‹ La Caravane de la mortChapitre 2 sur 23 · CHEZ LES KURDES · texte numérisé non relu

CHEZ LES KURDES

Que le bienveillant lecteur, après m'avoir suivi jusqu'aux frontières des provinces turques.se prépare maintenant à m'accompagner chez les Kurdes»

La route d'Amadiah descend en pente rapide jusqu'à la plaine de Nevda. Nous marchions au pas, pour ménager nos montures ; mais, arrivés sur le terrain plat et rocailleux qui distingue cette plaine, nous éperonnàmes les chevaux. Bientôt nous aperçûmes le village de Maglana. Ce village ou bourg n'est habité que par des Kurdes sans cesse en guerre avec les chrétiens de Chaldée dont les environs sont peuplés.

Nous nous arrêtâmes à Maglana seulement pour demander notre chemin » puis nous nous avançâmes au milieu d'une contrée dévastée.

Les villages étaient détruits; des traces de massacre restaient visibles. Devant chaque seuil, des bêtes sauvages dévoraient tranquillement des ossements humains. On ne pouvait se défendre d'un frisson d'horreur en parcourant ces lieux.

10 LA CAHAVAXti f*ti IA ATOUT

A droite et à gauche s'élevait la fumée de l'incendie, tourbillonnant dans l'air, puis retombant sur les murs à demi calcinés.

L'ombre descendait rapidement; bientôt il faudrait nous arrêter. Enfin nous vîmes devant nous les toits d'un hameau encore intact. C'était le petit village de Tia, formé d'une trentaine de maisons. Notre itinéraire nous forçait a y passer la nuit, Comment serions-nous reçus par les habitants du lieu ? L'Anglais eût pu dire que « telle était la question *>;.., une question fort inquiétante assurément»

Les gens du pays nous avaient aperçus de loin ; un certain nombre venaient de monter à cheval et s'apprêtaient à nous traiter en amis ou en ennemis, suivant les circonstances.,. Ces hommes se tenaient à deux cents pas environ des premières maisons du hameau ; ils nous attendaient pour nous empêcher d'entrer, ou pour nous

servir d'escorte.

Je m'avançai vers ces guerriers. A mon approche, tous les gestes désignèrent mon cheval avec admiration.

Ce mouvement général me donna autant d'appréhension que de fierté. Un beau cheval, de bonnes armes, une bourse pleine, sont trois choses qui mettent la vie de leur possesseur en grand danger dans ce pays de brigands. t

Un des Kurdes, se détachant du groupe, fit quelques pas vers moi. Je lui adressai aussitôt un bonsoir amical. Il répondit à mon salut , mais en examinant ma personne et ma monture des pieds à la tête, du mors à la queue ; puis il me demanda :

ce D'où viens -tu ?

— D'Amadiah.

— Où vas-tu?

— A Kala-Goumri.

— Que venez -vous faite tous ici ?

LA GARAVAXK *>*' £4 M0H1 «

— Nous traverseras votre village» et nous vous demandons de nous prêter une hutte où nous puissions dormir celte nuit,

—, Nous n'avons point de huttes, nous sommes des Kurdes *Berwari; nous avons des maisons* Nous vous prêterons une maison » si vous nous prouve* que vous n'êtes pas âc$ ennemis,

— Comment pouvons -nous te le prouver ?

— En nous remettant entre les mains vos chevaux et vos armes, »

Je me contentai de répondre :

« Un homme ne se sépare jamais de son cheval» ni de

ses armes...

— Eh bien , vous ne pouvez recevoir l hospitalité

parmi nous,

— Nous irons plus loin» » repartis- je avec humeur, et

je retournai vers mes compagnons.

Les Kurdes s'étaient avancés; ils entouraient leur chet et semblaient délibérer. Lindsay me demanda:

« Qu'a -t-il dit?

— Il exige que nous lui remettions nos chevaux et nos armes» si nous voulons nous arrêter ici»

— Qu'il vienne les prendre ! grommela l'Anglais.

— Master, pour l'amour de Dieu, aucune violence en un tel lieu! Les Kurdes versent le sang avec plus d'insouciance encore que les Arabes... Si nous essayions de nous défendre, si nous venions à blesser l'un des leurs, nous serions perdus. Ils sont ici cinq contre un au moins.

— Hé! que faire?

— Continuons notre chemin. Ils voudront sans doute nous en empêcher; alors nous traiterons avec eux comme nous pourrons. »

Je mis mes autres compagnons au courant de la situation; ils m'approuvèrent, quoiqu'ils ne lussent pas des poltrons, tant s'en faut.

« LA QAHAYANH &H hA MORT

Les Kurdes rassemblés devant nous ne devaient pas tous appartenir au village de Tia» ce hameau ne pouvant avoir tant de guerriers à mettre sur pied. Une circonstance quelconque occasionnait sans doute cette levée en masse; peut -être se préparait -on à un combat. Ces hommes présentaient un aspect fort belliqueux; nous les vîmes, après avoir formé un cercle autour de leur chef» se ranger en peloton swréet attendre» sans bouger» notre résolution,

« Ils vont nous barrer le chemin , opina Mohammed le Haddedîn.

— Je le crois».. N'importe! ne nous servons de nos armes que dans le plus extrême péril,

— Il faudra faire un bien^rand détour pour éviter le village, dit de son coté mon brave Halef.

— Nous y sommes forcés,.. Allons. »

Nous commençâmes à marcher; mais les Kurdes s'ébranlèrent aussitôt, et le chef courut à moi. « Où vas-tu ? me cria-t-il.

— A Goumri. »

Cette réponse parut le contrarier; il reprit brusquement :

« Il est trop tard pour aller à Go uni ri , la nuit va s'épaissir.

— Nous trouverons peut-être quelque village sur notre chemin, ou nous coucherons en plein air.

— Les bêtes sauvages vous attaqueraient en plein air, et vos armes sont mauvaises. »

Il voulait nous faire parler. Je jugeai utile de le convaincre du contraire, au risque d'exciter davantage encore sa convoitise. Je lui dis donc :

« Nos armes sont excellentes.

— Je ne le crois pas.

— Tu ne le crois pas ? Une seule suffirait pourtant pour vous tuer tous. »

IA CAXAVANX &R h A MO HT 13

Il reprit en rïam ;

«Ta as une bonne langue, elle sait vanter son maître,,, Montre -mol tes armes, *

je pris mon revolver et dis au Kurde :

* Tu vois ce petit objet ? »

Puis, me tournant du côté de Halef, je lui criai ;

« Cueille une branche dans ce fourré, arraches- en les feuilles de manière qu'il n'en reste que six* puis tiens- la en l'air ; je percerai les six feuilles de six baltes, »

Halef obéit; les Kurdes se rapprochèrent* Je ramenai mon cheval en arriére, me plaçai à la distance voulue et visai* Les six feuilles furent percées.

Halef présenta la branche au chef du village,

« Kattra Kboudé (Bonté divine) I s'écria celui-ci, toutes les balles ont porté 1

— Bah! ce n'est pas malaisé*, chez, nous, le moindre marmot en ferait autant, repris-je d'un air dédaigneux. Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est qu'un si petit objet puisse lancer six balles sans être rechargé. Ne remarques-tu pas cela , mianoum (maire de village) ? »

Le chef tendit les feuilles à ses hommes. Pendant qu'ils les examinaient , je rechargeai promptement mon revolver derrière le cou de mon cheval.

« Quelles armes possèdes -tu encore? me demanda le nezanoum.

— Tiens, regarde ce mûrier. »

Je sautai à terre, pris mon fusil, un martini. Une, deux, trois, quatre, cinq,,., jusqu'à onze coups partirent.

Les Kurdes écoutaient avec une surprise croissante ; enfin ils poussèrent un cri d'admiration.

La plupart descendirent de cheval pour examiner l'arbre, marqué d'autant de trous. Cette petite expérience m'avait déjà servi chez d'autres peuplades; j'espérais parvenir à en imposer aussi aux véritables sauvages

14 LA CABAVAX8 »*? l*A MOBT

qui nous entouraient* Le chef revint vers moi et s'écria,

enthousiasmé :

te Kboudif les onze balles sont entrées dans l'arbre!,*. » Ce nom de Jhbiaft (seigneur) me flatta ; il prouvait que

le Kurde me reconnaissait quelque supériorité» « Tu comprends maintenant que nous n'ayons pas

peur des bêtes sauvages, n'est-ce pas? lui demandai* je*

— Montre- moi vos autres armes,

» Je n'en ai pas le temps ; le soleil est entièrement caché à l'horizon, il nous faut partir*

— Attends un peu.»

Il retourna au* milieu de ses gens. On parlementa pendant quelques minutes; puis l'homme revint, me déclarant que nous pouvions demeurer dans le village.

« Nous garderons nos chevaux et nos armes ? objectai -je.

— Oui. Vous êtes cinq : cinq des nôtres offrent de vous recevoir chez eux. Toi , tu viendras dans ma mai* son.

— Nous ne pouvons nous séparer. Nous sommes cinq: nous resterons tous ensemble, ou nous continuerons notre route.

— Eh bien , attends encore un peu. »

Cette fois, les pourparlers traînèrent en longueur; il me sembla qu'on voulait nous amuser jusqu'à ce que la nuit fût tout à fait tombée. Enfin le chef vint me dire :

« Khoudi, il en sera comme tu le désires. Nous vous abandonnerons une maison, dans laquelle vous pourrez dormir tous les cinq.

— Nos chevaux auront- ils aussi de la place ?

— Oui. La maison a une cour, où vous pourrez les attacher.

— Serons -nous seuls ?

— Tout seuls. Vois, un de nos hommes va en avant pour faire disposer les choses conmte je l'ai ordonné.

IA CABAVAXK *>*? *«A MORT Ï5

Voulea-vous payer votre nourriture, ou bien faut- il vous traiter en hôtes ?

— Nous préférons être vos hôtes. Tu me promets de nous traiter comme tels ?

— Je te le promets,

— Tu es le nezanoum du village ?

— Je le suis,

— Donne-moi les deux mains, afin que je puisse me dire ton allié, »

Le Kurde s'exécuta de mauvaise grâce. Cependant je crus qu'il fallait accepter les orfres de cet homme, la prudence ne nous permettant pas de marcher pendant la nuit. Je ris signe à mes compagnons ; les guerriers nous entourèrent. Nous prîmes tous le galop et ne nous arrêtâmes que devant une maison d'apparence assez convenable,

« Voilà votre demeure pour cette nuit, déclara le nezanoum. Entrez -y. »

J'examinai la maison avant de descendre de cheval. Elle n'avait qu'un rez-de-chaussée, avec un toit en plateforme surmonté d'une sorte de hangar rempli de foin. Une cour entourée de murs de trois mètres de haut, pour le moins, attenatt au corps de logis à droite. Audessus des murs, s'allongeaient des branchages indiquant des arbres dans la cour. Nous nous aperçûmes plus tard que, pour parvenir à cette cour, il fallait passer par la maison.

« Cette demeure nous plaît, dis -je au chef du village. Où prendrons -nous la nourriture de nos chevaux?

— Je vais vous envoyer ce qu'il vous faut.

— Mais là -haut je vois du foin en quantité plus que suffisante. »

Notre homme parut assez embarrassé. Il murmura : « Ce foin ne vaut rien,... il nuirait à vos bêtes.

— Et le repas pour nous-mêmes?

— Je vais l'apporter» avec de la lumière. Tout ce dont vous aurez besoin, dites-le-moi î je demeure ici près. »

Il me montrait une maison fort proche de la nôtre, en t

effet. Nous descendîmes de cheval et conduisîmes nos montures dans la cour; puis nous examinâmes i'inté- i

rieur du logis. Il consistait en une seule pièce, divisée t

en deux parties inégales par une simple cloison de joncs e

tressés. Chaque case possédait deux trous servant de fenêtres» qui se fermaient pour la nuit au moyen de paii- [

lassons. Ces ouvertures» passablement hautes, étaient si t

étroites, qu'on pouvait à peine y entrer la tête. Ni plancher ni carrelage : le sol était simplement battu. Au fond de chaque compartiment s'étendait un épais tapis de i

roseaux. Nous ne vîmes guère d'autre ameublement.

La porte d'entrée et celle de la pièce pouvaient se fermer avec une grande barre de fer ; nous étions donc assez en sûreté. Nous ne trouvâmes dans la cour que quelques vieilles planches, avec plusieurs instruments dont nous :

ne connaissions pas l'usage. ]

Dès que le nezanoum et ses gens nous eurent laissés seuls, nous tînmes conseil.

« Crois-tu que nous puissions être tranquilles ici? me demanda le cheikh Mohammed.

— Je n'en sais rien. Le nezanoum m'a promis tout ce que j'ai voulu. Gardera -t- il sa parole? Nous sommes ses hôtes et ceux du village ; mais tous les hommes rassemblés ici n'appartiennent pas au village, cela est certain.

— Ceux-là, nous n'avons point à les craindre. S'ils touchaient à notre tête, le village tout entier devrait nous venger, comme ses hôtes, et le meurtrier serait sous le coup de la dette du sang.

— Mais s'ils se contentaient de nous voler?

— due pourraient- ils nous prendre? Nous portons tout sur nous.

IA CAHAVAXK DE LA MOBT VI

~ Et les chevaux ? et les armes ? Cette nuit,,, » Le grave cheikh sourit en caressant sa barbe. « Nous nous défendrons et nous veillerons, dit- il, ~ ht si, en nous défendant, nous venons à tuer l'un ^i eUrS> tte du san S sera le P rétex * de notre mas-

—-Nous prendrons nos précautions, »

L Anglais rentra en ce moment. Il avait inspecté la cour. Son nez se portait vers la droite et sa bouche vers

périlleuse $ ° n ViSage| $igïieS CCminS d * Une situation

« Hum! hum! murmura-t-il. J'ai vu quelque chose,.., quelque chose d'intéressant,^.

— Quoi donc ? où ?

— Chut! ne regardez pas en haut, mais dans la cour, baie cour ! Voyez-vous ces arbustes qui montent au-dessus

a -2 i commode pour venir du dehors ici. En vérité, très commode pour une surprise. Maintenant regardez en haut, si vous voulez... J'ai vu des jambes, moi,.-, et une tête qui épiait pendant une seconde... Le tout s est retiré dans le grenier à foin.

— Mais vous en êtes sûr, master Lindsay?

— Très sûr, yes, »

Je me rappelai alors qu'il n'y avait ni escalier ni échelle pour monter sur la plate-forme où était le foin. Nous sortîmes dans la cour afin d'en chercher : nous n'en trouvâmes point. Rien non plus, dans l'intérieur de la maison, ne conduisait à ce petit grenier. La nuit, qui était presque entièrement close, ne favorisait guère nos recherches, du reste. En avant de la plate-forme et à 1 extrémité du couloir, s'avançait un bout de poutre. Je pris mon lasso, le pliai en quatre pour former une corde assez grosse et le lançai sur cette poutre ; puis je m'aidai ae la corde pour grimper sur le petit toit, occupé à moitié par le hangar. Je me glissai dans le foin, en tâtonnant.

» h A UAHAYANK ÛK'LA MORT

D'abord je ne sentis rien de suspect ; enfin , étendant le bras, dans l'angle le plus profond, je saisis une tête... Un homme était là, accroupi et caché de son mieux. « Qu i es - tu ? m'écriai - je .

— Ah !,.. ah 1 ...» fit- il en affectant de bâiller. Et, repoussant ma main , il se releva lentement.

Il ne faisait point assez clair pour que je pusse bien distinguer cet homme. Il voulait avoir l'air de quelqu'un qu'on réveille en sursaut; il étendait les bras et baillait de toutes ses forces, mais ne me donnait nullement le change.

« Un étranger ici! murmura -t il avec une feinte stupéfaction. Qui es -tu?

— Toi-même, qui es-tu ? repartis- je.

— Je suis le propriétaire de cette maison.

— Ah! tant mieux, on pourra s'entendre. Dis -moi comment on monte dans ce grenier.

— Par une échelle.

— Où est -elle?

— Dans la cour.

— Non, elle n'y est pas. »

J'aperçus alors l'échelle couchée au bord du toit, tout près de moi.

« Ah ci! mon brave, tu as dormi bien longtemps, car ta mémoire se perd, dis- je en riant. Tu oublies que tu as tiré l'échelle après toi !

— C'est vrai, murmura le singulier dormeur, la voilà... Oui, j*ai dormi longtemps.

— Eh bien, réveille-toi et descendons. »

Là- dessus je pris l'échelle et la plongeai dans la cour; nous fûmes tous deux bientôt en bas. L'homme me suivait : il s'engagea dans le corridor, puis quitta la maison sans dire un seul mot.

Que signifiait la présence de cet homme dans le grenier? S'il était véritablement le propriétaire de cette

LA VARAVAXE HK LA MOHT tO

demeure, comment ne s*informait-U pas de ce que nous y faisions? Pourquoi s'enfuyait -il comme un matfaiteur ?

« Eh bien ! me demanda F Anglais, quel est cet homme ?

— Le propriétaire de Ja maison.

— Que faisait- il là- haut?

— II prétend qu'il y dormait.

— Ah bah! J'ai reconnu le drôle, c'est celui que le mayor a dépêché en avant, quand il s'est agi de faire préparer le logement. Vous étiez occupé, vous ne l'avez pas remarqué.

— - Certainement ces gens machinent contre nous quelque guet-apens.

— Oui,.., mais lequel?

— Ils ne veulent pas nous tuer, mais nous voler,

— Le drôle installé sur la plate-forme pour nous épier aurait donné le signal aux autres, »

Tout le monde fut de cet avis. L'obscurité était trop complète pour que nous pussions nous rendre compte si, du toit à foin, on parviendrait à pénétrer dans Tintérieur de la pièce, sans passer par la cour. Je cherchais un morceau de bois, afin de l'allumer en guise de torche, lorsqu'on frappa à la porte d'entrée. J'allai ouvrir. Le nezanoum, accompagné de deux hommes, nous apportait des vivres, de l'eau, du fourrage et deux flambeaux en cire grossière. J'allumai l'un de ses flambeaux; il donnait une clarté douteuse et fumait beaucoup.

Nos trois Kurdes semblaient d'assez mauvaise humeur; ils ne desserrèrent les dents que pour nous nommer les objets qu'ils nous présentaient. Je dis au nezanoum :

« J'ai trouvé un homme sur le toit ; était-ce réellement le propriétaire de cette maison ?

— Oui, répondit -il par signe.

— Que faisait cet individu là -haut ?

— Il dormait.

30 IA VARAYANR ÙK lA AfOflr

~~ Pourquoi avait-il retiré l'échelle?

— Parce qu'il ne voulait pas être dérangé,

— Tu nous avais promis que nous serions seuls dans la maison.

— Il se trouvait sur le toit, Nous n'en savions rien , et lui n'a pas su que nous réquisitionnions sa maison*

— H Ta su.,,

— Et comment?

— Parce qu'il était avec toi à l'entrée du village.

— Tais-toi ! Il était chez lui et non avec moi, »

Le nczanoum croyait m'en imposer par son ton rude et presque impératif; mais je continuai mes questions sans me laisser intimider :

« Où sont les hommes qui ne font point partie du village?

— - Us ne sont plus là,

— Fais* leur savoir qu'ils ne doivent pas revenir ni s'approcher de la maison.

— Pourquoi cela?

— Tu dois le comprendre.

— Je ne le comprends pas. Tais -toi, »

Il s'éloigna ; ses deux acolytes le suivirent.

Les provisions apportées nous fournirent un très frugal repas du soir : des mûres sèches , du pain cuit sous la cendre» des citrouilles cuites, c'était tout. Heureusement nous en avions d'autres, sans quoi nous aurions été fort peu restaurés.

Pendant que Halef s'occupait de notre service, j'en* voyai le jeune Haddedln examiner le couloir avec le second flambeau. Ce corridor, qui conduisait à la porte d'entrée, était clos d'un côté par le mur de la cour, de l'autre par celui du corps de logis.

Je montai sur la plate -forme, tandis que Amad tenait la torche au rez-de-chaussée, et, après avoir soigneusement inspecté le sol devant le fenti, je Unis par aperce-?

i*A GAHAYANR »K hA MOtiT SI

voir un filet de lumière,.. Il y avait une étroite fente entre les planches du toit, J'y glissai mon couteau, je parvins à soulever une planche formant une ouverture carrée et assez large pour laisser passer un homme. Le secret était découvert.

En examinant encore , je trouvai quelques trous donnant sur la grande salie* On ne voyait pas très exactement ce qui se passait en bas; mats les conversations s'entendaient sans peine*

Je descendis aussitôt pour faire part à mes compagnons de ma découverte; mais je crus prudent d'aller avant tout chercher mon cheval, que j'amenai par la bride dans la première case.

« Holà ! s'écria l'Anglais effaré » le cheval ï Qu'y a-t-il?

— Allez aussi chercher le vôtre, master... 11 y a làhaut un trou par lequel on peut descendre et ouvrir la porte. Les Kurdes attendent notre sommeil pour enlever nos chevaux ; plus de doute à cet égard.

— Vous avez raison , sir, »

Tout le monde se précipita dans la cour.

Les chevaux furent bien vite rentrés. On les attacha dans le compartiment le plus reculé , et on s'assura que les paillassons des fenêtres fermaient exactement; après quoi, je remontai sur le toit avec mon chien. Les Kurdes, s'ils escaladaient le mur, devaient trouver la plate -forme bien gardée... Je me trompais peut-être sur les intentions de ces gens ; mais, en tout pays, la prudence est mère de la sûreté.

Enfin nous reprîmes notre conciliabule interrompu et discutâmes le plan de notre voyage. Nous avions quitté Amadiah sans rien décider. Il s'agissait de savoir quelle route nous allions suivre.

« Le plus court est de revenir par le pays des Yésidi, opina Mohammed.

Page 1