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m'enverrait «il chercher parmi des gens chez lesquels il me savait en sûreté?
Enfin, le conseil termina sa délibération; on me lit appeler. Le chef me dit :
« Seigneur, promets-nous que tu ne communiqueras à nos ennemis rien de ce qui pourrait nous nuire,
— Je vous le promets, ,
— Tu vas retourner seul vers eux ?
— Non , {'emmène mon ami Mohammed.
— Pourquoi ne le laisses -tu point avec nous?
— Est- il votre prisonnier ?
— Non,
— Il peut donc aller où il lui plaît. Je sais qu'il désire m'accompagner. Que répondrai -je au melek?
— Tu lui diras que nous demandons la liberté de notre bey.
— Et puis quoi encore ?
— Le bey fera lui -môme les conditions, »
Cette réponse pouvait cacher un piège ; je voulus tenter de l'éclaircir. Je demandai ; « Quand réclamez- vous le bey?
— Tout de suite y lui et ses compagnons.
— Où vous sera- 1- il remis?
— Vous n'exigez rien de plus ?
— Non, pour le moment.
— Écoutez ce que j'ai à vous dire. J'ai agi loyalement avec vous ; je veux agir de même avec le melejt. Je ne lui proposerai rien qui puisse lui être dommageable. Du reste, remarquez -le bien, le bey risque d'être égorgé si vous quittez ce lieu sans avoir conclu la paix.
— Vas-tu donner au melek le conseil de tuer notre bey ?
— Qu'Allah m'en garde! mais je crains que vous nourrissiez en secret le dessein d'attaquer Lizan dès que le bey vous aura été rendu.
LA CABAVANK HK h A MORT 139
-— Seigneur, tes paroles sont franches et hardies,
— Vous voyes comment je traite avec mes amis; je ne trompe personne. Attendez mon retour, je vais porter votre réponse, »
Mohammed et moi , nous montâmes à cheval et nous nous dirigeâmes en toute hâte du côte* de la ville,
* Quel message leur portes-tu ? » me demanda le Haddedîn.
Je lui fis part de ma commission et de mes soupçons. Nous allions comme le vent. Déjà nous croyions atteindre le Zab, quand deux coups de feu partirent a notre gauche. Le cheval du cheikh s'emporta et précipita encore sa course, Ijc mien était frappé, il tomba. Mou pied restait engagé dans Pétricr. Je roulai sous ma monture. En même temps huit hommes se jetèrent sur moi , m'arrachèrent mes armes, puis me lièrent. Parmi eux, je reconnus le soi-disant envoyé du melck, duquel je ne m'étais point défié sans raison.
Ce mauvais tour devait m'être joué par le reïs de Khoûrd, dont la malice avait pleinement réussi. Ma jambe, prise sous le cheval et retirée à gratid'petne, me faisait un mal affreux... Les coups de poing que je distribuais libéralement ne pouvaient me défendre. Que faire contre huit?
On me releva, et je sentis bientôt que, cette fois, les liens dont on me chargeait étaient solides. Une courroie, attachée aux poignets, me forçait à tenir le bras gauche contre, l'épaule droite et le bras droit contre l'épaule gauche; une autre courroie, étroitement serrée autour du cou et de la poitrine, m'empêchait presque de respirer. Mes genoux se trouvaient si rapprochés par les liens, que je ne parvenais à marcher que par sauts. Les brigands allèrent chercher leurs montures cachées derrière les arbres, et je fus garrotté à la selle d'un des chevaux.
J'espérais que Mohammed viendrait à mon secours :
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cet espoir fut déçu. Je n'osais appeler, de peur de fournir à ces hommes un préteste à des violences plus grandes encore, J'essayai de parlementer ; « Que me voulez -vous? demandai -je,
— Rien. Nous voulions ton cheval, tu ne Tas pas,
— Qui êtes -vous?
— Et toi, qui es -tu? Une femme, sans doute, car tu semblés fort curieux,
-— Je ne suis point une femme ; et vous , vous êtes des chiens au service de Nedjir-bey, Il a lancé sa meute contre moi, n'osant m'attaquer lui-même,
— Tais -toi ï tu apprendras plus tard pourquoi tu es prisonnier. Reste tranquille en attendant, ou bien on saura t'empêcher de bouger. »
Les cavaliers se mirent en route vers le fleuve ; il fallait les suivre malgré moi. Nous arrivâmes bientôt à un gué ; on m'entraîna dans l'eau.
De l'autre côté du Zab se tenait une troupe d'hommes armés, qui disparurent à notre approche. Je supposai que Nedjir-bey était posté là pour me voir passer.,. Il devait se trouver satisfait de ma situation et de sa vengeance.
Le lit du fleuve était semé en cet endroit Vie cailloux aigus et glissants ; Peau me montait jusqu'à la poitrine- Serré contre le cheval de mon conducteur, je respirais à peine. J'arrivai sur l'autre rive à demi évanoui. Deux cavaliers se détachèrent de la troupe pour me faire continuer la route ; les autres repassèrent le fleuve.
J'avançais péniblement entre mes féroces conducteurs. Nous remontions le cours d'un petit torrent qui se jette avec une sauvage impétuosité dans le Zab. Cette marche était épuisante ; mais les deux Kurdes ne faisaient pas la moindre attention à mes souffrances.
Aucun être vivant ne se montrait aux environs. Nous passions à travers des buissons épineux, par- dessus des roches aifreuses. J'entrevis dans le lointain un assemblage
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de pauvres huttes et de maisons ruinées pour la plupart : ce devait être le village de Khoùrd, que mes hommes voulaient me faire éviter en prenant par ce chemin détourné. Un peu plus loin» nous décrivîmes un arc de cercle vers la droite pour arriver dans une gorge sauvage et désolée qui conduit à la vallée de Naola. Il fallut grimper, puis descendre, contourner quelques roches. Enfin nous nous arrêtâmes devant une sorte de construction cubique, haute de quatre à cinq mètres, et faite de grosses pierres amoncelées sans ciment. Une très basse ouverture servait à la fois de porte et de fenêtre à cette primitive habitation*
Un de mes gardes, se penchant par l'ouverture susdite, cria plusieurs fois :
« Madana ! Madana ! »
Un grognement sourd répondit de l'intérieur ; bientôt une vieille femme sortit du trou. Madana signifie, en kurde, persil. Pourquoi cette vieille femme avait-elle mérité un tel nom? C'est ce que je ne saurais dire. Toujours est- il que la brave créature , en s'approchant de moi, ne me rappela nullement l'odeur du persil, mais plutôt celle de l'ail , du "poisson pourri ou du rat mort. Si je n'avais pas été retenu par mes liens, j'eusse reculé d'horreur.
Cette indigène de la vallée du Zab était revêtue d'un costume très sommaire et très court, plus sale que le plus sale torchon dont se sert une ménagère 'd'Europe. La paire de gros pieds nus qui servaient de base à la mégère n'avait jamais dû être lavée de sa vie.
« Tout est-il prêt ? demanda l'un des cavaliers à Madana .
— Oui, » reprit la femme.
Puis une série de questions suivit ; ma future hôtesse y répondit par des oui imperturbables.
Alors on me délia, et j'entrai, en me baissant, dans le palais de Madana, Grâce à quelques rayons de jour péné-
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trant dans Tin Prieur par les tendes du mur, je me rendis compte des lieux» Les murailles formaient un carré nu, au fond duquel se dressait un fort poteau fiché dans le sol et entouré d'un lit de paille, de feuilles sèches, de ?
menu bois, etc. Dans le voisinage, on avait eu l'attention de déposer une cruche remplie d'eau, et le fond d'une autre cruche cassée, destiné à servir de plateau et de soupière. Ce vase d'un nouveau genre me parut rem- ^
pli d'une colle noirâtre» dans laquelle s'étiraient des vers <
de terre et des espèces de sangsues* 'i
On m'attacha solidement au poteau , de manière à me î
laisser la liberté de m 'asseoir sur la paille, mais non de mouvoir les bras, a
La vieille était restée devant la porte. Mes conducteurs, après m'avoir lié, jugèrent à propos de m'adresser quelques mots bien sentis sur ma situation :
« Tu es prisonnier, » dit l'un d'eux, '
Je me tus. [
« Tu ne saurais t'enfuîr, »
Même silence.
« Nous te quittons , mais cette femme veillera sévèrement à tes côtés.
— Recommandez -lui au moins de se tenir toujours devant la porte! m'écriai -je avec dégoût.
— Non, Il faut qu'elle soit près de toi; elle ne doit pas te perdre de vue. Elle est chargée aussi de te donner à manger, puisque tes mains resteront liées.
— Où est ma nourriture ?
— La voilà. »
Il me montrait le rebutant mélange.
« Qu'est-ce que cela?
— Je n'eu sais rien ; mais Madana se connaît mieux en cuisine qu'aucune femme du village.
— Pourquoi m'avez -vous amené ici?
— Ce n'est pas mon affaire, un autre te l'expliquerai