusqu'alors directeur de la feuille, ayant été élu député de la Corse, était obligé de quitter Bruxelles et de confier la rédaction à d'autres mains.

Le général Castelnau parla également de la mise en liberté de l'Empereur qu'on espérait prochaine, et dit : « lorsque le roi de Prusse lui aura rendu son èpée. » A son avis, il était peu probable que Napoléon choisît comme résidence Arenenberg en Suisse, où il avait

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vécu longtemps avec sa mère et où celle-ci était morte. Selon lui, l'Empereur se fixerait sans doute en Angleterre. Castelnau doutait que la maison impériale y pût être établie sur un grand pied, parce que la situation financière de Napoléon ne lui permettrait aucun luxe. Car, sans compter les domestiques, la maison, d'après ce que disait le général Castelnau, comprenait déjà quatorze personnes, parmi lesquelles les deux filles de la défunte sœur ' de l'Impératrice.

Cette conversation nous amena à parler de la situation de fortune du souverain, et le général affirma qu'elle était loin d'être brillante. Selon lui, l'Impératrice avait emporté ses bijoux, au moment de sa fuite, le 4 septembre de l'année précédente; mais une grande partie de ses diamants était propriété de l'État, et il ajouta que c'était une accusation perfide et mensongère que de prétendre que la souveraine avait également emporté une partie de ces joyaux en Angleterre.

Le 17 février, l'écuyer Rainbeaux vint m'an- Départ de noncer son départ. Soumis à un examen médi- Rainbeaux.

1 La sœur unique de Timpératrice Eugénie, Francisca de Sales, qui, à l'âge de 19 ans, avait épousé le duc d'Albe, en 1844. Elle mourut en 1862 et laissa deux filles que l'Impératrice recueillit.

cal, il avait été déclaré malade de la poitrine et mis en liberté. Il se proposait de gagner la Belgique, pour s'y occuper non seulement des intérêts de l'Empereur, mais aussi des siens propres, car il avait de grandes propriétés dans ce pays. Il me dit que les circonstances actuelles avait exercé une influence néfaste sur les ouvriers de ses houillères et les avaient rendus fort intraitables.

Quant à la situation intérieure de la France, il la jugeait exactement comme ces autres messieurs.

Il apprécia très sévèrement les hommes politiques en vue qui, après avoir été, trois ans auparavant, partisans de la guerre, s'étaient montrés ensuite le moins disposés à accorder les crédits nécessaires pour la campagne. Il critiqua avec une sévérité particulière l'attitude de Thiers : habile homme d'état et brillant orateur, Thiers avait combattu l'Empereur et son gouvernement par des moyens déloyaux, et l'avait trompé sur son compte, en se faisant passer pour bonapartiste, quoiqu'il eût toujours eu des idées révolutionnaires.

L'écuyer prit congé de moi en exprimant avec la plus grande courtoisie sa reconnaissance pour les bons procédés dont on avait usé à son égard, pendant le temps de sa captivité.

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Le 20 février, je trouvai Napoléon d'excel- Le comte

lente humeur. Le comte Clary était revenu de Clary

revient de Versailles et avait apporte de bonnes nouvelles. Versailles.

Notre Empereur allemand l'avait reçu très

gracieusement et s'était exprimé avec la plus

grande bienveillance au sujet du souverain

français.

Napoléon se rendait bien compte que, pour le moment, il n'y avait rien à tenter, car il s'agissait avant tout de rétablir l'ordre et le calme en France.

Au sujet de la paix, l'Empereur allemand avait émis l'opinion que, sans doute, deux traités seraient nécessaires, et avait ajouté que, pendant qu'on les préparait, il rentrerait en Allemagne, puisque la définitive conclusion ne pourrait avoir lieu que six ou dix semaines plus tard.

Napoléon interpréta, dans une certaine mesure, cette nouvelle en sa faveur et chargea le comte Clary de la porter immédiatement à Chislehurst.

Du quartier général, je reçus par télégramme l'ordre de munir Farincourt, l'ancien préfet du département du Doubs, des papiers nécessaires à son voyage à Versailles. Le personnage en question ne tarda pas à arriver à Cassel. Conformément à sa demande, je lui délivrai ses passe-

ports au nom de Faro, et il se rendit comme nouveau délégué de Napoléon au quartier général.

Préparatifs A Wilhelmshœhe, tout le monde commençait de départ. ^ s'occuper des dispositions en vue du départ impatiemment attendu. Lors de ces préparatifs, de nombreux domestiques furent congédiés. Cette mesure opportune me fit grand plaisir. Dans l'intervalle, j'avais appris en effet de bonne source que le train de la cour française coûtait à notre pays 10 à 12.000 thalers ' par mois. Naturellement, j'accueillais avec satisfaction toute diminution de ces frais. Outre nos dépenses en argent comptant, nous avions encore à supporter bien d'autres frais. Plus tard surtout, il apparut que les appartements du château de Wilhelmshœhe avaient beaucoup souffert. Les Français sont habitués à user des objets avec moins de ménagements que nous autres Allemands. Notre sens de l'ordre et de l'économie se manifeste avantageusement sous ce rapport.

Le comte Clary avait apporté de France à Wilhelmshœhe maintes nouvelles qui me furent racontées à l'occasion. Les craintes au sujet de ce que réservait l'avenir paraissaient

1 Environ quarante mille francs.

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très répandues dans la population. Les francstireurs et les gardes nationaux étaient presque partout un objet de terreur ; on les redoutait pour le cas où, de même qu'à Paris, après la capitulation, ils ne pourraient, dans le pays, après la conclusion de la paix, obtenir ni argent, ni solde régulière, ni emploi.

On espérait partout que la paix était assurée. Mais on estimait que si, contrairement à tous les vœux, la guerre reprenait, il faudrait avant tout songer à s'emparer de Langres, principal lieu de refuge de nombreuses troupes de francs-tireurs et d'autres bandes indisciplinées.

A la fin de février, tous les bagages étaient prêts, et on attendait littéralement d'une minute à l'autre l'arrivée de l'ordre libérateur.

Des visiteurs continuèrent à arriver que Dernières

l'Empereur recevait le plus souvent. Il s'ins- vlsltes

, ,-,,.,, , . , , reçues par

pirait sans doute de ridée très juste que c était rEmpereur

pour lui la meilleure manière de se renseigner

sur le monde extérieur et sur toutes les classes

de la société en France.

Parmi les nouveaux venus se trouvait un

M. Théodore Wolff, qui se présenta comme

conseiller communal de Cologne, et fut reçu

comme tel par l'Empereur. Personne ne savait

où ni quand il avait fait sa connaissance.

Vinrent en outre un M. Bargou, un M. Cou-

vreur et un M. Joli, — toutes personnes qui, bien qu'inconnues de tous, durent être annoncées, puisque l'Empereur était libre d'accorder audience à qui il voulait.

Le comte H y eut enfin un comte Meulan, venu de Meulan. Bordeaux. Par son langage, son extérieur et ses manières, cet homme me parut si peu recommandable, que je crus nécessaire de faire demander l'avis de l'Empereur au sujet de cette visite ; j'avais d'ailleurs, avant l'arrivée du personnage, reçu un télégramme par lequel le chancelier m'informait qu'il n'avait donné aucune mission à ce comte légitimiste, et qu'il ne le connaissait pas du tout. Il semblait qu'à Wilhelmshœhe, il fût également inconnu et qu'on se montrât tout d'abord circonspect à son endroit. Mais il faut croire qu'on avait fini par découvrir un fond estimable sous la rude écorce, car quelques jours plus tard, le général Castelnau m'écrivit au sujet du comte : « Un gentilhomme, légitimiste par principes, bonapartiste par raison, ayant horreur de la république. Il a donc emporté nos sympathies et a plu à V Empereur par sa sincérité et la chaleur de son dévouement; — il en faudrait beaucoup comme celui-là. »

Le comte me dit que c'était seulement après

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l'arrivée des élus de Paris que l'esprit de l'Assemblée nationale était devenu mauvais, et qu'alors cent membres étaient passés du côté des Parisiens. Selon lui, on était perplexe à Bordeaux et l'on ne savait quel parti prendre. Il ajouta que, d'une façon générale, il n'y avait qu'une opinion dans le pays, que tout le monde espérait la paix, puisqu'il n'y avait plus ni généraux, ni argent, ni hommes pour continuer la guerre.

Le 27 février, se répandit, — sans doute propagé par les domestiques de l'Empereur, — le bruit, complètement dénué de fondement, que notre souverain avait rendu la liberté à ses prisonniers.

Pendant tout ce mois, l'Empereur était en La santé de excellente santé et fit plusieurs fois de longues l'Empereur. excursions à cheval. Vers la fin du mois, il resta même, un jour, près de trois heures en selle et se sentait très bien pendant et également après cette chevauchée, — preuve certaine qu'à l'époque de sa captivité chez nous, il ne sentait encore aucune atteinte du mal qui devait l'emporter plus tard.

On se rappelle peut-être qu'en automne, lors de l'arrivée de Napoléon à Wilhelmshœhe, j'avais reçu un ordre modifiant les instructions qui m'avaient été données précédemment

au sujet des honneurs à lui rendre. Pour éviter le retour d'un fait semblable à l'occasion du départ prochain, j'adressai, dès lors, une question à notre Empereur. Par télégramme, je reçus la réponse suivante :

« Si l'Empereur part avant que j'aie reconnu la République, ce qui serait porté à votre connaissance, vous placerez une garde d'honneur près du château et à la gare, sans demander d'instructions. Si la reconnaissance a eu lieu, vous n'agirez ainsi qu'après avoir demandé des instructions. Dans tous les cas, vous ferez barrer le quai de la gare. »

« Guillaume. »

Echec de la Le 3 mars, Napoléon me fit savoir qu'il désimission de rait me parler. Je me rendis à Wilhelmshœhe, emportant une lettre de Farincourt qui venait d'arriver pour l'Empereur. Napoléon paraissait avoir attendu la lettre. Il la prit vivement et la lut. Il ne dut pas en être satisfait, car Faro, comme avant lui Duparc, était arrivé trop tard.

L'Empereur me raconta que notre Chancelier avait demandé à Farincourt pourquoi son maître n'avait pas formulé ses désirs, lors de la conclusion de la paix ! « Quels désirs veut-on

Farincourt.

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donc que je formule encore à présent? » dit Napoléon avec une certaine amertume. « Tout ce que je puis faire maintenant, c'est d'attendre ce que le Roi, votre maître, décidera. »

Quelle parole delà part d'un homme qui, un an auparavant, régnait encore sur la France ! Maintenant, il est vrai, il avait raison de parler ainsi, et je ne pus refuser ma compassion au souverain déchu.

« Votre Majesté, répondis-je, a l'avantage de n'avoir pas eu à conclure la paix. »

« En effet, répliqua l'Empereur, et quelle Discussion paix ! » Comme je lui demandais s'il en trou- de Monts vait les conditions trop dures, il répondit : ,,E « Ah! infiniment dures, principalement à cause au sujet des de la cession des deux provinces. » Je ne pus conditions m'empêcher de lui faire remarquer que la plus p

grande partie de ces provinces avait été pays allemand; qu'elles nous avaient été enlevées deux ou trois cents ans auparavant, que c'était la France, cette fois encore, qui nous avait provoqués, et qu'il était nécessaire pour nous de conclure une paix susceptible de nous assurer enfin la tranquillité. Après les sacrifices épouvantables que cette guerre avait demandés, notre gouvernement était en droit d'exiger cette garantie.

Napoléon me raconta alors que Bismarck lui avait déjà déclaré à Sedan, qu'avertis par l'expérience, les Allemands devaient faire en sorte que la paix à intervenir fût d'un caractère durable.

Moi aussi, je me rendais compte que seules, des conditions rigoureuses et le maintien implacable des exigences une fois formulées, pouvaient garantir un état de paix durable, et j'exprimai cette pensée. L'Empereur me répondit en invoquant des exemples, où les Français, n'obéissant pas à la seule nécessité, avaient fait preuve de gratitude, de reconnaissance et de magnanimité, et il déclara que ces qualités étaient des vertus nationales de son peuple. Pendant cette conversation, il ne cessa de laisser entendre qu'il aurait mieux valu pour tous les partis que notre Empereur eût renversé la République, rétabli Napoléon sur le trône et replacé l'armée sous ses ordres.

Cependant, le seul résultat d'une générosité si intempestive eût été sans doute de rendre les derniers mois de la guerre encore beaucoup plus sanglants et plus difficiles pour nous; car, certainement, l'armée française, rendue à la liberté, aurait fait cause commune avec les troupes de Gambetta. Je ne fis point part de cette opinion au souverain.

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De nouveau, l'Empereur en vint à parler de la violation de la parole d'honneur par les officiers français. Elle lui avait toujours été très pénible. Bien que, selon lui, la morale se fût déjà très relâchée dans l'armée française, pendant cette dernière année, il estimait que l'abaissement actuel en était dû au manque de principes du gouvernement. Il observa qu'on ne pouvait pas, décemment, juger toute une armée sur la violation de la parole d'honneur dont s'étaient rendus coupables quelques-uns, mais qu'il était possible d'apprécier les procédés d'un gouvernement, qui non seulement approuvait un tel acte, mais allait même jusqu'à le récompenser. Il avait appris, en effet, que dès le 13 novembre, le ministre de la Guerre avait publié un décret qui était tombé entre les mains des troupes allemandes et par lequel, désirant encourager les officiers à s'échapper des mains de V ennemi, il promettait une indemnité de 750 francs à tous les évadés. Ainsi, on avait littéralement constitué une prime à la violation de la parole donnée ! Était-il possible d'imaginer que, l'ordre rétabli, un gouvernement désireux de se maintenir au pouvoir, pour le bien d'un peuple, pût prendre la responsabilité d'une décision semblable?

Le préfet du département de la Côte-d'Or, Luce-Villiard, avait lancé, le 2 1 novembre 1 870, une circulaire non moins étrange. Il y était dit :

« La patrie ne vous demande pas de vous réunir en masses et de marcher ouvertement contre l'ennemi. Elle attend de vous que, tous les matins, trois ou quatre hommes résolus partent de leur commune, se postent à un endroit désigné par la nature même, et d'où ils peuvent sans danger faire le coup de feu contre les Prussiens. Ils devront de préférence tirer sur les cavaliers ennemis, dont les chevaux devront être conduits au chef-lieu de l'arrondissement. Je leur ferai verser une prime et publier leur acte héroïque dans toutes les feuilles départementales et dans le Journal officiel. »

Heureusement, on ne peut comprendre chez nous une pareille confusion des notions d'honneur, et l'Empereur français détrôné la déplora profondément.

Ce jour-là, Napoléon ne parla point de son départ imminent ni du choix de sa résidence, ce dont je me félicitai, puisqu'il m'eût été impossible de répondre aux questions s'y rattachant.

Ensuite, il passa à son sujet favori, son tra-

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vail sur l'organisation de notre armée. Il m'annonça que son ouvrage était terminé maintenant, mais que son éditeur lui avait fait faux bond. Puis il mentionna certaines divergences qu'il avait relevées parmi les auteurs allemands, et je lui donnai les éclaircissements nécessaires.

Cette fois encore nous parlâmes également du service obligatoire. L'Empereur avait toujours été convaincu de son utilité et, une fois de plus, il se déclara d'accord avec moi sur ce point qu'il formait un lien entre toutes les classes de la société.

Il était six heures, et je ne fus pas fâché, lorsque l'Empereur fit le geste bien connu m'indiquant qu'il considérait l'audience comme terminée. Je pris congé pour rentrer à Cassel.

Mais, dans l'antichambre, le général Castelnau m'attendait pour s'entretenir avec moi d'une affaire qu'à la vérité j'étais heureux de voir régler définitivement.

De tout temps, Napoléon avait témoigné un vif intérêt au sort de ses soldats prisonniers et leur avait fait parvenir des secours dans la mesure où ses ressources restreintes le lui permettaient. Souvent aussi, il envoya un de ses officiers aux dépôts, pour s'enquérir des hommes internés ou pour faire distribuer des dons. Mais bientôt, ces visites prirent le carac-

Etude sur l'organisation de l'armée allemande.

Intervention de Napoléon en faveur des troupes prisonnières.

tère d'inspections et donnèrent lieu à des inconvénients.

Il serait exagéré de prétendre que jamais l'entretien des prisonniers de guerre ne laissa à désirer en quelque point. Toutefois, il fut fait pour ces hommes ce qu'il était possible de faire. Quand des erreurs, des irrégularités ou des négligences se produisaient, il fallait le plus souvent les attribuer à des circonstances regrettables, mais inévitables. Des enquêtes révélaient presque toujours des causes telles qu'on en trouve dans toutes les guerres. Les plaintes transmises aux autorités militaires, par la voie régulière, furent toujours prises en considération, et l'on remédiait, dans la mesure du possible, aux défauts signalés.

Entre autres, je reçus, par l'intermédiaire du général Castelnau et sur l'ordre de Napoléon, une demande d'où il ressortait que les prisonniers internés à Breitenau ' avaient besoin de deux cents paires de souliers. Il y était dit que l'Empereur français voulait prendre les frais à sa charge, et qu'il demandait seulement que, par mon intercession, ces chaussures fussent prises dans un magasin central d'équipement.

Comme bien on pense, je déclinai catégori-

1 Village de la province de Hesse-Nassau.

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quement cette proposition. Je dis au général que, tant que les prisonniers se trouvaient entre nos mains, le soin de pourvoir à leur équipement nous incombait. Au demeurant, je le remerciai de sa communication et promis de remédier à cet état de choses. Et j'invitai d'urgence l'officier de territoriale qui commandait à Breitenau, de prendre aussitôt cette affaire en main.

Quiconque a été en rapport avec des soldats et connaît leurs exigences, sait quelle kyrielle de réclamations certains d'entre eux sont capables de formuler. Le plus souvent, ils choisissent dans ce but des époques de grande agitation. Ces éléments existent dans tous les corps de troupes de tous les pays. Plus une armée est disciplinée, moins des abus de ce genre ont l'occasion de se manifester. Mais la guerre est une période particulièrement propice à ces hommes et ils en tirent largement parti. Les soldats français faits prisonniers pendant cette campagne, et formant un mélange de toutes les armes, ne pouvaient être contenus que par une grande rigueur. Souvent, toute discipline avait disparu parmi ces troupes vaincues. Et comme, d'une manière générale, la discipline n'était pas très forte dans l'armée française, le maniement des soldats prison-

NAPOLEON III EN CAPTIVITE

niers suscita maintes fois de très sérieuses difficultés, parce que, continuellement, se produisaient des cas d'insubordination plus ou moins graves.

Une nouvelle requête du même genre m'ayant été transmise, je priai par lettre le général Castelnau d'inviter ces messieurs à cesser leurs visites aux prisonniers. Ma démarche se trouvait justifiée d'autre part par ce fait que, quelques jours auparavant, plusieurs cas de petite vérole avaient été constatés dans le dépôt en question. J'expliquai que je ne pouvais pas prendre sur moi d'exposer au danger de la contagion des personnes de l'entourage impérial.

Le 3 mars, je débattis encore une fois très brièvement ces incidents avec le général Castelnau et, une fois de plus, cet admirable officier, si plein de bon sens, approuva entièrement les dispositions que j'avais prises.

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