LA SUITE DE L'EMPEREUR
i les gens de l'entourage de l'Empereur m possédaient les usages mondains et étaient de bonne compagnie, au point de vue intellectuel, ils étaient de beaucoup inférieurs à leur maître impérial. De même, l'insuffisance de leurs connaissances positives était souvent étonnante.
Les connaissances linguistiques de ces officiers étaient pour ainsi dire nulles. Seul, le commandant Hepp, un Alsacien, parlait l'allemand. La langue anglaise était inconnue à la plupart d'entre eux, aucun ne la parlait couramment. Ces messieurs se servaient toujours du français et leurs conversations ne s'élevaient jamais au-dessus d'une honnête moyenne.
Mais il était intéressant de les entendre parler de leurs aventures guerrières, récits dont
les expéditions africaines, la guerre de Crimée, la campagne d'Italie, les expéditions de Chine, de Cochinchine et du Mexique faisaient généralement les frais. Ils les racontaient sans aucune fanfaronnade, mais ne se faisaient pas prier pour en parler.
Le fameux mot : « L'Empire, c'est la p aix '» , s'accordait mal avec les propos de ces messieurs narrant les multiples conflits, auxquels le nouvel empire avait été mêlé sous Napoléon III.
C'est que le neveu du grand Corse avait besoin de victoires, pour se maintenir. De là, la guerre de Crimée et la réception du jour de l'an de 1859 avec ses conséquences2.
Vint ensuite la malheureuse guerre du Mexique. Afin de conserver intact le prestige
1 « L'Empire, c'est la paix » sont les paroles que Napoléon, pendant sa présidence, prononça à l'occasion d'un banquet donné en son honneur à Bordeaux, le 9 octobre 1S52. Son discours se terminait par ces mots : « Malheur à celui qui, le premier, donnerait en Europe le signal d'une collision dont les conséquences seraient incalculables! »
2 Quoique la guerre contre l'Autriche eût été préparée de longue main, on ne s"attendait pas à ce qu'elle éclatât sitôt, car Napoléon ne partageait qu'avec quelques rares initiés les mystères de sa politique italienne. Il y eut une panique générale, lorsque Napoléon, recevant le corps diplomatique le i°r janvier 1859, dit à M. de Hùbner, ambassadeur d'Autriche : « Je regrette que nos relations avec votre gouvernement soient moins bonnes qu'auparavant. Pourtant, je vous prie de faire part à l'Empereur que mes sentiments personnels pour lui n'ont pas changé. » On sait que la guerre éclata quelques mois après, au printemps.
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du pays, il fallait une nouvelle pièce à grand spectacle. La mise en scène eut lieu : la deuxième Exposition universelle de Paris (1867). Elle fut incontestablement un grand succès et, grâce à elle, la capitale de la France gagna sous beaucoup de rapports, et principalement s'enrichit de nombreux monuments.
Il est certain que Napoléon III a rendu de grands, de très grands services à son pays, et l'on doit s'étonner que, malgré les nombreuses complications guerrières qui ont marqué son règne, la prospérité de la France ait pu être portée à ce point.
Napoléon aimait à s'entourer de grands noms dont l'éclat datait de l'époque du Premier Empire. Aussi y avait-il parmi les Français qui se trouvaient à Wilhelmshœhe, plusieurs personnalités dont les parents avaient déjà joué un rôle au commencement du siècle.
J'ai dit que c'est avec le général Castelnau, premier aide de camp général de l'Empereur, que j'avais des rapports de service presque quotidiens. Le bon sens et le tact avec lesquels cet homme, âgé de soixante ans environ, jugeait la situation, rendirent aisées mes relations avec lui. Je comprenais fort bien que, pendant longtemps, on lui eût confié la haute situation qu'il occupait dans l'armée française
et aussi que l'Empereur l'eût employé à des missions extraordinaires. Le général Castelnau me raconta un jour que Napoléon l'avait envoyé au Mexique pour décider l'empereur Maximilien à quitter le pays, lorsqu'il parut impossible aux Français d'y maintenir leurs troupes plus longtemps. Au cours de cet entretien, il défendit énergiquement les décisions de son maître.
« On a souvent, dit-il, jeté la pierre à Napoléon, lorsqu'il retira les soldats français du Mexique, mais on n'a pas considéré, ou l'on n'a pas voulu considérer que, peu à peu, l'armée française aurait été tout à fait épuisée par cette expédition. Il fallait faire venir de France des hommes, des chevaux, des canons, des munitions, des provisions, voire même de l'argent, et cela sans le concours des Chambres.
Par mesure d'économie, on avait, en deux ans, incorporé seulement 14.000 conscrits dans l'armée française, au lieu des 200.000 qu'on appelait sous les drapeaux en temps ordinaire. » Le général « Le général Castelnau était originaire du Castelnau. département des Landes. Quoiqu'il eût le type du Français du midi, il était grand et svelte. Tous ses actes et toutes ses paroles étaient bien médités et mûrement pesés. Son œil noir et malicieux disait la finesse et la pénétration de son intelligence. C'était une
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nature foncièrement noble, une personnalité qui convenait excellemment au poste qui lui était confié à Wilhelmshœhe.
Le plus jeune fils du célèbre maréchal Ney, Edgar Ney. Edgar Ney, prince de la Moskowa\ qui avait également pris part à la guerre comme général de division et avait été fait prisonnier à Sedan, était le second aide de camp général de l'Empereur. Pendant des années, il avait occupé le poste de grand veneur à la cour, et l'Empereur l'avait en particulière estime. Après la mort de son frère aîné, Napoléon l'avait élevé à la dignité de prince et lui avait conféré le titre de prince de la Moskowa.
Le prince pouvait avoir 55 ou 56 ans. Il était légèrement blessé, lors de son arrivée. Son cheval avait été tué sous lui, et lui-même avait été éraflé par une balle.
Sa bonne éducation et ses formes polies arrivaient à discipliner son naturel peu enclin à subir la moindre contrainte. Du reste, le prince de la Moskowa était le seul parmi les prisonniers de Wilhelmshœhe qui eût montré quelque velléité à ne pas s'adapter aux circonstances.
Sa situation à la Cour avait été des plus importantes et était due sans doute en grande
1 II était né en 181a et était marié depuis le 16 janvier 1869 à Clotilde de la Roche-Lambert.
partie à son nom et à sa fortune. Son mariage aussi avait beaucoup contribué à renforcer ses relations avec la Cour. Sa femme, née comtesse de la Roche-Lambert, était la fille de l'ambassadeur de France à Berlin. Elle avait épousé en premières noces le comte de Labédoyère et vivait dans l'intimité de l'Impératrice dont elle était la dame d'honneur et la confidente.
A table, le prince était toujours assis à la droite de l'Empereur. Mais il me cédait cette place sans aucune difficulté, quand j'assistais à un dîner à Wilhelmshœhe. J'y tenais d'ailleurs, parce que je me considérais comme l'hôte de mon souverain et non pas comme celui de notre adversaire prisonnier.
Le prince contait avec talent et était assez loquace ; il aimait surtout à parler de chevaux, de sport et de chasse. Il paraissait faire autorité en matière de chasse au loup.
D'après ce que j'appris peu à peu au sujet du prince de la Moskowa, je dois supposer qu'il avait été un des plus actifs partisans de la guerre. En juin 1870, c'est-à-dire peu avant le commencement des hostilités, il se trouvait dans une des villes d'eaux de Bohême et y rencontra mon ami de Gerstorff, qui était alors chambellan à la Cour de Saxe. S'entretenant
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avec lui de la possibilité d'une guerre prochaine, le prince déclara : « Mais nous voulons la guerre ! »
Indépendant, volontaire et gâté, le prince de la Moskowa faillit, un jour, entrer en conflit avec moi, mais le général Castelnau lui rappela à temps les égards qu'il me devait.
La femme du prince, en effet, avait eu un accident de voiture, lors d'une excursion en Suisse, et s'était blessée. Sur son désir et sur une demande adressée par moi au Quartier général, il obtint une permission de quelques jours et partit. Or, non seulement il ne revint pas à l'expiration du délai fixé, mais il ne me fit pas connaître la raison pour laquelle il prolongeait son absence. Je parlai de l'affaire au général Castelnau qui la prit en mains. Et bientôt après, je reçus une lettre courtoise du prince, qui ne tarda pas à venir s'excuser lui-même. D'ailleurs, la prolongation de son absence était parfaitement excusable, car, ainsi que je l'appris plus tard, il avait dû, se trouvant dans une situation financière momentanément embarrassée, s'occuper de trouver de nouvelles ressources pour lui et pour sa famille.
Tous ces hommes avaient été si sûrs de vaincre, qu'ils s'étaient sans doute munis seulement du strict nécessaire.
Le comte Le général de brigade et aide de camp général comte Reille, qui faisait partie de la suite de l'Empereur à Wilhelmshœhe, était un fils du général Reille, qui avait commandé le deuxième corps d'armée à la bataille de Waterloo. Comme si le père et le fils avaient été destinés à jouer un rôle dans la chute des deux empires, c'était le fils que Napoléon III, après la bataille de Sedan, avait envoyé avec une lettre auprès de notre Roi, pour lui annoncer sa soumission.
En 1867, lors de la visite de notre prince royal à Paris, le comte Reille avait été attaché à sa personne. Quelle ironie du Destin que, trois ans plus tard, ce fût lui qui eût à transmettre cette missive de son Empereur!
L'allure martiale du comte, sa démarche décidée et son verbe bref et précis, faisaient une excellente impression et dénotaient l'homme de bonne naissance.
A Wilhelmshœhe, il remplissait les fonctions de maréchal de la Cour impériale.
Il n'avait pas assez d'éloges pour la correction et le savoir-faire des domestiques de la Cour de Berlin qui avaient été envoyés à Wilhelmshœhe. Et, à part moi, je ne pouvais qu'approuver son jugement.
Nous avions à Wilhelmshœhe un véritable
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« sabreur », « un vieux grognard », en la personne du comte Pajol, général de brigade et aide de camp général. Son nom aussi figure dans l'histoire du Premier Empire, car son père était un des plus fameux généraux de cavalerie de Napoléon Ier.
Le comte Pajol était de haute taille, large Le comte d'épaules. Ses cheveux bruns et ses yeux fon- Pajol. ces lui donnaient une expression d'autant plus sombre qu'il avait le teint fortement hâlé, la moustache épaisse et extraordinairement longue. 11 paraissait avoir 56 ans. Il jugeait les choses et les gens avec liberté et indépendance. Plus que la plupart de ses compatriotes, il avait le don d'apprécier les événements du théâtre de la guerre sans préjugés, à vol d'oiseau pour ainsi dire. J'eus par exemple connaissance d'une lettre qu'il avait envoyée en France après la bataille de Sedan, et qui avait été publiée par les journaux : on l'eût dit écrite par un homme complètement désintéressé de ces événements plutôt que par un Français.
Napoléon avait pour lui une visible sympathie et aimait à l'entendre raconter, avec son air bourru, les faits de sa vie. Et jamais l'Empereur ne se formalisait de son laisser-aller, que le comte poussait parfois très loin.
De même que les autres officiers, le comte
Pajol paraissait avoir de la fortune. Il me raconta que le général de Zastrow, avec ses officiers du VIIe corps d'armée, avait pris logement dans son château, et il ajouta « qne tous ces messieurs étaient très polis envers Madame ».
Le général souffrait beaucoup de la goutte, de sorte que, pendant son séjour à Wilhelmshœhe, il était souvent alité.
Le général Le général de brigade Vaubert de Genlis,
Vaubert -^ ^e camp vénérai, était de manières préde Genlis. £ ° . ' r
venantes et tort aimables.
Il ne pouvait pas se glorifier d'ancêtres militaires ni d'une vieille lignée, mais il se montrait fier de descendre de Mme de Genlis1, dont il avait, je ne sais pour quelle raison ni de quel droit, accolé le nom au sien. Pourtant je ne crois pas que pour l'esprit et le savoir, il ait pu marcher sur les brisées de son aïeule. C'était un homme simple et modeste, et il se peut qu'il n'ait pas mis ses mérites suffisamment en valeur.
Il était d'ailleurs étonnant de voir Vaubert
1 Stéphanie-Félicité Ducret de Saint-Aubin naquit en 1746. en Bourgogne, d'une famille de qualité, mais pauvre. A seize ans, elle épousa le comte de Genlis. Elle fut chargée dans la suite de l'éducation des enfants du duc d'Orléans, Philippe-Egalité, et se fit un nom dans les lettres par des romans, comédies, etc. Elle a laissé d'intéressants mémoires.
Murât.
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de Genlis occuper le poste envié d'aide de camp général de Napoléon III. Car les écrits de sa grand'mère n'étaient pas en général de nature à lui concilier les sympathies de la Cour, et elle avait embrassé la cause orléaniste plutôt que celle des Bonaparte. Aussi est-il certain que le général ne devait sa situation à la Cour qu'à lui-même et non pas à sa famille.
Le prince Achille Murât1, officier d'ordon- Le prince nance, était un homme charmant. Proche ^Achille parent de l'Empereur, il occupait une situation un peu exceptionnelle, d'autant plus que son impérial cousin l'affectionnait tout particulièrement. Le prince Murât n'avait pas encore trente ans. Sa taille était élancée, bien prise, et sa figure avenante, sans être remarquablement intelligente.
Au début de la guerre, il avait été rappelé d'Afrique, où il avait été envoyé sans doute à cause de ses dettes. La tenue de chasseur d'Afrique qu'ornait la croix de la Légion d'honneur, seyait à ravir à cet homme jeune et alerte.
1 Né le 2 janvier 1847, petit-fils de Joachim Murât, roi de Naples, et de la plus jeune sœur de Napoléon, Annonziata Bonaparte, le prince Achille Murât était issu des noces du deuxième fils de ces derniers, Napoléon-Lucien Murât, prince de Ponte- Corvo, avec Caroline-Georgia Fraser. Il était marié depuis 1868 avec la princesse Salomé Dadian.
Les plus beaux jours de son internement à Wilhelmshœhe furent ceux qu'y passa sa jeune femme, une princesse Salomé Dadian, originaire du sud de la Russie.
La princesse était une délicieuse petite Caucasienne dont la vivacité et la gaieté détonnaient quelque peu au milieu de la gravité de cette époque. Mais comme son époux ne prenait pas non plus son sort au tragique, le couple mena une existence fort agréable à l'hôtel de Wilhelmshœhe. En effet, la princesse Murât ne pouvant naturellement pas être logée au château, ni demeurer seule à l'hôtel, le prince fut autorisé à habiter à l'hôtel avec sa femme pendant la durée de son séjour à Wilhelmshœhe.
La faveur témoignée par l'Empereur à son parent n'induisit jamais celui-ci à s'en prévaloir, et il fut toujours discret et correct. Le com- C'est le commandant Ilepp qui, au point de
mandant vue intellectuel, ressemblait certainement le pp* plus à l'Empereur. Jamais inactif, le souverain faisait très souvent appel au concours de cet officier vraiment intelligent et instruit, qui, possédant en outre la langue allemande à fond, lui rendait de bons services en qualité de secrétaire.
Je crois que bien des passages de la bro-
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chure1 que Napoléon écrivit sur la capitulation de Sedan, doivent être attribués à cet officier. L'Empereur me fit don d'un exemplaire de cet ouvrage.
Le commandant Hepp était un homme plein de tact, qui jugeait et comprenait fort bien son époque et son pays. A plusieurs reprises, il me parla de la situation regrettable où se trouvait la France.
Pendant le siège de Strasbourg-, il se montrait fort préoccupé du sort des siens. Son père nonagénaire avait dû, d'après ce qu'il me disait, chercher un refuge dans la cave de sa maison et y avait passé trois semaines. Naturellement la santé du vieillard en était fort ébranlée.
Le comte Lauriston était aide de camp et Le
officier de cavalerie. Il avait pris part à la comte
, ^ * . , . . , Lauriston.
campagne de Cochinchine et savait en parler
agréablement. D'une façon générale, il se mettait peu en avant, et d'ailleurs, je n'avais que de rares relations avec les membres plus jeunes de la suite impériale.
Le comte Davillier avait accompagné l'Empereur à Wilhelmshœhe, en qualité de premier
i a Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan », par un officier attaché à l'état-major général. Bruxelles iS'jo.
Le comte Davillier.
Rainbeaux
écuyer. C'était un homme de quarante ans environ. Le général de Boyen me l'avait signalé comme le seul parmi ces messieurs qui, pendant le court voyage de Sedan à Cassel, eût fait un timide essai d'indiscipline. Naturellement cette tentative avait échoué et provoqué la réprimande nécessaire.
Sa façon de s'exprimer, son attitude et ses manières faisaient du comte Davillier le type du Français, et il ne se montrait pas toujours irrépréhensible. Averti par le général de Boyen, je tenais toujours le comte à une distance convenable et je trouvais que cette réserve était parfaitement justifiée à son endroit. Rarement, il fit montre de connaissances hippologiques ou militaires. Je ne veux pas dire par là qu'il n'ait pas été au fait de sa charge de premier écuyer; mais le deuxième écuyer de l'Empereur, Rainbeaux, me paraissait plus compétent que lui. Je me rappelais son nom, car en 1867, c'est lui qui escortait le tsar Alexandre II, lorsque, le 6 juin, le russe Berezowky tira sur ce souverain. Rainbeaux s'était précipité en avant avec son cheval, pour couvrir l'empereur. Sa monture avait été blessée, mais le tsar était resté indemne.
Dans son attitude et ses manières, Rainbeaux était tout le contraire de son chef : de
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manières agréables, réservé et calme, bref, d'un commerce très facile.
Malheureusement, il était le plus souvent malade et souffrit beaucoup de refroidissements, pendant le rigoureux hiver de 1870-71. Son intention était de prendre sa retraite aussitôt après la fin de sa captivité. Cette intention fut facilitée par sa bonne situation de fortune.
Le sénateur Dr Conneau, l'ami et le confident Le Docteur de l'Empereur, était une personnalité connue tonneau, dans l'histoire de Napoléon ».
C'était un Corse tout petit, à l'air rusé. Dans son visage aimablement grimaçant, brillaient deux yeux noirs pleins de malice. La tête et le nez trop grands donnaient un air grotesque à sa silhouette gracieuse. Toute sa personne semblait composée de parties destinées à d'autres hommes d'aspect différent.
Grâce à ses relations étroites avec l'Empereur, Conneau avait acquis, peu à peu, une Sfrande considération.
1 Le Dr Conneau aida Napoléon à s*évader du fort de Ham, le 25 mai 1846. Le jour de l'évasion, il annonça que le prince était souffrant et disposa un mannequin dans le lit de Napoléon. Le commandant du fort pénétra bien dans la chambre, mais ne voulut pas réveiller le malade soi-disant endormi. Pendant ce temps, Napoléon, à qui M. Thélin avait procuré les vêtements d'un maçon, nommé Badinguet, sortait de la citadelle, la pipe à la bouche et une planche sur l'épaule. Il était déjà en sûreté quand la ruse fut reconnue.
Comme médecin, le sénateur n'était nullement remarquable, et lui-même ne cherchait pas à usurper un renom de praticien expérimenté. Mais il s'entendait à choisir des médecins adjoints fort habiles et instruits sous tous les rapports. Et c'est à eux qu'en réalité incombait tout le soin de traiter l'Empereur et les siens.
On racontait que Conneau jouissait de la confiance impériale à un degré tel, qu'aucune décision concernant des affaires d'état n'était prise, sans qu'il eût été consulté.
Cela ne l'empêchait pas d'être parfois en butte aux plaisanteries des généraux. Mais il savait toujours répondre à ces taquineries avec beaucoup d'esprit. C'était toujours un plaisir pour moi d'entendre le docteur, — que ses compagnons d'exil appelaient entre eux « le petit lièvre », — parler de choses même sans importance. Car sa façon de dire était toujours amusante, son jugement juste, et il savait en peu de mots dépeindre toute une situation avec clarté et précision.
Le Docteur Le second médecin de l'Empereur était le Corvisart. docteur baron Corvisart. Sa famille avait déjà eu des attaches avec le Premier Empire, son grand-oncle ayant rempli la charge de médecin auprès de Napoléon Ier.
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Le baron Corvisart était beaucoup plus jeune que le docteur Conneau. Il paraissait posséder à fond son métier.
Un long séjour à l'étranger lui avait permis de connaître des universités remarquables, des instituts d'hygiène et les représentants les plus éminents de son art. Il avait aussi vécu pendant longtemps à Berlin et tenait en particulière estime les médecins allemands, dont il appréciait pleinement la science solide et les travaux pratiques. Les noms de nos meilleurs médecins lui étaient familiers ; il connaissait personnellement bon nombre d'entre eux.
Enfin il me reste encore à parler de Fran- Francesceschini Pietri, le secrétaire particulier de Napoléon. D'origine corse et cousin de Pietri, le préfet de police de Paris, il approchait l'Empereur de très près, en sa qualité de secrétaire privé. C'est à lui qu'étaient confiées les parties de la correspondance impériale qui, en raison de leur importance, exigeaient une attention toute particulière. Pietri avait déjà accompagné l'Empereur pendant la guerre d'Italie, et à Wilhelmshcehe, ses services étaient naturellement de la plus grande utilité pour Napoléon, car personne n'était autant que lui au courant de tous les détails.
Pietri ne quittait que rarement l'antichambre
chini Pietri.
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de son maître. C'est là qu'il avait installé un modeste bureau et qu'il se tenait à toute heure à la disposition de l'Empereur.
S'il était occupé dans le cabinet de travail du souverain au moment de mon arrivée, il s'empressait régulièrement de rassembler ses papiers et de sortir. Je n'avais que rarement l'occasion de m'entretenir avec lui, mais il me fit l'impression d'un homme fidèlement dévoué à Napoléon. Il a continué à se montrer tel à l'égard de la famille impériale ; car il la suivit en Angleterre et, après la mort de l'Empereur, il demeura au service de l'Impératrice Eugénie.