‹ La Caravane de la mortChapitre 12 sur 23 · IA CAHAVANX 0# IA MORT · texte numérisé non relu

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chats, etc. Ce tubercule est toujours accompagné de lièvre au début ; la suppuration s'établit ensuite sur le bourbillon , et dure parfois une année entière* Quand l'enflure est guérie , il reste une cicatrice indélébile. Le visage « la poitrine, les bras» les jambes» sont les sièges ordinaires de cette désagréable maladie* Son nom est assez arbitrairement donné, car le mal n'est point particulier à Aicp. 11 s'étend au loin dans toutes les contrées voisines, il est fréquent à Antiocbc, Mossoul, Diarbekir, Bagdad, etc.

J'avais vu souvent les ravages du terrible bouton , mais rarement une tumeur aussi bien conditionnée que celte qui se plantait alors sur le nez dt notre bon master David, ce pauvre néz d'une dimension déjà si volumineuse.

Le mal était juché là, rouge , brillant, fort laid. Notre Anglais ne supportait pas la chose avec autant de stoïcisme qu'il eût convenu à un gentleman représentant la very great ami excellent nation*

Lindsay témoignait même une mauvaise humeur, une irritation dont les manifestations excitaient notre compassion et parfois notre hilarité.

En ce moment, master Lindsay restait assis pïès du feu, protégeant avec ses deux mains son malheureux nez contre la flamme et aussi contre les regards indiscrets. Tout à coup, se tournant vers moi , il me dit :

« Master, regardez ici.

— Où donc ?

— Sotie question! sur mon visage, naturellement, yes. Cela augmente- 1 - il ?

— Quoi ?

— S'dealb ! cette bosse a- 1 -elle beaucoup augmenté,

— Oui , très fort. Vous ressemblez à une citrouille.

— Ail tkvtls ! épouvantable , horrible , yes !

— Peut-être qu'avec le temps vous tournerez bientôt en ftwling'buH , sir.

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— Voulejt-vous avoir une paire de soufflets, master } S'il ne tenait qu'à moi, vous sentiriez cette affreuse enflure sur votre propre ne* !

— Soutïrex-vous ?

— Non,

— Eh bien, soye* donc plus gai,

— Gai? Xouuds ! Comment pourrais- je être gai , tandis que les gens doivent penser que mon nez colporte un $miff4m ;tabatière) par le monde? Combien durera la chose ?

— A peu près un an , sir, »

Il me fit une paire d'yeux qui me forcèrent \ reculer. Sa bouche restait grande ouverte, et le malheureux ne/., avec son suuflF-box, ressemblait h une montagne audessus d'un abîme béant*

« Une année ! cria enfin Lindsay. Toute une année ! douze mois!

— Environ,

— Oh ! ah ! horrible! abominable , abominable ! Kt il n'y a point de remède, pas d'emplâtre, pas d'onguent, pas de pommade pour l'enlever ?

— Non t rien, rien du tout...

— Mais toutes les maladies ont leur remède.

— Pas celle-là, sir. Cette tumeur n'est pas dangereuse le moins du monde; mais, si on cherchait ;\ la faire passer, à la couper ou à l'arracher, le mal empirerait rapidement.

— Allons ! Mais au bout d'un an , quand le bouton est guéri, le voit- on encore ?

— Cela dépend. Plus le bouton est gros, plus le trou qu'il marque reste visible.

— M v shv ! un trou !

— Hélas !

— Oh! malheur! Terrible pays! misérable contrée !... Si je pouvais rentrer dans Yolâ Euglanâ / tvell 7

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— Vous ave» bien le temps*

— Pourquoi le temps ?

— Que dirait -on dans la vieille Angleterre en voyant sir David Undsay avec un ne* qui se permet de bourgeonner? , .

— Hum î vous ave* raison ♦ master. Les gamins ties rues me poursuivraient partout. Il faut donc rester ici

et me,,. ,

— Sidt t interrompit Halef en ce moment, ne bouge

pas! » ,

J'étais alors assis sur le bord du chemin , tournant le dos au passage. Je supposai naturellement que le petit hadji avait remarqué quelque objet dangereux derrière

moi, « Que vois-tu ? t lui demandai- je,

— Des yeux. Juste derrière toi, il y a deux platanes et, entre lès deux , un bosquet de poiriers sauvages, Ccst l;\ que se cache l'homme dont j'ai vu les yeux»

— Les vois -tu encore?

— Attends, »

Il se mit à épier avec l'attention d'un chat guettant sa proie. J'instruisis les autres du danger. Ils étaient occupés à Pentour, sans le moindre soupçon.

« Attention ! » murmura enfin Halef.

Je me levai , affectant de chercher du bois mort pour notre feu. Je m'éloignai ainsi à une assez grande distance de notre campement, puis je fis volte-face, m enfonçant dans le petit bosquet que Halef m'avait désigne. Je parvins à me glisser sans bruit jusqu'aux deux platanes. Là je pus , tout à mon aise , admirer les deux yeux brillants de notre espion , dont la forme accroupie se dessinait tout près de moi.

Cet homme examinait tous les mouvements de notre petite troupe autour du feu. Mais lui-même, qui pouvaitil être? Nous nous trouvions dans une contrée absolu-

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ment déserte* A plus d'un mille à I* ronde, on n'eût pus rencontré le moindre village... Cet homme appartenaitil à quelque petite tribu kurde poursuivant Tennemi dans ces cantons inhabités ? Faisait -il partie d*une bande de nomades persans qui traversent la frontière et s'associent pour le brigandage ?

It pouvait bien être aussi tout simplement un Arabe errant, reste de malheureuses tribus décimées par la guerre» et dont les survivants cherchent â se rattacher aux tribus plus puissantes.

En tout cas, il était bon de prendre ses précautions. Je m'approchai en tapinois de notre homme, me précipitai sur lui et le saisis a la gorge avant qu'il eût le temps de se reconnaître. Paralysé par la surprise et fa peur, l'étranger se laissa facilement traîner ou plutôt porter jusqu'à notre campement.

Arrivé devant le feu , je tirai mon poignard en criant :

« Ne bouge pas, ou tu es mort ! »

Mon intention était, certes, moins féroce que ma voix ; mais le prisonnier prit la menace au sérieux : il me demanda grâce.

« On te traitera comme tu l'auras mérité , répondis-je. Si tu mens, tu es perdu. Qui es* tu ?

— Un Turcoman de la race des Beyat.

— Un Turcoman ici ? »

Les vêtements de l'étranger confirmaient son dire. Je savais, du reste, que les Turcomans occupèrent longtemps le pays situé entre le Tigre et les frontières de la Perse; le nom des Beyat ne m'était pas non plus inconnu.

Le désert de Luri et la plaine de Tapespi avaient été le théâtre des courses guerrières de cette tribu. Lorsque Nadir -shah lit irruption dans la province de Bagdad, les Beyat, attirés par lui, s'établirent sur le territoire du Khoraçan, que Nadir -shah appelait is giatw 4e h Perse,

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à cause de sa configuration cl de son importance strate* gique, et qu'il voulait munir d'une population belliqueuse.

« Un licyat ï répétai* je. Tu mens ï

— Je dis la vérité » seigneur.

— Les Beyat n'habitent plus ici, mais dans le Khoraçan.

— Tu ne te trompes pas, seigneur ; seulement, lorsque les Beyat s'éloignèrent de ce pays, quelques-uns d'entre eux restèrent en arrière. Les descendants de ces derniers se sont multipliés, Nous pouvons maintenant réunir plus

de mille guerriers. Nous avons établi notre camp d'été « prés des ruines de Kizil-Karaba» sur les rives du Kou- < rou-Tchaï. » •

Je me souvins d'avoir effectivement entendu parler de ces circonstances. Je repris :

« En ce moment, vous campez dans les environs ?

— Oui » seigneur. >*

— Combien avez -vous de testes? *

— Nous n'en avons aucune. » J Cette réponse me surprit. Quand un nomade quitte le

camp sans emporter sa tente, c'est ordinairement pour voler ou pour se joindre à quelque groupe de guerriers. Je continuai mon interrogatoire :

« Combien d'hommes êtes -vous?

— Deux cents.

— Et de femmes?

— Nous n'avons point emmené les femmes.

— Où passez -vous la nuit?

— Tout près d'ici , au coin de ce petit bois.

— Vous aviez donc remarqué notre feu r

— Oui. Notre khan m'envoyait pour savoir quels hommes vous êtes.

— Où al lez -vous?

— Vers le sud. x

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