‹ La Caravane de la mortChapitre 19 sur 23 · I.A CARAVANK OU M MO HT · texte numérisé non relu

I.A CARAVANK OU M MO HT

Je revins au camp par un détour asse» long, Tout le monde y dormait déjà* Four moi , je ne pouvais fermer les yeux : roulé dans mes couvertures, je passai encore une grande heure sans dormir, écoutant le cri des oiseaux de nuit» le moindre mouvement de mes compagnons.

Enfin le sommeil me saisit si bien, que je m'éveillai seulement vers midi. Halef m'apprit que l'Anglais était allé avec notre hôte dans la plaine pour chasser aux perdrix; ils avaient emmené Doyan. Les blessures du petit hadji, sans être plus dangereuses que les miennes, devenaient plus douloureuses. La vieille duègne persane lui avait en vain apporté un nouveau baume : ce pansement ne soulageait presque point mon fidèle serviteur.

« Combien resterons -nous encore ici ? me demandat-iL

— • Le temps nécessaire pour que nos plaies soient en bonne voie de guérison, cela va sans dire. As-tu pu manger, Halef?

— Oui, sidt, et de plusieurs mets excellents que je ne connais point. Ces Persanes s'entendent très bien en cuisine. Qu'Allah les conserve tant que nous en aurons besoin! »

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Peu après nos chasseurs arrivèrent avec un abondant gibier* Le Persan me salua amicalement» puis se rendit dans la hutte des femmes. Uudsay s'aistt & côté de moi»

« Comment! s'écria- 1- il, vous ne faites que de vous éveiller? vous déjeunes seulement?

— Oui* J'ai fort bien dormi dans ta matinée; la nuit avait été mauvaise,

— U'fUI nous vivons ici dans un pays de cocagne* Combien de temps cela durcra-t-ii?

*"- Jusqu'à ce que nous partions,

— /P#ï/v* wgtttiiwsf très intelligent! Où irons, nous, masier?

— Voulez- vous aller à Hadgad ?

— Oui, tel est mon avis» Surtout partons, les pays de cocagne sont des pays de fainéantise. Et, de Radgad, oit allons -nous?

— Je ne sais. Faut -il même pousser jusque -là ou prendre un autre chemin ? Jusqu'à présent , je n'ai encore songé qu'A la voie de Hadgad.

— Ah ! là-dessus réfléchissez, calculez, cela m'est indifférent ; mais partons. »

En ce moment la gracieuse Alvah sortit de l'abri de feuillage pour surveiller les serviteurs du mirza qui plumaient les pevdrix rapportées de la chasse. Son maître la suivit bientôt ; il me fit signe de l'accompagner. Nous nous éloignâmes lentement du camp. Arrivés à une place ombragée et couverte de mousse, le Persan s'assit en m'indiquant le tapis naturel qui s'étendait à ses côtés. Nous eûmes alors une conversation très intéressante. Il me dit :

« Emir , je me fie à toi ; écoute donc ce que je vais t'avouer. Je suis un proscrit. Ne me demande pas le nom de mon père ; il mourut d'un coup foudroyant. Ses amis dirent tout bas qu'on l'avait tué, parce qu'un concurrent s'était rencontré sur sa route. Moi, son fils, je devais le

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venger, J'ai accompli mon devoir ; mais il m*» fallu fuir avec les mien*, Avant de quitter mon pays» j*ai chargé tout ce que j'avais de précieux sur des chameaux dont j'ai confié îa garde à un serviteur dévoué» afin de transporter mon bien au delà des frontières de la Perse. Pour moi , j'ai pris une autre route. Je mats que je serais poursuivi , je voulais dépister les limier*. C'est pourquoi nous errons ainsi dans les montagnes du Kurdistan, Malmenant que tu sais qui je suis , réfléchis avant de te décider à continuer ton chemin avec nous, Je te devais cet avertisse* ment, »

Il se tut, Je repris aussitôt :

* Hassan Ardjtr-mtrxa, nous ferons route avec toi aussi longtemps que tu auras besoin de notre escorte. »

Le Persan me tendit la main en disant ;

« Merci, émir. Es-tu sûr que tes compagnons consentent \ me suivre?

— Très sur. Ils vont on je vais. Mais, en réalité, mina , quel est le terme de ton voyage ?

— L*Hadramaout *♦ »

L'Hadramaout ! ce nom m'étectrisa. L'inexploré, le redoutable Hadramaoutt J'oubliai à l'instant et mes fatigues précédentes et nos hésitations sur la route ù prendre. Je m'écriai vivement :

« On t'attend là-bas?

-- OuL J'y ai un ami, et je lui ai fait annoncer mon arrivée par un messager*

— Pourrons-nous pénétrer avec toi jusque dans l'Hadramaout ?

— Vous viendriez si loin , émir ? Je n'oserais demander une telle marque de dévouement même à mon meilleur ami.

* Hadramaout ou Hadramaut, contrée de l'Arabie méridionale (Arabie Heureuse). Elle tire son nom de« Adramites, qui la peuplaient autrefois avec Ica Saké***, *t<\

LA CAHAVANK *»# A* *M*T

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— M n'y a aucun dévouement dans ma proposition. Non* ferons volontiers ce voyage , si tu nous permets

de te suivre.

— Je t'en remercie» seignew. Restes avec .ions le plus longtemps possible. Cependant Je dois te faire remarquer encore que j'ai l'intention de visiter Kerbela avant de me rendre dans t'Hadramaout,

— Ah! oui. Nous sommes à la fin du mois de ailhidjê; celui de moharrem va commencer, et le 10 de ce mois aura lieu te grand pèlerinage de Kerbela,

— Certes» la /fcrf/VNMmii/af (la Caravane de la mort) est depuis longtemps en route. Moi aussi» je vais à Ker* bcla pour enterrer mon père au lien où Husseïn a souffert une si cruelle mort. Tu le vois, il te serait presque impossible de m'accompagner.

— pourquoi ? Je sais que les chrétiens sont bannis de Kerbela ; mais il ne leur est pas permis non plus d'entrer à la Mecque, et pourtant j'ai vu la Mecque*

— Si on te reconnaissait à Kerbela, tu serais mis en

pièces.

— On m'a reconnu a la Mecque, et je vis encore.

— Émir, tu es un homme entreprenant. Je n'ignore pas que mon père reposerait tout aussi bien entre les mains d'Allah, si son corps avait été enterré à Téhéran. Je n'eusse jamais fait le pèlerinage de Kerbela, de Nedjef ou de la Mecque, car Mohammed, AH, Hassan et Husseïn étaient des hommes comme nous; mais mon père, en mourant, a demandé qu'on l'enterrât à Kerbela : je dois remplir son dernier vœu. C'est pourquoi je me joins à la Caravane de la mort. Si tu venais avec moi dans la cité du pèlerinage, je ne te trahirais pas. Seulement, je t'en préviens, mes serviteurs ne partagent point ma manière de voir sur la loi du Prophète. Us seraient les premiers à t'assommer.

.-- Je te décharge de toute responsabilité. Où ren-*

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contrerons* nous le» chameaux que conduit ton servi* teurr

— Connais- tu Ghadhim» prés de Hagdad?

~- Une ville persane ? Qui, Elle est située sur ta rive droite du Tigre, en face de Madhim; une route assez bien entretenue la relie a Bagdad.

— Cest cela môme, li j'attendrai mes chameaux, Ils portent, comme tu le sais, une partie de ma fortune et le corps de mon père,

— Bien, Laisse-moi Raccompagner déjà jusqu'à cette ville; nous aviserons ensuite* Mats seras -tu toi-même en sûreté à Ghadhim?

— Je Fcspére. Le pacha de Bagdad ne me livrerait pas» quand même on me poursuivrait jusque-là.

— Ne te fie ni aux Turcs ni aux Persans, Tu t'es montré si prudent en prenant par les montagnes du Kurdistan ! Pourquoi te départir maintenant de cette prudence ? Ne peux-tu arriver à Kcrbcla sans te joindre à la Caravane de la mort r

— Je ne connais pas d'autre route»

— Laisse-moi te conduire*

— Pas plus que moi tu n'es du pays. Connais -tu un chemin ?

— Non, mais j'en trouverai un. Allah me donnera la science nécessaire.

— Mais il faut que je rejoigne mes gens à Ghadhim.

— Vas-y en secret; évite surtout Bagdad et la Caravane de la mort.

— Seigneur, je ne suis point un poltron; mes gens croiraient que j'ai peur.

— Bravo î J*aime à voyager avec des hommes hardis. Je suis de plus en plus décidé à l'accompagner partout.

— Donc, tu crois trouver un chemin qui nous conduise d'ici à Bagdad ?

— je n'ai jamais voyagé dans ce pays; mais nous

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autres, Européens» nous possédons des moyens de nous orienter et de nous diriger sûrement. Nous pouvons prendre par deux routes différentes : Tune traverserait tes monts Hamrin, au sud -ouest; l'autre longerait te cours du Djalah» en descendant jusqu'à Ghadhim,

— Combien comptes-tu de Jours avant d'arriver à

Ghadhim ?

~ Cinq jours par la première de ces routes, quatre

par la seconde*

~ Traverserions -nous un pays peuplé?

—, Oui , et c'est pour cela que Tune ou l'autre de ces routes me semble préférable.

~ Il y en aurait donc encore d'autres?

— Certainement, mais au milieu de déserts où les Bédouins pillards sont fort dangereux à rencontrer.

— A quelle tribu appartiennent ces brigands ?

En général aux Djerboa, qui viennent d'au delà

des frontières; il se trouve aussi quelques bandes de

Beni-Lam.

— Tu les crains ?

— Non, pas précisément; mais la prudence ne cornmande-t-elle pas de choisir, entre deux chemins, le moins dangereux? J'ai sur moi un passeport signé du Grand Seigneur. Cette recommandation peut servir à Djalah et dans l'ouest; prés des Djerboa elle n'aurait

aucun poids.

— Permets- moi d'être d'un autre avis. Un fugitif comme moi préfère les routes désertes. Si près des frontières persanes, je dois éviter ceux qui me poursuivent.

Tu as raison peut-être; mais ne sera-t-il pas au-dessus des forces de tes compagnes de traverser des terrains sans végétation et, en ce moment de l'année, particulièrement desséchés par l'ardeur du soleiï ?

EHes ne craignent ni la faim, ni la soif, ni la chaleur, ni le froid. Elles ne craignent qu'une chose : c'est

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