‹ La captivité de Napoléon III en AllemagneChapitre 27 sur 30 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

DERNIER ENTRETIEN AVEC NAPOLÉON. — L'EMPEREUR ET LE PRINCE IMPÉRIAL. — RÉCEPTION DE GUILLAUME A FRANCFORT.

(E 13 mars, j'eus pour la dernière fois un long entretien avec Napoléon à Wilhelmshœhe. Plus tard, lorsque je retournai le voir, ce fut pour lui annoncer sa mise en liberté imminente, et, enfin, pour aller le prendre au moment de son départ.

Bien que, ce jour-là, l'Empereur prisonnier ne pût pas encore se douter de ce qui avait été décidé à son égard, et que cette question dût le préoccuper vivement, je le trouvai tout aussi calme, aimable et bienveillant qu'il l'était en temps ordinaire.

Il me répéta ce que le général Castelnau m'avait prié de transmettre à notre Empereur, mais il ne formula nullement sa demande sur

Au sujet du rapatriement des prisonniers.

un ton pressant, pas plus qu'il ne lui donna le caractère d'une prière.

S'entretenant avec moi comme à l'ordinaire, il ne tarda point à aborder le retour de Farincourt de Versailles et l'entrevue de celui-ci avec le comte de Bismarck. Il trouva que les déclarations du chancelier étaient souvent vagues et qu'on ne pouvait pas bien comprendre ce qu'il voulait dire exactement. Ainsi, le chancelier aurait dit à Farincourt « qu'il ne s'expliquait pas que, du côté français, on n'eût pas utilisé les gardes internées en Allemagne. »

Tout en n'attaquant pas précisément notre grand homme d'État, Napoléon paraissait pourtant prêter toujours une certaine malice à ses paroles et à ses actes. Il parlait de lui sans dureté, il est vrai, mais comme s'il s'agissait de quelqu'un qui l'aurait consciencieusement « roulé ».

L'Empereur me demanda si des dispositions avaient été prises en vue du rapatriement des prisonniers et de la dislocation des dépôts. Je venais de recevoir du ministère de la Guerre les premières instructions détaillées à cet égard, et j'en fis part au souverain.

L'exécution de ces ordres était extrêmement difficile et réclamait beaucoup de sang-froid et de prudence. Car il ne s'agissait pas seule-

EN CAPTIVITE

ment de transporter toute une armée d'Allemagne en France, mais il fallait, en même temps, ramener les troupes allemandes de France en Allemagne, sans compter un immense matériel d'approvisionnements, de canons, de munitions, etc., qui devaient précéder ces transports.

J'expliquai que les chemins de fer étaient extrêmement encombrés, et qu'il fallait des efforts extraordinaires de la part de centaines d'employés, pour assurer le service réglementaire.

L'Empereur mit bientôt fin à l'audience, en disant aimablement que j'avais sans doute encore beaucoup de préparatifs à faire pour mon voyage à Francfort, et que, lui-même, dans l'attente de son départ prochain, était également fort occupé.

Je promis de revenir à Wilhelmshœhe immédiatement après mon retour, pour rendre compte à l'Empereur de mon voyage. Il se montra très reconnaissant de cette assurance.

Avant de prendre congé, je demandai encore des nouvelles de l'Impératrice et du prince impérial. Comme toujours, cette marque d'intérêt fit briller les yeux du souverain. Il éprouvait visiblement une véritable joie à parler des siens.

Une lettre

du

prince

impérial.

Il me raconta que le 16 mars était l'anniversaire de la naissance de son fils, et que celui-ci avait demandé à venir voir son père ce jour-là. Sur la réponse négative de l'Empereur, le prince lui avait télégraphié :

« Ma pensée est avec vous. Je vous remercie de votre bonne lettre, mais elle ne me console pas d'être loin de vous. Je vous embrasse tendrement. Remercie ces messieurs.

Prince impérial. »

Tout ce que j'appris sur les rapports existant entre le père et le fils me montra que l'affection la plus tendre les unissait.

Après avoir quitté l'Empereur, je trouvai presque tous ses officiers dans l'antichambre. Ils y avaient été conduits sans doute par le désir très compréhensible d'avoir par moi des renseignements précis sur leur départ si impatiemment attendu.

L'avenir leur apparaissait manifestement sous des couleurs peu réjouissantes, car ils ne savaient pas ce qui leur était réservé. Ils avaient l'intention de retourner le plus tôt possible auprès de leurs familles et d'attendre les événements. Ils pensaient que la plus grande

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partie des officiers se considéraient comme licenciés et se disperseraient dans toutes les parties de la France. Mais ils espéraient que, plus tard, ils seraient peu à peu réintégrés dans l'armée.

La mesure, en vertu de laquelle aucun des officiers rentrant de captivité ne devait provisoirement se rendre à Paris, était approuvée par les uns, blâmée par d'autres.

Le général Vaubert, toujours calme et pondéré, la jugea absolument opportune. En raison du grand nombre de jeunes esprits excités que comptait l'armée, et des tendances révolutionnaires qui régnaient dans la capitale de la France, il trouva une telle mesure de précaution parfaitement justifiée.

A peine rentré chez moi, je reçus un télégramme, par lequel le chancelier demandait qu'un personnage à désigner par Napoléon fût envoyé à Berlin. Aussitôt je transmis la dépêche traduite au général Castelnau, qui me fit savoir le même soir, à neuf heures, que l'Empereur l'avait chargé lui-même d'entreprendre ce voyage. J'en informai immédiatement le chancelier et lui annonçai l'arrivée du général pour le lendemain.

Les Français ne pouvant pas se passer de pseudonyme, le général partit le 14 pour Berlin, sous le nom de comte Courtois.

Arrivée

de

Guillaume

à Francfort.

Les jours qui suivirent furent les plus intéressants de ma vie, — des jours dont je me souviens avec un sentiment de véritable gratitude et qui restent gravés dans mon cœur.

Le 15 mars, je partis de grand matin pour Francfort. Le train était bondé de prisonniers français qui retournaient dans leurs foyers, d'Alsaciens et de Lorrains qui, désormais sujets allemands, furent les premiers remis en liberté.

Le temps, d'abord pluvieux, finit pourtant par s'éclaircir, de sorte que les très beaux préparatifs faits en vue de la réception de l'Empereur allemand à Francfort n'eurent pas trop à souffrir. Toute la ville était superbement décorée de drapeaux, de transparents allégoriques et de grands arcs de triomphe. Le soir, la ville devait être illuminée. Toutes les fenêtres donnant sur les rues par où l'Empereur allait passer, étaient louées à des prix élevés, et une foule immense se pressait dans la ville pendant toute la journée.

J'informai les autorités militaires de mon arrivée et j'envoyai mon adresse à M. von der Capellen, le maréchal de la cour du grand-duc de Hesse-Darmstadt, qui était venu à Francfort avec beaucoup de princes allemands.

L'Empereur devait descendre au palais du

EN CAPTIVITE

Grand-Duc, et toutes les dispositions étaient prises pour un dîner, auquel la suite de l'Empereur et de hautes personnalités étaient déjà invitées.

Naturellement, je tenais beaucoup à obtenir un ordre définitif au sujet du départ de l'Empereur français. Aussi guettais-je n'importe quelle occasion de voir Sa Majesté et de lui parler. Cela n'était guère facile ce jour-là, et dès le lendemain, notre souverain devait se remettre en route pour Berlin.

L'Empereur menaçait d'être débordé par toutes ces réceptions de personnalités princières et de délégations. Par conséquent, il n'y avait que très peu d'espoir d'être reçu en audience particulière, au milieu de toute cette agitation.

Je ne reçus pas d'invitation au dîner. Heureusement, Mme de Boyen, la femme du général qui avait accompagné Napoléon à Wilhelmshœhe, me voyant à la gare, m'invita à assister à sa soirée.

Le train de Sa Majesté était attendu pour 5 h. 15 de l'après-midi.

Le programme était le suivant : réception à la gare, dîner en grande tenue, visite de la ville illuminée, et enfin soirée chez le général de Boyen.

Où prendre, dans ces conditions, le temps d'accorder une audience? Par qui pouvait-on la solliciter ?

L'Empereur n'arriva que vers 7 heures, et ce retard bouleversa toutes les autres dispositions à tel point que la soirée ne put commencer qu'à 10 heures.

Depuis la frontière allemande, les ovations s'étaient succédé sans fin, et la moindre bourgade avait tenu à témoigner au souverain aimé sa reconnaissance pour tous les succès remportés avec tant d'honneur.

A la gare, la foule se bousculait violemment, de sorte que le premier président de Moeller et moi, nous avions grand'peine à conserver les places au premier rang qui nous appartenaient de par notre qualité de dignitaires désignés en première ligne pour recevoir l'Empereur. La bonne ville de Francfort était littéralement en extase et avait complètement oublié ses sentiments antiprussiens de jadis.

Ce fut pour moi une satisfaction et une joie de voir, dans l'attente de mon souverain, tous les personnages marquants de la ville que je connaissais si bien d'autrefois, du temps où, en 1854-56, j'avais été en garnison à Francfort, comme commandant de l'excellent 3 8e régiment d'infanterie.

Naturellement, on me demanda beaucoup de détails sur Napoléon. Il est vrai que cet intérêt qu'on manifestait pour la personne de l'Empereur prisonnier, s'inspirait moins d'un sentiment humain de compassion que de la haine encore vivace contre le prince détrôné.

Ce fut, lorsque le train entra en gare, une minute poignante, inoubliable. Des milliers de voix acclamaient le souverain victorieux, et pourtant on eût dit une seule clameur, un seul grand cœur plein d'amour, qui saluait le retour du monarque.

Il fut impossible de prononcer des discours au milieu de cette cohue, où chacun voulait voir son Empereur, ou tout au moins rapprocher pendant un court instant.

Le monarque rendit les saluts avec affabilité et bienveillance, et remercia les dames qui lui offraient des bouquets.

Enfin le cortège put atteindre les voitures qui devaient conduire l'Empereur et sa suite au palais grand-ducal et lentement, au pas, on se mit en marche.

Pendant que je m'évertuais à retrouver ma voiture perdue dans la bousculade, quelqu'un, dans l'obscurité naissante, me heurta. Je me retournai, et soudain je me trouvai devant notre prince royal. Il me demanda aussitôt

des nouvelles de l'Empereur français et ajouta que son auguste père me chargerait d'une communication pour lui. Cette nouvelle me causa un extrême plaisir, car elle me donnait la certitude que je pourrais parler à l'Empereur.

Ensuite j'eus l'occasion d'admirer l'illumination vraiment splendide de la ville et de me réjouir de l'allégresse irrésistible qui éclatait partout où passait l'Empereur.

L'hôtel du général de Boyen resplendissait sous des torrents de lumière. Devant l'entrée se pressait déjà une foule compacte qui attendait le monarque.

A 10 heures moins le quart, je me rendis à la soirée. L'Empereur n'arriva qu'après 10 heures. Sauf la maîtresse de la maison et sa fille, il n'y avait que des messieurs en grand nombre.

Le souverain répondit aux paroles de bienvenue des deux dames et du général de Boyen, avec ce charme irrésistible qui lui avait de tout temps conquis les cœurs. Puis, son regard tomba sur moi.

Sur un signe qu'il me fit, je le suivis dans une autre pièce, moins remplie d'invités, et où il me prit aussitôt à part dans un coin.

Il commença par me dire qu'il avait été

EN CAPTIVITE

favorable à la mise en liberté immédiate de Napoléon, après les préliminaires de la paix, puisque la conclusion proprement dite et définitive pouvait traîner encore pendant des mois, mais que le chancelier avait éprouvé quelques hésitations.

Je me permis de rappeler le texte de la convention qui accordait la mise en liberté immédiate des prisonniers. Passant ensuite aux affaires de Wilhelmshœhe, j'appris à l'Empereur que Bismarck avait désiré une entrevue avec un homme de confiance du souverain français, et que le général Castelnau se trouvait actuellement à Berlin. Ce fait était encore absolument inconnu de mon maître. Il ordonna qu'on le mît au courant du résultat de cette entrevue, dès le lendemain matin, avant 8 heures.

Cet ordre devait être télégraphié immédiatement au chancelier par le conseiller intime de légation Abeken1, et tout le monde se mit aussitôt à la recherche de ce petit homme intelli-

1 Henri Abeken fut l'un des plus dévoués collaborateurs de Bismarck. Depuis 1853, il occupa successivement divers postes importants au ministère des Affaires Etrangères. En 1870, il avait accompagné Guillaume àEms, où il composa la fameuse dépèche qui mit le feu aux poudres. Il suivit le roi dans la campagne de France. Sa bibliographie est extrêmement captivante : Henri Abeken. Une vie simple dans une épopée mouvementée, Berlin, 1904.

Le conseiller Abeken.

Échange

de dépêches

avec Bismarck.

gent et aimable. Chacun prétendait l'avoir vu encore peu de minutes auparavant, et personne ne savait ce qu'il était devenu.

Abeken n'était pas un personnage qui pouvait facilement passer inaperçu. Bien que sa taille fût invraisemblablement exiguë et ses traits rien moins que beaux, il attirait l'attention par la douceur de son regard intelligent qui donnait à sa physionomie une expression de bonté extraordinaire. En revenant de France, ce petit homme chevelu et hâlé ressemblait à un véritable gnome. On l'aurait promptement découvert parmi la foule imposante de ces guerriers, si seulement il s'y fût trouvé. Mais il avait disparu.

Comme il se faisait tard, j'offris de télégraphier moi-même au chancelier, et l'Empereur y consentit.

Le général de Boyen me conduisit dans la chambre de sa femme, à l'étage supérieur, et j'y rédigeai le télégramme suivant :

« Francfort-sur-le-Mein, 15 mars, 11 heures du soir.

« Au comte de Bismarck,

« Sa Majesté l'Empereur, à qui je viens d'apprendre ici que le général Castelnau est à Berlin, désire connaître, avant demain matin

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8 heures, le résultat de cette mission et de l'entrevue du général avec Votre Excellence. « Comte Monts. »

Le chancelier répondit aussitôt :

« Mon télégramme chiffré adressé aujourd'hui à i h. 40 minutes au conseiller intime Abeken, contient le résultat de mon entretien avec Castelnau. Pour le cas où ce télégramme ne serait pas arrivé, je répète que l'Empereur désire partir et que, d'après les termes de la convention de la paix, il serait difficile de lui en refuser l'autorisation.

« Bismarck. »

Lorsque je retournai au salon, Abeken y était revenu. D'après ce qu'il disait, il avait reçu un long télégramme de Napoléon et, connaissant la manière de voir de notre Empereur, il avait rédigé la minute d'une lettre française au souverain prisonnier. Il venait d'en donner lecture à Sa Majesté et, sur l'ordre de celle-ci, il la lut encore une fois pour moi. L'Empereur écouta également avec attention. La lettre était écrite en très bon français et disait en substance que Napoléon était libre de partir quand il lui plairait. La lettre exprimait aussi l'espoir que la communication tar-

dive de cette autorisation contribuerait à convaincre l'Empereur français de nos sentiments hospitaliers à son égard.

Notre souverain se montra très heureux du règlement désormais définitif de cette affaire. Il se déclara satisfait d'avoir pu assigner une si belle résidence à son adversaire prisonnier. Il ajouta en souriant, qu'il connaissait fort bien les épigrammes et les commentaires par lesquels le peuple avait manifesté son mécontentement contre cette décision.

A mon tour, j'expliquai en toute franchise à l'Empereur qu'à Cassel nous n'avions pas accueilli avec une joie excessive l'ordre, venu en septembre, d'installer le souverain français dans un des plus beaux châteaux de notre pays. Mais j'ajoutai que, depuis lors, nous nous étions rendu compte de la sagesse de cette mesure ; car le traitement généreux accordé au vaincu ne pouvait être qu'à l'honneur du vainqueur.

L'Empereur m'ordonna de venir prendre, le lendemain à 9 heures, la lettre destinée à Napoléon, et mit la minute en poche, après l'avoir soigneusement pliée.

Dès lors, trois points restaient encore à régler : la garde d'honneur, l'escorte jusqu'à la frontière et le train spécial.

EN CAPTIVITE

Bien qu'étant en soirée, et non dans le cabinet de travail du prince, je profitai de l'occasion pour demander des instructions sur ces points. Je ne pouvais pas savoir, en effet, si S. M. me recevrait encore le lendemain.

En ce qui concernait la garde d'honneur, Instructions

l'Empereur décida séance tenante de l'accorder, relatives ^ . „ . , . , . a la

CJuant a 1 escorte et au train spécial, on avise- libération

rait le lendemain. des

Le lendemain matin, ào heures précises, con- Pnsor*niers

r • t-* de Wil-

formement a 1 ordre reçu, je fus au palais. De helmshœhe

là, j'étais obligé de me rendre immédiatement à la gare de Hanau, pour accompagner l'Empereur en train spécial jusqu'à Bebra, ainsi que l'exigeait mon service.

Je ne tardai pas à être introduit auprès de mon maître. Il venait de terminer la lettre à Napoléon, la cacheta et me la remit. Ensuite, il m'entretint encore de l'Empereur français, de l'Impératrice Eugénie et d'autres personnalités qui étaient venues à Wilhelmshœhe pendant les derniers mois. Il ne cessait de répéter que ces rencontres et ces événements avaient dû m'intéresser vivement.

Pendant cet entretien, je pus me rendre compte très nettement de l'attention avec laquelle le prince avait suivi tous les incidents survenus à Wilhelmshœhe. Rien ne semblait

lui avoir échappé, et il était manifeste qu'il avait toujours étudié minutieusement les rapports que je lui adressais avec régularité.

Il me congédia avec des paroles bienveillantes, et en me chargeant particulièrement de saluer Napoléon de sa part.

Dans l'antichambre, je rencontrai le prince impérial et le grand-duc Louis de Hesse. J'allai me présenter à celui-ci, comme au maître du logis, et me rappelai à son souvenir, en lui parlant d'une entrevue que j'avais eue jadis avec lui. Le prince parut aussi se souvenir de moi.

Le prince impérial me chargea de ses salutations pour l'Empereur français et de ses remerciements pour l'accueil qu'il avait trouvé auprès de lui, trois ans auparavant, à Paris. De même, il transmit ses salutations au comte Reille qui, à cette époque, avait été attaché à sa personne.

Là-dessus, je me hâtai vers la gare de Hanau, qui était assez éloignée, et que je désirais atteindre avant l'arrivée des voitures impériales et grand-ducales. Avant mon départ, M. von der Capellen vint encore me présenter ses excuses, de ce que je n'avais pas reçu d'invitation au dîner de la veille, et se montra très

la Hesse.

EN CAPTIVITE

affecté de cette omission qui avait été le fait d'une erreur.

A la gare, l'Empereur fit très cordialement ses adieux au grand-duc.

Le coupé de notre souverain était rempli de personnalités princières. Le premier président de Moeller et moi, nous occupions celui du prince Frédéric-Charles, avec cinq aides de camp.

Le voyage à travers la Hesse fut triomphal. Voyage Partout, les paysans en habits de dimanche tno^Phal attendaient le passage du train. La joie générale Guillaume se traduisait par des cris d'allégresse, des ova- à travers tions sans fin. Les fermes, les villes, les châteaux, les gares étaient pavoises et décorés de fleurs, de guirlandes, de couronnes, et de tous côtés éclataient des fanfares, pendant que tonnaient les salves d'artillerie. Les fonctionnaires, les maires, les paysans, la jeunesse des écoles, — tous étaient accourus pour acclamer le souverain victorieux.

L'Empereur accueillait toutes ces ovations avec joie et reconnaissance. Il témoignait un intérêt particulier aux nombreux invalides qui étaient venus en uniforme dans les gares. Il ne cessait de se faire donner des détails, demandait où et quand ils avaient été blessés et s'enquérait de leur situation.

A Bebra, station-frontière de la province de

NAPOLEON III EN CAPTIVITE

Hesse-Nassau, M. de Moeller et moi, nous montâmes pour un instant dans le wagon-salon de l'Empereur, afin de prendre congé et de recevoir ses ordres, le cas échéant.

Le souverain était installé dans un petit compartiment avec l'aide de camp général de Treskow qui lui faisait son rapport, et des piles de dossiers, sur une table, prouvaient que l'Empereur s'occupait des affaires partout où il pouvait, et que, par conséquent, il était fort ménager de son temps.

Après que S. M. eut échangé quelques paroles avec nous, je demandai encore une fois des instructions au sujet du train spécial et de l'escorte, et des autres communications qu'il pouvait y avoir à transmettre à l'Empereur Napoléon.

« Non, c'est tout », me fut-il répondu. Ainsi, se trouvait réglée la dernière question qui m'occupât.

J'avoue que cela me faisait quelque peine d'être obligé, probablement, de voir le monarque français quitter le pays de sa captivité, sans être accompagné par un officier supérieur allemand.

Pendant que le train de mon souverain roulait vers la capitale en liesse, je partis pour Cassel, afin d'apporter à l'Empereur captif la parole qui lui rendait la liberté.

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