‹ La Caravane de la mortChapitre 15 sur 23 · M*A CAMA VANS »« LA · texte numérisé non relu

M*A CAMA VANS »« LA

donnaient en plein sur les visages ; nous nous voyions parfaitement les uns les autres.

Le khan était un homme dans la force de l'âge et d'un aspect belliqueux. Ses traits, l'expression de son regard, me plurent : ils inspiraient la confiance. Le respect que lui témoignaient ses compagnons prouvait en faveur de son caractère. Il savait en imposer. Lorsque nous fûmes assis, il me demanda :

« Connais- tu mon nom?

— Je ne le connais point.

— Je suis Heider Mtrlam (le lion Mirtam), neveu du célèbre Hassan Kerkoch-bey. En as- tu entendu parler?

— Oui. Il demeurait près du village de Djenia, sur la grande route de Bagdad à Tank. C'était un vaillant homme de guerre; mais il aimait la paix plus que les combats, et tous les opprimés trouvaient une protection prés de lui, »

Le khan mfayant dit son nom, la courtoisie exigeait que je me nommasse aussi» Je repris donc après une pause :

« Tes envoyés t'ont déjà fait connaître nos qualités. Nous sommes des Franks. Je m'appelle Kara ben Ne m si. »

Malgré l'empire que les Orientaux savent garder sur eux-mêmes, le khan ne put retenir un mouvement involontaire de surprise.

« Ayai s'écria- 1- il. Oh! Kara ben Nemsi! Alors, cet homme au nez rouge, c'est l'émir de PInglistan, qui cherche des pierres écrites.

— On t'a parié de lui ?

— Oui, seigneur. Tu viens seulement de me dire ton nom , et déjà je vous connais tous ! Ce petit homme qui tient la bride de ton cheval, c'est le hadji Halef Omar, devant lequel des hommes fort grands ont tremblé.

— Tu dis vrai.

— Et les deux autres ?

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— Les deux autres sont mes amis; leurs noms restent écrits dans te Coran 4 . Qui donc t'a si bien instruit sur notre compte?

— Tu connais Ibn Zedar ben Hoult, le cheikh des Abou-Hamed?

— Oui... Est -H ton ami ?

— 11 n'est ni mon ami ni mon ennemi. Ne crains rien, je n'ai pas à le venger sur toi.

— Je ne crains personne.

— Je le sais* J'ai rencontré Zedar ben Hoult à Eski- Nifri, et il m'a raconté toute votre affaire» Tu es cause qu'il doit payer un fort tribut. Sois prudent, seigneur; car, si tu venais à tomber entre ses mains, il te tuerait.

— Je me suis déjà trouvé entre ses mains, il ne m'a pas .tué. J'ai été son prisonnier, il n'a pu me garder.

— Il m'a appris tout cela. Tu as tué un lion pendant la nuit, et sans aucun aide; tu t'es enfui avec la peau de ranimai. Crois -tu que je te laisserais échapper, moi, ai tu étais mon prisonnier ? »

Cette question sonnait mal dans un pareil moment. Je répondis hardiment :

« Tu ne me garderais pas mieux que Zedar. D'ailleurs, comment t'y prendrais- tu pour me faire prisonnier?

— Seigneur, nous sommes deux cents, et vous êtes cinq!

— Khan, n'oublie pas que nous sommes des émirs du Frankistan ; moi et l'homme au nez rouge , nous valons deux cents Beyat !

— Tu es fier !

— Et toi, tu nous fais des questions indignes d'un hôte. Dois- je douter de ta parole, Heider Mtrlam ?

— Vous êtes mes hôtes, quoique ces deux hommes

1 Cette manière de parler indique que les gens ont de graves raisons pour garder l'incognito,

n'aient pas livré leurs noms. Vous aile* manger avec moi le pain et la viande* *

Lorsque le khan avait parlé de nos deux compagnons arabes, un sourire glissait sur ses lèvres, et son regard m'en disait assez. D'ailleurs, Mohammed Emin, nec sa magnifique barbe plus blanche que la neige t ne pouvait guère rester inconuu,

Le chef fit un signe. On apporta devant nous quelques carrés de cuir» sur lesquels on servit du pain, de la viande et des dattes. Quand nous eûmes suffisamment goûté ûe& mets, on remplit nos pipes de tabac» et chacun alluma la sienne a celle du khan.

Nous pouvions désormais nous regarder comme des hôtes. Je permis à Halef de remettre mon cheval aux soins des Beyat; il le fit, puis vint prendre place avec nous.

« Q.uel est le but de votre voyage ? demanda le chef,

— Nous allons à Bagdad.

— Vous passerez par Sinna, Voulez- vous faire route avec nous ?

— Nous le permets- tu ?

— Volontiers. Donne-moi ta main, Kara ben Nemsi. Mes frères seront tes frères; mes ennemis, tes ennemis. »

H me tendit la main ; j'y plaçai la mienne. Les autres imitèrent la même cérémonie. Décidément , nous avions trouvé un ami et un protecteur. Tout mon monde paraissait content. Nous n'espérions pas une si heureuse rencontre.

Plus tard nous devions nous féliciter beaucoup moins de cette alliance.

Quant aux Beyat, ils croyaient faire une bonne affaire en nous admettant parmi eux. Ils comptaient bien spéculer avec nous d'une façon ou d'une autre. •

« Quelles sont les tribus que nous rencontrerons sur notre route? demandai -je encore.

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— Ce pays est libre; tes différentes tribus y (owt paitte leurs troupeaux, tantôt ici, tantôt là, Cest la plus forte qui demeure maîtresse de la place.

— Comment se nomme ta tribu & l'invitation de laquelle vous vous rende* ?

— La tribu des Djiaf,

— Reçois mon compliment sur tes amis, car les Djiat sont puissants; les Chcikh-lsmaiil, les Zengeneh, les Kelogavaui, les Kolhore, et même les Cheuki et les Huilait, les redoutent*

— Émir* tu es déjà venu dans ce pays ?

— Non, jamais.

— Tu connais toutes les races,

— N'oublie pas que je suis un Frank.

— Oui, les firanks savent tout, même ce qu'ils n'ont jamais vu. Connais -tu aussi la tribu des Bcbbeh?

— C'est la plus riche des tribus de ce pays. Ses villages et ses tentes s'élèvent dans les environs de Soultmania.

— Tu es bien instruit. As-tu des amis ou des ennemis parmi eux ?

— Ni l'un ni l'autre. Je n*ai jamais rencontré personne de cette tribu , ni parié à aucun Bebbeli*

— Peut-être feras- tu bientôt leur connaissance.

— Nous les rencontrerons ?

— Peut-être, quoique je fasse tous mes efforts pour les éviter.

— Connais-tu bien exactement la route de Sinna?

— Très exactement.

— Sommes -nous encore bien loin de cette ville?

— Avec un bon cheval, on peut y arriver en trois jours d'ici.

— Et, de Sinna à Soulimania, combien y a-t-il de journées ?

— Deux environ.

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~- Partirons-nous de grand matin?

— Oui, ilè» le lever du soleil. Veux «tu te reposer? Si tu le Juge» convenable,

— Us désir» de l'hôte sont lu loi du camp. Vous êtes fatigués» car tu as laissé ta pipe, et Vamauhr (l'homme au bouton) ferme les yeux. Je voudrait vous voir dormir,

— tes Beyat sont d'agréables hôtes, Permets donc que nous étendions nos couvertures,

~~ Faites, Qu'Allah vous donne le sommeil ! » Sur Tordre du khan , on apporta les tapis qui lui servaient de couche. Nous nous arrangeâmes de notre mieux dmts nos couvertures. Je m'étais placé un peu en dehors du campeoitnt, non sans avoir allongé la corde de mon cheval avec mon lasso, que je nouai il mon poignet. De cette manière» l'animal pouvait paître à î'entour, et j'étais d'autant plus tranquille que Doyan dormait à mes

pieds*

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(IIHVfcWfc Rapprocha de moi : c'était l'Anglais, Il apportait ses deux couvertures et refaisait son lit prés du mien.

« Qu'est-ce que tout cela?.*, murmura -t- il. Où en sommes-nous avec ces gens? Vous oubliez que je ne comprends pas un mot... Us faisaient une poussière autour de moi! Merci!... »

Je racontai à Lindsay ce que le khan m'avait dit. Il

parut satisfait.

«c C'est une bonne chose pour nous que cette rencontre, n'est - ce pas ? demanda - 1 - il .

— Oui, voyager en sûreté pendant trois jours ou voyager dans les transes, cela fait une différence.

— Vous leur avez parte de Bagdad ? Pensez-vous donc réellement y aller, master ?

— Je le voudrais; mais c'est difficile.

— Pourquoi ?

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— Il faut que nous retournions ehe* les Haddedin, où vous reprendre» vos deux domestiques. D'ailleurs, je désire remeure Halef en bonne santé entre les main* de sa jeune femme. I! a fait trop de sacrifices pour moi » je dois le reconduire à son camp.

— C'est très juste, \wl Brave petit homme, il vaut mille fois son pesant d'orî.,, Kt puis je ne vois pas pourquoi nous ne nous rendrions pas droit chez nosHaddedin plutôt que d'aller à Bagdad,

— Vous vous plaises dans leur tente, sir?

— Oui , à cause des /ne/%* bnlls,

— > Oh ! les environs de l%dad sont riches en antiquités, il y a près de Hilla des ruines très curieuses, C'est là qu'on retrouve remplacement de Bahylonc. Le champ d'exploration a plusieurs milles géographiques de circonférence, quoique Babylone ait été moins vaste que Ninivo.

— Oh ! ah ï il faudra voir cela... Passons à Hilla, hein ?

— Nous ne pouvons encore rien décider. Le principal est d'atteindre sans encombre les rives du Tigre, on verra après.

— Très bien, après nous irons là «bas... Yes! mit! Gmi nighl !

— Bonne nuit I »

Le brave Lindsay ne soupçonnait guère alors quelles circonstances nous conduiraient dans cette contrée qui s'ouvrait à nos yeux. Il s'enveloppa dans sa couverture et ronfla bientôt. Je m'endormis aussi, mais non sans avoir remarqué que quatre guerriers beyat montaient à cheval, puis s'éloignaient du camp.

Lorsque je m'éveillai , le jour commençait à poindre. Plusieurs Turcomans préparaient déjà leur monture. Halef, toujours le premier en mouvement, accourait vers moi, me racontant qu'il avait vu aussi les quatre cavaliers partir, la veille au soir.

114 LA CAfiAYANX ùèt LA MORT

« Sidi, pourquoi auraient- il» détaché ces hommes, s'ils pensaient agir loyalement ? disait le petit hadji avec inquiétude,

— Je ne crois pas, Halef» que ces courriers nous concernent. Nous sommes tellement au pouvoir du khan» qu'il n'a nul besoin de comploter contre nous* Ne te tour* mente pas ainsi. »

J'imaginais que ces quatre Beyat avaient été envoyés en éclaireurs, à cause des périls de la route, et je ne me trompais pas, comme je pus m'en convaincre quand j'interrogeai le chef à ce sujet.

Après un frugal déjeuner, consistant en quelques dattes, nous nous levâmes. Le Khan avait partagé ses gens en pelotons qui se suivraient à la distance d'un quart d'heure. C'était un homme prudent et très attentif à la sûreté des

siens*

Nous chevauchâmes tout d'une traite jusqu'il midi. Ou fit halte alors, afin de laisser reposer les chevaux» Pendant notre marche, nous n'avions rencontré que quelques voyageurs isolés, Notre troupe se dirigeait d'après les signes et indications pratiqués sur les arbres ou les roches par les quatre éclaireurs.

Je ne me rendais pas bien compte de la route suivie. Hn partant du campement de la veille, Sinna devait se trouver au sud-est; mais, au lieu de suivre cette direction, nous marchions en plein vers le sud.

« Tu veux éviter tes Bebbeh? demandai- je au khan.

-*■ Oui.

— Cette tribu nomade se trouve donc à présent dans les environs de Sinna?

— Oui.

— Mais , si nous continuons à marcher de la sorte, au lieu d'arriver à Sinna, nous irons à Banna, ou même à Noucizgieh,

— Veux -tu voyager sûrement, seigneur?

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— Certes» je le veux.

— lit nous aussi. Donc il est facile de comprendre que nous fassions un détour pour ne pas rencontrer les tribus ennemies* II faut que nous chevauchions rudement jusqu'à ce soir, et puis nous nous reposerons , car nous devons attendre que la route de t'est soit libre» »

Cette explication ne me parut pas très claire; mais, comme je n'aurais pu en obtenir d'autre, je me tus.

Après une halte de deux heures, on se remit en stlle. Nous allâmes grand train. Je remarquai tes xig/ags qu'on nous faisait faire. On eut dit que les éelaireurs s'étaient étudiés a allonger la route par leurs signaux.

Le soir, nous descendîmes dans une gorge profonde* Je me trouvais prés du khan, qui avait pris le commandement du premier peloton. Comme nous allions remonter le bord opposé du vallon, nous rencontrâmes un cavalier dont te visage bouleversé prouvait qu'il s'attendait peu a se voir face a face avec des étrangers. Il se détourna, baissa sa lance et salua.

« Stthtm !

— Sultan ! répéta le chef. Où va ta voie ?

— Dans la forêt. Je chasse le chevreuil.

— A quelle tribu appartiens tu ?

— Je suis un Bebbeh,

— Sédentaire ou nomade ?

— Nous campons pendant l'hiver; l'été, nous conduisons nos troupeaux dans ies pâturages.

— Où habitez -vous l'hiver?

— A Noucizgieh, à une lieue d'ici. Tu peux y être dans une heure. Les nôtres vous recevront avec plaisir.

— Combien d'hommes êtes -vous?

— Quarante. 11 y en a plus encore avec chaque troupeau.

— Donne- moi ta lance.

— Pourquoi ? demanda l'homme un peu étonné.

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