LE DÉPART DE NAPOLÉON
Ès mon arrivée à Cassel, à 8 heures du ^1§s)K soir, je me rendis immédiatement à Wilhelmshœhe , selon la promesse que j'avais faite à Napoléon. J'espérais ainsi garder la matinée du lendemain pour mon travail, car, malgré mes instructions, il était à présumer que bien des affaires s'étaient accumulées qu'il fallait régler maintenant
Il faisait froid de nouveau et une légère couche de neige recouvrait Wilhelmshœhe.
L'Empereur me reçut aussitôt. Le général Castelnau me salua dans l'antichambre et me dit brièvement la satisfaction qu'il éprouvait de son voyage à Berlin et de son entrevue avec le comte Bismarck, dont il me rapportait les salutations. Il m'assura en même temps que l'Empereur se réjouissait beaucoup de me recevoir.
Cette joie était naturelle : comme tous les Français à Wilhelmshœhe, il attendait la délivrance et espérait que j'apporterais la réponse attendue.
Le dîner venait de prendre fin, et comme à l'ordinaire, ces messieurs étaient réunis au grand salon. Tous étaient en uniforme, seul l'Empereur était en civil, ce qui me frappa, car je l'avais toujours vu en uniforme à ce moment de la journée.
Il me fit immédiatement passer dans son cabinet. Je rendis compte de la mission dont mon Empereur m'avait chargé et je remis la lettre de celui-ci. Napoléon la saisit avec hâte, comme une chose désirée depuis longtemps. Il ne l'ouvrit pas tout de suite, ce qui me frappa, le contenu de la lettre devant, il ne l'ignorait pas, avoir une grande importance pour lui. Ce n'est qu'après m'avoir posé quelques questions sur l'état de santé de l'Empereur, et m'avoir, selon son habitude, invité à m'asseoir, qu'il rapprocha les lumières et parcourut la lettre que je lui avais remise.
J'observai son expression, mais je dois avouer que, cette fois encore, rien dans ses traits ne décela aucune agitation intérieure. Après avoir lentement plié la lettre, il ne fit que de vagues allusions à son départ imminent. Il en arrête-
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rait le jour et l'heure, selon les propositions que je lui ferais. Lorsque je lui fis part des vœux de sympathie du prince héritier, il répondit qu'en rendant au prince le séjour de Paris aussi agréable que possible, il n'avait fait que son devoir. Après un court silence, pendant lequel sans doute il revit l'éclat de la situation qu'il occupait alors, il ajouta lentement : « Il y a longtemps de cela. »
Il reparla à nouveau de la parfaite organisation de notre armée et promit de m'envoyer sa brochure enfin terminée : V Organisation militaire de la Confédération de V Allemagne du Nord. Il me congédia ensuite, aimable comme toujours, en remarquant avec beaucoup de politesse qu'il ne voulait pas me retenir en ce moment, où je devais avoir à me remettre des fatigues de ces derniers jours. Dans l'antichambre, les généraux et les officiers de la suite me regardèrent avec une attention toute particulière, ce qui était naturel. J'avais hâte de rentrer. Je m'en tins donc vis-à-vis de ces messieurs à quelques phrases courtoises et brèves, qui leur annonçaient leur mise en liberté. Le général Castelnau m'accompagna comme toujours jusqu'à la porte du dernier salon, en s'informant s'il y aurait un train spécial. Je répondis que c'était là ce une affaire
On
accorde à
Napoléon
un train
spécial
jusqu'à la
frontière
belere.
administrative qui ne me regardait pas. » J'étais heureux (et c'était aussi dans l'intérêt de l'Empereur), de pouvoir employer cette réponse évasive. Il me paraissait impossible, il est vrai, qu'on ne traitât pas le monarque prisonnier au départ comme à l'arrivée. En tout cas, pour le moment, il n'y avait pas de mal à ce que les Français restassent dans l'ignorance au sujet du train spécial. Il leur était toujours loisible de le prendre à leurs frais, et il était toujours temps de le faire.
Satisfait du résultat de mon voyage à Francfort, et heureux à la pensée d'avoir conquis l'approbation de mon cher Empereur, je rentrai tard et harassé à Cassel.
Malgré les dernières paroles de notre souverain, j'espérais encore qu'une autre décision serait prise au sujet du départ de Napoléon.
Je ne m'étais pas trompé : le lendemain, je fus avisé qu'un train spécial était accordé pour le voyage de Napoléon, jusqu'à la frontière belge. Nous n'avions évidemment pas à nous inquiéter de la façon dont il se continuerait ensuite, ni à savoir qui en supporterait les frais. Il n'était pas davantage, cette fois, question d'une escorte.
Ce jour-là, 17 mars, le général Castelnau se fit annoncer chez moi à une heure extraordi-
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nairement matinale. Son arrivée me dérangeait beaucoup, de nombreuses affaires relatives au commandement général attendant leur règlement. Cependant, divers points concernant le départ de l'auguste prisonnier pouvaient avoir besoin d'être examinés, et je fis introduire le sfénéral. Heureusement, les monceaux de lettres non décachetées, dont ma table de travail était chargée, l'effrayèrent au point qu'il ne resta que très peu de temps. Il voulait d'ailleurs simplement me prévenir que l'Empereur désirait partir le dimanche i g mars, à 3 heures de l'aprèsmidi, et que toutes ses dispositions étaient déjà prises. Je dis immédiatement au général que le jour et l'heure ne me paraissaient pas heureusement choisis. Le dimanche et surtout le dimanche après-midi, il y aurait à toutes les gares une grande affluence. Même en faisant tout pour réduire dans la mesure du possible les arrêts dans les gares, l'heure du départ de l'Empereur ne pouvait pas être tenue absolument secrète, et il fallait s'attendre à maints désagréments, peut-être à des démonstrations hostiles. Castelnau promit de faire part à l'Empereur de mes scrupules et de me tenir au courant. Mais une telle avalanche de télégrammes et de lettres avait été dirigée de tous côtés, que le plan primitif ne
pouvait être modifié qu'avec de grandes difficultés ; donc il subsista. Tout le grand et petit état-major de l'Empereur, sans oublier M. Melz-Cohn, avait appris la grande nouvelle du jour, et les journalistes en avaient naturellement été informés. Aussi trouvai-je plaisante la lettre que m'adressa le général Castelnau pour m'informer que le jour du départ restait le même, mais que le moment en était changé, et fixé à i heure. Il me pria pourtant au nom de l'Empereur, d'indiquer 4 heures comme l'heure du départ. Cela ne pouvait pas changer grand'chose et, comme bien on pense, toutes les gares regorgeaient de monde. Dès que tous les points eurent été arrêtés par Napoléon, je fis part de ses décisions à mon Empereur. J'informai en même temps S. M. l'Impératrice et joignis à ma lettre à la souveraine une missive que Napoléon m'avait remise pour elle. Elle contenait, comme m'en informa son auteur, des remerciements pour la sympathie témoignée pendant la captivité. J'ajoutai aux deux rapports que j'informerais télégraphiquement LL. MM., dès que le départ de tous les Français aurait eu lieu effectivement, et je m'acquittai avec ponctualité de cette tâche auprès de LL. MM.
Le fait que Napoléon allait voyager, sans
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être accompagné par un officier supérieur allemand, ne laissait pas que de me causer quelque souci. Notre Empereur, à Bebra encore, avait répondu par un refus à la question que je lui avais posée à ce sujet. Mon espoir qu'il en déciderait autrement ne s'était pas encore réalisé le 17 au matin.
Je connaissais l'inhabileté des Français à se tirer d'affaire et leur ignorance de la langue allemande. Je savais quel ressentiment on éprouvait en Allemagne à l'égard de l'auteur de la guerre, et mon imagination me dépeignait les incidents regrettables que pourrait causer le voyage du souverain traversant sans escorte notre pays, victorieux sans doute, mais gravement éprouvé.
Le Roi des Belges avait désigné le général L'Empereur
Chazal pour recevoir l'Empereur à la frontière sera-t-1
r accompa-
et l'accompagner jusqu à Ostende. Ne devions- <yné par un
nous rien faire sous ce rapport ? officier
Je crus de mon devoir d'adresser encore, en supérieur
allemand?
dernière heure, une pressante dépêche au
comte de Bismarck, et j'eus le bonheur de le
voir acquiescer à ma demande.
Mon télégramme, adressé au chancelier, avait la teneur suivante :
« S. M. notre Empereur n'a pas accédé à ma demande de faire accompagner l'Empe-
reur Napoléon. Je me permets de m'en rapporter à Votre Excellence pour décider s'il ne serait pas plus convenable de prendre cette mesure, pour peu que cela soit possible, d'autant plus qu'en Belgique le général Chazal est désigné pour recevoir le souverain, et que chez nous, tout intermédiaire ferait défaut.
« L'Empereur part demain à i heure moins le quart. Prière de me répondre. »
Comte Monts, a
La réponse qui arriva par retour du courrier disait :
Une « Après lecture que je Lui ai faite de votre
escorte téléo-ramme, Sa Majesté me donne l'ordre de est &
accordée, vous télégraphier d'accompagner l'Empereur
Napoléon jusqu'à la frontière belge. »
de Bismarck. »
Je fis savoir immédiatement au premier lieutenant Brendemann qu'il eût à m'accompagner le lendemain, 19 mars, et à se trouver à Wilhelmshœhe pour le déjeuner, à 10 heures et demie. Le directeur du chemin de fer nous avait, après coup, fait prier de quitter la gare à 1 heure moins le quart au lieu de 1 heure.
Le 19 mars, la messe fut célébrée à Wil-
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helmshœhe comme tous les dimanches. A cause du départ, le service eut lieu un peu plus tôt. Je me rendis, après le service, au lunch, et Napoléon parut très satisfait que mon Empereur lui eût accordé l'escorte.
Tous ces messieurs étaient en civil, et, â ce qu'il me semblait, dans un état d'esprit grave et solennel. On eut dit que maintenant seulement, tous, même l'Empereur, comprenaient pleinement les conséquences de cette guerre sanglante.
Malgré l'heure matinale, le lunch ressembla plutôt, ce jour-là, à un dîner, de sorte que pour la route, des mets froids pouvaient suffire. L'état d'esprit de tous rendait impossible une conversation animée, et on parla peu à ce dernier repas de Wilhelmshœhe. Je remerciai l'Empereur de la brochure qu'il m'avait envoyée.
« Vous y trouvère^ peut-être bien des erreurs », dit-il; ce à quoi je ne pouvais rien répondre, ne l'ayant pas encore lue.
D'ailleurs, il eût été étrange que l'ouvrage de l'auteur français n'en eût pas contenu. Napoléon, pour l'élaboration de son sujet, s'était servi, en ces matières par elles-mêmes si difficiles pour un étranger, de livres souvent peu récents, et il est naturel que des inexacti-
tudes se soient glissées dans son travail. En tout cas, l'Empereur avait pénétré profondément l'essence de cette matière et compris parfaitement notre organisation militaire. En outre, j'avais toujours vu avec joie que ce travail littéraire procurait au malheureux souverain une évidente satisfaction, qui lui avait fait paraître moins long son séjour à Wilhelmshœhe.
Napoléon En descendant le grand escalier du château,
Napoléon trouva tous les serviteurs rangés
Wilhelms- dans le vaste hall. De tous côtés, on lui offrit
hœhe. des fleurs, qu'il accepta en remerciant et en
saluant avec affabilité.
Nous montâmes ensuite dans les voitures qui attendaient. Dans la première, l'Empereur et moi, nous prîmes place au fond, le prince Murât et le général Castelnau s'assirent en face de nous.
J'avais fait placer dans le haut du jardin, en face le portail d'entrée, un poste d'honneur, et un autre en bas pour barrer l'accès de la gare.
Malgré le froid, beaucoup de gens s'étaient assemblés pour assister au départ de l'Empereur. Tous demeurèrent calmes et silencieux ; de temps à autre, l'Empereur était salué, et il répondait à chaque salut. Pendant le trajet, il vanta la tenue et l'aspect des soldats qui
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faisaient la haie, et mon cœur aussi sautait de joie à la vue de ces troupes magnifiques. Parmi eux figuraient beaucoup de vieux soldats de l'ancienne garde hessoise ; bien vêtus, bien nourris, de forte carure, ils produisaient en effet, avec leurs figures franches et fraîches, une impression excellente sur tous ceux qui les voyaient.
Dans l'élégant wagon-salon du train spécial, l'Empereur prit place avec les généraux et moi, qui me tenais constamment à sa gauche. Les autres membres de la suite s'installèrent dans le compartiment suivant; les troisième et quatrième étaient pour la domesticité, les bagages venaient en queue. Les chevaux de l'Empereur avaient été envoyés à Arenenberg, en Suisse, sur la proposition qui en avait été faite par l'Impératrice Eugénie pour des raisons d'économie.
Le départ eut lieu dans le silence absolu d'un public nombreux. A Giessen, je reçus un télégramme de Cassel, annonçant les événements du 18 mars à Paris, où la Commune, c'est-à- Les
dire la République rouge, était triomphante
Je montrai le télégramme à l'Empereur. Il j$ mars. s'attendait sans aucun doute depuis longtemps à des événements de ce genre, car il ne marqua aucun étonnement, et dit avec beaucoup de
événements du
calme : « Ainsi la populace triomphe et occupe Montmartre qui domine la ville. » Ces paroles, prononcées en français, provoquèrent la curiosité des assistants qui demandèrent à connaître le contenu du télégramme. Napoléon le leur traduisit mot à mot, et je pus à nouveau constater avec quelle perfection le souverain français se servait de la langue allemande.
Visiblement, la nouvelle de ces événements produisit sur l'entourage de l'Empereur une impression plus profonde que sur lui-même. Lui, sans doute, avait tout perdu, mais il savait du moins sa famille en sûreté. Parmi ces messieurs, au contraire, qui pouvait en dire autant? Les horreurs de la Révolution de 178g se présentaient peut-être à leurs esprits et les remplissaient d'appréhension pour eux, pour les leurs et pour l'avenir.
De Cassel Pendant tout le voyage, on fuma énorme-
„ ,a ment. Le wagon-salon était rempli d'un véri-
Cologne. ° , . . „ . , , «
table nuage de fumée ; Napoléon donnait
l'exemple en fumant cigare sur cigare. Il
raconta qu'on lui avait tout pris à Paris,
même une provision de 100.000 cigares de
choix1. Mais, comme on n'avait pas fait de
1 II n'est que juste de dire que ces cigares ne furent pas fumés par les membres du Gouvernement de la Défense nationale. Ils furent adressés, par l'ordre d'Ernest Picard, à Jules
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grands achats de cigares à Cassel, il faut croire que quelques-uns de ceux de Paris avaient été sauvés, et étaient parvenus à Wilhelmshœhe.
Je fus très heureux d'échapper à cette horrible atmosphère de tabagie, lorsque, vers 5 heures, on servit quelques plats froids. A cette occasion, l'Empereur vanta de nouveau l'excellente cuisine de Wilhelmshœhe.
A mesure que nous approchions des bords du Rhin, la foule devenait plus compacte dans les gares. A Cologne, le commandant de la place avait pris des mesures excellentes pour le maintien de l'ordre. Presque toute la garnison et toute la police étaient sur pied, et ce que je savais de la populace de Cologne me fit apprécier l'opportunité de ces mesures. Comme on attendait ces jours-là le retour de nos troupes, on voyait partout, en vue de la réception, des drapeaux allemands et prussiens avec des banderoles immenses et, au-dessous, des écussons blancs, où se lisaient en caractères gigantesques les noms de Wœrth, Wissembourg, Metz et Sedan. Tout cela était distinct malgré l'obscurité naissante. Tout avait un aspect extraordinaire de fête, aspect
Simon, au ministère de l'Instruction publique, pour être vendus au profit des blessés.
Attitude
de la
population.
qui, à la vérité, dut être douloureux à des Français sortant de captivité et à leur Empereur humilié.
Etant donné l'esprit de la populace de Cologne, j'avoue que je tenais l'œil ouvert, lorsque lentement et avec précaution, notre train entra en gare, au milieu de l'enchevêtrement des rails. Je m'approchais tantôt d'une fenêtre, tantôt d'une autre, car je ne croyais pas du tout impossibles des manifestations isolées, qui eussent pu dégénérer en excès graves. En effet, on put percevoir à diverses reprises des cris et des coups de sifflet, mais à ma grande joie la foule ne se laissa point entraîner. Là où il n'avait pas été possible d'établir des barrages de soldats, plusieurs personnes avaient franchi des barrières en fer, pour être le plus près possible du train. Un jeune homme, d'ailleurs très correctement vêtu, s'était même hissé sur le marche-pied du wagon pour regarder par la fenêtre. Je lui reprochai cette inconvenance, et il quitta immédiatement la portière et le marchepied. La nuit était venue, et nous continuâmes notre route sans encombre, jusqu'à Herbesthal, où nous arrivâmes à 9 heures et demie.
Ici se passa une scène qui termina ma mission d'une façon intéressante.
Je me disposais à quitter le coupé, pour
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aller à la recherche du train belge attendu, lorsqu'un laquais annonça à l'Empereur la princesse Mathilde1.
La princesse, d'ailleurs, à peine annoncée, La prinparut elle-même. Elle embrassa l'Empereur cesse Maen sanglotant, et des larmes étouffaient sa voix lorsqu'elle voulut parler.
L'Empereur ne s'abandonna pas un seul instant à un semblable épanchement et me présenta à sa parente. On peut dire que Napoléon, pendant cette scène inattendue, ne conserva pas seulement tout son calme, mais montra même une grande froideur. Visiblement, la rencontre et l'attitude exaltée de la princesse lui étaient très désagréables. Coupant court, il lui demanda des nouvelles de son voyage et la contraignit ainsi à réfléchir pour lui répondre et à dominer l'émotion à laquelle elle était en proie.
Dans le wagon faiblement éclairé, je ne pus malheureusement pas distinguer les traits de cette femme dont la beauté était célèbre. Elle avait eu, comme tout le monde sait, une jeunesse fort mouvementée, et avait, en 1840, épousé le prince Anatole Demidoff de S. Donato, dont elle était séparée depuis 1845.
1 La princesse Mathilde Bonaparte, sœur du prince Napoléon Bonaparte, née à Trieste le 37 mai 18:20.
Divorcée, elle avait vécu plus tard à Paris et fréquenté la Cour.
Naturellement, l'Empereur et la princesse s'entretinrent bientôt d'affaires de famille. Désireux de ne pas paraître indiscret, je voulus saisir ce moment pour prendre congé.
Une petite pause ayant eu lieu dans la conversation, j'annonçai à l'Empereur que nous étions à la frontière et lui demandai s'il avait encore quelque désir à exprimer ou quelque commission à me donner.
Napoléon, au moment de mon départ, ne cessa de me recommander de le rappeler au souvenir de S. M. l'Empereur allemand et de S. M. l'Impératrice, et renouvela les expressions de sa gratitude et de son entière satisfaction.
Ainsi prit fin ma mission, et l'Empereur Napoléon continua sans encombre son vovage par Verviers et Malines jusqu'en Angleterre, où l'attendait à Douvres S. M. l'Impératrice.
Plus tard, je reçus à diverses reprises des nouvelles au sujet des messieurs de son entourage, mais je ne puis me porter garant de leur exactitude.
Les comtes Pajol et Lauriston, me disait-on, servaient les intérêts de Napoléon en France; le comte Reille, qui se retira dans ses terres,
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se serait rapproché des milieux légitimistes, tandis que le général Castelnau vivait très paisiblement avec sa famille dans le midi de la France. Le commandant Hepp, disait-on, avait été appelé à faire partie d'une commission d'enquête, ce qui permettrait de conclure qu'il consentit à servir la République.
Depuis 1871, Napoléon lui-même vécut, comme il en avait eu l'intention, à Chislehurst. Peut-être n'avait-il pas perdu tout espoir de reprendre un jour le pouvoir. D'après ce que rapportaient les journaux, il s'occupait toujours beaucoup de travaux littéraires. On sait qu'il avait trouvé bon accueil en Angleterre, selon la tradition du peuple anglais à l'égard des exilés du continent.
La Reine aussi montrait beaucoup de sympathie à l'Empereur tombé de si haut, maintenant complètement réduit à l'impuissance et haï surtout dans sa propre patrie.
Je dois dire que je n'ai jamais pu com- Dernières
prendre la haine que nourrissaient beaucoup appré-