J'ai une fcim de loup. Avez-vous quelque morceau ici
m li CAMAVANB && LÀ MOHT
~ Oui» certainement. Les yeux bleus, à moins que ce ne soient les noirs, car l'autre, celle qui n*est pas venue, les a noirs, bien sûr; bref, l'une d'elles nous a envoyé aussi des douceurs, »
J'aperçus alors près de moi un plateau d'argent, sur 2
lequel étaient déposés de la viande froide, du pain durci e
(espèce de biscuit) et toutes sortes de maxjb (gâteaux et i
conserves). A côté du plateau se trouvait une bouilloire, t
remplie d'un brouet composé avec de la viande piUe. Ce mets très réconfortant était encore chaud.
« Les kdies savaient donc le moment juste de mon réveil ? demandai-je en souriant. Elles ont fait chauffer la bouillie juste à point.
— Ce vase a été déposé depuis midi; mais, aussitôt qu'oVi le croyait refroidi , on dépêchait une vieille qui i l'emportait pour le faire réchauffer. Ce manège a duré jusqu'à tout à l'heure. Vous semblez en haute faveur i près de ces dames. » , '
Tout en mangeant, je jetai les yeux autour de moi. Halef, enveloppé dans sa couverture, dormait à peu de distance; l'Anglais restait assis à mes côtés. A part mes deux compagnons, je ne vis personne aux environs.
« Où donc est notre Persan ? demandai-je.
— Avec les femmes. Il a chassé ce matin et tué un chevreau sauvage. Ils mangent tous ensemble de ce morceau délicat, dont on a réduit pour vous une partie en bouillie.
— Et Amad?
— Il est parti de très bonne heure. Il voulait faire une promenade... Il était à cheval, et... »
Je me redressai vivement.
« Parti! m'écriai- je. L'insensé!...
^ Oui. Il est parti avec notre charbonnier et le Kurde
Soran. »
Je comprenais pourquoi il m'avait dit : « Allah me
JLA CA*AYANK &K LA WO«r 3*5
fait trouver par toi le moyen de venger mon père*,, » Ce Soran allait être son guide à la poursuite des Bebbch,
Hélas \ comment ne pas plaindre le malheureux Haddedin , seul contre cent î Les siens ne le reverraient jamais , c'était certain. Courir sur ses traces , impossible ! H avait trop d'avance» et je me sentais trop faible,,. Rien , d'ailleurs, ne l'eût détourné de son dessein.
« Montait-il le cheval noir ? demandai-je.
~~ Le cheval noir ? Non, il est ici, »
Voilà comment il me contraignait à accepter le cadeau ! Je n'éprouvais aucune joie ù cette idée. Le cheval eût peut-ôtre sauvé son cavalier. S'il m'avait donné le temps?,,. Mais non,... impossible!
Je ne pouvais rien pour le malheureux jeune homme. Je me reprochais mon long sommeil ; je voyais tous les dangers courus par l'intrépide Haddedin, Je ne parvenais pas à calmer l'agitation de ma pensée.
Je repris, après un moment de silence :
« Allô est avec lui, dites-vous? Lui avea-vous payé ses gages?
^ •— Non. Est-ce qu'il ne doit pas revenir? Oh ! alors j'ai honte de devoir à cet homme,
— Consolez -vous, master. Il a un cheval et un.iusil : il se croit riche. D'ailleurs, le Haddedin lui aura promis d'autres récompenses. Halef dort-ii depuis longtemps ?
— Il s'est endormi après nous avoir pansés, et lui aussi,... vers la fin de la nuit...
— Il avait bu du breuvage persan ?
— Certainement.
— Singulier ! Et vous , master, vous résiste» à tout ! » Ardjir-mirza vint à nous en ce moment. Je voulus
me lever; il me retint doucement de la main.
, « Reste assis, émir, me dit -il, continue ton repas.
Comment te trouves -tu?
— Très bien. Je te rends mille grâces.
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—. Ta fièvre ne reviendra pas » je te l'assure, Mainte* nant fil une communication a te faire» Amad el Ghattdour m*a parlé ce matin ; je comprends l'arabe. Il m'a raconté tout ce qu'il «ait de toi. Je te connais comme ii te connaît lui-même. A prient ii est a la chasse des Bebbeh, Il te supplie de lui pardonner de ne Savoir pas %
prévenu, et il désire que tu ne le suives pas. Il espère retourner chez les Haddedtn ; il t'y retrouvera. Voilà ce que je suis chargé de te dire*
— Je te remercie, Hassan Ardjir-mirza. Le départ d'Amad el Ghandour trouble profondément mon ame, mais je dois l'abandonner à son sort.
-~ Où vous diriges- vous maintenant?
— Nous allons en délibérer. Cet homme que tu vois ici, mon serviteur et ami» hadji Halef Omar, doit, en tout cas, retourner chez tes Haddedtn, car il y a laissé sa jeune femme. L'émir de i'Inglistan a aussi deux de ses serviteurs au camp de ces Arabes. Cependant nous ferions peut-être bien de nous rendre d'abord à Bagdad, pour reprendre le petit vaisseau de mon ami Lindsay-bey, qui nous conduirait, par la voie du Tigre, jusqu'aux pâturages des Haddedln.
— Eh bien, entendez -vous là-dessus» émir; mais, je t'en prie, si vous vous décidez à continuer jusqu'à Bagdad, ne vous séparez pas de mot. Vous êtes de vaillants guerriers. Je vous dois la vie et la conservation de mes biens; je voudrais vous prouver toute ma reconnaissance. Nous resterons en ce lieu tant que vos plaies ne seront pas guéries, puis nous nous mettrons en marche. Maintenant mange, bois, ne t'inquiète point. Je vais t'envoyer de nouvelles provisions. Vous êtes mes hôtes : rien ne vous manquera. »
Il s'éloigna. Deux minutes après accourait la vieille suivante, portant une foule d'excellentes choses entassées sur un second plateau d'argent.
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* Prends me dit- elle. Le maître vous envoie tout cela.
— Faites* vous du feu dans U cabine? demandai -je,
— Oui. Nous entretenons un petit leu, et nous avons un tljogmfar (trépied ), sur lequel tout est bientôt cuit,
— AUhfaty (petite mère), nous vous donnons beau* coup de soucis.
~- O émir, vous êtes les hôtes du maître. Vous ave» défendu nos vies A tous; vous pouvez commander ici, Mais je ne m'appelle pas maderka ; je n*ai jamais été mariée. On me nomme Alvah, »
Alvah me parut posséder un excellent caractère. Je résolus de cultiver son utile amitié* La bonne vieille s'était à peine retirée, que Halcf s'éveilla, bâillant et se frottant les yeux. H finit par se dresser sur son séant, regarda autour de lui d*uo air étonné; puis, se levant soudain, il murmura:
« Macb 9 Allah I Où est le soleil?*., ïi-bas! Il a donc rétrogradé? »
Comme moi, le brave petit hadji ne revenait pas de sa surprise. Il ne pouvait croire que son sommeil eût duré si longtemps, je lui appris le départ d'Amad el Ghan* dour.
« Parti sans nous prévenir, répétait Halef , c'est mal ! Qu'allons- nous faire, à présent? Te voilà libre, sidi; rien ne t'oblige plus à retourner chez les Haddedin.
— Crois- tu que je t'abandonnerais en route, Halcf? que je te laisserais t'acheminer seul au milieu de cette périlleuse contrée ? Croîs-tu que je ne regarde pas comme un devoir de te ramener prés du cheikh Malek et de Hanneh, ta femme ?
— - Sidi, le cheikh et Hanneh sont bien où ils sont; ils sauront m'a t tendre, j'aime Hanneh, mais je ne quitterai pas ton service pour elle. C'est moi qui te reconduirai au pays de tes pères.
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— Je ne puis exiger de toi un pareil sacrifice, Halef,
~ Ce n'est point un sacrifice» sidi; je suis ton serviteur, La vie que nous menons me plaît. Dis tout ce que tu voudras, je te suivrai toujours, * moins que m ne sois asses cruel pour me chasser de force, »
Je tendis la main à mon fidèle Halef, demeurant toujours assez indécis sur la direction à donner au voyage. Mais» en cet instant» mon attention fut distraite par l'arrivée d'un grand nombre des serviteurs du Persan, 11$ étaient ailés pêcher au fleuve, et rapportaient beau* coup de poisson. On apprêta le repas du soir» qui dut être excellent. Comme je venais de manger, je n'y pris aucune part. Je m'acheminai lentement du côté dt$ hautes roches où Ton avait disposé le tombeau de Mohammed» pour jouir du coucher du soleil, si admirable, vu de cet endroit,
L'astre touchait le bas de l'horizon \ il empourprait tout le ciel des lueurs les plus magnifiques. Ces teintes or et rouge allaient en se fondant au-dessus de nos têtes avec des gradations infiniment douces. Devant moi s'agi* talent au souffle du vent comme les flots d'une mer de verdure, Puis l'ombre du soir s'étendit lentement sur les forêts. Je n'aperçus plus que les arbres les plus rapprochés incliner leur feuillage, comme de fiers plumets, sous les caresses de la brise nocturne. L'ombre s'épaissit; l'horizon se borna davantage, les nuances de pourpre s'éteignirent au fond du ciel t tout disparut sous le manteau de la nuit...
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